Lecteur : Gréau Marie-Thérèse

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mercredi, 16 octobre 2013

L'enfant aux cailloux, de Sophie Loubière.

L'enfant aux cailloux

L'ouvrage:
Elsa Préau a soixante-et-onze ans, elle est ancienne directrice d'école maternelle. Elle est un peu seule. Elle observe ses nouveaux voisins, les Desmoulins. Ceux-ci ont deux enfants qui jouent ensemble dans le jardin. Il y en a un troisième avec qui les autres ne jouent pas, qui semble irréel tant ils l'ignorent. Il est sale, semble avoir des poux... Elsa est très vite sûre que l'enfant a besoin d'aide. Elle va donc tenter de le secourir. Cependant, les choses s'annoncent difficiles.

Critique:
Outre l'énigme sur laquelle je reviendrai, Sophie Loubière a créé un personnage qui ne manquera pas de faire réfléchir. L'attitude et la complexité d'Elsa, ainsi que les réactions de ceux auxquels elle est confrontée, nous renvoient à nos préjugés, à notre possible intolérance. Elsa est excentrique, excessive, possessive, a certaines idées bien arrêtées, a des théories rocambolesques, peut être d'une naïveté désarmante, a des tendances paranoïaques, est parfois agaçante. Les gens et le lecteur se feront immanquablement une idée un peu étrange d'elle. Certains la considèreront avec une pitié amusée teintée d'agacement, voire de mépris. Certes, elle est loin d'être parfaite. Cependant, il est vite évident qu'elle a surtout besoin de se sentir reconnue, aimée, écoutée, comprise. Quant à ses théories farfelues, il en est d'autres qui le sont tout autant et qui sont défendues par certains. D'autre part, il aurait suffi qu'Elsa les exposât auprès de quelqu'un qui l'aurait prise au sérieux, et qui lui aurait expliqué leur étrangeté avec calme et considération. C'était un personnage haut en couleur à côté de qui son propre fils est passé.

Avec une telle personne sur le devant de la scène, et sachant ce qu'elle a vécu, le lecteur peut se demander si l'enfant en détresse n'est pas le fruit de son imagination. C'est exactement ce que cherche la romancière. D'une part pour maintenir le suspense, d'autre part pour que le lecteur se sente mal à l'aise, car la plus grande raison de ses doutes sera la personnalité d'Elsa. Une personne davantage conforme à notre idée de la norme aurait été plus facilement prise au sérieux.

Sophie Loubière analyse également très bien Martin et Audrette (le fils et la belle-fille d'Elsa). Elle décrit bien les relations entre ces personnages qui ne savent pas toujours communiquer. Là encore, on sera mal à l'aise, car on se demandera si on aurait agi comme Martin. Celui-ci est très souvent exaspéré par sa mère, et le lui montre. Une ou deux fois, ils parviennent à se parler normalement, mais la communication n'est pas aisée parce que Martin n'accepte pas ce qu'est sa mère. Au final, je ne lui en ai pas voulu car il est complexe, et aime sincèrement sa mère. Par contre, je n'ai pas réussi à apprécier Audrette. Pas seulement à cause de ce qu'en dit Elsa (d'ailleurs, elle la cerne mieux que moi, c'est seulement qu'elle ne l'exprime pas comme il le faudrait), mais c'est un tout. La jeune femme m'a été antipathique tout au long du roman. Bien sûr, ce qu'elle fait à un moment ne l'a pas fait remonter dans mon estime. Elle faisait partie de ceux qui jugeaient Elsa sans pitié, et elle exigeait que Martin s'en détache. Bien sûr, ses intentions n'étaient pas nuisibles, mais elle ne cherche pas à voir plus loin que le bout de son nez et semble très fermée sur beaucoup de points.

Quant à l'énigme, elle est bien menée. Il n'y a pas de temps morts. Sa conclusion fera également réfléchir le lecteur quant au devenir (moralement) de certains personnages.
Elle semble banale, mais l'écrivain l'a travaillée et l'a entourée d'un contexte particulier (la personnalité d'Elsa).

La structure est intéressante, car elle donne du rythme au roman. Les «chapitres» (qui n'en sont pas vraiment) sont très courts. Ils sont entrecoupés de lettres, de notes, et de simili poèmes d'Elsa. (Ils sont appelés «poèmes» dans la première version et «pensées» dans la seconde, le livre ayant été réédité chez France Loisirs.)

Afficher Attention, je dévoile un pan de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile un pan de l'intrigue.

Je n'ai pas compris d'où venaient les coups de fil que recevait Elsa. Étaient-ils le fruit de son imagination? Rémi parvenait-il à lui téléphoner? Cela serait étrange car il ne devait pas connaître son nom, et puis pourquoi aurait-elle simplement entendu une opératrice lui dire qu'elle allait être mise en relation avec son correspondant?

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Thérèse Gréau pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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lundi, 15 juillet 2013

Ton tour viendra, de Gregg Hurwitz.

Ton tour viendra

L'ouvrage:
À quatre ans, Mike est abandonné par son père sur une aire de jeu.
Trente ans plus tard, Mike est marié et a une fille de huit ans. C'est alors qu'il se sent menacé par des hommes qui entrent chez lui, lui communiquent d'étranges messages...

