Lecteur : Humberset Claudine

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vendredi, 29 juillet 2011

Proies, de Mo Hayder.

Proies

L'ouvrage:
Un homme, affublé d'un masque de père Noël, a volé une voiture en neutralisant sa propriétaire, Rose Bradley. Dans le véhicule, se trouvait Martha, la fille des Bradley. Après plusieurs recoupements, la police découvre que l'homme a déjà sévi. Il semble que ce soit les enfants qu'il veuille, et non les voitures. S'il a relâché ses premières victimes, il garde Martha.
La tension monte lorsque les parents reçoivent une lettre où le ravisseur se vante d'avoir fait certaines choses à l'enfant.

Critique:
J'avoue avoir préféré ce roman à «Pig Island». Ici, il n'y a pas de fin abracadabrante.
Mo Hayder joue finement. Elle parvient à promener son lecteur où elle veut. Elle donne des indices qu'on trouve gros comme des maisons... une fois qu'on a la solution. J'ai trouvé très habile de sa part d'être parvenue à me duper en disant la vérité!!! Au final, je pense que j'aurais dû deviner des pans de l'intrigue.
Si elle fait croire certaines choses au lecteur, cela ne dure pas. Elle utilise savamment cette ficelle, car elle ne l'emploie pas à outrance. Ici, elle est même très bonne.
Le livre est assez gros, mais n'est pas lent.
On me dira que Mo Hayder aborde des thèmes et des situations déjà évoqués dans beaucoup de romans du même genre. Ce n'est pas faux. Cependant, elle les renouvelle en les mélangeant adroitement, et en les distillant finement.
Attention! Si vous n'avez pas lu le livre, passez au paragraphe suivant.
Il y a juste une chose que je n'ai pas comprise. Puisqu'il n'a rien à se reprocher dans cette affaire, pourquoi Ted Moon s'est-il fait passer pour son frère? Peut-être à cause de son passé?... Sûrement, mais il m'a semblé que ce n'était pas clair.

On lit assez fréquemment que Mo Hayder écrit des livres sombres. C'est vrai, mais j'ai lu des romans bien plus sombres que celui-là. Je m'attendais à pire. J'ai donc été agréablement surprise, même si certains côtés de ce livre sont effectivement très noirs.

Les personnages sont complexes, mais étrangement, je n'ai pas réussi à m'y attacher. En général, cela me gêne, mais pas ici. J'ai été emportée par l'histoire. D'autre part, les personnages n'ont pas su me convaincre, mais ils sont tout de même complexes.
Je pense que Jack m'a été quelque peu indifférent parce qu'il ressemble trop aux policiers qu'on rencontre souvent dans les romans. Souffrant d'une blessure inguérissable, prêt à transgresser les règles si ça peut servir une bonne cause, sachant où est l'essentiel, ce flic au grand coeur ne manquera pas d'émouvoir ceux qui sont moins endurcis que moi.
Quant aux parents des victimes, je comprenais leur douleur (évidemment!!!), mais je n'arrivais pas à les apprécier.
J'ai été plus sensible au personnage de Flee. Outre sa loyauté, son intégrité et sa pugnacité, elle doit tout remettre en question, justement à cause de cela...
J'ai également été touchée par le Marcheur, cette espèce de Sherlock Holmes des temps modernes, nimbé de mystère, qu'on pourrait croire un peu magicien.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.

Bibliographie de Mo hayder:
Série Jack Caffery:
1: Birdman, 2000.
2: The treatment (L'homme du soir), 2001.
3: Ritual (Rituel), 2008.
4: Skin, 2009.
5: Gone (Proies), 2010.

Livres seuls:
Tokyo/The devil of Nanking, 2004.
Pig Island, 2006.
Hanging hill (Les lames), 2011.

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lundi, 26 mai 2008

Raël, journal d'une infiltrée, de Brigitte MacCann.

Raël, journal d'une infiltrée

L'ouvrage:
Brigitte MacCann est journaliste. Chantal Poirier est photographe. En 2003, elles vont infiltrer le mouvement raélien. Leur but premier est d'en découvrir plus sur les bébés clonés. En effet, un médecin proche de Raël affirme depuis plusieurs mois qu'une femme a été clonée, et que son bébé va bien. Seulement, personne n'a vu ce bébé.
Au cours de leur périple, elles découvriront d'autres choses sur le mouvement.

