Lecteur : Heuzé José

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jeudi, 23 mai 2013

Ne lâche pas ma main, de Michel Bussi.

Ne lâche pas ma main

L'ouvrage:
Saint-Gilles, île de la réunion, fin mars 2013.
Martial Bellion est en vacances avec sa femme, Liane, et leur fille, Sofa.
Cet après-midi-là, alors que certains touristes paressent à la piscine, Liane remonte dans la chambre d'hôtel. Une heure après, Martial s'inquiète de ne pas la voir redescendre. La jeune femme a disparu. Très vite, certaines preuves accusent Martial. Celui-ci commence par coopérer, puis s'enfuit, emmenant Sofa.

Critique:
J'ai autant apprécié cette lecture que celle de «Un avion sans elle». Et j'ai trouvé à peu près les mêmes défauts.

L'auteur parvient à créer du suspense tout au long du roman. Il y a bien des moments où la tension se fait moins forte, mais il n'y a pas de temps morts.
Dès le départ, j'ai pensé que Martial était innocent. De ce fait, j'ai trouvé un peu gros les moments où l'auteur tentait de fourvoyer son lecteur en écrivant des choses équivoques qui pourraient laisser penser qu'il a tué sa femme. Le procédé est quelque peu déloyal, car énorme, à mon avis. Cependant, il m'a plu de lire des situations où le comportement de Martial (davantage que ses pensées) pouvait être vu comme ambigu. Outre la scène de Liane à la gendarmerie, je pense à tout ce qui arrive à partir du moment où Sofa entend du bruit dans le garage. Je me demandais comment Michel Bussi justifierait tout cela. Il a réussi.
D'autre part, la psychologie des personnages est bien pensée.

Il y a bien des ficelles un peu grosses. Par exemple, lorsque le cadavre est retrouvé, pendant quelques minutes, l'auteur laisse planer le doute, afin que le lecteur croie qu'il s'agit de celui de Liane. Or, je savais tout de suite qui c'était, et j'ai trouvé dommage que le romancier use d'un procédé si grossier. Mais on peut le lui pardonner, car cela dure peu.

On s'attache rapidement aux personnages. Outre Martial et Sofa, j'ai apprécié Christos et Imelda. Le policier semble blasé, mais qui le blâmerait lorsqu'on voit les conditions de vie de chacun.
Quant à Imelda, elle tente de faire de son mieux. Son appétit de vivre, sa droiture, sa finesse (d'esprit, bien sûr), son dynamisme, en font un des personnages forts du roman.
J'ai eu du mal à supporter Aja. D'abord, elle rudoie presque tout le monde. Elle est souvent acariâtre, et fait passer son travail avant sa vie privée. En outre, lorsqu'elle s'accroche à l'affaire, on a l'impression que c'est davantage pour son avancement que pour le bien-être de Sofa. Enfin, elle n'a pas l'air très futé: outre qu'elle reste engluée dans un faux raisonnement pendant longtemps, elle ne trouve quasiment rien. Elle s'arrange un peu à la fin, car elle semble évoluer, mais c'est un personnage peu plaisant, d'une manière générale.

Sofa est peut-être un peu invraisemblable: elle a six ans, semble savoir et comprendre beaucoup de choses, a beaucoup d'endurance... Certes, il est expliqué qu'elle est en avance pour son âge, mais j'avais souvent l'impression qu'elle avait douze ans...

La résolution de l'énigme est banale, mais je ne l'avais pas devinée. L'auteur a su m'emporter dans son histoire au point que je ne parvenais pas à trouver comment tout cela pouvait se résoudre.

J'ai apprécié la polyphonie, même si elle est passagère. J'ai surtout aimé les scènes narrées par Sofa. Outre que l'auteur a su (la plupart du temps) adopter un style enfantin, j'ai aimé me retrouver dans les pensées de l'enfant.
J'ai également aimé que le coeur du problème soit raconté en alternance par deux personnages.

Il y a quelques petites incohérences.

