Lecteur : Gremaud Mettraux Karine

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jeudi, 10 décembre 2020

Les garçons de l'été, de Rebecca Lighieri.

Les garçons de l'été

L'ouvrage:
Cet été-là, Thadée et Zachée sont à la Réunion. Ils doivent rentrer en France dans quelques jours. C'est alors qu'en surfant, Thadée est attaqué par un requin, sa jambe droite est arrachée.

Critique:
Ce roman m'a plu. Certes, j'ai été un peu dérangée par certains aspects, mais c'est voulu de la part de l'auteur. En ce sens, elle a réussi son pari: elle a très bien dépeint certaines façons d'agir et de penser qui dérangent, mais qui, malheureusement, font partie de notre société. En gros, elle m'a forcée à regarder la vérité en face. Par exemple, Mylène m'a très vite paru détestable. Engluée dans son auto-suffisance, dans sa préférence (ignorée de personne) pour son fils aîné et dans l'aveuglement qui en découle, elle m'a très vite donné envie de la confronter à la réalité. Quant à Jérôme, il est peut-être un peu moins méprisable, mais disons plutôt qu'il l'est d'une autre manière. Il est plus lucide que Mylène quant à ses deux fils, mais certains de ses actes sont peu reluisants, surtout qu'il se trouve des excuses pour agir comme il le fait. On me dira qu'il n'aurait pas pu faire quelque chose de radical: Mylène ne l'aurait pas laissé faire. Du reste, lui-même ne s'aventure pas à imaginer ce que cela serait. Il évoque une possibilité d'entre-deux, mais sachant que Mylène refuserait, il ne fait rien.
Ces deux personnages m'ont profondément déplu, mais je dois reconnaître qu'on les retrouve dans notre société. Si cela se trouve, il y en a bien plus que ce que je pense... Quelle horrible perspective...!

L'autrice analyse parfaitement d'autres mécanismes de la personnalité, de l'héritage moral que les parents font passer à leurs enfants, etc. Tout cela est très bien fait à travers différents personnages, différentes façons d'être et de penser...

L'intrigue est sans temps morts. La strucTure est de celles que j'appelle «à la Picoult» (parce que je l'ai surtout rencontrée chez Jodi Picoult, c'est presque sa marque de fabrique): chaque chapitre est raconté du point de vue d'un personnage. Ysé, par exemple, n'intervient que sur un chapitre, mais il est long. Il y a une fin, mais j'aurais quand même aimé savoir ce qui arrive ensuite. En fait, je pense que Rebecca Lighieri pourrait écrire une suite sans problèmes. Peut-être faudrait-il qu'elle s'attachât davantage à Ysé et Cindy, tout en reléguant certains personnages au second plan, comme elle a commencé à le faire à la fin du roman. En effet, j'aimerais savoir comment évoluent Ysé, Thadée, Cindy, Jordy... Tel personnage souffre-t-il autant que d'autres et moi le souhaitons?...

Au début du livre, il est indiqué que Rebecca Lighieri est un pseudonyme d'Emmanuelle Bayamack-Tam. Je n'ai lu qu'«Arcadie» et «Les garçons de l'été», mais je me demande pourquoi elle ne publie pas tous ses romans sous le même nom. Après tout, ce sont des «romans sociaux»... J'imagine qu'à l'instar de l'autrice de «L'assassin royal» (et peut-être d'autres, mais je ne parle que de ce que je connais), elle trouve que ses romans sont trop différents pour cela.

Éditeur: POL.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Une fois encore, j'ai apprécié la lecture fluide et le jeu ni trop sobre ni exagéré de la lectrice.

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jeudi, 12 novembre 2020

La nuit d'avant, de Wendy Walker.

La nuit d'avant

L'ouvrage:
Laura Lochner, vingt-huit ans, a été plaquée par SMS. Dévastée, elle quitte son travail à Wall Street, et part se réfugier chez sa soeur, Rosie. Celle-ci vit avec son mari (Joe) dans la ville où ils ont grandi: Bronston, dans le Connecticut. Laura tente de remonter la pente, et s'inscrit sur un site de rencontre. Bientôt, elle a un rendez-vous avec un certain Jonathan Fields. Le lendemain du rendez-vous, Rosie s'aperçoit que sa soeur n'est pas rentrée...

Critique:
Après avoir aimé «Emma dans la nuit», j'ai sauté sur l'occasion de lire «La nuit d'avant». Je n'ai pas été déçue. Les petits reproches que je ferai sont du pinaillage.

