Je ne sais plus pourquoi je t'aime

L'ouvrage:
En voulant éviter qu'un appareil photo d'un certain prix s'écrase au sol, Naomi Porter est tombée dans un escalier de son lycée, et a perdu connaissance. À son réveil, elle a oublié les quatre dernières années vécues.

Critique:
J'ai eu du mal à entrer dans le livre, mais au final, je l'ai bien aimé. J'avais peur que cela tourne à du paranormal ou à une espèce de polar où rien ne serait crédible. En effet, lorsqu'il y a amnésie, il y a souvent ce genre de choses. Ici, ce n'est pas le cas. Gabrielle Zevin exploite ce thème différemment.

Il est intéressant de voir une jeune fille qui a oublié un pan de son passé, et qui finit par s'en trouver différente. Naomi ne peut s'empêcher de s'interroger sur certains centres d'intérêt de celle qu'elle a oubliée. Cependant, elle n'a pas radicalement changé. On sent bien qu'elle est un mélange de ce qu'elle était et de ce que son amnésie a fait d'elle. J'ai compris ses interrogations, ses nouveaux penchants, ses envies... C'est un personnage auquel il est assez facile de s'identifier. Elle est ordinaire dans le bon sens du terme, car elle est crédible. Étrangement, son amnésie l'aide à avancer. Elle fait certains choix inattendus, mais elle comprend des choses qu'elle n'aurait peut-être pas voulu voir en restant elle-même.
Avant son amnésie, Naomi était très impliquée dans la fabrication des «yearbooks». Après qu'elle a oublié quatre ans de sa vie, elle se demande ce qu'elle trouvait de si épanouissant dans cette activité. J'avoue partager l'avis de la Naomi amnésique. Je n'ai pas réussi à comprendre pourquoi cela était si important aux yeux des participants à l'atelier «yearbook». Le temps qu'ils y passent est phénoménal! Le «yearbook», c'est sympathique, mais là, ils en font une affaire d'état...

Si Naomi est crédible, c'est d'ailleurs le cas de tous les autres personnages. Ils ont tous un petit quelque chose qui fait qu'on les comprend, qu'on peut s'identifier à eux.
Winnie est un peu creusée, car elle n'est pas la caricature de l'empêcheuse de tourner en rond.
J'aime beaucoup le père de Naomi qui semble toujours savoir comment il faut réagir, et qui, cependant, se trouve parfois démuni devant sa fille, et a le bon sens de l'avouer simplement.
J'ai apprécié James qui se débat avec ses démons, et qui ne s'en sort pas si mal étant donné tout ce qu'il a traversé. Là encore, l'auteur a su montrer un personnage désemparé, mais pas excessif. James veut s'en sortir, et est assez lucide pour savoir comment faire. On peut trouver certaines de ses mesures extrêmes, mais après tout, il se connaît mieux que n'importe qui.
Je ne sais pas trop quoi dire de Will. Il a l'air parfait, si ce n'est son amour inconsidéré pour la fabrication des «yearbooks». J'aime aussi sa manie de faire des compilations musicales à propos de tout, même si ça me fatigue pour lui, tant cela doit être pénible à faire. (Je parle de la pénibilité parce qu'il en fait beaucoup.)

J'ai aimé la façon dont l'intrigue est menée. Je me suis surprise à être, à chaque fois, d'accord avec les choix de Naomi, tout en pensant qu'elle les faisait au bon moment, que si certaines choses s'étaient passées avant, je n'aurais pas été prête, et n'aurais pas aimé qu'elles se déroulent ainsi. C'est un sentiment très étrange...
L'auteur nous montre la vie d'un lycée, et surtout, sa vie sociale. Cela m'intéresse beaucoup. Cependant, si j'ai pris plaisir à lire comment tout cela marchait (je connaissais déjà un peu cette mécanique), je n'ai cessé de me dire que j'aurais sûrement été très mal vue, là-bas, car j'aurais détesté faire partie d'un club quelconque. Je trouve que la façon de faire appelle au formatage.
La romancière nous montre des adolescents qui se cherchent, qui apprennent à vivre, tout cela de manière juste. Je souligne cela parce que j'en ai assez des romans où les adolescents sont des clichés. Je trouve, d'autre part, qu'elle montre très bien à quel point il faut se méfier des bruits de couloir, tout en soulignant l'avidité de certains à les répandre.

Remarques annexes:
J'adore la conversation téléphonique entre Naomi et Chloé!
Je me demande comment le traducteur s'est débrouillé avec le «yearbook». Je suppose qu'il y a une note expliquant ce que c'est, mais ensuite, lors des divers échanges des personnages, je me demande si le traducteur a laissé «yearbook» ou a tenté de traduire.
Le titre français est dégoulinant de guimauve, et fait penser à du Barbara Cartland. C'est dommage...

Éditeur français: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Caitlin Greer pour les éditions Listenning Library.

Acheter « Je ne sais plus pourquoi je t'aime » sur Amazon