Lecteur : Herry Viviane

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mardi, 28 juin 2011

Ne marche pas si tu peux danser, d'Anne Van Stappen.

Ne marche pas si tu peux danser

L'ouvrage:
Sophia a trente-deux ans. Elle a grandi sans connaître son père. Son travail ne la satisfait pas vraiment. Son couple non plus. C'est à ce tournant de sa vie qu'elle se met à écouter les conseils du propriétaire de son immeuble, Mathéo, un ancien psychologue. Il prône l'empathie, l'ouverture d'esprit, la liberté d'être soi.

Un soir, en regardant un reportage, Valentina tombe sur l'interview d'un pilote qui ressemble étrangement à l'homme qui fut son seul véritable amour. Elle décide d'entreprendre des recherches.

Critique:
Voici un livre que je recommande d'abord pour son optimisme. Le personnage de Mathéo fait un peu figure de sage, et les conseils qu'il donne sont bons à prendre. Ils forcent les gens à s'arrêter, à réfléchir, à se remettre en question, ainsi que leur vie. Pour moi, ces conseils tombent sous le sens. En effet, je mets déjà tout cela en pratique: l'empathie, la discussion (avec ceux qui en valent la peine, et ne sont pas bornés), etc. J'ai même trouvé que l'auteur y allait un peu fort, avec des sabots un peu gros. D'abord, elle répète certaines choses. Ensuite, on ne peut pas toujours voir le côté positif partout. Malgré la façon de voir de Mathéo, je ne suis pas ravie de payer des impôts. ;-) Lui non plus, mais il essaie de prendre cela de la façon la plus positive.
D'autre part, je sais que beaucoup de gens ne font pas cela. Je suis toujours surprise de découvrir à quel point certains sont incapables d'empathie. Il y en a aussi qui souffrent de leurs situations (vie privée, travail, etc), et préfèrent envier les autres, sans vraiment savoir ce qu'ils vivent, au lieu de se demander s'ils ne pourraient pas changer certaines choses. Bien sûr, tout le monde ne peut pas faire ce que fera Sophia dans la boîte où elle travaille. Mais quand on n'est pas heureux en couple, par exemple, je ne saurais trop conseiller aux gens de faire comme Mathéo, Valentina, et Sophia. À ce propos, je dédie le chapitre 48 à tous ceux qui s'entortillent dans des relations qui ne les satisfont pas, et à la blogueuse qui tient le magazine Bleue et Violette. En effet, j'avais eu une discussion avec elle, et je n'avais pas réussi à lui faire comprendre ce qui est dit au chapitre 48. Du coup, j'ai l'impression qu'elle voit toute relation sérieuse comme quelque chose d'horrible qui l'empêchera d'être elle-même.

À travers ses personnages, l'auteur exprime bien certaines peurs. Elle les analyse, les explore, donne des pistes de réflexion... tout ceci avec bonne humeur et tonus. Pour une fois, je ne râlerai pas quant à l'histoire d'amour qui ressemble un peu à un coup de foudre. D'abord, les protagonistes se rencontrent plusieurs fois avant de sortir ensemble. Ensuite, ces rencontres sont toujours placées sous le signe de l'humour, du moins pour le lecteur!

J'aime bien l'idée de Sophia pour essayer d'aider les enfants de prisonniers à s'en sortir. Je ne sais pas si ce genre de choses peut réellement avoir un impact psychologique, mais c'est une idée sympathique, et au moins, elle fait quelque chose d'original et d'altruiste.
Dans le même ordre d'idées, il y a Miguel qui tentent de sortir des enfants défavorisés de leur condition, mais qui se pose des questions quant au bien-fondé de ses actes. Je trouve tout cela très humain, et c'est justement ce qui se perd dans notre société.

J'adore James, le chien de Sophia! Ses monologues intérieurs sont très amusants, tout en véhiculant certaines vérités... L'auteur a eu une riche idée de le faire «s'exprimer».

J'avoue avoir été déçue par une petite chose qui, pour moi, a un peu cassé l'image que je me faisais de Miguel. J'ai trouvé cela un peu facile. Mais étant donné la décision d'un personnage, et ce qui s'esquisse à la fin, cette chose que je n'ai pas aimée restera à l'état embryonnaire.

Éditeur: Jouvence.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.
J'aime beaucoup cette lectrice qui a une voix et un ton agréables. Ici, outre son jeu habituel, j'ai beaucoup apprécié la façon dont elle interprète James.
Je trouve dommage qu'il reste quelques erreurs de lecture.
En outre, si au début, elle prononce bien Miguel, après, elle se met à dire «Migouel» ou «Migühel», ce qui m'a écorché les oreilles. Je ne sais pas pourquoi elle s'est soudain mise à mal le prononcer...

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lundi, 8 novembre 2010

Murkmere, de Patricia Elliott.

Murkmere

Note: J'ai classé cet ouvrage dans «fantastique», car l'élément central du roman est la possibilité qu'a l'un des personnages de se transformer en oiseau. Cependant, le fantastique ne domine pas.

L'ouvrage:
Agnès Cutter va travailler à Murkmere en tant que demoiselle de compagnie de Leah, la jeune fille du domaine. Élisa, la mère d'Agnès, a été gouvernante à Murkmere.

Dès le départ, Leah se montre capricieuse et provocante. Elle rejette Agnès qu'on lui impose. En effet, le père de Leah et l'intendant ont demandé à Agnès de surveiller l'adolescente qui s'éloigne parfois du domaine, et se rend près de l'étang.

