Lecteur : Huber Élodie

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jeudi, 8 juin 2017

Parler ne fait pas cuire le riz, de Cécile Krüg.

Parler ne fait pas cuire le riz

L'ouvrage:
Jeanne n'est pas bien dans sa peau, dans sa vie. Sa sœur, Justine, lui propose de lui payer un séjour dans un coin retiré du monde où elle pourra se retrouver, se ressourcer... en jeûnant. Jeanne n'est pas enthousiaste, mais finit par se laisser convaincre.

Critique:
À la lecture du résumé, j'ai pensé qu'un livre drôle et léger était exactement ce qu'il me fallait en cette période de fin d'année scolaire. Apparemment, je deviens difficile concernant les livres légers, car celui-là ne m'a pas conquise. Certaines choses se voulaient drôles: je les ai trouvées lourdes. Par exemple, lorsque Jeanne est cachée dans une chambre et reçoit des chaussettes sales sur la figure et tout ce qui arrive avant.
Lorsque la narratrice et Gustave sont en conflit, on est censé rire (de leurs joutes verbales, par exemple)... J'ai aussi trouvé que Jeanne avait des remarques très superficielles, comme si elle avait douze ans, notamment toute la partie sur ses poils épilés au laser.
Peut-être Cécile Krüg a-t-elle moins l'art de la mise en scène que (par exemple) Cassandra O'Donnell...
Je ne terminerai pas cette liste d'exemples sans indiquer ce qui m'a choquée. C'est la scène où Jeanne jette le chat en pâture au chien de la voisine. J'ai bien conscience qu'il se veut cocasse, et en plus, l'auteur fait en sorte que le chat en réchappe, mais cette scène-là n'est pas passée.

Je comprends que Jeanne soit dans l'auto-dénigrement, et que, de ce fait, elle choisisse le pire pour elle-même, mais j'ai eu du mal à comprendre comment elle pouvait être aux pieds de Maxime... Le roman nous montre l'évolution de l'héroïne: elle découvre certaines choses quant à sa manière de fonctionner. Je sais que lorsqu'on s'obstine à être dans l'erreur à propos de soi-même, il faut une véritable remise en question pour voir les failles. L'attitude de Jeanne est donc bien expliquée. J'ai beau le savoir, je trouve que Maxime était trop caricatural. On me dira que des salauds pareils et des femmes assez désespérées pour être accro à eux, ça existe... Soit, mais alors, il aurait peut-être fallu que la sœur de Jeanne (soi-disant de son côté) la soutienne davantage au lieu de gober tout rond les âneries débitées par leur mère (qui, en plus, fait exprès de ne rien comprendre). L'auteur n'est pas dans l'erreur quant à ces comportements, mais peut-être a-t-elle trop mêlé le très sérieux au très léger...

J'ai trouvé d'autres choses caricaturales, comme ce que disent Myriam et Jean-Pierre sur le jeûne... Je sais que cela fait partie d'une philosophie de vie, mais ils ont l'air d'être illuminés. Je ne donne pas d'autres exemples, mais d'autres choses m'ont paru clichées. D'une manière générale, il m'a semblé que l'auteur en faisait trop.

Certaines choses m'ont quand même fait rire. Par exemple, avant de jeûner, Jeanne doit se préparer. Pour ce faire, elle ne mange que des yaourts et de la soupe. Avant même que ce régime-là ne soit fini, elle a tellement faim qu'elle bave devant des publicités pour croquettes pour chiens. J'ai aussi ri lors du Scrabble de mots inventés, et en quelques autres occasions.

Service presse des éditions Audible Studio, dont vous trouverez le catalogue sur le site Audible.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber.
Avec cette lecture, Élodie Huber confirme qu'elle peut lire de tout. Je la connaissais surtout dans le policier, le roman psychologique. J'ai beaucoup aimé son interprétation vivante (mais sans surjeu) de ce roman. Je pense que cela n'a pas dû être facile pour elle, et que beaucoup de comédiennes auraient surjoué.
Je regrette que la comédienne (ou le studio, au montage) ait fait certains blancs assez importants (malvenus, à mon avis), par exemple pendant des dialogues...

Pour information: la structure du livre n'a pas pu être respectée.

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lundi, 24 août 2015

La fabrique du monde, de Sophie Van Der Linden.

