Personnages désespérés

L'ouvrage:
Ce soir-là, Sophie Bentwood nourrit un chat errant. Elle le caresse et il griffe et mord sa main gauche.
Quant à Otto, son mari, il lui explique que son ami et associé, Charlie, ne travaillera plus avec lui, désormais, car ils sont en désaccord.

Critique:
Au premier abord, on pourrait penser qu'il ne se passe pas grand-chose dans ce roman. Nous suivons le couple pendant quelques jours. L'auteur décrit leur quotidien, leur manière de le gérer, de réagir les uns par rapport aux autres, aux événements. On les voit côtoyant leurs amis.
Les relations de ce couple sont bien analysées par l'auteur. Il s'aime encore (certains de leurs actes le prouvent), mais la vie et le caractère de chacun a teinté cet amour de petites rancoeurs, d'un peu d'amertume. Sophie se prend même à regretter qu'une certaine chose ne se soit pas prolongée, chose qui ne serait peut-être pas arrivée si leur couple avait été plus solide.

Le narrateur est omniscient, mais adopte souvent le point de vue de Sophie. Le lecteur sait parfois comment Otto appréhende les choses, mais il reste plus mystérieux que sa femme. Il semble plus rigide, plus froid, plus assuré, comme blasé. Parfois, il a des réactions de personne lambda. Il est même un peu étrange que sa «rupture» avec Charlie ne semble pas l'affecter. Peut-être, au fond, pense-t-il la même chose que Ruth, l'épouse de Charlie, alors que Sophie et Charlie voient cet événement de manière plus dramatique.

L'affaire Charlie et celle du chat sont comme des rengaines tout au long du roman. C'est d'ailleurs des éléments de ces deux «affaires» qui le clôturent.
À travers des discussions avec leurs amis ou entre eux, les Bentwood expriment leur ressenti quant à leur société et la façon dont ils se positionnent par rapport à elle.

L'ambiance change souvent. Parfois grave, parfois caustique, parfois tendue, elle est à l'image de la vie de ce couple. À noter que les moments plus légers ont lieu lorsqu'Otto n'est pas là, notamment lorsque Sophie rend visite à son amie, Claire, et que Léon (l'ex mari de Claire) se trouve là. Léon fait une brève apparition dans ce roman, mais sa façon de s'exprimer retiendra l'attention du lecteur. Il dit souvent des choses graves avec drôlerie. En outre, sa relation particulière avec Claire montre que tout n'est pas figé.

J'ai ressenti un sentiment d'inachevé en terminant ce livre. C'est voulu par Paula Fox. En effet, elle ne raconte pas une vie dans laquelle tout sera mis en place à la fin, mais un moment de la vie d'un couple. Il est logique qu'à l'instant où le lecteur quitte ce couple, rien ne soit fini. C'est un peu frustrant, mais réaliste aussi.

Éditeur: Joëlle Losfeld.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre Guérou pour le GIAA
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom du lecteur, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
Le lecteur n'est pas monotone et n'en fait pas trop. J'ai apprécié sa lecture.

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