La petite

L'ouvrage:
Elle a douze ans. Ce matin, elle a pris tous les somnifères qu'elle a trouvés. Il lui a fallu cinq verres d'eau pour tout avaler. Elle est déterminée. Elle luttera pour ne pas s'endormir, pour qu'on sache le plus tard possible.

Critique:
Voilà l'histoire d'une petite fille pour qui, bien sûr, on éprouvera de la compassion, mais parfois un peu d'exaspération. Elle explique simplement un malentendu qui, à force d'être entretenu, a grandi. Elle raconte l'habitude qu'elle a prise de tout garder en elle. Elle dit comment elle a perdu confiance en tous, comment ils ont accepté qu'elle s'efface. Elle montre comment ses timides et maladroites tentatives pour changer le cours des choses ont échoué.

C'est un portrait touchant où rien n'est manichéen. Ce n'est pas la méchante famille contre la pauvre petite. C'est une série de non-dits qui ont conduit à cela. C'est encore un rappel que la communication n'a pas de prix.
On imagine bien cette enfant se débattant, se sentant seule, ne parvenant pas à se faire comprendre, renonçant, devenant secrète par nécessité, finissant par penser qu'elle ne pouvait plus supporter cette indifférence supposée.
La fillette paraît fragile et effacée. En fait, elle est très forte. D'abord, elle prend les choses de la seule manière qu'elle connaisse. Puis, un changement s'opère en elle. Je n'ai pu qu'admirer cette force intérieure, cette intelligence du coeur, cette capacité incroyable à se remettre en question, cette maturité acquise à force de longues errances mentales.

Deux ou trois petites choses enlèvent de la force à ce texte. Parfois, l'auteur choisit des exemples extrêmes pour expliquer l'incompréhension dont son héroïne est victime. Par exemple, lorsqu'elle imite Victor Hugo sans le savoir, la réaction du professeur est complètement disproportionnée. Une élève qui imite, consciemment ou non, un auteur alors que sa rédaction a été faite en classe, cela n'est pas répréhensible. À l'inverse de l'enseignante, j'aurais été ravie que l'enfant connaisse Victor Hugo, et sache s'en resservir pour une ou deux phrases de son écrit.
Idem pour l'oncle qui lui confie son enfant à garder, et se met dans tous ses états, l'accusant de tous les maux, parce que le bébé pleure... Pareil en ce qui concerne l'incommensurable mépris qu'elle a éveillé chez sa tante, juste parce qu'elle s'est coupé une mèche de cheveux. Ces exemples disproportionnés font que j'ai été quelque peu exaspérée, comme si toute sa vie, elle n'avait eu affaire qu'à des idiots incapables de réflexion.

L'histoire est racontée simplement, sans fioritures. La narratrice a dépassé le stade de la colère ou de l'auto-apitoiement. Nulle rancoeur dans sa façon de dire les choses. Aucun excès dans ces pages. Pour autant, elle ne prend pas de distance, ne raconte pas cela froidement. C'est de manière fluide et posée qu'elle évoque ses déboires.

La fin surprendra. Ce livre, même s'il aborde des thèmes toujours d'actualité, aurait pu n'être qu'une banale histoire, comme on en trouve malheureusement trop souvent. Seulement, la limpidité du texte, la personnalité de son héroïne, et la manière dont tournent les choses, en font un livre à part.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michèle Halberstadt. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.
L'auteur a une voix agréable, et sa façon de lire va très bien à son texte. Elle semble faire une confidence au lecteur. Parfois, sa voix se fait un peu chuchotante comme pour accentuer cela. Elle met le ton approprié pour que le lecteur ressente le désarroi de l'enfant, mais n'en fait pas trop, ne tombe pas dans le larmoyant.

Acheter « La petite » en audio sur Amazon

Acheter « La petite » sur Amazon