Les cerfs-volants de Kaboul

L'ouvrage:
Amir et Hassan sont frères de lait. Ils ont grandi ensemble. Pourtant, ils viennent de deux mondes différents. Amir est le fils d'un riche commerçant Pachtoune, Hassan est celui du domestique Hazara. Hassan est donc le domestique d'Amir. Les deux enfants jouent souvent ensemble. Amir profite de sa position pour se moquer d'Hassan. Hassan n'est que bonté et loyauté envers Amir. Il pardonne volontiers ses moqueries.

Un jour, alors qu'Amir a douze ans et Hassan onze, tout bascule. Quelque chose arrive, et cette chose scelle le destin des deux enfants en leur volant leur enfance.

Critique:
J'ai lu et entendu des commentaires extrêmement élogieux sur cet ouvrage. Au risque de déplaire à certains, je serai un peu plus réservée.

Au début, j'ai été enthousiasmée, car l'auteur plante très bien le décor. En outre, les deux personnages principaux sont attachants. On en veut à Amir de se moquer d'Hassan, mais on pense aussi que c'est humain. En outre, rien n'est manichéen: Amir a des relations difficiles avec son père. Tous deux ne se comprennent pas. Aux yeux de son père, Amir est trop sensible. Amir sait tout cela. Parfois, il pressent que son père lui préfère Hassan. C'est là qu'advient l'événement qui plonge les enfants dans un cauchemar sans fin. Et c'est ici que le lecteur se demande ce qu'il aurait fait à la place d'Amir. Son acte est inexcusable, mais explicable. D'abord, il n'était qu'un enfant. Ensuite, il désire tant être aimé de son père qu'il fait passer son intérêt avant le fait que quelqu'un est torturé par un sadique. Et comme c'est un enfant, et qu'il a envie d'y croire, il simplifie à l'extrême: si ça se passe comme ça, mon père m'aimera, donc je dois faire en sorte que ça se passe comme ça.
Néanmoins, sa conduite après l'événement est inacceptable. Il s'en veut, et réagit à cela de la manière la plus odieuse qui soit, car il ne supporte pas d'avoir tous les jours, devant lui, la preuve de son acte irréparable, un reproche vivant qui crie sa détresse en silence.

Malgré ces personnages complexes, d'autres choses ont gâché ma lecture. D'abord, le personnage d'Hassan est trop gentil, trop loyal. Il ne se révolte pas. C'est d'ailleurs cette inertie qui exaspère Amir, et fait qu'il l'accable encore et encore.
D'autre part, il y a une incohérence flagrante. (ATTENTION! Je dévoile une partie de l'intrigue. Si vous n'avez pas lu le livre, ne lisez pas la fin du paragraphe.) Dans sa lettre à Amir, Hassan explique qu'il ne fait absolument rien pour attiser la haine des talibans. C'est compréhensible et sage de sa part. Et ensuite, lorsque les talibans lui ordonne de quitter la maison de Rahim Khan, il proteste. Bien sûr, sa famille et lui se retrouvaient sans toit, mais ils auraient pu retourner là où ils habitaient avant. Non seulement c'est une incohérence, mais cela donne lieu à la mort d'Hassan et de sa femme. Cela donne à l'auteur la possibilité de faire en sorte qu'Amir revienne à Kaboul pour adopter Sohrab. Pourquoi Rahim Khan n'a-t-il pas rappelé Amir avant? Sachant ce qui s'était passé, sachant qu'Hassan voulait revoir Amir, pourquoi ne l'a-t-il pas rappelé avant? Cette réunion impossible entre Hassan et Amir a été source de frustration pour moi.

Ce que j'appelle arbitrairement la deuxième partie du livre m'a moins plu. Il est un peu invraisemblable qu'Amir retrouve Assef, et que Sohrab agisse comme le fit son père. D'une manière générale, Sohrab et son histoire ressemblent trop à Hassan et à son histoire... En outre, même si la fin est une note d'espoir, trop de choses se sont passées. Les personnages iront de l'avant, et c'est une bonne chose, mais certains ont subi trop de dommages.

Enfin, deux attitudes sont comparées, à un moment. L'attitude de deux personnes face à la mauvaise action qu'ils ont commise. Amir refuse qu'Hassan lui rappelle son acte, et donc, ne veut plus le voir; le père d'Amir se repent, et tente de faire le bien autour de lui. Soit. Seulement, l'acte du père d'Amir est, en un sens, pire que celui qu'a commis Amir. J'ai parlé plus haut de ce qui pouvait expliquer l'acte d'Amir. Celui de son père est non seulement inexcusable, mais en plus inexplicable. Voilà une belle manière de pleurer sa femme et de respecter la loyauté de son domestique. Heureusement qu'il a passé sa vie à tenter de faire le bien pour expier!

Si vous voulez lire un livre exprimant de forts sentiments, parlant de personnages complexes, choisissez plutôt «L'hibiscus pourpre», de Chimamanda Ngozi Adichie. Il y a moins d'invraisemblances.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Germaine Herbignat pour la Ligue Braille.

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