Amelia

L'ouvrage:
24 octobre. Kate Baron est appelée par le lycée de sa fille, Amelia, quinze ans. L'adolescente vient d'être exclue pour plagiat. Kate doit aller la chercher tout de suite. En arrivant au lycée, la jeune femme apprend qu'Amelia vient de se suicider en sautant du toit.

Un mois plus tard, Kate reçoit un texto anonyme: «Amelia n'a pas sauté.» Désemparée, elle décide de demander que l'enquête soit rouverte. En outre, elle va tenter de reconstituer les derniers mois de la vie de sa fille en lisant ses textos, ses mails, sa page Facebook.

Critique:
Kimberly McCreight part d'un thème qui, malheureusement, a trop souvent cours dans la réalité: le harcèlement moral entre adolescents. Pour moi, elle n'exagère pas, les choses peuvent aller aussi loin, d'autant que les nombreux moyens de communication (téléphones portables, réseaux sociaux) facilitent cela. L'auteur montre également l'inconséquence de personnes qui font un caprice, s'en prennent à celle qui les dérangent, et trouvent une certaine jouissance à la pousser à bout. Bien sûr, ici, on découvre que c'est plus complexe, mais ce genre de choses existe, tout comme les «clubs» (ici, les Magpies) dont les membres s'arrogent le droit de vie et de mort (du moins, socialement) sur la population du lycée.

Amelia est une adolescente ordinaire. Kate l'élève seule et a un travail très prenant, ce qui fait que parfois, la jeune fille ressent un manque, mais elle comprend très bien pourquoi c'est ainsi. En outre, Kate instaure des moments privilégiés avec sa fille. Celle-ci est équilibrée, ne cherche noise à personne, et sait qu'elle peut parler de ses problèmes à sa mère. Pourtant, elle ne le fait pas. Avec subtilité, l'auteur expose pourquoi l'adolescente n'y parvient pas. Tour à tour flattée et humiliée, elle se débat dans des sentiments compliqués, et sait que si elle avait la force d'agir, elle ne serait pas la seule à en souffrir. Il faut beaucoup de courage pour braver avec indifférence l'opinion d'un microcosme composés d'adolescents qui jouent beaucoup (même inconsciemment) sur le paraître, et sont prompts à juger. Même si Amelia n'est pas superficielle, elle ne peut être indifférente à ce «jeu» de pouvoir, d'influences, de paraître, etc.

Ensuite, la romancière décrit parfaitement la douleur de cette mère qui comprend qu'elle ignorait des choses importantes concernant sa fille, qui culpabilise, et surtout, qui doit vivre avec le fait qu'elle ne la reverra jamais. Ses réactions sont compréhensibles. Parfois, certains s'offusquent et trouvent qu'elle dépasse les limites. Ce sont seulement des égoïstes qui ne veulent pas faire preuve d'empathie. En effet, l'auteur aborde également les réactions des gens. Si certaines sont logique, au vu de ce que finit par savoir le lecteur, d'autres sont déplacées...

Le roman est parsemé d'énigmes. En effet, le harcèlement n'est qu'une pièce du puzzle, il fait partie d'un grand tout... Les solutions de ces énigmes se tiennent, elles forment une intrigue bien construite, bien menée. Pourtant, il y a une faiblesse. Outre le club de celles qui harcèlent pour s'amuser, quelqu'un tient un blog où sont déversés tous les ragots les plus fielleux sur les lycéens. On finit par savoir qui tient ce blog. La raison que donne cette personne quant à cela me paraît absolument irrecevable. Elle ne peut pas être sérieuse en invoquant cette raison! Cela dénote plutôt un esprit pervers, pernicieux, nuisible. En outre, j'ai l'impression que cette personne n'a pas la «punition» qu'elle mérite. Bien sûr, elle doit vivre avec ça, mais il faut vraiment être très bête (et elle ne l'est apparemment pas) pour avoir pensé que faire cela aurait un quelconque côté positif! Laisser cette personne vivre avec sa conscience (En a-t-elle vraiment une?) n'est absolument pas suffisant. C'est donc une faiblesse de scénario.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Khristine Hvam pour les éditions Harper Audio.

Éditeur français: Le Cherche Midi

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