La forêt des mânes

L'ouvrage:
Jeanne Korowa est juge d'instruction. À cette période de sa vie, elle est désœuvrée. Elle sort d'une relation difficile qui, à ses yeux, n'est pas terminée. Elle s'accroche à Thomas qui ne veut plus d'elle. Elle se sent seule. Elle ferait tout pour récupérer Thomas. Voulant connaître ses pensées et les événements de sa vie sans elle, elle fait mettre le cabinet de son psychiatre sur écoute illégalement, et le soir, se passe les enregistrements de ses séances. Elle écoute aussi les autres patients. C'est ainsi qu'elle découvre un patient qui pourrait bien être dangereux pour la société.

En parallèle, la jeune femme enquête sur des meurtres commis par un tueur cannibale.

Critique:
J'avais déjà été déçue par «Miséréré». Je pense vraiment que Jean-Christophe Grangé commence à s'essouffler... ou bien qu'il sort un bon roman tous les trois ou quatre livres. En effet, mes préférés sont «Le vol des cigognes» (mais il est hors-concours, car il fait partie de mes premiers thrillers, et je ne m'en souviens pas assez pour dire si je le trouverais bon aujourd'hui), «Les rivières pourpres», et «Le serment des limbes». Pour moi, ces romans sont les plus réussis.

Ici, on trouve encore des thèmes chers à l'auteur, et donc récurrents. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose lorsque c'est bien exploité, et qu'il y a d'intéressantes variations. Mais dans ce roman, ça m'a semblé être du répété. C'était le même air joué sur un autre ton.
On retrouve donc les meurtres avec des tonnes de violence, du spectaculaire... L'auteur en fait tellement sur ce plan-là que ce n'est même plus effrayant. Au théâtre, on dirait que Jean-Christophe Grangé cabotine.
On retrouve encore et toujours le thème de la personne qui enquête seule et illégalement, et qui, en plus, est plus forte que tous les autres. Ce thème est vraiment agaçant, car il rend l'histoire peu crédible. Pourquoi le héros serait-il plus intelligent, plus fort que les autres. Ses motivations sont puissantes, soit, mais les autres font quand même leur travail. Moralité: tout le monde est incompétent, sauf les héros de Jean-Christophe Grangé.
Revient aussi le thème de l'enfance tourmenté. Ici, il est bien exploité, même si certaines choses sont un peu prévisibles.

La trame est assez prévisible, car elle est également récurrente. On prévoit facilement ce que va faire Jeanne parce que l'intrigue est agencée à peu près comme dans d'autres romans de Jean-Christophe Grangé.
On devine aussi certaines choses. On sait rapidement que les deux affaires sont liées. On sait que la chanson a à voir avec un traumatisme qu'aurait vécu l'enfant, ou du moins, un moment très marquant de sa vie. Lorsqu'il a été question d'Amérique du Sud, j'ai deviné qu'une partie de l'histoire aurait à voir avec la guerre d'Argentine.
Le livre est très long, comme tous les romans de Grangé, et il traîne beaucoup. C'est aussi ce qui lui fait perdre de sa force. Tout est trop dilué. Je ne sais pas pourquoi certains auteurs pensent qu'un bon livre est obligatoirement long. En fait, un bon livre est un livre avec lequel on ne s'ennuie pas, qu'il fasse cent ou huit-cent pages.

Cependant, l'auteur nous réserve quelques surprises. Je n'avais pas deviné comment il se pouvait que Jeanne ait vu quelqu'un lutter avec François, et qu'on n'ait pas retrouvé le cadavre de son adversaire.
Je n'ai pas deviné le retournement de situation final quant à Joachim. (Ceux qui ont lu le livre comprendront.) L'auteur a donc bien amené cette ficelle, mais c'est un peu gros. L'auteur nous sort ce coup de théâtre de sa manche, et c'est vrai qu'il arrive à nous surprendre, mais avec le recul, ce n'est pas très vraisemblable.
Les explications données sur l'autisme sont intéressantes. Je savais quelques petites choses, mais j'en ai appris un peu plus grâce à Jean-Christophe Grangé.
Je n'avais pas deviné non plus comment il se faisait qu'un peuple semblant dater de plusieurs siècles, un peuple qui aurait dû avoir disparu aujourd'hui, existe encore. La solution, une fois qu'elle nous est donnée, est pourtant simple.

Les personnages ne m'ont pas vraiment convaincue. Je comprends que Jeanne veuille enquêter pour tromper sa solitude et venger la mort de son ami, mais elle ne me paraît pas très épaisse. Quant aux autres, ils ne font que passer. Il y a bien sûr le personnage de Joachim, mais son histoire étant terrible, sa psychologie est fouillée mais prévisible.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Haziza pour les éditions Audiolib.
La lectrice a une voix agréable. Elle a bien interprété ce roman. Je vais pinailler en disant qu'elle fait presque illusion en espagnol. Sa seule erreur: prononcer les «V» «V» au lieu de demi-«B».
J'ai noté qu'il y avait moins de musiques (il y en a au début, entre les trois parties, à la fin, mais pas entre les chapitres), pour moi, c'est un progrès. Malheureusement, le titre a été présenté de manière grandiloquente, ce qui pour moi, n'est pas naturel. Comme ce n'est pas le cas de tous les romans édités par les éditions Audiolib, je suppose que ça dépend de celui qui dirige l'enregistrement.

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