Critique:
Le côté positif de ce livre est que les événements s'enchaînent très vite, et que le lecteur n'a pas vraiment le temps de se demander ce qu'il se passe. De plus, pendant une grande partie du livre, on est aussi perdu que Mike: on n'arrive pas à assembler les pièces du puzzle.
À un moment, on ne peut prévoir d'où viendront les coups, et on ressent bien la détresse de Mike qui est coincé de tous les côtés à la fois.
Et puis, on s'attache aux personnages.

À travers l'histoire de Mike et de Chep, Gregg Hurwitz montre une réalité où une enfance malheureuse ne précipite pas forcément dans la déchéance. Bien sûr, Chep n'est pas très reluisant, mais l'auteur s'arrange pour le rendre sympathique en montrant plusieurs facettes de ce personnage complexe. Il est réconfortant que Mike aime une femme comme Annabel et ait un ami comme Chep. Cela permet de créer des passerelles, rien n'est figé. Bien sûr, tout ne peut pas toujours se passer ainsi, mais il est bon de lire un roman où tout n'est pas forcément catégorisé.

Le livre compte 59 chapitres. Je l'ai trouvé moins palpitant à partir du chapitre 46. Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais, mais la solution de l'énigme m'a paru très plate. J'ai trouvé que le tout retombait comme un soufflé raté. Je ne sais pas quelle résolution j'aurais souhaitée, mais pour moi, elle n'est pas à la hauteur du reste. Cela ne me fait pas déconseiller le livre. Il reste un bon moment. D'autre part, la solution ne décevra peut-être pas tout le monde.

La scène où Dodge est chez les Wingate avec son matériel, et rencontre les trois personnages en parvenant à ce qu'ils ne le voient pas est un peu grosse. Mais elle m'a également fait rire. Certes, son but était d'effrayer...

Il y a des incohérences.
On n'ouvre pas la porte à un policier sans lui demander sa carte, alors qu'on se sait menacée, et qu'on sait que la police n'est pas toute blanche.
Il est un peu gros qu'un garçonnet oublie son nom de famille et le prénom de sa mère. Vous me direz que l'enfant en question avait quatre ans et était choqué...
Si on peut admettre que Mike n'ait pas été retrouvé, à l'époque, il est difficile de penser que les «méchants», avec tous leurs moyens sophistiqués, n'aient pas su immédiatement où se trouvait la fille de Mike. L'auteur pallie cette incohérence rapidement, mais on ne peut que la remarquer.

Éditeur: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Thérèse Gréau pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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jeudi, 11 juillet 2013

L'ombre de l'autre femme, de Dorothy Koomson.

L'ombre de l'autre femme

L'ouvrage:
Libby est mariée avec Jack. Ils s'aiment profondément, mais Libby n'est pas tranquille: elle a peur que Jack aime encore sa première femme, Êve, morte dans d'étranges circonstances.

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce livre. En effet, l'idée de départ est bonne, et au final, l'histoire tient la route. Mais j'ai quand même trouvé quelques défauts.

D'abord, je ne sais pas pourquoi tant d'auteurs tiennent absolument à bouleverser la chronologie du récit. Certains le font pour de très bonnes raisons, mais beaucoup le font pour créer artificiellement du sensationnel. Ici, le livre démarre sur un moment «fort»: un mot qu'Êve adresse à celui qui trouvera son journal. Puis, Libby et Jack viennent d'avoir un accident de voiture, et Libby est entre la vie et la mort. Elle se remémore sa rencontre avec Jack. Les premiers chapitres alternent le présent et le passé. Je trouve que cette structure n'apporte rien. Elle est juste là pour accrocher le lecteur. Elle ne fait que m'agacer. Bien sûr, on me dira qu'un récit chronologique aurait peut-être lassé le lecteur, car l'auteur ne serait pas tout de suite entré dans le vif du sujet. De toute façon, il faut bien que l'auteur raconte comment les choses sont arrivées, donc autant ne pas commencer en tentant de créer du suspense.

L'histoire de la rencontre entre Jack et Libby traîne, en effet. Cependant, certaines choses qui paraissent un peu longues trouvent une raison d'être par la suite.

Ensuite, ce qui est arrivé à Êve est assez facile à deviner. Je ne parle pas de sa mort, mais de tout ce qui s'est passé avant. À partir du moment où elle raconte qu'elle a du mal à payer son loyer, on peut se douter de ce qu'elle va faire. L'histoire d'Êve est un peu clichée. Le plus gros est sûrement ce qu'elle apprend au sujet de sa mère, à un moment donné. Ici, je pense que l'auteur aurait dû s'en sortir autrement.
Le reste de ce qui est arrivé à Êve se tient très bien, et tout est crédible.

À un moment (juste après l'accident), Jack fait une chose qui donne à penser qu'il n'oubliera jamais Êve. L'auteur tente d'expliquer cette chose par la suite. Là encore, j'ai trouvé cela un peu gros.
L'histoire est intéressante, mais certaines choses sont quelque peu discutables.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marie-Thérèse Gréau pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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