Afficher Attention, je dévoile certaines choses.Masquer Attention, je dévoile certaines choses.

Lorsque Martial vient au rendez-vous fixé par Graziella, portant une simili-Sofa endormie, il est étrange que Graziella, qui pense à tout, ne s'étonne pas de ne pas voir la tête de l'enfant dépassant du drap.
D'autre part, il est un peu gros qu'Eve-Marie ne souhaite pas qu'on parle d'Aloé, expliquant qu'elle veut encore la préserver. En effet, la jeune fille n'a rien à voir avec la noyade d'Alex. J'ai trouvé déloyal de la part de l'auteur de faire comme si quelque chose de grave s'était passé à ce moment-là la concernant. Comme si elle était le coeur d'un terrible secret.
Il est également un peu étrange que le message effacé par Martial sur la portière de la voiture de location réapparaisse au moment où Christos regarde... Je n'ai pas compris à l'aide de quoi Graziella l'avait écrit, mais j'ai trouvé cela léger.

J'ai aimé voir, en arrière-plan, la vie à la Réunion. Je ne savais pas que certaines choses étaient à ce point codifiées, comme par exemple, les noms qu'on donne à chaque catégorie d'habitants. Je serais curieuse de connaître la raison du mot Zoreille pour parler d'un français vivant à la Réunion.

Comme dans «Un avion sans elle», certains prénoms sont trop répétés, à mon avis. Cela alourdit le style. Les comédiens sont parvenus à bien faire passer cela, mais c'est quand même dérangeant.

Remarque annexe:
J'aimerais savoir si «l'inversion thermique» existe vraiment ou si l'auteur a inventé ce phénomène pour son roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé. et Elsa Romano pour les éditions VDB.
J'ai été heureuse de retrouver ces comédiens que j'aime beaucoup. Ils ont su colorer quelque peu les personnages créoles sans leur faire un horrible accent caricatural. José Heuzé a davantage marqué l'accent pour les berceuses, par exemple. Je pense qu'il a eu raison, car il me semble qu'il y a une manière de les dire qui tient à cet accent.
Elsa Romano n'avait pas la partie facile. Elle est parvenue à donner des personnalités différentes à Imelda, Aja, et Sofa. Sa façon d'interpréter l'enfant est bonne, car elle n'exagère pas, tout en prenant une voix enfantine.
J'ai aimé la manière dont les indications (titres de chapitres, lieux, dates, heures) ont été réparties entre les deux comédiens.

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lundi, 15 août 2011

Les secrets de la forêt, de Gilbert Bordes.

Les secrets de la forêt

L'ouvrage:
Le petit village de Villeroy, en Lozère, voit sa paix apparente troublée par les ravages d'une bête inconnue. L'animal défigure des enfants et des adolescents, mais ne les tue pas. Les chasseurs les plus endurcis semblent impuissants. La peur monte, alimentée par de vieilles rancoeurs. On rend tout le monde responsable: les écologistes qui voulurent une réserve naturelle, le centre d'études qui travaille peut-être sur des animaux dangereux, les tziganes que, tout simplement, on ne veut plus voir au village, un peu par racisme, un peu parce qu'ils engendrent la peur, eux aussi.

Le docteur Bertrand Juillet sera mêlé de plus près qu'il ne le voudrait à cette affaire.

Critique:
J'ai souvent été déçue par Gilbert Bordes. J'ai surtout lu ce roman parce que j'aime beaucoup les deux comédiens qui se sont chargés de l'enregistrer. Je dois dire que c'est le meilleur de ceux que j'ai lus écrits par cet auteur. Je ne regrette pas de lui avoir donné sa chance!