Critique:
Ce livre m'a intéressée sur plusieurs plans. D'abord, il convient très bien à ceux qui, comme moi, n'aiment pas regarder ou écouter les informations, et ne lisent pas les journaux. En effet, je n'ai entendu parler du mouvement raélien que de très loin. J'ignorais presque tout de ce mouvement. Ce livre m'a d'abord appris ce que c'était. J'ai donc pu m'apercevoir de l'étendue de l'endoctrinement de certains membres. Brigitte décrit très bien cela. Cela fait d'ailleurs peur. Certains sont assez influençables pour être embrigadés et croire les sornettes débitées par Raël. Certains manquent tellement d'esprit critique qu'ils boivent ses paroles, absorbent ce qu'il dit sans réfléchir. Je suis toujours effrayée lorsque je vois ce type de réactions.
En outre, je me demande sérieusement comment des gens peuvent gober les dires de Raël, car certaines choses sont vraiment grosses. Par exemple, lorsqu'on montre aux nouveaux le film sur les extraterrestres, Brigitte explique qu'il est flagrant que c'est un montage. Comment les gens peuvent-ils se laisser prendre? En outre, il est évident que le mouvement raélien pompe l'argent des participants à une vitesse vertigineuse. Les adeptes doivent toujours payer des sommes exorbitantes pour la moindre chose.
D'autre part, beaucoup de formations sont un prétexte pour se déshabiller.
Tout cela est si ostensible que je me demande comment les adeptes font pour ne pas voir qu'ils se font posséder dans les grandes largeurs.

Brigitte et Chantal forcent l'admiration. On souffre pour elles lorsqu'elles doivent se rendre aux réunions, qu'elles doivent jouer le jeu, et surtout lorsqu'elles assistent au stage d'été dans la nature. C'est d'ailleurs lors de ce stage que Brigitte attrape un énorme rhume qui aurait pu s'aggraver, étant donné les mauvaises conditions de camping.

J'ai hésité à écrire cette critique, car je suis entièrement d'accord avec la conclusion de Brigitte MacCann, à savoir qu'il faut parler le moins possible du mouvement raélien, car le gourou jubile dès qu'on parle de lui, que ce soit en bien ou en mal. J'ai finalement décidé d'écrire la critique, en espérant que des personnes liraient le livre de Brigitte MacCann, et se rendraient compte du danger que représente le mouvement, et plus généralement, n'importe quelle secte.

Éditeur: Stanké.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 6 novembre 2006

Noces indiennes, de Sharon Maas.

Noces indiennes L'ouvrage:
Madras.
Les Lindsay sont des colons anglais. Leur fils, David, est élevé avec Savitri Iyer, la fille du cuisinier. Madame Lindsay n'ayant plus de lait après la naissance de David, elle avait besoin d'une nourrice. Il se trouvait justement que madame Iyer venait d'accoucher de Savitri. David et Savitri sont donc frère et soeur de lait.
Plus tard, ils jouent toujours ensemble. Ils s'aiment. Ils veulent se marier.

Nat a cinq ans. Il vit dans un orphelinat religieux, dans le Tamil Nadu. Un jour, un médecin blanc l'adopte. Devenu le fils d'un homme bon, tout dévoué à ses malades, Nat sera élevé dans le respect de l'autre. Son père essaiera de lui inculquer des valeurs essentielles.

En Guyane Britannique, Saroj Roy aime beaucoup sa famille. Sauf Deodat, son père. Il est dur, la frappe parce qu'elle joue avec un petit garçon africain. Deodat est indien, et il déteste les africains.
Plus tard, il veut marier Saroj à l'indienne: un mariage arrangé, avec quelqu'un qu'elle ne verra pas ou peu avant la cérémonie. Saroj se révolte contre cela. Elle se confie beaucoup à son frère, Ganesh. Il lui semble qu'elle ne peut pas partager sa peine avec sa mère, une femme douce, discrète, effacée, qui se plie aux désirs de Deodat, qui préfère ne pas le contrarier.