La fabrique du monde

L'ouvrage:
Mei est une jeune Chinoise. Elle aurait souhaité continuer ses études, mais c'est son frère qui va à l'université. Elle travaille dans une usine où elle coud des vêtements.
Ce mois-ci, n'ayant pas été payée à cause d'une petite insubordination, elle ne peut aller passer les quatre jours de vacances du nouvel an chez ses parents. Elle restera seule dans l'usine.

Critique:
En général, je me méfie des livres courts. Ici, ma réticence était atténuée par le fait que le résumé m'a attirée. Je ne regrette absolument pas ma lecture. Sophie Van Der Linden ne s'embarrasse pas de fioritures. En un style à la fois délicat et percutant, elle décrit sans larmoiements le quotidien des ouvrières, traitées guère mieux que des machines. Malgré la monotonie des jours, les jeunes filles aspirent à une vie meilleure, et ne perdent pas espoir.

Le style change, devient à la fois poétique et tourmenté lorsque Mei rêve. À ce moment, les phrases sont plus courtes, les verbes sont à l'infinitif, les idées sont exprimées en peu de mots, mais le style ne perd rien de sa force. Cette manière de faire rend même le tout plus marquant. L'auteur privilégie les sensations, les décrivant de manière à la fois dépouillée et précise, les enchaînant à un rythme aussi effréné que dans la tête de Mei. Les images naissent tout de suite. Cela contraste avec les jours mornes pleins d'actions répétitives et épuisantes (tant nerveusement que physiquement) qui se profilent.

Sophie Van Der Linden use d'un vocabulaire riche, de tournures simples. J'ai été touchée (entre autres) par la façon dont Mei décrit la musique qu'elle entend (la cassette oubliée par un jeune couple).

L'héroïne tente de faire taire ses envies d'autre chose, sachant qu'elle ne peut pas y prétendre, et que rien ne sert de se faire mal. Pourtant, lors de ces quatre jours, un événement va se produire. Après cela, Mei ne pourra plus museler celle qui, en elle, souhaite vivre et non plus vivoter. C'est à cette transformation que le lecteur assiste. Il voit Mei marcher inexorablement vers son destin. On ne peut pas vraiment regretter ce qu'on n'a pas connu, mais comment continuer lorsqu'on entrevoit qu'il existe quelque chose de bien meilleur?
Avec justesse, la romancière met son héroïne à nu, et raconte simplement le cheminement d'une jeune fille modeste qui ne parvient pas à accepter d'être la victime de l'injustice qui règne partout dans notre monde.

Le titre est une très bonne trouvaille. Il évoque bien sûr cette usine où des ouvrières s'abîment la santé pour trois fois rien à coudre des vêtements qui, on le suppose, sont destinés aux pays comme le nôtre. Ce titre évoque également la vie qui s'applique à façonner la jeune narratrice, et à lui montrer qu'il existe autre chose... C'est ce qui arrive tous les jours à chacun d'entre nous: la vie, c'est la fabrique du monde.

Un roman que je ne suis pas près d'oublier. Un livre qui, malgré la simplicité qu'il décrit, restera comme une musique lancinante dans la tête du lecteur, et se rappellera à sa conscience.

Note: Certains «chapitres» (ceux où Mei dort et rêve), n'ont pas de numéros. Les chapitres suivants sont numérotés, mais les numéros qu'auraient pu porter les «chapitres» décrivant les rêves sont sautés. Je suppose que cela a une signification, tout comme le style plus «précipité» lors de ces passages. Peut-être l'auteur a-t-elle souhaité mettre l'accent sur ces rêves par ces «effets».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber pour les éditions Des oreilles pour lire.
Ce livre m'a été envoyé par Audible.

Pour moi, il est judicieux d'avoir choisi Élodie Huber pour interpréter ce roman. Sa voix douce ainsi que son jeu subtil et naturel sont en accord avec le style de l'auteur. La comédienne a parfaitement incarné Mei: douceur, égarement, rêves, révoltes... Élodie Huber fait passer toutes les émotions de la narratrice, trouvant sans difficultés apparentes le ton et la dose de jeu nécessaires. Il aurait été aisé de trop en faire, de rendre Mei larmoyante par un ton affecté.

J'aime beaucoup Élodie Huber qui, en plus d'être talentueuse, est très modeste. Elle parvient toujours à entrer dans la peau des personnages et à rendre fidèlement le style des auteurs qu'elle enregistre. J'espère l'entendre sur davantage de livres audio.

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mercredi, 21 septembre 2011

Deux soeurs, de Madeleine Chapsal.

