Marie Karpovna

L'ouvrage:
Alexis, fonctionnaire à Saint-Pétersbourg, rend une visite à sa mère (Marie Karpovna), qui vit à la campagne. Marie dirige sa maison d'une main de fer, et elle entend bien faire la même chose quant au destin de ses fils, Alexis et Léon.

Critique:
Les romans seuls d'Henri Troyat sont assez courts. En peu de pages, il parvient toujours à rendre son écrit percutant. Ce roman ne fait pas exception. L'auteur s'attache à montrer les relations compliquées entre une mère et ses enfants. Alexis et Léon suivront différentes voies. Léon trouve plus confortable d'obéir à sa mère, démontrant par là que l'être humain s'adapte à toute situation. Il s'accommode des exigences de Marie, car si certaines vont contre ses désirs, il n'a pas envie de se battre. Il prétend être heureux. Peut-être l'est-il, d'une certaine façon...

Quant à Alexis, il affronte sa mère, ne pouvant se résoudre à être assujetti, et à la laisser diriger sa vie. Cependant, cela ne lui est pas simple. En effet, Marie Karpovna n'ayant pas pour habitude d'être contrariée, cela donne lieu à des crises de rage. et à des stratagèmes nés d'un esprit à la fois égoïste et dominateur. Alexis, tout en n'étant pas dupe, et tout en refusant que sa mère lui impose une vie, se pose des questions... Il aime sa mère, et lui tenir tête n'est pas si simple. C'est là que le lecteur peut se demander qui est le plus sage d'Alexis ou de Léon. Bien sûr, dans leur situation, on se dit qu'on préférerait agir plutôt que subir, mais tout n'est pas si simple.

Pour ma part, je n'ai rien trouvé à apprécier chez le personnage de Marie. L'auteur a parfaitement dépeint cette despote qui ne conçoit pas qu'on puisse aller contre sa volonté, se dédouanant en croyant (ou feignant de croire) qu'elle agit pour le bien de tous, se grisant de son petit pouvoir exercé sur des gens dont elle se fait craindre. Si Alexis est tiraillé entre son amour pour sa mère et son besoin de liberté, Marie semble très bien vivre le fait d'être un tyran. Certains lecteurs ne pourront s'empêcher de faire le parallèle avec des personnes qu'ils connaissent. On connaît tous (de près ou de loin) au moins une personne aussi tyrannique que Marie. C'est l'une des forces d'Henri Troyat: il montre, avec une exactitude et une finesse incroyables, des personnages qu'on imagine agissant dans la vie réelle, et ressemblant à des personnes que nous croisons.

Éditeur: Flammarion .
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pascale Hoyois pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix agréable et une diction soignée. De plus, elle a adopté le ton approprié à la lecture de ce roman. Sa lecture naturelle et intelligente sert le propos et le style de l'auteur.

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