Lecteur : Heyborne Kirby

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jeudi, 2 novembre 2017

Le magicien de Brooklyn, d'Haley Tanner.

Le magicien de Brooklyn

L'ouvrage:
2003. Vaclav et Lena ont neuf ans, et sont amis. Le garçonnet, fasciné par la magie, décide de monter un spectacle. La fillette sera son assistante. Elle passe beaucoup de temps chez lui. Elle vit avec sa tante qui s'occupe très peu d'elle.
Un jour, après que Lena n'est pas allée en classe, Rassia, la mère de Vaclav, décide d'aller voir comment elle va. C'est à partir de là que les choses basculent.

Critique:
Haley Tanner aborde intelligemment certains thèmes. Par exemple, les parents de Vaclav (surtout Rassia) sont partis de Russie pour s'installer aux États-Unis, dans le but que leur fils puisse avoir une vie meilleure qu'eux. Rassia est un personnage très intéressant. Elle agit uniquement en pensant à l'intérêt de Vaclav, fait certains sacrifices, souffre (par exemple lorsqu'elle voit son fils adopter la culture américaine), mais sait que c'est un mal nécessaire, qu'elle l'a elle-même souhaité.

Vaclav aussi est attachant. Il comprend très vite pourquoi il doit faire de son mieux à l'école. Son mélange de candeur et d'intuition pour certaines choses le rend sympathique.

J'ai eu du mal à cerner et apprécier Lena. Tout comme Rassia, je sentais confusément que quelque chose n'allait pas, mais je n'arrivais pas à m'attacher à elle, à cause de son comportement envers Vaclav. On a beau savoir qu'une personne a souffert, on ne peut pas excuser tous ses actes sous ce prétexte. Ensuite, j'ai un peu mieux cerné le personnage, mais je n'ai pas réussi à l'apprécier tout à fait... J'ai trouvé judicieux de la part de l'auteur de nous la montrer sans vraiment dire ce qui lui est arrivé, puis de donner les explications. En effet, la plupart du temps, c'est ainsi que cela arrive dans la vie. On rencontre des gens, on ne peut juger leurs actes qu'à partir de ce qu'on connaît d'eux, et bien sûr, ils ne se mettent pas à raconter leur vie et leurs éventuels traumatismes. C'est un appel à garder l'esprit ouvert, même si ce n'est pas toujours facile, et qu'il n'est pas profitable à la personne qu'on lui passe tout sans rien dire.

Quant à l'intrigue, elle est d'abord construite avec des non-dits que le lecteur doit combler, et dont la solution est dévoilée ensuite. Cela donne parfois une impression de lenteur, mais la vie et le décor dans lequel évoluent ces personnages sont criants de vérité. La fin soulève une question qu'on rencontre au moins une fois dans sa vie: vaut-il mieux dire la vérité par souci d'honnêteté, et parce que la personne a le droit de savoir, ou vaut-il mieux la cacher sachant que la personne sera terriblement affectée? Pour ma part, je dis toujours que je préfère savoir, mais dans le cas du personnage de ce roman, je ne sais pas ce qui est le mieux. Haley Tanner atténue le malaise que le lecteur pourrait ressentir avec ce qu'elle dit au dernier chapitre.

Comme souvent, je préfère le titre original («Vaclav and Lena») au titre français. Certes, celui-ci évoque un aspect important de la vie de Vaclav, et même (si on décide de le prendre ainsi) ce qu'il fait à la fin. Cependant, le titre original, s'il semble moins recherché, parle mieux de ce qui est le coeur du roman.

Éditeur français: Nil
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Kirby Heyborne et Rebecca Lowman pour les éditions Random house audio.
L'éditeur a alterné les lecteurs selon que nous voyons les choses du point de vue de Vaclav ou de celui de Lena. C'est une bonne initiative. Cependant, il me semble que Kirby Heyborne lit certains chapitres du point de vue de Lena. En fait, Rebecca Lowman ne lit que la deuxième partie (il y en a trois), qui est complètement axée sur Lena, et le dernier chapitre.

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lundi, 22 mai 2017

Dear girls above me, de Charlie McDowell.

Dear girls above me

L'ouvrage:
Charlie entend tout ce que disent et font ses voisines du dessus, Claire et Cathy, un peu plus de la vingtaine. Cela l'agace. Cependant, il ne peut pas y faire grand-chose. Étrangement, elles n'entendent rien de ce qui se passe chez lui: il leur a déjà hurlé de faire moins de bruit, et elles n'ont pas bronché. Ne pouvant les faire taire, il se met à les écouter. Il se désole tant de la stupidité de la plupart de leurs remarques, qu'il a l'idée d'en faire profiter les gens en les publiant sur Twitter et en les commentant.

Critique:
Ce livre serait basé sur une histoire vraie. Charlie McDowell a un blog où sont publiés les commentaires de ses voisines avec ses réponses. Je ne sais pas s'il a inventé ces jeunes filles ou si ce sont réellement ses voisines, mais ça n'a pas d'importance. Ce qui compte, c'est que ce livre m'a plusieurs fois fait éclater de rire. Il y a les remarques de Claire et Cathy, mais également des scènes amusantes. Par exemple, l'inaptitude chronique des deux jeunes femmes à reconnaître Charlie. Pour parler d'une scène drôle en particulier, il y a celle du jeu du texto dans lequel Charlie se laisse entraîner dès sa première visite à ses «chères voisines». Quelqu'un choisit une phrase que le joueur doit envoyer par SMS. Ensuite, le joueur parcourt sa liste de contacts, et s'arrête lorsque la personne qui a choisi la phrase dit «stop». Je vous laisse imaginer ce que cela donne... Ce n'est qu'un exemple parmi tant d'autres. Que dire de ce que j'appelle «la guerre de l'eau», du mémorable épisode de la préparation d'un plat en simultané, etc?