Dès le départ, l'autrice nous présente une équation compliquée. Laura n'est pas uniquement une jeune femme souffrant parce que celui qu'elle aime l'a quittée. Elle a un passé, et celui-ci fait que le lecteur ne peut pas lui faire absolument confiance. Cette ficelle paraît facile, seulement, elle est bien utilisée, parce que je n'ai pas passé mon temps à me demander si Laura était digne de confiance. Certes, je me suis posé des questions, mais j'étais prise par le récit, et le suivre m'empêchait de m'interroger.
Ensuite, je suis contente, car Wendy Walker m'a bernée en usant de vieilles ficelles. En fait, elle a mêlé deux ficelles du même type (celles dont on pense qu'elles ont été tellement surexploitées que ce serait une honte de les employer) et elle a laissé le lecteur (du moins moi) se tromper. Il y a une des ficelles à laquelle j'ai crue tout en n'aimant pas ce qu'elle impliquait, et cette ficelle était un faux indice. Quant à l'autre (celle qui montrait où était la solution), je ne l'ai absolument pas vue venir, alors que la romancière a semé plusieurs indices la concernant. Et après cela, j'ai râlé après certains personnages qui, à mon avis, ne comprenaient pas assez vite. Oui, mais il faut quand même que je précise que j'avais compris seulement trente secondes avant l'un d'eux. ;-)
Lorsque j'ai remonté le fil des indices, je n'ai trouvé aucune incohérence. J'ai même pensé que j'aurais dû deviner plus tôt.

J'ai éprouvé à la fois de la compassion et de l'agacement quant à Laura. Je trouvais qu'elle traînait beaucoup de casseroles, et je doutais parfois de ses efforts pour s'en débarrasser. Cependant, dès son enfance, elle s'est débattue dans des relations familiales compliquées.
Je ne peux pas trop dire ce que je pense des autres personnages, car j'orienterais trop le lecteur sur le degré d'appréciation que mérite chacun.

Wendy Walker a pris le temps de finir son roman. Il n'est pas bâclé. En bonne pinailleuse, j'aurais aimé qu'elle fasse un autre chapitre disant comment se passent les choses après. J'aurais même apprécié qu'elle nous apprenne que «le méchant» a succombé à une maladie quelconque ou à autre chose d'extrêmement douloureux. ;-)

Éditeur: Sonatine.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé cette lectrice dont le ton est toujours adéquat: ni trop sobre, ni affecté. Malheureusement pour moi, ici, elle a prononcé certains noms propres (celui de l'auteur, de la ville...) en prenant un accent anglophone. Je trouve toujours cela anti naturel (imaginez cela dans une conversation de tous les jours).

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lundi, 31 août 2020

Des poignards dans les sourires, de Cécile Cabanac.

Des poignards dans les sourires

L'ouvrage:
Virginie Sevran, capitaine de police du 36 Quai des Orfêvres, vient d'obtenir sa mutation. Elle fait maintenant partie du SRPJ de Clermont-Ferrand. Sa première affaire ne sera pas aussi tranquille que ce à quoi elle pourrait s'attendre. Son collègue, Pierre Biolet, et elle enquêtent après la découverte d'un corps démembré et partiellement brûlé.

Critique:
Ce roman m'a plu. Dès le départ, j'avais décidé de ne pas soupçonner un personnage. J'ai été contente de ne pas me tromper. Il en est un autre dont j'aurais bien voulu qu'il soit coupable, mais cela n'aurait pas été crédible. L'autrice a bien joué, car au moment où le lecteur obtient le nom du cerveau de l'affaire (si j'ose le tourner ainsi) j'ai pensé qu'il y avait une très grosse incohérence. Incohérence que la romancière a parfaitement expliquée. Certes, j'ai été déçue que les choses se terminent ainsi pour l'un des personnages, mais en tout cas, il n'y a pas d'incohérences.

J'ai apprécié les deux policiers principaux. Ils ne sont pas trop durs, font leur travail de leur mieux, ne tentent pas d'être des héros, font leur possible pour concilier métier et vie privée... S'il y avait une suite, je serais contente de les retrouver, ainsi que Sophie Brun, la légiste. Celle-ci paraît un peu dure au début, mais elle est sympathique.

Cécile Cabanac maîtrise son intrigue et ses personnages. Lorsqu'elle raconte les déboires et les questionnements de Maxime, j'ai trouvé que c'était très crédible. Le jeune garçon n'a jamais vraiment voulu voir que son père n'était pas celui qu'il pensait, et lorsqu'il le découvre, c'est très rude pour lui. Toutes ses réactions sont vraisemblables.

Catherine peut paraître un peu stupide. Le lecteur, à l'instar d'autres personnages, se demandera pourquoi elle n'est pas partie, pourquoi elle s'est raccrochée à ce mariage voué à l'échec depuis le début. Tout en soupirant d'exaspération, j'ai compris Catherine. Parfois, il n'est pas facile de partir.

