La rigole du diable

L'ouvrage:
Catherine Monsigny a vingt-six ans. C'est une avocate ambitieuse. Voilà que sa première affaire importante se présente: Myriam, accusée d'avoir empoisonné son mari, beaucoup plus âgé qu'elle. Cela conduira Catherine à enquêter dans la Creuse.
Pendant ses investigations, des coïncidences font resurgir des souvenirs: ceux de l'assassinat de sa mère, Violet. Catherine avait trois ans, à l'époque. Alors que sa mère et elle se promenaient, quelqu'un a battu la jeune femme à mort. Catherine n'a apparemment rien vu, mais des bribes de souvenirs la hantent.

Critique:
La romancière ne crée pas un suspense haletant, ne parsème pas son livre de cadavres spectaculairement abattus... elle préfère analyser la psychologie de ses personnages, leur donner corps, et tisser une ambiance particulière.
Les deux intrigues principales de ce roman peuvent paraître banales et éculées. Lorsque l'auteur dévoile certaines réponses, on se dit qu'on aurait dû deviner. Oui, mais voilà: je n'avais pas deviné, et je n'ai pas trouvé l'intrigue si ordinaire. Du moins, c'est cette banalité qui en fait la force, la vraisemblance. Ce sont des choses qui pourraient arriver dans la vie de tous les jours.

Quant à la résolution des énigmes, si le lecteur a une longueur d'avance sur Catherine, c'est parce que l'auteur le veut bien. Cela devrait engendrer un effet de lenteur: le lecteur sait quelque chose que la jeune femme ignore, on devrait se traîner péniblement jusqu'à ce qu'elle finisse par l'apprendre. Il n'en est rien. C'est plutôt une occasion d'analyser le comportement d'un personnage.
Concernant ce que Catherine découvre à propos de Myriam, j'aurais dû voir venir cette façon de faire. C'est une ficelle assez utilisée. Seulement, l'auteur a su la camoufler, faisant en sorte que tout soit cohérent, mais n'en faisant surtout pas trop.

La fin est en accord avec le reste du roman. Même si certaines choses peuvent décevoir, il n'aurait pu en être autrement. Si la romancière avait inventé une autre fin, j'aurais été la première à crier à l'invraisemblance.

Il est assez fascinant de voir, tout au long du livre, les correspondances entre Catherine et sa mère, entre l'affaire de Catherine et celle de sa mère... Là encore, tout pourrait paraître très gros, mais c'est amené subtilement.

Comme dans «Verdict», la vraisemblance est renforcée par le fait que si l'affaire principale de Catherine est celle de la Creuse, elle doit également s'occuper des affaires courantes. Cela donne l'impression au lecteur de partager la vie de la jeune femme. En outre, j'ai aimé la suivre d'affaire en affaire.

J'ai aimé la manière dont l'auteur parvient à faire ressortir le contraste entre la ville et la campagne. On connaît bien ce contraste, mais ici, cela prend une dimension nouvelle, car c'est exprimé à travers le ressenti de plusieurs personnages.

D'autre part, les personnages ne laisseront pas le lecteur indifférent. Ils ont tous quelque chose à dire.
Daniel et son idéalisme font sourire, et donnent une note d'espoir.
Olivier est sympathique et parfois caustique, même si Catherine finit par le trouver ennuyeux. Il ne doit pas être assez mystérieux pour elle...
Myriam, comme le dira l'un des personnages, est caméléon. Elle est un mystère vivant. Tour à tour apathique, violente, convaincante... elle a plusieurs facettes. Même à la fin, le lecteur ne la connaîtra pas vraiment.

Cédric, Catherine, et Claude sont prisonniers de leur passé. Ils voudraient bien s'en débarrasser, mais rien n'est réglé. Ces trois personnages semblent simplifiés, au départ, et plus on les côtoie, plus on les apprécie, plus on les comprend, plus on ressent leur désarroi. Par exemple, au début, Cédric est franchement antipathique, et le père de Catherine semble abusif. Et puis, on les découvre: ils sont égoïstes, mais agissent selon ce qu'ils croient être le mieux pour tous.
Tous ces personnages illustrent bien la complexité d'une histoire, d'événements qui, en une seconde, font que tout change.
Quant à Violet... j'ai aimé découvrir que là encore, tout n'était pas si simple. Violet n'était pas uniquement une jolie jeune femme aimant son enfant.

Sylvie Granotier a un style direct, fluide, soigné. On sent qu'elle a travaillé son roman, qu'elle a pesé chaque phrase, qu'elle n'a rien bâclé.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par l'auteur. Ce livre m'a été offert par les éditions Thélème.

Je ne connaissais pas du tout Sylvie Granotier. En furetant sur le net, j'ai découvert qu'elle avait plusieurs cordes à son arc, dont la comédie. C'est ce qui explique que je l'aie trouvée très naturelle. La plupart du temps, on ne sent pas qu'elle lit. En général, même quand un lecteur (professionnel ou bénévole) est naturel, on a quand même, en arrière-plan, cette idée qu'il est en train de lire un roman à voix haute. Ici, on dirait que le texte est conté, vécu... cela a sûrement contribué au fait que j'ai pu très rapidement entrer dans le roman, et m'attacher aux personnages. en outre, Sylvie Granotier ne surjoue jamais. Enfin, elle a une voix très agréable.
Il paraît qu'elle a adoré interpréter ce livre. Je n'ai qu'une chose à dire: quand enregistre-t-elle un autre de ses ouvrages?

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