Deux soeurs

L'ouvrage:
Des années durant, Sara a fait en sorte de rabaisser, voire de persécuter sa soeur, Emma. Emma a toujours tenté de comprendre et d'excuser sa cadette.

Critique:
Madeleine Chapsal étant capable de sortir des livres assez sympathiques, et d'autres vraiment trop légers pour moi, je me suis laissée tenter par ce roman dont le résumé promettait un récit intéressant, à condition qu'il soit bien fait.

L'auteur expose bien à quel point on peut aller loin lorsqu'on est mené par la jalousie et la rancoeur. Tout en blâmant Sara,, le lecteur ne pourra s'empêcher de se demander comment il réagirait à sa place. Car tout est basé sur des ressentis, et un être humain qui se sent floué, mal-aimé, déconsidéré, ne peut pas passer son temps à courber l'échine. Quand on est aveuglé par la frustration et la jalousie, renforcées par le manque de communication, on ne peut pas dire comment on réagira.
C'est pareil pour Emma. On la plaint, bien sûr, mais elle est guidée par la culpabilité et la compassion. Comment réagirions-nous si nous nous sentions coupables vis-à-vis d'un frère ou d'une soeur qui se sentirait rejeté, à tort ou à raison?
Au long de ma lecture, j'ai pensé que j'essaierais de mettre les choses à plat, connaissant mon caractère, de quel côté que j'aie été, mais en fait, je n'en sais rien.
Plus tard, lorsqu'Emma s'éloigne, Sara n'est pas satisfaite, car son souffre-douleur lui manque. Elle ne peut plus la tourmenter. Là encore, le lecteur pense à des situations connues, ou du moins, plausibles.
Cette façon de faire est à la fois un point positif et un point négatif. C'est positif parce que les situations sont assez communes, et que le lecteur peut facilement retrouver des choses vécues ou... à vivre. Mais c'est négatif, parce que les personnages ne sont pas assez creusés. Rien ne fait que Sara et Emma sortent du lot. Rien ne fait qu'on les appréciera pour elles. Elles n'ont aucune particularité. Elles semblent n'avoir pas vraiment de personnalité, et se laisser guider par des sentiments que les dieux leur auraient envoyés pour observer des guerres entre terriens. ;-)

L'auteur raconte la manipulation psychologique avec succès. C'est bien fait parce que ce n'est pas trop bien huilé. Si Sara parvient à accomplir certaines vilenies, elle ne réussit pas à chaque fois. Si certains la croient, d'autres ne marchent pas du tout. C'est plus réaliste que dans certains romans où tout le monde, manipulé par une personne froide, appliquée, déterminée, croit que l'héroïne est folle et paranoïaque. En outre, ce n'est pas Sara qui fait échouer les relations amoureuses d'Emma en la dénigrant auprès de ses amants. J'ai été reconnaissante à l'auteur de ne pas utiliser cette ficelle éculée et clichée.

Autre chose est intéressant: les deux soeurs n'ont pas grandi détestées par des parents acariâtres. Edgar et Marianne sont sympathiques, mais ayant été pris de cours par leur paternité, ils n'ont pas su aimer leur fille cadette, sans s'apercevoir que cela la consumait. Cette situation, plus insidieuse que si les parents avaient maltraité leurs enfants, est également intéressante, parce que plus subtile que ce qu'on aurait pu imaginer.

J'ai trouvé dommage que le livre commence, pour ainsi dire, à la fin. Le début en dévoile trop. Le lecteur sait déjà comment cela se termine. Il peut même deviner comment ça a pu arriver. Cela gâche un peu la lecture. Et puis, il n'était pas nécessaire de commencer le livre ainsi.
D'autre part, je trouve que la fin retombe un peu. On dirait que l'auteur ne savait pas vraiment comment achever son roman. Elle a trouvé une échappatoire peu satisfaisante, à mon avis.

