Lecteur : Gratecos Danielle

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vendredi, 24 août 2012

Un brillant avenir, de Catherine Cusset.

Un brillant avenir

L'ouvrage:
Années 50. Elena est encore une enfant lorsque sa famille doit fuir la Russie pour la Roumanie. Ses parents savent que la vie sera dure pour une immigrée russe. Ils tiennent à ce qu'elle fasse de brillantes études, et obtienne un poste prestigieux, afin qu'elle s'en sorte toujours. Lorsqu'elle rencontre Jacob, les choses se compliquent.

Critique:
J'ai longtemps attendu avant de lire ce roman parce qu'il a eu un prix. J'avais peur qu'il ne me plaise pas. Je l'ai globalement aimé.

Je commencerai par ce qui m'a gênée. C'est la structure. Le premier chapitre se passe en 2003. Ensuite, les chapitres alternent l'enfance d'Elena et sa vie de femme. Parfois, ce genre de structure a du bon. Ici, je l'ai trouvée inutile, voire nuisible. Le premier désagrément qu'elle cause est qu'on apprend certaines choses, puis que l'auteur raconte comment elles se sont passées. On me dira que ce n'est pas si grave, car l'histoire et les personnages sont très intéressant, mais cela m'a gênée. Et puis, cela donne un sentiment d'artifice: en effet, raconter une vie en alternant plusieurs époques, ce n'est pas très logique.
Le second désagrément est que le lecteur peut s'y perdre, même si le début des chapitres indique clairement en quelle année nous sommes.
Je sais que l'auteur a fait cela pour mettre le jeu de miroirs en évidence. Les chapitres où une partie de l'histoire se répète se suivent. C'était une manière pour Catherine Cusset de télescoper l'état d'esprit de ses protagonistes. Soit, mais je pense que cela aurait été tout aussi pertinent avec une structure linéaire. Le lecteur n'est pas idiot, il aurait bien compris les choses. Je ne pense pas que rapprocher les deux événements donne davantage de force à leur ressemblance.

Mis à part cela, j'ai apprécié ce choc des générations et des cultures. Plusieurs exemples montrent qu'Elena reste traumatisée par ce qu'elle a vécu avant d'émigrer aux États-Unis. L'un des plus flagrants est l'épisode de la facture impayée de son fils. Elle est tout de suite prise de panique, le voyant expulsé du pays où elle a eu tant de mal à arriver.
Chacun tente toujours de faire au mieux, quitte à blesser, à se tromper. Il y a une certaine ironie dans le cours des événements. Il y a de la tendresse et de la déception à voir ces personnes qui ne parviennent pas toujours à imaginer ce que ressentent ceux dont ils veulent le bien, qui s'engluent dans un raisonnement, qui veulent diriger la vie de l'autre, et qui finissent parfois par obtenir le contraire de ce qu'ils voulaient justement parce qu'ils se sont braqués.
Mais ce livre, c'est aussi de belles histoires d'amour. Les protagonistes agissent toujours par amour, et en pensant donner le meilleur à ceux qu'ils aiment. C'est aussi l'amour qui fait que certains personnages (Elena, par exemple), finissent par accepter de s'ouvrir davantage.
Dans le même ordre d'idées, la perte est évoquée sous diverses formes.

L'auteur exprime avec justesse les sentiments de personnages marqués très tôt par l'histoire, les épreuves, et qui en garderont des séquelles toute leur vie.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Gratecos pour l'association Valentin Haüy.

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lundi, 6 décembre 2010

Une relation dangereuse, de Douglas Kennedy.

Une relation dangereuse

L'ouvrage:
Sally et Tony sont correspondants à l'étranger, elle pour le Boston Poste, lui pour le Chronicle. Ils se rencontrent en Somalie, et finissent par se marier. Lorsque Jack, leur enfant, naît, Sally se rend compte qu'elle doit faire face seule à la gestion du nourrisson, et à une dépression post-natale. Mais elle n'est pas au bout de ses peines.

Critique:
Je suis toujours surprise de voir que Douglas Kennedy conte des événements ordinaires, voire ressassés, et qu'il parvient sans difficultés apparentes, à les renouveler. Ses livres, sous la plume de n'importe quel autre, seraient, j'en suis convaincue, d'une mièvrerie et d'un ennui sans nom. Ici, la magie de l'auteur opère.

