Lecteur : Girard Karine

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jeudi, 14 décembre 2006

La mariée de l'ombre, de Jean Noli.

La mariée de l'ombre L'ouvrage:
Seconde guerre mondiale.
Raphaël et Marie ont grandi ensemble. Leurs parents sont voisins. Ils ont vingt ans, ils s'aiment. Leur mariage est donc célébré sur la petite île bretonne où ils ont grandi et vivent. Le jour même, sitôt la cérémonie achevée, Raphaël s'en va. Il part combattre pour son pays. Il fera partie de la marine, car étant pêcheur, il connaît bien la mer.

Les années d'occupation passent. Raphaël apprend la vie d'une assez rude manière. Sur l'île, on doit supporter l'occupant, se plier à ses règles.
Trois ans après le départ de son mari, Marie annonce à ses parents qu'elle attend un enfant.

Critique:
J'ai eu du mal à entrer dans ce livre. Je l'ai même reposé après le chapitre quatre.
Puis, j'ai décidé de lui donner une autre chance. Bien m'en a pris. Il est un peu long à démarrer, et il évoque un sujet que maints ouvrages ont analysé: la seconde guerre mondiale, les jeunes hommes qui quittent brusquement leur vie pour être plongés dans l'enfer des combats, l'occupation qui engendre plusieurs types de réactions chez les "colonisés"... Même si le lecteur aguérri connaît tout cela, les sujets sont exploités avec justesse.

Lorsque ce décor est planté, l'histoire d'une femme s'ajoute à cela. Marie se démarque: son mari est loin, l'île où elle habite est occupée, et elle attend un enfant. Les habitants de l'île se montrent intolérants. Ils sont pleins de préjugés. Ils oublient la personnalité de Marie pour ne voir en elle qu'une putain qui a peut-être forniqué avec l'occupant. Cette réaction peut se comprendre: les habitants de l'île se connaissent tous, ils sont tenaillés par la faim et la haine de l'occupant. Marie est une victime idéale. Ils déchargent leur colère et leur frustration sur elle. Et puis, cela leur fait une petite distraction. Ils s'ennuient: Marie leur permet de cancaner.
Si le lecteur la juge moins sévèrement, moins arbitrairement, s'il trouve les insulaires stupides et bornés, il ne peut s'empêcher de blâmer Marie.

La fin fait de Marie une héroïne. Elle a fait sa propre guerre contre l'ennemi. Malgré le rejet de tous, (sauf du curé qui la croit pêcheresse, mais n'est pas aussi fermé que les autres), Marie protège son île. Le roman se termine brusquement: dès la dernière explication donnée. C'est d'autant plus percutant. Ca incite le lecteur à toujours essayer de se débarrasser de ses préjugés. Bien sûr, lorsqu'on n'a pas d'explications, on ne peut s'empêcher de juger par rapport à ce que nous savons, par rapport aux données que nous avons. Personnellement, j'ai commencé par blâmer Marie, puis j'ai réfléchi. J'avais imaginé des circonstances beaucoup plus rocambolesques et invraisemblables, (quelque chose qu'on aurait trouvé dans un mauvais roman, un Danielle Steel ou un Barbara Cartland, par exemple), mais ma conclusion était la vérité.

Je vous conseille ce petit livre qui remet certaines choses à leur place, et dont l'auteur, malgré la gravité des sujets traités, a su parfois ajouter des scènes amusantes et détendantes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Girard pour la Croix des Landes.

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jeudi, 22 septembre 2005

La note sensible, de Valentine Goby.

La note sensible L'ouvrage:
Février 1999. Inès dépose un manuscrit devant la porte de son voisin, Vandello. Ce manuscrit est accompagné d'une lettre dans laquelle elle lui explique pourquoi elle ne lui a pas ouvert la porte de son appartement, le 15 octobre 1998, lorsqu'il sonna, aux environs de minuit dix. Elle explique que dans ce manuscrit, elle imagine ce qui se serait passé si elle lui avait ouvert, cette nuit-là. Elle imagine qu'au fil des rencontres, la jeune Inès, encore nimbée d'enfance, serait tombée amoureuse de l'homme mûr qu'est Vandello. Et cela, elle ne le veut pas. C'est pourquoi elle n'ouvrit pas sa porte, la nuit du 15 octobre. Et elle veut qu'il sache tout cela.

