Talk talk

L'ouvrage:
Ce matin-là, Dana est en retard. Elle grille un stop, et est interpellée par la police. C'est alors qu'elle est arrêtée. C'est avec effroi qu'elle apprend qu'elle est recherchée pour une multitudes d'infractions, majoritairement des impayés. Mais Dana n'a pas commis ce dont on l'accuse. Elle est victime d'une usurpation d'identité.

Critique:
L'idée de départ est très bonne. Le lecteur est tout de suite captivé par les événements racontés et la façon dont ils le sont. En effet, Tom Coraghessan Boyle use d'un style précis, posé, pondéré...
Le lecteur suivra tout cela avec attention, et sera effrayé de voir à quel point il est facile d'usurper l'identité d'un honnête citoyen.
On découvre avec intérêt comment fonctionne la machine judiciaire dans ce cas-là, la bêtise de certains (voir le patron de Dana), etc.

Malheureusement, le livre est inégal. Au fur et à mesure de l'avancée, l'intrigue traîne, les personnages agissent un peu n'importe comment... Cela gâche le roman. Il est très gros, et cette épaisseur n'est pas justifiée. Si au départ, l'auteur prend le temps de planter un décor et d'exposer ses personnages, ensuite, il fait du remplissage.
En outre, il n'y a pas vraiment de fin... On me dira que c'est plus logique, mais pour moi, ça fait plutôt bâclé, car rien n'est réglé, et on constate l'impuissance de la police.

Dana et Bridger sont des personnages intéressants. On comprend leur désarroi, leur panique, leur besoin de faire justice. Ils m'ont cependant agacée à prendre des décisions malheureuses, à se renvoyer la balle à cause de cela... On peut comprendre qu'ils soient déboussolés et s'en prennent aux mauvaises personnes, mais là, c'était exagéré, et trop souvent.
Quant au personnage de l'usurpateur, je l'aurais préféré nuancé. Là, c'est une espèce de malade, qui ne connaît que la violence, ne se remet jamais en question... On me dira que c'est normal puisque c'est un parasite. Soit, mais il aurait peut-être été intéressant qu'il soit plus perdu que fou.

Dana est sourde. L'auteur décrit avec justesse un univers (des contraintes, des façons de faire, d'appréhender le monde) dont des personnes qui entendent n'ont pas forcément conscience, ou dont elles ne prennent pas la mesure. Ne connaissant personne atteint de surdité, je ne peux pas corroborer ou infirmer les dires de l'auteur, mais tout ce qu'il dit me semble bien pensé.
Une chose m'a tout de même choquée, mais pas de la part de l'auteur, car je pense qu'il parle «d'expérience». À un moment, Bridger demande à Dana pourquoi elle ne veut pas d'implants. Son premier argument est tout à fait compréhensible et légitime: elle a peur de la dangerosité de l'opération. Mais ensuite, elle dit que si c'était possible, elle ne le ferait pas, de peur du changement. Apparemment, ce serait un argument récurrent. Il me déçoit. Si j'avais la possibilité de me débarrasser de mon handicap sans danger, je le ferais tout de suite!!!

Éditeur: Bernard Grasset.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Robert Hellinckx pour la Ligue Braille.

Acheter « Talk talk » sur Amazon