Lecteur : Gilsoul Christian

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mardi, 6 décembre 2011

Un hiver avec Baudelaire, d'Harold Cobert.

un hiver avec baudelaire

L'ouvrage:
Philippe et Sandrine sont divorcés depuis deux mois. Philippe habite toujours avec son ex-femme. Mais celle-ci, excédée, le jette dehors. Il n'y a que Claire, la fille du couple, qui s'en désole.
Philippe est commercial. Mais à la suite de chiffres d'affaires inexistants, et d'un coup d'éclat, il perd son emploi.

Critique:
Voilà un livre dur, mais si vrai. Un roman plein de gravité, de soleil, de rejet, d'indifférence, d'amour, et d'amitié.
D'abord, l'auteur décrit très bien la descente aux enfers d'un homme quelconque. Cela va très vite. Le monde de la rue est décrit de manière très réaliste. Le lecteur oscille entre compassion et agacement vis-à-vis de Philippe. Il est sympathique, mais un peu mou... il est gentil, mais on a aussi envie de le secouer. Il n'a jamais été sans travail, donc ne connaît pas les règles à suivre quant à la démission, au chômage, aux assédics, etc. Je le comprends, mais je n'ai pas pu m'empêcher d'être choquée qu'il soit à ce point ignorant.
On pourra me faire remarquer, à juste titre, que Philippe est dépassé parce qu'impliqué. Tout lui arrive en même temps, il est seul, rejeté... même son prétendu ami lui tourne le dos sous un fallacieux prétexte. On peut donc comprendre qu'il perde pied.

C'est d'ailleurs l'un des thèmes du livre. À partir du moment où Philippe retrouve un peu de chaleur humaine (et canine), il reprend espoir, et ne se laisse plus aller. Je partage le sentiment de l'auteur là-dessus. On se bat plus facilement quand on est aidé, ne serait-ce que par un peu de chaleur.

J'adore Bébert le Berbère (qui ne l'est pas), et Fatima. La manière brutale de Fatima de dispenser son affection, et de faire toujours ce qu'il faut, m'a beaucoup émue.
Quant à Sandrine, elle est peut-être un peu caricaturale, mais je sais qu'il existe des personnes aussi aigries et méchantes qu'elle. On peut se demander si, à terme, cela ne nuira pas à Claire. Heureusement, elle a son père.

Et que dire de Baudelaire?! C'est lui, le déclencheur du retour du positif. Au départ, Philippe le rejette parce qu'il n'est pas prêt à accepter cette affection simple, ce protecteur débonnaire qui ne demande que ce qu'il donne si naturellement: de l'amour. Il me semble que l'auteur veut montrer à son lecteur que les animaux, eux, savent où est l'essentiel.

Attention! Passez au paragraphe suivant si vous n'avez pas lu le livre.
Je comprends la fin dans la mesure où Baudelaire était là pour sortir Philippe du marasme. Sa mission accomplie, il n'avait qu'à se retirer. C'est d'ailleurs ce que suggère le livre. Oui, mais pourquoi une telle fin? Pourquoi juste quand Philippe commence à pouvoir reprendre une vie appréciable, Baudelaire ne peut-il pas la partager? Parce que tout ne peut pas toujours être parfait? Soit, mais pour moi, la fin est vraiment trop décevante, car trop cruelle. Même si, me dira-t-on, c'est le mécanisme de la vie.

Je ne sais pas si des organismes comme le Fleuron existent, mais je trouve que c'est une bonne idée.
D'ailleurs, j'aime bien la conversation à propos des étrangers qui y a lieu, à un moment.

Éditeur: Héloïse d'Ormesson.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Gilsoul pour la Ligue Braille.
J'apprécie ce lecteur qui a une voix agréable, et met le ton approprié. Il a su interpréter ce livre avec suffisamment de sensibilité et de sobriété pour que le lecteur ressente les émotions des personnages sans que cela soit larmoyant.

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lundi, 1 août 2011

Vivement l'avenir, de Marie-Sabine Roger.

Vivement l'avenir

L'ouvrage:
Alex mène une vie indépendante. Elle ne s'attache pas. Elle fait de petits boulots sans prétention, ce qui lui permet de ne se poser nulle part. Voilà quatre mois qu'elle loue une chambre chez Bertrand et Marlène. C'est ainsi qu'elle a fait la connaissance de Gérard, le frère de Bertrand. Celui-ci vit chez le couple. Il est handicapé moteur.