On pourrait aussi se demander pourquoi François n'a pas mis un terme au mariage. Ainsi, il aurait pu assouvir tous ses bas instincts sans faire de mal à personne. Là, je n'ai pas de réponse. On me dira que je ne lui trouve aucune excuse parce que je ne l'aime pas. Certes, mais aussi parce qu'il n'en a pas.
Quant à sa mère et à ses soeurs... Marie trouve quelque peu grâce à mes yeux... Ces personnages désagréables ne signifient en aucun cas que l'autrice a bâclé son roman. Au contraire, elle a parfaitement dépeint leur psychologie, et le lecteur n'est pas étonné de ce qui arrive aux uns et aux autres. J'aurais même voulu que Michelle souffrît bien davantage.
En outre, il y a plus de personnages sympathiques que d'antipathiques.

Un roman où le suspense et la tension sont toujours présents sans besoin de rebondissements à toutes les pages. Des personnages travaillés dont certains sont attachants et d'autres détestables.

Éditeur: Fleuve.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

Karine Gremaud Mettraux lit de manière fluide et agréable. Elle n'est pas trop sobre, ne surjoue pas.

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jeudi, 20 août 2020

Tombent les anges, de Marlène Charine.

Tombent les anges

L'ouvrage:
Cécile Rivère est gardien de la paix. Un jour, lors d'une intervention, elle entend une femme appeler à l'aide. Cependant, l'appartement d'où cela proviendrait est vide. Le lendemain, la locataire de l'appartement est retrouvée: elle a été tuée trop loin de l'endroit pour que Cécile ait réellement pu l'entendre. La jeune femme est poussée à prendre un congé par son supérieur. Alors qu'elle tente de se reposer chez sa soeur, et envisage très sérieusement de démissionner, le capitaine Kermarec fait appel à elle pour une enquête: Audrey, une jeune infirmière qui, à première vue, s'est suicidée.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu. J'ai deviné certaines choses, ce qui ne m'a pas empêchée de trouver que Marlène Charine ne traînait pas du tout. Par exemple, j'ai un peu analysé certains indices qui étaient donné avec l'air de ne pas y toucher, et j'ai trouvé quelque chose avant que l'autrice ne le dise. Étant donné qu'elle a développé ses personnages et leur psychologie, savoir cela avant ne m'a pas du tout dérangée.

J'ai très bien compris Cécile. Je pense que si j'avais vécu ce qu'elle a vécu, je réagirais comme elle. J'ai apprécié qu'à travers ce personnage et la réaction de certains autres (Kermarec, Agathe), la romancière suggère qu'il ne faut pas toujours fermer toutes les portes, que ce qui paraît irrationnel peut, parfois, avoir lieu. En tout cas, en ce qui concerne le phénomène dont Cécile fait l'expérience, j'ai toujours pensé qu'il n'était pas impossible...

La structure du livre m'a un peu dérangée: entre les chapitres contant l'enquête, on voit Audrey avant sa mort. Pourquoi pas? Cependant, j'ai été gênée par le fait que ce passé n'est même 'pas chronologique. De plus, si certaines choses s'expliquent, je pense que Marlène Charine aurait dû insister sur les raisons qui poussent Audrey à obéir. Certes, elles ne sont pas valables, mais encore faudrait-il que le lecteur les connût. Bien sûr, on peut les imaginer, car on comprend très vite qu'Audrey est tombée sur quelqu'un qui est passé maître dans un certain «art», et qu'elle a très vite été complètement subjuguée, mais le tout me paraît quand même bancal.

Malgré la grande tension distillée au long du roman, il y a de petits instants de répit, notamment lorsque l'équipe de Kermarec plaisante, et lorsque Cécile accepte de baisser quelque peu sa garde. J'espère que l'autrice renouera avec cette équipe de policiers. Bien sûr, si elle le faisait, il faudrait qu'elle soit précautionneuse quant à la psychologie de son héroïne. Cécile parviendrait-elle à se débarrasser de certains traumatismes tout en restant crédible? Au contraire, serait-elle engluée dans ces traumatismes? J'imagine que l'autrice s'en sortirait très bien. J'espère qu'elle essaiera, et qu'elle n'en profitera pas pour ajouter une couche de douleur à la vie de son héroïne...

Éditeur: Calmann-Lévy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Gremaud Mettraux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

C'est le premier roman que je lis enregistré par cette lectrice. Je vais en lire d'autres, car j'apprécie sa voix et sa lecture vivante sans fioritures.

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