Lecteur : Gibson Julia

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lundi, 30 avril 2012

The Ivy chronicles, de Karen Quinn.

The Ivy Chronicles

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Ivy Ames est mariée et a deux filles. Elle fait un travail qu'elle n'aime pas, mais il lui permet de mener grand train de vie.
Un jour, l'un de ses collègues fait en sorte de prouver qu'on pourrait bien se passer d'elle, et Ivy se retrouve licenciée. Effondrée, elle rentre chez elle pour trouver son mari dans la baignoire avec Sassie, la femme du collègue traître. C'en est trop!
Ivy va devoir repartir de zéro.

Critique:
Au début, j'avais un peu peur que ce livre soit une insipide comédie sentimentale. Heureusement, malgré quelques aspects du genre, il a davantage de profondeur. Tout ce petit monde que nous décrit Ivy paraît terriblement artificiel. En effet, elle quitte un travail pour un autre où le faux-semblant, la poudre aux yeux, et les apparences sont rois. Les vraies valeurs sont prônées, mais elles sont, en fait, allègrement piétinées par tous. Tipper en est la plus belle illustration. Ivy elle-même doit composer avec ce qu'elle pense être bien et l'intérêt de ses clients.
Le principe même du nouveau travail d'Ivy est aberrant. Je ne pensais pas qu'on pouvait, dès le jardin d'enfants, courir après la meilleure école, et planifier ainsi la vie de son enfant... c'est vertigineux! C'est également écoeurant. Pourtant, je sais que Karen Quinn n'exagère pas, qu'elle dépeint la réalité d'un certain milieu. C'est en cela que ce livre, d'apparence légère, me semble plus creusé que les comédies auxquelles il ressemble un peu.
Quant aux clients d'Ivy, si certains sont un peu caricaturaux (comme Stu ou Omar), ils sont crédibles.

Si des événements sont quelque peu attendus, rien n'est gros ou mal amené.
Sassie est la «méchante» sans vraiment d'épaisseur. On attend bien sûr qu'elle soit anéantie sur place par des foudres vengeresses, après ce qu'elle fait à Ivy. La manière dont les choses finissent pour elle est inattendue, mais crédible. Et c'est moins cliché que si elle avait eu un retour de bâton plus classique ou trop extravagant.
Tout au long du roman, il y a quelques rebondissements qui conduisent à des choses un peu attendues, mais la façon de faire est assez à propos.

Ivy est intéressante parce qu'elle ne réagit pas comme le ferait une de ces petites dindes subitement privée de sa fortune. Il y a des moments où elle leur ressemble, surtout quand elle fait le compte de tout ce qu'elle dépense et de tout ce à quoi elle doit renoncer. Cependant, la manière dont elle fait face à son licenciement est crédible. Elle veut retrouver son train de vie d'antan, mais se comporte de manière responsable.
Quant aux hommes qui jalonnent sa nouvelle vie, là encore, j'ai été agréablement surprise, car si je m'attendais à certaines choses, la façon dont elles sont exposées fait qu'elles passent bien. Cela donne lieu à des scènes cocasses, comme celle de l'adolescent au portable, ou celle (teintée d'émotion) où Ivy se retrouve chantant, les pieds dans le plat de poisson de madame Gardoski.

L'auteur évite un écueil: celui de la meilleure amie traîtresse. Je n'ai pas franchement aimé Faith, mais c'est un personnage passe-partout. Elle joue assez bien son rôle de meilleure amie. À un moment, elle m'a fait rire en se plaignant des inconvénients qu'apportent sa grande richesse... À part ça, je l'ai trouvée un peu fade. Rien ne fait qu'elle se démarque.

Il y a quand même certains passages qui rappellent ces comédies dont je me défie. Je citerai entre autre ce qui se passe lorsqu'Ivy envoie sa candidature à un jeu de télé réalité (ce qui arrive est d'ailleurs bien plus amusant et inattendu que si elle avait été retenue), la façon dont Ivy est quelque peu vengée de ceux qui l'ont bafouée au travail, ce qui se passe lorsqu'Ivy découvre l'adultère, l'épisode George Clooney, et les cheveux teints de Stu.

Ivy et d'autres personnages évoluent, tirent certaines leçons de leurs expériences, deviennent plus responsables.
Ce livre est sympathique, il allie subtilement gravité et légèreté, et dépeint avec justesse un monde où il est parfois dur de rester intègre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.
Outre le fait que j'adore le naturel et la voix de Julia Gibson, j'ai bien ri quant à la voix qu'elle prend pour le personnage de Wendy. Par son jeu, elle renforce l'impression que je me fais des personnages. C'est une comédienne de grand talent.