Autre chose m'a agacée. Apparemment, Emma a rencontré (au moins deux fois), des hommes qui l'ont réellement aimée. À chaque fois, ils l'ont quittée parce qu'elle était stérile. Je trouve cela réducteur. Cela signifie qu'avoir des enfants est plus important qu'un amour fort et vrai. Cela signifie qu'il vaut mieux avoir des enfants, même avec une personne qu'on n'aime pas vraiment (surtout si on en aime une autre!). Normalement, c'est un tout: on ne choisit pas quelqu'un en fonction de cela. J'imagine bien le couple qui ne s'aime pas vraiment, mais qui veut des enfants, et dont les enfants sont malheureux, sentant que leurs parents ne s'aiment pas.
On me demandera donc comment faire si on veut des enfants, et qu'on aime quelqu'un qui est stérile. Je répondrai que l'adoption existe. Bien sûr, elle n'est pas du tout simple, mais il y a peut-être d'autres procédures que je ne connais pas. Il y a aussi ceux qui argumentent qu'ils veulent un enfant de leur sang, et que donc, ils ne peuvent pas adopter. Outre que je trouve l'argument fallacieux, là encore, il y a des procédures médicales possibles. Bien sûr, à l'époque où se passe le roman, elles ne devaient pas être si développées, mais je trouve quand même que quitter une personne réellement aimée parce qu'elle est stérile, c'est très discutable!

Remarques annexes:
À un moment, la lectrice dit Sara à la place d'Emma. Est-ce un lapsus ou une coquille? Si c'était une coquille, je pense que la version audio aurait dû la corriger. Cela n'aurait pas été ce qu'il y a écrit dans le livre, mais pour moi, il est évident qu'un lecteur doit corriger les coquilles! Si c'est un lapsus, cela m'étonne, car je sais que les comédiens sont contrôlés.
L'auteur fait un pléonasme quand elle écrit «un minuscule petit bouquet».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
J'apprécie la voix et le jeu d'Élodie Huber. Ici, elle a trouvé la distance nécessaire pour raconter cette histoire. Souvent, je préfère qu'un lecteur s'implique davantage, mais ici, il me semble qu'il fallait que la lectrice mît une distance entre elle et les personnages. Elle décrit les faits, et adopte le ton qui va bien avec l'espèce de «précision chirurgicale» du texte.

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mercredi, 2 mars 2011

La maison d'à côté, de Lisa Gardner.

La Maison d'à côté

Note: Ce livre est le tome 3 de la série mettant en scène la femme policier D.D. Warren.

L'ouvrage:
Jason et Sandra Jones sont mariés depuis cinq ans. Leur fille, Ree, a quatre ans. Ils se sont arrangés pour ne pas avoir besoin de la faire garder. Cela implique que Jason travaille alors que sa femme est à la maison. C'est ainsi qu'un mercredi soir, Sandra est seule avec sa fille. Lorsque Jason rentre, la jeune femme a disparu.

Critique:
Vous allez me dire que cette entrée en matière est des plus classiques: une femme disparaît, on va passer son temps à lire les interrogatoires des suspects, l'enquête sera linéaire... Sauf que nous avons affaire à Lisa Gardner. Si vous ne la connaissez pas, sachez que ses livres ne sont pas d'insipides petits polars qu'on oublie sitôt refermés. Les romans de Lisa Gardner (du moins, les deux que j'ai lus), sont sombres, exempts de manichéisme, et terriblement réalistes.
Ici, elle prend prétexte d'une enquête de voisinage pour aborder intelligemment certains thèmes, et poser diverses questions éthiques. Elle signe ici un très bon roman psychologique à suspense, explorant la souffrance, la perversité humaine sans complaisance à travers plusieurs personnages. Par exemple, un voisin des Jones (Aidan Brewster), est un délinquant sexuel fiché. Les soupçons se porteront sur lui. C'est là qu'on se dit que la limite est mince entre travail bien fait et chasse aux sorcières. Il est logique qu'on le suspecte, mais il est clair que les enquêteurs ne peuvent être objectifs.

D'autre part, la psychologie de Brewster est intéressante. On voit que l'auteur connaît son sujet, elle n'écrit pas à la légère. On sent que chaque information est pesée, qu'elle a fabriqué un personnage criant de vérité. À la fin, le lecteur ne le connaît pas vraiment... et ce qu'il sait lui laisse un sentiment de malaise. Je sais que certains pervers sont persuadés d'être amoureux de leurs victimes. Concernant Brewster, je n'ai pas réussi à définir ou était le vrai du faux. Mais je suis sûre d'une chose: comme le fait amèrement remarquer Jason, si Brewster avait été totalement sincère, il aurait agi autrement dans le passé.