D'abord, Gilbert Bordes construit une intrigue solide. Il sait à merveille exploiter événements et ressentis de ses personnages. Peur, haine, racisme, égoïsme, bêtise, guéguerres personnelles, conflits d'intérêt,tout cela s'organise en un cocktail explosif que l'auteur maîtrise parfaitement.
Il y a, parfois, quelques longueurs, notamment quand Maria se ronge les sangs, mais elles ne sont pas trop gênantes.
J'aime beaucoup la moquerie que l'auteur adresse à ceux qui sont tentés de trouver une explication facile au comportement du loup: une bête dressée par un homme défiguré à défigurer les autres. Effectivement, c'est une mauvaise ficelle surexploitée. J'ai aimé que Gilbert Bordes l'écarte d'une pichenette dédaigneuse.

Ce roman oppose savamment l'homme et la nature. La forêt, sa faune, et sa flore sont décrites avec justesse. On a envie de s'arrêter, et à l'instar de certains, de prier les gens de faire attention à la nature, de ne pas l'assujettir à leurs petits désirs mesquins. Outre le fait que l'homme dépend d'elle, elle est si belle... il est apaisant de voir Gianni communier avec elle, et on aimerait que tout se passe toujours ainsi.

Les personnages sont attachants et intéressants.
Comment ne pas comprendre Bertrand Juillet, tiraillé entre remords, culpabilité, chagrin dû à sa perte, et envie d'aimer à nouveau? Certains me diront qu'il est peut-être un peu trop parfait: il prend le temps d'examiner les hypothèses, il est ouvert et tolérant, et en plus, sa souffrance fait qu'on a envie de le protéger. Soit, mais dans tout livre, il faut un «gentil» auquel le lecteur s'identifiera, vers qui il reviendra avec plaisir. Un «gentil» qui lui fera une sorte de repère. De toute façon, sa perfection est éclaboussée, du moins, pour moi, par l'espèce de coup de foudre dont il est victime.

Maria m'a souvent agacée. Je l'ai pourtant comprise. En outre, elle est assez complexe. Déchirée entre une vie qu'elle souhaite heureuse, et ce qu'elle a vécu. En fait, elle m'a surtout ennuyée quand elle se demandait comment vivre avec son passé, etc, parce que cela revenait plusieurs fois. Au fond, je la comprenais, mais la récurrence de ses larmoiements m'a fait tiquer. J'ai apprécié ses réflexions finales. Cela montre un personnage réaliste. Maria sait à quoi s'en tenir. C'est plus vraisemblable qu'un simple «tout est bien qui finit bien». C'est une nuance intelligente. En effet, les romans de Gilbert Bordes n'ont jamais été des romans où tout se termine toujours bien, mais parfois, certaines choses ne sont pas crédibles. Ici, ça l'est.

Quant à Jango, espiègle, roublard, et surtout, cherchant désespérément à être aimé pour lui-même, comment ne pas s'y attacher? Sa psychologie est peut-être un peu facile, et pourtant, je l'ai trouvée terriblement réaliste.

D'autres personnages valent la peine qu'on s'y attarde: Gianni et son père, et même l'oncle de Maria. D'une manière générale, l'écrivain a pris le temps de les creuser, de faire en sorte qu'ils laissent une empreinte dans l'esprit du lecteur.
Et que dire de... la bête? Là encore, le romancier montre que tout n'est pas simple, surtout quand les hommes se mêlent de la nature, de la vie des animaux. La façon dont la bête est analysée est très pertinente. Je ne peux pas en dire plus.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé et Frédérique Ribes pour les éditions VDB.
J'aime beaucoup ces deux comédiens qui allient voix agréables et jeu fin.
J'ai trouvé un peu dommage que José Heuzé prenne des voix à ce point changées pour les gitans, mais ce n'était pas si gênant.
Frédérique Ribes s'en est mieux sortie concernant les voix différentes, mais celles qu'elle devait faire étaient sûrement moins ardues. J'ai aimé sa façon d'interpréter Jango, je pense que cela n'a pas dû être si facile.
Frédérique Ribes prend moins la parole que José Heuzé. C'est dû au fait qu'il y a davantage d'hommes et de passages narratifs les concernant. De ce fait, c'est elle qui annonce les chapitres, et parle lorsqu'on ne sait pas si la personne est un homme ou une femme (par exemple, lorsque c'est quelqu'un qui est parmi la foule).