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mardi, 28 février 2012

Duplicitty dogged the dachshund, de Blaize Clement.

Duplicitty dogged the dachshund

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:Ce matin-là, Dixie promène Maine, la chienne d'un couple parti en vacances. C'est alors qu'elle avise la voiture d'un autre de ses clients, Conrad Ferelli. Le chien de Conrad, Redgi, est à l'arrière. Dixie adresse un grand signe de la main au conducteur qu'elle pense être Conrad, tout en le hélant. Soudain, Maine lui échappe, et s'élance dans les bois. La jeune femme la suit: la chienne est en train de déterrer une main. Après l'arrivée de la police, on constate que le corps est celui de Conrad Ferelli.

Critique:
Comme dans le tome 1, il ne faut pas lire ce livre pour l'énigme policière, mais pour les personnages et leur psychologie. Toutes les situations sont bien décrites, bien analysées.
D'ailleurs, j'exagère un peu, car l'intrigue policière est plus poussée que dans le tome 1. Il y a des rebondissements et peu de lenteurs. Certaines de ces lenteurs sont dues au fait que Dixie répète certaines choses déjà dites dans le tome 1, afin que le lecteur qui n'aurait pas lu sa précédente aventure comprenne le tome 2. J'ai trouvé ça lourd, mais c'est indispensable.
Quant à la fin, certaines choses paraissent un peu invraisemblables, mais l'auteur a fait en sorte que ça n'ait pas trop l'air de «la gentille Dixie triomphe seule des trois méchants».
L'auteur parvient également à insérer de petits traits d'humour dans une scène où la tension domine: celle des serpents.

Dixie semblera terriblement réelle au lecteur, surtout à ceux qui aiment réellement les animaux, car ils réagiront comme elle en ce qui concerne Redgi, Maine, d'autres, et les animaux en général. D'ailleurs, si vous êtes comme elle et moi, vous aurez du mal avec certains passages... Notamment en lisant la lâcheté des propriétaires de Maine. Mais c'est loin d'être la seule scène qui fendra le coeur de ceux qui aiment et respectent les animaux.
D'autre part, si Dixie souffre encore de sa perte, elle tente de se reconstruire, et agit sainement.
Certains pourraient dire qu'il est contradictoire que Dixie souffre encore, et soit attirée par deux hommes à la fois. Je pense que non. Cela la rend plus humaine, plus vraisemblable.

Les autres personnages sont également intéressants, même les «méchants», dont la psychologie est creusée. Ce sont des brutes violentes, mais ils n'ont pas l'air si caricaturaux que dans les romans insipides de Mary Higgins Clark.
J'ai été touchée par Priscilla. Elle semble facile à briser, mais elle est forte. Elle s'éloigne résolument des clichés du genre.

J'ai apprécié de revoir Cora, encore plus pétillante que dans le tome 1.
J'aurais bien voulu que Dixie revoie Philip, mais cela n'a pas été le cas.

Remarque annexe:
Comme dans le tome 1, il me semble que les personnages n'arrêtent pas de manger beaucoup de choses appétissantes. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.
La série comporte sept tomes, mais l'éditeur audio n'en a publié que deux... Je suppose que les versions audio n'ont pas eu de succès. Dommage, j'aurais bien voulu lire la suite.

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lundi, 27 février 2012

Curiosity killed the cat sitter, de Blaize Clement.

Curiosity Killed the Cat Sitter

Note: À ma connaissance, ce livre n'est pas sorti en français.

L'ouvrage:
Dixie Hemingway (aucun rapport avec qui vous savez, comme elle le souligne), s'occupe des animaux dont les propriétaires sont en vacances. Aujourd'hui, elle doit s'occuper de Ghost, le chat de Marylee Dorin, celle-ci s'absentant une semaine. Les choses se gâtent lorsque Dixie trouve un corps dans la cuisine. Détail sordide: l'homme a le visage dans le bol d'eau du chat. Quelqu'un a fait en sorte qu'il s'y noie en scotchant sa tête audit bol.

Critique:
 Ne vous attendez pas à un roman haletant, avec un rebondissement toutes les deux pages. Ce livre suit un schéma assez classique. Il en est même parfois un peu lent. L'auteur ne dévoile la solution que dans l'avant-dernier chapitre.
Malgré mon aversion pour ce schéma classique, ce roman m'a plu. Je pense que c'est parce que la banalité de l'histoire est compensée par l'exposition de personnages fouillés. Ce roman est plus un roman social qu'un roman policier. Et puis, l'intrigue se tient... Il y a juste une chose que je n'ai pas comprise. Dans le courrier de Marylee, Dixie trouve une lettre que la jeune femme a écrite. Au début, j'ai cru que c'était une lettre revenue à l'expéditeur, mais apparemment, non. Donc, comment pouvait-elle se trouver dans le courrier de Marylee? J'ai peut-être mal compris quelque chose.

