Un avion sans elle

L'ouvrage:
Décembre 1980.
À cause d'une tempête, un avion s'écrase dans le Jura. Il brûle. Il n'y a qu'une rescapée: une enfant de trois mois. Deux familles pensent qu'elle est des leurs: les Carville et les Vitral. Les Carville sont riches et influents, les Vitral sont modestes...

Dix-huit ans plus tard, les choses sont loin d'être résolues. C'est alors que Crédule Grand-Duc, un détective privé qui enquêta sur l'affaire pour les Carville, découvre le chaînon manquant.

Critique:
Lorsqu'un livre plaît, immerge, tient en haleine, lorsqu'on ne peut pas le lâcher, il aura beau avoir quelques défauts, on n'en tiendra pas rigueur à l'auteur. C'est ce que j'ai ressenti pour «Un avion sans elle». Pourtant, il contient des défauts que je n'aime pas du tout. Par exemple, l'auteur retarde certaines révélations. Les personnages trouvent quelque chose, et le lecteur ne l'apprend pas tout de suite. Je déteste cette ficelle que je trouve artificielle et déloyale. En outre, elle est beaucoup trop utilisée. Il aurait suffi que l'agencement de l'intrigue soit différent pour éviter certaines lourdeurs' Le lecteur apprend dès le prologue que Grand-Duc a trouvé la solution, puis il apprend toute l'histoire. Une histoire racontée de manière chronologique aurait évité cela. D'autre part, pendant que Marc lit le cahier vert où Grand-Duc a consigné son enquête, il y a de grossières interruptions: Marc est quelque peu absorbé par les bruits autour de lui, il s'arrête pour boire un jus d'orange, etc. Ce remplissage fait avec de gros sabots est lassant.

Bien sûr, l'auteur prenait de gros risques avec une telle histoire. D'abord, comment se fait-il que tous ces gens n'arrivent pas à identifier le nourrisson? Le romancier trouve des explications à cela. Elles ne m'ont pas absolument convaincue.
Ensuite, le lecteur pensera inévitablement aux tests ADN. Quant à cela, le romancier a placé le début de l'histoire trop tôt pour que cela soit possible, et lorsque cela l'est, il traîne trop avant de dévoiler quelque chose que j'avais déjà deviné. Entre parenthèses, j'ai également tout de suite deviné quel était le «crime» dont parle Lylie au tout début.

J'aime beaucoup la ficelle qui consiste à faire croire au lecteur qu'il n'y a rien à chercher de tel ou tel côté. Michel Bussi le fait. J'ai été très contente d'avoir été dupée par cette ficelle qu'il a très finement utilisée.
Pour ce qui est d'entretenir le suspense, l'auteur a commencé par mêler deux époques. Le présent n'étant pas toujours constitué de remplissage, lorsqu'on sort de l'enquête de Grand-Duc, on se plonge dans celle de Marc, et vice-versa. À ce niveau-là, tout est très bien agencé.
Au moment où Marc approche de la vérité, un personnage se dit qu'il a une longueur d'avance sur quiconque s'en approcherait. Je me suis dit la même chose, et ai pensé que Marc n'avait aucun moyen d'accélérer ses trouvailles. Pourtant, l'auteur a trouvé une manière très simple et tout à fait vraisemblable de lui faire accomplir des pas de géants. Là encore, j'ai été ravie de ne pas y avoir pensé.

J'ai aimé l'idée de lire un pan de sa vie raconté par un autre. Comme le dit l'auteur, c'est un peu comme lire son journal intime écrit par un étranger.

Au début, il y a une incohérence expliquée de manière peu convaincante. Je voulais la pointer sévèrement du doigt, mais l'auteur l'a expliquée de manière très habile... à la fin.
Seulement, il y en a deux autres qui, elles, ne sont pas expliquées.

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Mélanie explique qu'elle a habillé son enfant avec les habits de Lyse-Rose. Or, les habits trouvés sur le nourrisson sont bon marché. Lyse-Rose ne porterait pas d'habits bon marché. C'est une petite faiblesse que l'auteur aurait pu combler.
Quant à l'autre, l'auteur n'explique pas comment Marc et Émilie ont échappé à la tentative de meurtre au gaz. Où étaient-ils? Ils ne pouvaient être qu'avec leurs grands-parents, n'ayant qu'eux au monde...

Quant à la solution de l'énigme, elle n'est pas difficile à trouver... et pourtant, je ne l'avais pas devinée. J'avais trouvé quelque chose, mais pas tout.

Certains personnages paraissent un peu caricaturaux: Léonce pense qu'on peut tout acheter, Émilie est gentille, etc. Cependant, certains personnages surprendront le lecteur. Parmi eux, Malvina. On ne pourra s'empêcher de s'attacher à elle et de la comprendre. D'ailleurs, elle paraît folle, mais est assez lucide quant à elle-même. De plus, elle n'est pas uniquement pétrie de son obsession, obsession à laquelle Grand-Duc et Mathilde la résument.

De petites choses m'ont agacée dans le style de l'auteur. Certaines phrases ont une tournure un peu lourde. D'autre part, les noms propres sont trop souvent répétés, alors qu'un pronom personnel serait davantage approprié.

J'aurais aimé une fin plus développée. Rien n'est bâclé, mais je serais restée davantage en compagnie de ces personnages sympathiques. J'aurais voulu en savoir plus sur l'après.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé. et Isabelle Miller pour les éditions VDB.
Ces deux comédiens sont toujours aussi talentueux.
Je regrette qu'il reste quelques erreurs de lecture.

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