La musique va bien à l'ambiance du roman, mais j'ai trouvé les passages musicaux trop longs.
Quant à l'habillage sonore, aimant les bruits de la nature, j'ai apprécié d'entendre les oiseaux, d'autres bruits de la forêt, et bien sûr, des grondements furieux lorsqu'on avait affaire à la bête. Cela renforce l'ambiance dans laquelle le lecteur est plongé.

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jeudi, 28 décembre 2006

Juste un coin de ciel bleu, de Gilbert Bordes.

Juste un coin de ciel bleu L'ouvrage:
Aurélien Leconte a la quarantaine. Il est aveugle. Il habite avec son chien, Nestor, dans la maison de sa famille. Depuis que sa mère est morte, il y habite seul. Il adore se disputer avec sa voisine, Marguerite. Ça apporte du piment à sa vie solitaire.
Son frère, Jacques, voudrait vendre la maison familiale, et mettre Aurélien dans un centre pour handicapés. Aurélien s'y refuse. Leurs deux soeurs, Paule et Marie, seraient plutôt d'accord avec Jacques, mais plus par fatalisme que par conviction.
Aurélien décide de contrer les projets de son frère. Il est sûr que s'il va à Lourdes, un miracle aura lieu, et il pourra voir. S'il voit, ses problèmes seront résolus. Il ne devra plus aller dans un centre pour handicapés, et gardera la maison. Il va demander à son ami, François, de l'emmener dans la ville des miracles.

Danielle n'aime plus son mari, Jean-Paul, avec qui elle a eu une fille, Clotilde. Il lui semble même qu'elle ne l'a jamais aimé. Il boit, et cela n'arrange pas ses rapports avec sa femme. Cette fois, c'est sûr, elle va le quitter. Elle va aller s'installer chez son amant, Alain. Seulement, chez Alain, il n'y a pas de place pour les enfants. Danielle doit donc laisser Clotilde chez sa mère, Marguerite.
Clotilde se sent exclue, rejetée. Elle voudrait se faire remarquer. Il faudrait qu'elle fasse une grosse bêtise, pense-t-elle. Là, on la regarderait, elle serait le centre de l'attention.

Critique:
Ce livre ne m'a pas trop plu... Il y a pourtant certaines bonnes choses. Par exemple, la "grosse bêtise" de Clotilde force ses parents à se remettre en question. Ce qu'ils font à la fin est logique. Ils se sont remis en question, ont pris de bonnes résolutions pendant une période de crise, mais vont-ils s'y tenir? Danielle fera-t-elle plus attention à sa fille? Quant à Jean-Paul, il semblerait que sa résolution n'ait pu être tenue... Est-ce parce que quoi qu'il en dise, il avait pris cette résolution en espérant le retour de Danielle?

En outre, il y a un passage amusant, lorsqu'Aurélien devient soudain presque bigot par intérêt, et que François le lui fait remarquer.

Deux personnages trouvent la force de suivre leurs coeurs. Eux sortent vraiment différents des événements qui font le noeud de l'histoire.

Malgré cela, les choses qui m'ont déplu ont été plus fortes que celles sus citées. Par exemple, Aurélien est aveugle, et quand sa mère a essayé de lui trouver une femme, c'était forcément une femme aveugle. Cette façon de penser montre un esprit assez étroit. S'il avait eu un bras cassé, sa femme aurait obligatoirement dû avoir le bras cassé?!
Par ailleurs, il ne voit pas comment est faite une maison, par exemple. Mais il peut l'imaginer. Lorsque Clotilde lui décrit une maison, ce qu'elle dit est logique pour moi. La description qu'en a faite Aurélien était peut-être logique, mais il aurait pu faire celle qu'a faite Clotilde, malgré son handicap.
Pour en finir avec Aurélien, à un moment, il se rend compte qu'en fait, il ne veut pas voir. Il est trop tard, pense-t-il. Il veut rester tel qu'il est. C'est aberrant, de mon point de vue. Pour une personne handicapée, surtout dans notre société, si son handicap pouvait être "guéri", cela lui faciliterait la vie sur bien des points. Je pense donc que la réaction d'Aurélien n'est pas vraisemblable.
Pour moi, l'auteur a donc commis plusieurs maladresses en traitant ce sujet.