Le lecteur assiste également à l'histoire de Sandra. J'avais deviné quelque chose quant à ce récit. Outre cela, c'est une autre analyse de déviances. C'est la même chose avec l'histoire de Jason.
Ces deux personnages sont remarquables, étant donné qu'ils essaient de s'en sortir, et de ne pas reproduire ce qu'ils ont vécu. Pourtant, là encore, la fin de l'histoire révèlera autre chose. Qu'aurions-nous fait à la place de Sandra? Que dire quant aux agissements de Jason? Sont-ils si répréhensibles, malgré leur illégalité? Que penser de ce qu'Ethan a décidé de faire? Se pose encore la question de la justice, et des limites de celle des hommes.

À propos de l'un des personnage, la romancière créé un lien entre «Say goodbye» (qui, à ma connaissance, n'est pas sorti en français), et «La maison d'à côté». En général, quand deux roman sont liés, on va conseiller de lire l'un des deux avant l'autre. Je serais bien en peine de le faire. En effet, si vous lisez «Say goodbye» d'abord, vous connaîtrez certaines réponses aux énigmes de «La maison d'à côté», mais si vous commencez par «La maison d'à côté», vous saurez comment se termine «Say goodbye». J'ai lu ce roman il y a deux ans, mais il m'a tellement choquée que dès que l'un des personnages de «La maison d'à côté» s'est mis à parler d'araignées, j'ai eu des sueurs froides, et j'ai su qui il était. Il y a peut-être d'autres liens d'un roman à un autre... aussi, j'ai décidé de lire tous les ouvrages de Lisa Gardner par ordre chronologique (même pas en suivant les séries, puisqu'ici, deux romans de deux séries sont liés).
Je n'ai pas été capable (moralement), de chroniquer «Say goodbye», il y a deux ans. Je le regrette un peu, aujourd'hui.

Si le livre sort des sentiers battus, l'auteur se permet quand même d'utiliser certaines ficelles un peu faciles. Par exemple, elle dévoile les vies et les sentiments de ses personnages peu à peu. Elle donne quelques os à ronger à son lecteur, afin qu'il attende fébrilement la suite. Je n'aime pas trop ce procédé, mais il fait partie du jeu. Si je m'en suis accommodée concernant la plupart des personnages, je me suis un peu ennuyée quand il s'agissait de celui qu'on rencontre dans «Say goodbye», puisque je savais déjà tout.

Remarques annexes
L'auteur évoque le monde de l'informatique. Contrairement à certains qui embrouillent le lecteur, ses explications sont claires. De plus, d'après mes connaissances, tout ce qu'elle dit est exact.
Elle raconte en détails l'interrogatoire de Ree. J'ai aimé m'instruire quant aux méthodes employées pour interroger de très jeunes enfants en tentant de ne pas les perturber.
Quand j'ai lu «Say goodbye», je me suis demandée comment traduire «burger man». Je pensais que ça pouvait être une autre façon de dire «croque-mitaine», bien que cela se dise «bogeyman». Ici, le traducteur a pris le parti de laisser «burger man».

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
J'ai apprécié que la lectrice joue, mais ne surinterprète pas. J'ai été soulagée qu'elle ne singe pas une voix enfantine pour faire parler Ree. J'ai été un peu déçue qu'elle tente de prononcer certains noms à l'anglaise, mais elle ne le fait vraiment qu'au début du livre. Bien sûr, on ne peut pas la blâmer quant à la manière dont elle dit Ree. Je n'aurais pas été gênée qu'elle le prononce sans faire le «r» anglais, mais je pense que ça aurait pu gêner certains auditeurs à cause de la signification du mot en français. :-)

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jeudi, 10 février 2011

Une affaire conjugale, d'Eliette Abécassis.

Une affaire conjugale

L'ouvrage:
Jérôme et Agathe Portal sont mariés, ils ont des jumeaux de six ans. Le couple ne s'entend pas, Jérôme rudoie même souvent sa femme. Voilà plusieurs années qu'Agathe songe à demander le divorce. Elle recule surtout à cause des enfants. Mais elle découvre que Jérôme la trompe, et lui cache une bonne partie de ce qu'il fait. Elle se décide à demander le divorce.

Critique:
Ce livre est plein d'une tension presque palpable. Le lecteur se retrouve plongé dans le cauchemar que vit Agathe. Son mari manipule ses amis et sa famille, et tente de monter les enfants contre elle. Il fouille ses affaires, pose des caméras dans sa chambre... Elle se voit même contrainte de dormir avec certaines affaires importantes. On dira que tout cela est un peu gros, qu'Eliette Abécassis exagère. Il n'en est rien. Je sais que certaines séparations peuvent être aussi infernales que ce que nous montre l'auteur. Toutes les situations décrites sont des plus réalistes.