Critique:
Un petit livre plein de soleil, de réalisme, de tendresse, de tolérance. C'est une leçon de vie. L'auteur aborde certains thèmes de manière à la fois grave et légère. À travers Alex et Cédric, elle nous fait part de certaines réflexions ô combien justes. Par exemple, Cédric explique que le père d'Olivier, son meilleur ami, est persuadé que si son fils est obèse, c'est de la faute de Cédric. C'est un raisonnement très simpliste, et certains pourraient dire que l'auteur exagère. Cependant, il n'est pas rare de voir des gens rejeter n'importe quelle faute commise par eux sur le premier venu. Ils ne se remettent pas en question. J'ai bien aimé la façon que Marie-Sabine Roger a de démontrer cela.

Le point de vue de Cédric quant au travail m'a fait rire. Il ne comprend pas pourquoi on s'embêterait à faire un travail qui nous déplaît. Dans l'absolu, nous voudrions tous faire quelque chose que nous aimons, mais cela n'est pas toujours possible. Alex prend le problème dans l'autre sens. Ce qu'elle fait ne l'épanouit pas, mais lui permet, par ailleurs, de mener la vie qu'elle souhaite. Sur ce point, Cédric m'a agacée avec ses envies d'enfant gâté, et sa façon de prendre ses parents de haut.

Certaines ficelles peuvent paraître très grosses. Et pourtant, tout est si réaliste! En outre, je pense que l'auteur sait amener les choses. On se doute un peu du dénouement, mais le fait que ce soit prévisible est loin d'être exaspérant. D'abord, l'auteur fait en sorte qu'en plus de prévoir la fin, nous la souhaitions. En outre, elle la prépare habilement en la rendant vraisemblable. Si cela s'était terminé autrement (du moins pour Gérard), cela n'aurait pas été réaliste du tout!

Certains pourront trouver facile qu'Alex apprécie tout de suite Gérard, et que Marlène ne voie en lui qu'une corvée. Au départ, cela fait un peu caricatural. Néanmoins, Marie-Sabine Roger n'en reste pas là, et creuse les choses. Si Marlène est aigrie, c'est plutôt par la vie. Elle ressasse ses espoirs déçus, tempête après ce qui l'enchaîne à une certaine vie, et ne communique pas vraiment avec son mari. En outre, il est vrai qu'il n'est pas de tout repos de s'occuper d'une personne ayant le type de handicap de Gérard. Par exemple, l'auteur ne dit jamais s'il se lave seul, mais on sait que quand il va aux toilettes seul, c'est un désastre.
Si Alex s'attache à lui, elle dit sans détours que tout n'est pas idyllique. Seulement, comme elle ne le prend pas de la même façon que Marlène, comme elle est plus attentive, certaines choses se font plus facilement. Avec de la patience et de l'affection, Alex parvient, par exemple, à faire en sorte qu'il s'exprime de manière plus intelligible. C'est logique, et pour le coup, plus réaliste que la caricature que j'ai cru déceler au départ. À côté de cela, comment ne pas frémir de dégoût lorsque Marlène s'adresse à Gérard. De son point de vue, ce n'est sûrement ni irrespectueux ni humiliant, car sa perception est faussée dès le départ: elle n'imagine apparemment pas Gérard comme un être vivant qu'on peut blesser moralement.

Outre une intrigue et des réflexions réalistes, l'auteur insère certaines bizarreries qui m'ont ravie. Comment ne pas pouffer à la lecture du projet du barrages en canettes d'Olivier! C'est le genre de choses un peu tordu qui éveillera toujours mon intérêt.

Remarques annexes:
J'ai beaucoup aimé (entre autres) la description des trois amies de toutes les choses inutiles que sait faire Gérard.
J'ai trouvé sympathique que l'auteur reste dans le même champ lexical (avec des jeux de mots en prime), pour les titres de ses chapitres.

Éditeur: éditions du Rouergue.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Christian Gilsoul pour la Ligue Braille.
Le livre est à deux voix. J'avoue que j'aurais préféré qu'il soit lu par deux lecteurs (un homme et une femme). Cependant, je sais que ce n'est pas forcément facile à mettre en place pour une bibliothèque dont les lecteurs sont bénévoles.

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