Le personnage de Danielle n'est pas sympathique. Elle est centrée sur elle-même: la pauvre petite Danielle dont le mari boit. Elle ne pouvait pas faire autrement qu'abandonner sa fille. elle n'avait pas d'autre choix, pauvre d'elle.
Jacques non plus n'est pas sympathique, mais il est caricatural. On n'arrive pas à le détester tellement il est cliché.

Encore un livre qui n'a pas vraiment su m'émouvoir. Il n'est pas mauvais, mais pas indispensable.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé et Véronique Groux de Mieri pour les éditions VDB.

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lundi, 20 novembre 2006

Innocent, d'Harlan Coben.

Innocent L'ouvrage:
Lorsqu'il était universitaire, Matt Hunter a commis un meurtre. Il s'est mêlé à une bagarre, et ça a mal tourné. Matt a purgé sa peine de prison.
Il est maintenant marié avec Olivia. Tous les deux s'aiment passionnément. Il est assistant juridique dans le cabinet où son frère, Bernie, était avocat. Depuis la mort de ce dernier, Matt essaie de le remplacer tant bien que mal auprès de ses neveux, Paul et Ethan.

Un jour où sa femme est en voyage d'affaires, Matt reçoit une photo d'elle sur son téléphone portable. La photo a été envoyée du téléphone d'Olivia. Elle est dans une chambre d'hôtel, portant une perruque blond platine, et semblant très proche d'un homme...

Loren Muse est femme policier. Elle se voit confier une enquête par la mère supérieure du couvent rattaché à l'école catholique Sainte Margaret, où elle a fait une partie de ses études: élucider la mort de la soeur Mary-Rose. Ses trouvailles la conduisent jusqu'à Matt. Elle le suspecte tout de suite.

Critique:
Dans l'ensemble, le livre est un bon thriller. Il m'a semblé lire un puzzle. En général, Harlan Coben procède ainsi: il raconte des faits, et tout se recoupe à la fin. Mais avec "Innocent", cette impression a été encore plus forte.

Bien sûr, on est un peu agacé, car les soupçons se portent très vite sur Matt: il a fait de la prison, et en plus, la photo reçue sur son portable l'a poussé à bout.
Ensuite, les soupçons se portent sur Olivia... C'est un peu moins agaçant, mais ça montre que la police ne cherche pas trop loin.

Heureusement, ce désagrément est comblé par de bonnes idées, et des personnages qui ne peuvent que nous toucher.
Des gens comme vous et moi naissent au mauvais endroit au mauvais moment, rencontrent les mauvaises personnes. Ces gens se retrouvent embarqués dans quelque chose qui les dépasse, à cause d'un sale type violent et avide d'argent.

On retrouve, comme dans "Une chance de trop", le thème de l'amitié. Une très forte amitié peut avoir des conséquences néfastes. Ici, elle a détruit un personnage qui avait confiance en cette amitié, et qui, soudain, a perdu tous ses repères. Cela fait que certaines actions n'ont pas l'air d'être manichéennes. L'implication psychologique est d'autant plus forte.

Je recommande ce roman qui est un bon thriller aux rebondissements terrifiants.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé et Véronique Groux de Mieri pour les éditions VDB.

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jeudi, 16 juin 2005

Une chance de trop, d'Harlan Coben.