Autre chose est bien analysé: Jérôme tente de manipuler diverses personnes. Certaines sont prises à son piège, d'autres non. Tout n'est pas manichéen: tout le monde ne se pâme pas d'admiration à ses pieds, et ne voit pas Agathe comme une sorcière.
On me dira que, par contre, l'auteur diabolise Jérôme. Soit, mais elle ne nous décrit pas l'héroïne comme une sainte à qui tous les malheurs du monde arrivent. Si on prend le parti de la jeune femme, certains de ses actes agacent: s'énerver, agir de manière stupide et puérile. D'autre part, on ne peut s'empêcher de voir ses erreurs passées. À la lueur de son récit, il est évident que dès le départ, son mari était instable et égoïste. Il peut paraître invraisemblable qu'Agathe ait été aveuglée à ce point, surtout au lecteur qui voit tout de suite la goujaterie de Jérôme. À y bien réfléchir, on peut croire la jeune femme qui dit qu'elle le voyait avec les yeux de l'amour. En outre, ce genre de réactions est caractéristique d'un schéma qu'on observe trop souvent: certains ne réfléchissent pas assez avant de se mettre en ménage, ou le font en sachant qu'ils vont droit dans le mur, mais le font quand même. Agathe est de ceux-là.
En outre, elle fait preuve de naïveté, n'étant pas réellement mature et armée pour la «vraie» vie: elle semble immergée dans le monde de son métier, celui de la chanson. Elle fait souvent allusion aux chansons d'amour qui ne l'ont pas préparée à une telle déconvenue.

Au sujet des enfants, quelque chose m'a agacée: la diatribe d'Agathe contre la garde alternée. Je comprends que dans son cas, cela soit contre-indiquée. Seulement, elle en fait une généralité, expliquant de manière péremptoire que seule, la mère est à même de s'occuper de ses enfants. Dans son cas, c'est vrai, mais la généralité qu'elle fait est totalement hors de propos.
Je n'ai pas non plus aimé son avis tranché, exprimé assez violemment, quant au fait que rien ne vaut le sein pour nourrir un bébé. Ce qui compte, c'est l'amour qu'on donne à son enfant, pas le fait de lui donner le sein ou le biberon. Outre le fait que les mères qui décident de ne pas allaiter ne me paraissent pas être d'affreux monstres, il ne faut pas oublier celles qui ne le peuvent pas, pour tout un tas de raisons.
Agathe est blasée quant à l'amour. Cela se comprend, mais cela fait qu'elle fait encore des généralités.

J'ai trouvé un peu gros que notre héroïne parvienne à créer tous ces profils sur Facebook, et à les rendre crédibles.
J'ai été étonnée qu'Agathe ne se rende pas compte qu'on la dupe par là où elle a dupé. J'ai tout de suite su ce qui se passait.
J'ai bien aimé l'échange de mails entre Jérôme et la psychiatre.

Si les personnages principaux ne sont pas sympathiques (Agathe l'est davantage que Jérôme, mais elle m'a souvent agacée), le livre est bien pensé, et analyse bien certaines situations délicates, notamment le harcèlement de l'un qui entraîne celui de l'autre, la manipulation de Jérôme contre laquelle Agathe semble démunie (on le serait à moins), et bien d'autres.
Lorsque j'évoque des romans traitant de ce douloureux sujet, je ne peux m'empêcher de penser à Une relation dangereuse», de Douglas Kennedy qui le traite également, mais de manière plus poussée, et sur un nombre de pages beaucoup plus important.

Remarque annexe:
Eliette Abécassis cite plusieurs fois une chanson de Joe Dassin qui n'est pas des plus connues: «L'amour etc». Pour une fan, comme moi, ça fait plaisir!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élodie Huber. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.

Élodie Huber a une voix très agréable et douce. C'est une voix qui, pour moi, a de la présence. Elle n'est pas quelconque, et une fois qu'on l'a entendue, on ne peut que la reconnaître.
Elle a su rendre la détresse d'Agathe, ses colères, sa hargne, sa frustration, ainsi que le mépris de Jérôme, de manière sobre et subtile.
Il est un peu dommage qu'on l'entende deux ou trois fois tourner la page.

J'apprécie beaucoup le parti que prennent les éditions Thélème depuis leur création: ne jamais émailler leurs ouvrages de musique!

Cette chronique sera également visible sur le site Lire dans le noir à partir du 15 février.

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