Critique:
Le plus important, dans ce roman, c'est qu'il aborde avec subtilité le thème de la différence. Il décline ce thème de plusieurs façons. Leah est le coeur de ce thème. En apparence, elle est différente parce qu'elle est double (elle peut se transformer en cygne). Cela paraît un peu gros, dit comme ça, mais l'auteur ne s'arrête pas à cela. Elle choisit une différence flagrante, et en montre les conséquences: intolérance engendrée par la peur, incompréhension, refus d'accepter... Tout cela est très bien exploité et finement décrit, ainsi que le thème de la liberté, représenté par l'envol de l'oiseau, par la machine volante que garde le père de Leah. Cette machine symbolise à la fois la liberté souhaitée (elle vole), et l'impossibilité de saisir cette liberté (il faut plusieurs hommes pour la déplacer, car elle est gardée dans une pièce fermée, et ne fera jamais ce pour quoi elle est faite).

Le personnage de Leah est également intéressant. Au début, elle semble être une peste, mais quand on se donne la peine de creuser, elle est bien plus complexe. Elle est solitaire par la force des choses, avisée, a un fort caractère, et peut entrer dans des colères noires, colères que le lecteur comprend. Dans un monde régi par la superstition que les puissants font régner afin de mieux assujettir ceux qui y croient, Leah est une bouffée d'oxygène: elle cherche à comprendre, se moque des signes et des superstitions. La scène où elle fait enrager Agnès en lui prenant son talisman est représentative: au premier abord, Leah a l'air d'une sale gamine dont le but est de terroriser sa nouvelle demoiselle de compagnie. En fait, elle fait cela pour forcer Agnès à réfléchir.

Le personnage d'Agnès est également intéressant à étudier. Comme elle le souligne elle-même, elle évolue au cours du roman. Elle croit aux superstitions, mais elle apprend de ses erreurs, et se rend compte qu'il ne suffit pas d'être beau pour être bon. Tous ses actes sont guidés par le désir de bien faire. Ainsi, lorsqu'elle détruit la peau de cygne, le lecteur comprendra le désespoir de Leah (trop choquée pour accepter les motivations d'Agnès), et celui d'Agnès, qui agit par amitié, mais dont l'amitié n'est pas encore assez forte pour lui faire admettre ce qu'elle finira par comprendre: c'est à Leah de choisir sa vie, Leah doit être libre. Agnès ne comprend pas pourquoi son amie choisirait d'être un cygne, mais elle accepte ce choix si cela peut rendre Leah heureuse.

Le livre souffre bien de quelques longueurs, mais on les pardonnera volontiers à l'auteur qui sait créer une ambiance et une intrigue dans lesquelles on se plonge avec grand intérêt.

Éditeur: Casterman.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.

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lundi, 5 janvier 2009

Les brumes de San Francisco, de Paul Couturiau.

Les brumes de San Francisco

L'ouvrage:
Les années 1840.
Catherine est jeune, mais elle sait ce qu'elle veut. Elle refuse absolument d'épouser celui que son père lui destine. Elle désire épouser Eugène Tourneur, un journaliste. Elle décide de fuir la France avec lui. Des rêves plein la tête, ils embarquent pour l'Amérique, immense pays regorgeant de terres encore inexplorées, et, pensent-ils, de possibilités innombrables de faire fortune.
Ils se marient. Bientôt, Catherine donne naissance à un enfant, Thomas. Mais San Francisco, ville où ils sont établis, n'est pas uniquement le pays de Cocagne auquel ils s'attendaient.

Critique:
À défaut de m'avoir vraiment plu, on peut reconnaître une qualité indéniable à ce roman, qualité que je recherche, et ne trouve pas assez souvent dans mes nombreuses lectures: il est réaliste. Catherine ne tombe pas amoureuse du premier gentil garçon venu, comme c'est trop souvent le cas, dans les romans.
Par ailleurs, les personnages agissent selon leurs convictions, leur coeur, se basent sur leur passé pour construire leur futur. Tout cela fait qu'ils sont épais et construits. Bien sûr, certains, comme Catherine, nous semblent implacables, aveuglés par la haine, mais elle n'est pas du tout caricaturale, son personnage est crédible.
Lorsqu'on finit par apprendre la vérité sur ce qui est arrivé à Eugène et à Thomas, l'auteur accomplit le tour de force de nous faire ressentir de la pitié pour celui qui commit ces actes barbares. Cela prouve encore une fois que le contexte, les circonstances, et surtout (comme je ne cesse de le répéter dans beaucoup de situations), le facteur humain sont les plus importants. Mais on comprend aussi la détermination de Catherine qui a passé son existence à essayer de survivre, et dont la haine était la seule raison d'être.

L'aspect qui m'a le plus dérangée ravira, j'en suis sûre, certains lecteurs. En fait, sur environ 60 ans, Paul Couturiau nous dépeint l'évolution de la ville. Son roman est tellement émaillé de faits divers et de descriptions, que cela en ferait presque un documentaire historique. Tous ces détails sur l'expansion et les événements de la ville sont captivants, surtout que l'Amérique en était à ses débuts en tant que pays "civilisé", mais je me suis trouvée noyée sous un flot de détails. Voilà pourquoi je pense que ce qui m'a rebutée en enchantera d'autres, car j'ai conscience que l'auteur s'est documenté, et a construit son livre avec une minutie rare. Il y a un contraste fascinant entre les endroits encore "sauvages" où les expéditions se perdent, et cette ville en plein essor où les tremblements de terre se déchaînent, où on n'hésite pas à commettre des atrocités, et où tout se développe. On ressent très bien le choc entre la "civilisation" et la "nature".

C'est l'une des rares fois où un livre n'a pas su me toucher, mais où je reconnais que c'est un bon ouvrage, ouvrage que je recommande, en fin de compte! ;-)

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Viviane Herry pour la Ligue Braille.

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