Inès habite à Toulouse avec sa mère et ses deux soeurs, Anne et Camille. En septembre 1998, elle est nommée professeur d'anglais à Paris. Elle emménage dans un appartement, et c'est ainsi qu'elle fait la connaissance de Vandello. Les gens de l'immeuble ne le voient pas souvent, il est entouré de mystère. C'est pour cela que tout un tas de rumeurs romanesques courent sur son compte: ce serait un prince, par exemple. Inès l'entend jouer du violoncelle, ou écouter de la musique. Mais lorsque cela se prolonge tard dans la soirée, elle se permet de frapper quelques petits coups contre la cloison. Un jour, il frappe quelques coups pour dire qu'il a compris qu'elle aimerait dormir, et s'arrête. Puis un jour, vers minuit dix, il vient sonner à la porte d'Inès.

Critique:
La lettre d'Inès expliquant son geste se trouve au début du roman, c'est pourquoi j'en ai parlé dans le résumé. Mais je pense que cela aurait été plus astucieux qu'elle se situât à la fin. En effet, le lecteur aurait d'abord lu le roman, puis il aurait su ensuite que la plupart des faits viennent de l'imagination de la narratrice, qui suppose que si elle avait ouvert la porte cette nuit-là, elle aurait enclenché un piège dans lequel elle se serait jetée.

D'autre part, on se demande pourquoi Inès refuse d'aimer Vandello. On se doute que Vandello étant beaucoup plus âgé qu'elle, elle ne préfère pas vivre une relation amoureuse avec lui. Pourtant, la différence d'âge n'explique pas le refus catégorique et sans appel que l'on trouve dans la lettre d'Inès. A la fin, nous apprenons pourquoi elle ne veut pas tomber amoureuse de lui. Ici, le lecteur se demande si le fait mis en évidence dans le manuscrit d'Inès fait partie des rumeurs qui courent au sujet de Vandello. Dans ce cas, comment Inès sait-elle que ce n'est pas juste une rumeur? Comment sait-elle que c'est la vérité, alors que de son propre aveu, elle n'a jamais vu le visage de Vandello? Peut-être que n'en n'étant pas sûre, elle préfère ne pas s'y risquer...

C'est un petit livre sympathique que j'ai bien aimé, qui décrit les émois d'une jeune femme qui sort à peine de l'adolescence, une jeune femme un peu égoïste, qui a envie de vivre sa jeunesse et son amour, et du même coup, de prendre son indépendance par rapport à sa famille. On a parfois envie de lui mettre des claques, surtout après le décès de sa grand-mère. Elle fait preuve d'un très grand égoïsme, et d'insensibilité. Ensuite, on réfléchit, et on se demande comment on réagirait, à sa place. On espère qu'on réagirait différemment, mais ce n'est pas sûr.
Bref, le roman dépeint avec fraîcheur, simplicité, et justesse, quelques mois de la vie de mademoiselle tout le monde. Inès, c'est mademoiselle tout le monde qui commence un travail dans une ville inconnue, et qui découvre l'amour. Bien sûr, elle ne le connaît que fictivement... Son manuscrit est comme un roman dans le roman de sa vie. Cela veut dire qu'un personnage fictif se connaît assez bien pour savoir ce qui se serait passé, et comment elle aurait agi, si, une nuit, elle avait fait un autre choix. C'est quelque chose que toute jeune fille un peu romanesque peut faire, et fait peut-être parfois: si j'avais fait cela, il se serait passé telle chose, ce qui aurait entraîné tel événement. Inès ne fait pas que l'imaginer: elle l'écrit.
Cette idée d'un personnage imaginant une partie de sa vie si il avait fait un autre choix, est assez intéressante. Elle a déjà été exploitée, par exemple, par Paul Guimard dans "L'ironie du sort", mais différemment.

C'est le premier roman de Valentine Goby. J'espère que ses futurs livres seront aussi intéressants.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Karine Girard.

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