Avec justesse, voire brio, il nous brosse le portrait d'une femme admirable, à l'instar de plusieurs de ses héroïnes. Admirable ne veut pas dire que Sally n'a aucune faille, Au contraire. Mais c'est justement son humanité qui la rend si crédible, et si sympathique au lecteur.
Je pense que j'aurais été moins forte que Sally à sa place. Et pourtant, ce qui lui arrive serait susceptible d'arriver à n'importe qui. Ça arrive, d'ailleurs, tous les jours, malheureusement. Certains pourraient dire que Douglas Kennedy exagère. Or, croyez-moi, il n'en fait pas trop.
On comprend qu'elle pique des colères, qu'elle cède au désespoir, qu'elle craque. Surtout qu'elle est, le plus souvent, face à des gens froids à force de soi-disant professionnalisme, et d'une personne qui ne fait rien pour l'aider. Elle se sort seule de beaucoup de situations. Au moment de sa dépression, je reste convaincue que quand elle recommence à manger, c'est parce qu'elle trouve la volonté en elle, mais pas parce que les infirmières, et surtout la docteur Wodell, l'aident. D'ailleurs, la méthode du docteur Wodell pour «soigner» l'anorexie, est, à mon avis, complètement inefficace. Certes, les patientes recommencent à manger, mais les causes du mal ne sont pas soignées.

Outre ce personnage, l'auteur explore à merveille les sentiments, les conséquences d'événements, la psychologie de ses personnages. Même les «méchants» ont certaines motivations que le lecteur comprend, même si, bien sûr, il ne les porte pas dans son coeur.
L'auteur insère un personnage à la fois amusant et attachant qui fait office de divertissement et de détente pour le lecteur. Il s'agit de Nigel Clap, l'avoué de Sally. (Entre parenthèses, les héroïnes de Douglas Kennedy tombent souvent sur de bons avocats, qui plus est, sympathiques.) Outre la tendresse amusée que le lecteur éprouvera pour Nigel Clap, ce personnage est, une fois de plus, l'illustration parfaite du fait qu'il ne faut pas se fier aux apparences. Ce n'est pas un orateur, et d'ailleurs, il ne plaide pas, mais il connaît son métier, et est vif et efficace.
Il est peut-être là pour accentuer le contraste avec Tony qui est beau, fait preuve d'une grande assurance, et embobine facilement les gens.

Le livre est très long, mais je ne me suis pas du tout ennuyée. Je n'ai trouvé aucune longueur. J'avais tout de même prévu certaines choses. Dès la première rencontre de Sally avec un personnage (dont je tairai le nom), j'ai su que ce personnage jouerait un grand rôle bénéfique plus tard.
Je savais aussi, lorsque Sally téléphonait chez elle, et ne trouvait personne, que quelque chose se tramait. Mais ce sont des découvertes mineures, qui ne gâchent en rien la lecture.

À travers le personnage de Sally, l'auteur aborde plusieurs thèmes important, dont celui de l'auto-culpabilisation. J'ai trouvé cela très bien analysé: Sally sait qu'elle n'a rien à se reprocher, la raison le lui dit, des gens qui l'aiment le lui démontrent de manière pertinente, mais voilà, elle ne se résout pas à se pardonner, tant pour son père que pour son fils.

J'ai également bien aimé le contraste entre ce que Sally lit, et ce qu'elle éprouve à la naissance de son enfant. Ce qu'elle éprouve est plus réaliste, et cela lui est d'ailleurs confirmé. Je n'ai pas lu de livres sur le sujet, mais apparemment, ils dépeignent la vie avec un enfant nouveau-né comme un parterre de roses... Ne prépareraient-ils pas mieux les futurs parents en étant réalistes? Sally ne se serait pas sentie monstrueuse si ces livres n'étaient pas si idylliques.

J'ai trouvé un peu caricatural les catégorisations: les anglais sont comme ça, les américains sont comme ça... J'espère quand même que la personnalité d'un individu ne tient pas seulement à son pays, même si je sais que la culture d'un pays façonnera un peu ses habitants. Mais là, je trouve que c'est un peu poussé.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Danielle Gratecos pour l'association Valentin Haüy.
J'ai trouvé dommage que la lectrice prononce certains noms de manière affectée, en tentant un accent anglophone, comme Djoulia pour Julia, ou Maéveuh pour Maève...

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