L'humour est parfois lourd. Par exemple, le fait que Charlie soit obligé de hurler d'une voix suraiguë pour s'adresser à son chien (Marvin) et l'explication qu'il donne à cela. En audio, c'est quand même drôle, parce que le lecteur est obligé de prendre cette voix suraiguë. Kirby Heyborne s'en tire très bien.
De plus, certaines remarques des filles sont tellement stupides (tout comme leur compréhension des chansons qu'elles écoutent) qu'on a du mal à croire en leur réalisme. C'est contrebalancé par les fous rires qu'elles occasionnent.
Charlie exagère lorsqu'il énonce avec certitude des clichés sur les filles en se basant sur ses voisines, mais juste après, son attitude illustre un cliché sur les hommes, voire un cliché sur les filles. ;-)
Il faut prendre ce livre pour ce qu'il est: une bonne partie de rire! Je ne pense pas que l'auteur souhaite offenser qui que ce soit, il veut faire rire. D'ailleurs, il se moque beaucoup de lui-même dans ces pages, et nous invite à en faire autant.

Sous le rire, se cache quelque chose de plus grave. Charlie ne s'en aperçoit qu'à la fin, mais entendre les conversations de ses voisines influence son comportement. Il va cesser de stagner, va évoluer, se remettre en question sur certains points...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Kirby Heyborne pour les éditions Random house audio.
Je pense qu'il vaut mieux écouter ce texte, pas seulement pour la voix suraiguë que doit prendre le lecteur lorsque Charlie s'adresse à Marvin. Parfois, il y a des comiques de répétition qui passent bien mieux en audio, à mon avis. Par exemple, lorsque Charlie explique que les filles ont «the best idea everrrrrr!» toutes les heures. Cela n'a pas dû être simple à lire à voix haute, car il y a d'autres effets, certaines façons de parler... Kirby Heyborne s'en tire très bien. C'est un lecteur que j'apprécie, et je n'ai pas été déçue par sa prestation.

jeudi, 29 décembre 2016

Adieu ! Ou presque..., de Laurie Frankel.

Adieu ou presque

L'ouvrage:
Sam est informaticien. Il a créé un algorithme qui permet de trouver l'âme soeur. Il l'essaie sur lui, et cela semble fonctionner. Son âme soeur serait Meredith, une collègue.
C'est alors que la grand-mère de Meredith meurt. La jeune femme est dévastée. Sam, souhaitant alléger sa peine, rassemble toute la «mémoire électronique» (mails, conversations par messagerie instantanée) de Meredith et de sa grand-mère, et crée un programme qui, se basant sur tout cela, permet à Meredith d'avoir des conversations avec la défunte.

Critique:
J'avais peur que ce livre soit niais, mais l'éditeur français étant Fleuve, et Fleuve éditant très rarement des livres sirupeux, je me suis lancée dans cette lecture. C'est un roman bien pensé. Au départ, je me suis dit que si l'idée était dangereuse et pouvait rendre fou ou accro celui qui converserait trop avec un proche disparu, elle était également fascinante et attrayante. Bien sûr, elle effraie, car il ne faut pas oublier qu'on ne discute pas vraiment avec la personne, mais avec la mémoire de ce qu'on s'est dit. On peut encore «tricher», en apprenant de nouvelles choses par mail à la «mémoire électronique» de la personne... L'homme pervertissant tout, des choses auxquelles Sam n'avait pas pensées se produisent. Je ne les avais pas envisagées non plus, mais j'ai trouvé cela logique en le lisant. Laurie Frankel n'exagère pas. Au fond, comment blâmer ceux qui agissent ainsi? (Je pense surtout à ce que le médecin montre à Sam et Meredith.) Ces personnes agissent par égoïsme, et ce qu'elles font n'est pas glorieux, mais que ferions-nous à leur place?
De plus, l'auteur analyse très bien la peine ressentie à la perte d'êtres chers, ce que cette douleur pousse parfois à faire, les raisons pour lesquelles il faut continuer. Elle dit également une chose très dure et très juste: on finit par faire avec cette douleur, mais elle ne disparaîtra jamais.

Les personnages sont attachants, en tout cas, j'ai compris leurs motivations. Le père de Sam est sûrement celui qui m'a le plus touchée parce qu'il réagit le mieux possible, me semble-t-il. En outre, il n'essaie pas de mentir à son fils.
Laurie Frankel montre également les diverses réactions de ceux qui sont extérieurs (en tout cas au moment où ils réagissent) à la chose. Là encore, elle n'exagère pas. Tout le monde s'en mêle, y va de son opinion, n'hésitant pas à décrier ce que fait Sam, sans vouloir croire en des motivations apaisantes.

Un roman juste, sensible, qui fait réfléchir, et dont le thème nous touche tous.

Éditeur français: Fleuve éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Kirby Heyborne pour les éditions Random house audio.

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