Critique:
Ce roman est le premier qu'a publié Sharon Maas. Il a eu beaucoup de succès. Personnellement, j'ai préféré «La danse des paons». "Noces indiennes" est une grande saga qui n'est pas trop mal, mais je trouve que «La danse des paons» est supérieur.

Le roman est constitué de chapitres. Chaque chapitre nous plonge dans l'une des trois époques, dans l'entourage de l'un des trois personnages principaux: Savitri, Nat, et Saroj. Cela a deux conséquences. D'abord, c'est original. En général, les livres sont "à l'endroit". Là, selon les personnages, Sharon Maas nous parle de faits ayant eu lieu à différents moments, et jongle avec le passé et le présent de certains de ses héros.
Ensuite, ça permet de se livrer à un jeu de pistes. Tel chapitre parle de tel personnage, et dans un autre chapitre, concernant un autre personnage, on retrouve ce nom. Donc, on s'amuse à essayer d'assembler les pièces du puzzle avant que l'auteur ne le fasse. Selon les goûts de chacun, cela peut être plaisant ou agaçant.
En ce qui me concerne, j'avais trouvé presque tous les liens unissant les personnages avant que Sharon Maas ne le dise clairement.
(Note: Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre, car je vais donner des exemples précis, qui dévoilent beaucoup de choses.)
J'ai deviné assez rapidement que David était le père de Nat.
J'ai mis plus de temps à deviner que Savitri était Ma. Je l'ai trouvé quand Ma est morte.
J'ai également deviné assez rapidement que la théorie de Saroj, comme quoi sa mère avait eu un amant était erronée. Je n'avais pas trouvé qui était la maîtresse de Deodat, mais j'avais réussi à échafauder la théorie qui s'est révélée la bonne, en l'étayant par le fait que l'hallucination qu'avait eue Saroj à l'hôpital était une vraie personne. En outre, la théorie échafaudée par Saroj ne collait absolument pas au caractère de sa mère.

J'ai été assez déçue par certaines choses, notamment la mort du personnage qui a le plus souffert, juste au moment où ce personnage aurait pu trouver le bonheur. Bien sûr, ce genre de chose rend peut-être le livre plus réaliste, mais je pense qu'il n'aurait pas été invraisemblable que le personnage puisse retrouver le bonheur. Sharon Maas a été obligée de tuer ce personnage, car sinon, elle aurait dû faire certaines révélations bien avant la fin. J'aurais préféré qu'elle trouvât un autre moyen.

D'autre part, le livre traîne, à mon avis. Il est assez gros, mais parfois, les gros livres, surtout ce genre de sagas, ne traînent pas vraiment. Tout est intéressant. Là, je me suis parfois ennuyée.

Cette critique est récurrente chez moi: j'ai trouvé le coup de foudre entre Nat et Saroj extrêmement cliché et téléphoné. D'autant plus que l'amour existant entre David et Savitri s'était forgé pendant leur enfance, était né de leur complicité, et semblait très vrai.

Je n'ai pas trop aimé la fin... Enfin, si, mais je n'ai pas aimé le fait que tels personnages aient eu leur chance, alors que d'autres, non. Surtout qu'à mon avis, les personnages qui ont eu leur chance sont plus fades que ceux qui ne l'ont pas eue.

Donc, pour se plonger dans la culture indienne, je conseille plutôt «La danse des paons». Il est plus profond, traîne moins, et les clichés (s'il y en a un peu) passent mieux.

Allez, je ne peux pas finir cette critique sans râler après un détail insignifiant qui m'a énervée, car je pinaille souvent. La mère de Trixie s'appelle Lucy Quentin. Eh bien, à chaque fois que Sharon Maas parle d'elle, elle pourrait écrire Lucy, mais elle écrit toujours «Lucy Quentin». Pourquoi?

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 7 août 2006

La danse des paons, de Sharon Maas.

La Danse des paons L'ouvrage:
Rita Maraj a six ans. Elle vit seule avec son papa, Ronnie. Sa mère est morte. Elle recueille des animaux blessés qu'elle soigne, élève des insectes pour étudier leur comportement. Cela la fascine. Elle règne sur la petite bande d'enfants de Victoria Street. Son père est un peu laxiste, et Rita ne sait pas qu'il ne faut pas transformer la maison en champ de bataille.

