Mari et femme

L'ouvrage:
Ils sont mariés. Ils font chambre à part, et vont bientôt se séparer. Mais ce matin-là, tout bascule. À son réveil, l'homme se rend compte que son esprit est dans le corps de sa femme et inversement.

Critique:
Ce livre suscite forcément la curiosité. Qui n'a pas imaginé ce genre de situation sans, toutefois, jamais aller très loin dans le raisonnement? Un roman de ce genre éveille donc l'intérêt du lecteur.
Ensuite, l'auteur doit tenir les promesses annoncées par un tel sujet. Le défi n'est pas facile à relever. Régis de Sá Moreira s'en sort très bien, à mon avis.

Ce couple, obligé de faire preuve d'empathie, est assez fascinant. L'auteur les plonge dans plusieurs situations hilarantes tant grâce à des réflexions qu'ils font (surtout le mari que nous suivons), que grâce à des situations loufoques.
D'abord, le mari se voit contraint d'assurer le travail de sa femme: agent littéraire. Il n'y connaît rien, et fait de son mieux. J'ai adoré la façon dont il s'en tire lorsque l'auteur de best-sellers lui demande ce qu'il a pensé de son manuscrit. N'oublions pas ce qui arrive à ce même auteur renommé lorsqu'il a le malheur de tenter de caresser son agent littéraire. La scène du scrabble chez les parents de la femme est, elle aussi, très drôle. Bien sûr, je ne donne que quelques exemples.
Si les situations sont cocasses, si le lecteur rit soit avec les personnages soit d'eux, le texte fait également réfléchir. Derrière le rire, l'auteur force son lecteur à se pencher sur la routine, les différentes façons de voir, de se répartir les tâches, d'accepter l'autre, etc.

Outre cela, le mari se rend compte de ce qu'implique le fait d'avoir un corps de femme. Il passe par plusieurs phases quant à sa prise de conscience, et elles sont toutes intéressantes et vraisemblables.
L'auteur sait créer des situations auxquelles on s'attend, mais aussi certaines qui surprennent le lecteur. De plus, les réactions des personnages sont réalistes.
J'ai trouvé un peu dommage qu'on ne voie pratiquement que celles du mari.

Ce livre fait également travailler l'imagination du lecteur. En effet, les protagonistes n'ont pas d'identité (du moins, l'auteur ne nous la donne pas), ce qui fait qu'on s'identifie encore plus facilement à eux. On s'imagine, faisant face aux mêmes situations qu'eux. J'imaginais très bien mon mari et moi vivant cette incongruité d'échange des corps. Au long de ma lecture, je nous voyais dans les situations vécues par les protagonistes, et en inventais d'autres.

Le style est du genre qui, d'habitude, m'agace. Ce sont de courts chapitres constitués de phrases brèves rédigées au présent. L'histoire m'ayant beaucoup plu, le style ne m'a pas gênée.

J'ai juste deux petits reproches à faire.
Il est un peu cliché que la femme mange diététique, ne fume pas, fasse du sport, boive de l'eau, alors que l'homme fait le contraire.
Pourquoi la femme est-elle la seule à se rendre compte du plaisir engendré par des caresses buccales en tant qu'homme? Il aurait été intéressant que le mari, dans le corps de sa femme, fît la même découverte, et veuille, lui aussi, faire en sorte que son conjoint le ressente le plus souvent possible.

Éditeur: Au diable Vauvert.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christine Jaccoud pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime bien la façon de lire de Christine Jaccoud: sobre tout en étant vivante.
À certains moments, une autre voix prend le relai. (Je crois avoir reconnu celle d'Isabelle Chabanel.) Je trouve cela dommage. Je me doute que si cela a été fait ainsi, c'est parce qu'il y avait nécessité de relire certains passages (pour une raison X ou Y), mais peut-être aurait-il été plus judicieux de les faire relire par Christine Jaccoud. Personnellement, cela m'a dérangée.

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