Une chance de trop L'ouvrage:
Un matin comme les autres. Marc Seidman se fait tirer dessus dans sa propre maison. Il est laissé pour mort. Il se réveille, douze jours plus tard, à l'hôpital. Lorsqu'on lui demande comment s'est passée l'agression, il se rappelle juste qu'il était en train de manger une barre de céréales devant l'évier, puis plus rien avant le réveil à l'hôpital. Il a tout oublié de l'agression. Il a effacé les événements de sa mémoire. On pense qu'il fait un blocage. Marc va devoir faire face aux conséquences de cette agression: sa femme, Monica, est morte, et sa fille de 6 mois, Tara, a disparu. De plus, Marc était sûr que Monica était habillée d'un chemisier rouge et d'un jean, le matin de l'agression. Or, les policiers l'ont découverte nue, et n'ont retrouvé aucune trace de ses vêtements.

Le père de Monica étant riche, on ne tarde pas à demander une rançon à Marc. Bien sûr, il ne doit pas prévenir la police. Sur les conseils de son ami et avocat, il le fait quand même. Malgré la discrétion des policiers, les ravisseurs les repèrent. Ils affirment qu'ils ont un informateur qui les a mis au courant. Ils s'évanouissent dans la nature sans rendre la petite Tara. Mais cela ne fait que commencer...

Critique:
C'est un très bon thriller, malgré certaines ficelles un peu faciles, certains thèmes déjà explorés plusieurs fois. Par exemple, les policiers ne tardent pas à soupçonner Marc d'être à l'origine de toute l'affaire, l'accusant de vouloir extorquer de l'argent à son beau-père. C'est une ficelle assez classique: les policiers soupçonnent le personnage principal, qui essaie de s'en sortir seul, en menant sa propre enquête afin de faire triompher la justice aussi bien à son égard qu'à celui des victimes. Et les policiers lui mettent des bâtons dans les roues au lieu de l'aider. Heureusement, cette ficelle n'est pas trop mal exploitée: on sent les dents du piège se refermer sur Marc, et même si le lecteur aguerri et averti de thrillers et de polars connaît cette ficelle et la trouve un peu éculée, il ne peut s'empêcher de ressentir la tension de ces soupçons. En outre, si la police est si soupçonneuse envers Marc, pourquoi n'utilise-t-elle pas un autre topos du genre: l'hypnose? En effet, le lecteur (du moins moi), se demande pourquoi Marc ou la police ne suggère pas cette méthode qui débloquerait la mémoire de Mark. Le lecteur se doute donc qu'Harlan Coben fait exprès de ne pas proposer l'hypnose. Elle aurait peut-être révélé quelque chose que le lecteur aurait sans doute su interpréter, et Harlan Coben ne pouvait pas se permettre cela avant la fin. C'est également une petite faiblesse de la trame.
Ensuite, l'auteur change de suspect. La police, prend tout de même en compte le fait que Marc a bien failli mourir de cette agression. Ils suspectent son ex petite amie, Rachel Mils, d'être dans le coup avec lui, ou même d'avoir tout organisé toute seule... Le fait que Rachel soit la nouvelle accusée est également assez classique, et le lecteur est un peu exaspéré.

De plus, l'activité à laquelle se livrent Lydia et Echi est également un thème souvent rebattu dans les thrillers. Leur psychologie est également assez simpliste et pas vraiment nouvelle.

Cependant, l'auteur entoure l'affaire de mystères, et complique le tout en faisant se croiser plusieurs faits. Par ailleurs, vers la fin, les choses se précipitent, et Marc fait plusieurs découvertes surprenantes. Tout se met en place, et le lecteur est complètement immergé dans cette attente fébrile engendrée par les bons thrillers. La dernière découverte complique encore les choses. L'auteur réussit un tour de force en nous confrontant à un dilemme psychologique particulier. Que ferions-nous à la place de tel personnage? Qu'aurions-nous fait à la place de tel autre?...

Donc, si le livre traîne un peu, par moments, ressort des topoi du genre, et finalement, nous dévoile une histoire assez banale, c'est un très bon thriller où la peur, le suspense et l'angoisse sont au rendez-vous. J'espère ne pas trop en avoir dit, et que rien ne laisse deviner les découvertes que fera Marc.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par José Heuzé pour les éditions VDB.

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