Un jour, tout bascule. Ronnie lui présente Marilyn, sa "nouvelle maman". Marilyn n'acceptera pas le désordre, les animaux blessés, les insectes... Elle prendra vite Rita en grippe, au lieu d'essayer de la comprendre. Celle-ci s'enfermera dans un monde de rêves pour supporter cela. Heureusement, elle a des amis...

Critique:
C'est le deuxième roman de Sharon Maas. Si j'ai bien compris, elle en a écrit trois. Le premier est "Noces indiennes" que je vais bientôt lire. Quant au troisième, il ne doit pas encore être sorti en France, car je n'arrive pas à trouver le titre français.

J'ai beaucoup aimé ce livre, et je le recommande pour plusieurs raisons. D'abord, cela fait plaisir de lire une saga qui n'est pas gnan gnan. J'avais peur que les thèmes de la fille et de la belle-mère, de la "méchante" demi-soeur soient mal exploités, que ce soit du genre Danielle Steel. Eh bien, ce n'est absolument pas le cas! Soit, certaines choses se retrouvent un peu partout, et sont quelque peu des poncifs, comme par exemple, Marilyn qui est méchante avec Rita, et même avec son mari. Mais Marilyn n'est pas si caricaturale que ça, en fait. D'abord, elle a raison pour certaines choses, comme le fait de tenir la maison propre, et de ne pas y faire entrer volontairement des insectes. Mais Rita faisait cela parce que son père ne lui a jamais rien interdit, donc, elle ne comprend pas que Marilyn le fasse.
Au fur et à mesure du livre, le personnage de Marilyn devient peut-être un peu caricatural, mais elle a quand même de l'épaisseur.

Rita est le personnage le plus intéressant. Elle s'élève presque seule. Elle est très sensible, et a des valeurs saines. Sa psychologie est très creusée. Elle vit des événements très graves. A cause d'une minute d'inattention, elle devra passer plusieurs années à se débattre avec elle-même. Ce combat et les sentiments de Rita sont très bien exposés.

Ensuite, Rita se retrouve précipitée dans quelque chose de terrible: la prostitution enfantine. La romancière nous fait d'autant plus ressentir l'horreur de cela en opérant un contraste saisissant entre les problèmes familiaux de Rita, et la prostitution enfantine. L'instant d'avant, on avait une jeune femme qui se débattait avec ses problèmes, et surtout une jeune fille, (Isabelle, la demi-soeur de Rita), qui était égoïste, superficielle, et écervelée, et soudain, Rita et le lecteur se retrouvent plongés dans l'enfer de Kamathipura, l'un des quartiers chauds de Bombay. Le fait que Sharon Maas joue sur ces deux tableaux donne plus de force au livre, et rend l'horreur de Kamathipura encore plus atroce. On est presque soulagé lorsqu'on découvre des "maisons" où les prostituées ne subissent aucun châtiment corporel, et où elles sont bien nourries. Montrer qu'il y a des différences entre la façon dont sont traitées les prostituées de Kamathipura et d'autres est aussi une force du roman.

D'une manière générale, les situations ne sont pas exposées de façon mélodramatique, comme on aurait pu s'y attendre avec les sujets traités. Tous les personnages, (sauf peut-être Ronnie, Marilyn, et Rani), sont fouillés, et leur psychologie est vraie, réaliste.

A la fin, j'aurais préféré que Rita essaie de sauver d'autres enfants de la prostitution, mais à elle seule, elle n'aurait pas pu. Cette fin n'aurait pas été réaliste. D'ailleurs, Rita le comprend elle-même, justement à cause de ce qu'elle vit en essayant de sauver une seule enfant. Mais elle ne baisse pas les bras, et va tenter de faire cesser cela par un autre moyen.
Autre chose dans la fin m'a rendue triste: l'un des personnages est condamné à plus ou moins brève échéance. Et c'est le personnage qui a le plus souffert...

Il y aurait beaucoup de choses à dire sur ce roman... J'espère qu'avec le peu que j'ai dit, je vous ai donné envie de le lire. Il est très gros, mais il se dévore!

Éditeur: Flammarion.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Claudine Humberset pour la Bibliothèque Braille Romande.

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