Avec pertinence, sans complaisance, Blaize Clement aborde des thèmes douloureux.
Comment ne pas compatir à la lecture de ce qu'a vécu Dixie avant qu'elle décide de se reconvertir? Malgré la douleur, la rage, la colère qu'elle nous décrit, et sur lesquelles elle revient, le récit de cette partie de sa vie n'est pas larmoyant. Elle ne s'apitoie pas, elle raconte naturellement ce qu'elle a vécu.
De plus, c'est un personnage extrêmement sympathique. Je n'ai pas pu m'empêcher de lui donner raison lorsqu'elle a attaqué la mère indigne. Je sais que je n'aurais jamais eu le cran (ou l'inconscience) de faire cela. D'abord parce que ça ne se fait pas, mais aussi parce que je serais aussi lâche que la plupart des gens. Et pourtant, j'ai jubilé quand j'ai lu ce que Dixie a fait à cette femme.
J'apprécie également ce personnage pour son amour des animaux. Bon, elle donne certaines indications erronées quant aux chats, mais elle ne se trompe pas sur grand-chose. Et puis, ça fait plaisir de voir un personnage s'inquiétant réellement du bien-être des animaux, et qui n'est pas, par ailleurs, idiot, ou gnangnan, ou névrosé, etc.

À travers le personnage de Philip, l'auteur évoque un thème toujours sensible. J'ai eu du mal à imaginer que Philip n'ait pas mal tourné avec des parents si intolérants... On me dira d'ailleurs que c'est un peu gros... mais pourquoi pas?
J'ai été choquée que ses parents se raccrochent à leurs idéaux, à leur égoïsme, plutôt que d'essayer de le comprendre. Le pire a été sûrement atteint lorsque cette imbécile d'Olga a parlé de... guérison.

J'aime beaucoup Cora. Elle est solaire. Sa vie n'a pas été facile, et elle tente toujours de la prendre du bon côté, sans jamais être amère. Elle défend sa petite-fille, ce qui se comprend, d'autant plus que celle-ci a toujours été loyale envers elle.

Que dire de Marylee? Au final, je ne l'aime pas. Mais son personnage est de ceux dont on pourrait débattre. On ne peut pas vraiment être catégorique la concernant.

Bref, un roman qui fera réfléchir sur le comportement des gens, sur les actes et leurs conséquences, qui appelle à la tolérance et à la compréhension de l'autre.

Remarque annexe:
J'adore le combat de Dixie contre le bacon. Je me sens si proche d'elle... ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.

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vendredi, 20 janvier 2012

The rest of her life, de Laura Moriarty.

The rest of her life

Note: À ma connaissance, cet ouvrage n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Ce soir-là, la vie des Churchill bascule. Kara, dix-huit ans, renverse Bethany Cleass. La jeune fille conduisait alors qu'elle était au téléphone, et tentait d'empêcher un chien de passer à l'avant de la voiture.
Chacun réagira à sa manière: Leigh et Gary, les parents de Kara, ainsi que Justin, son petit frère de douze ans.

Critique:
Voilà un superbe roman. Il parle de choses difficiles, mais l'auteur sait à merveille décrire sentiments et émotions. Je suis toujours admirative devant les auteurs qui savent si bien évoquer la psychologie de leurs personnages, confronter les points de vue, les sensibilités de chacun. C'est un des rares romans auquel je ne reprocherai rien.
Laura Moriarty rappelle, tout au long du roman, à son lecteur que rien n'est simple. Il faut toujours aller au-delà des apparences. Chacun agit comme il peut. Tout est une question de points de vue, de perception... Le plus difficile, pour certains de ses personnages, est d'accepter le point de vue de l'autre. C'est exactement comme ça dans la vie.

Tous les personnages sont étudiés, creusés, complexes.
C'est peut-être Leigh que j'ai le mieux comprise. Elle tente d'être quelqu'un de bien, elle fait preuve d'empathie, remet certaines choses en question. Comme elle le constate, les gens ne se voient pas toujours agir. Malheureusement, elle tombe quelque peu dans ce piège. Malgré tous ses efforts, elle n'agit pas toujours comme il le faudrait. Sa relation avec Kara en est l'exemple le plus frappant. Leigh a souhaité ne pas reproduire ce qu'elle avait connu dans son enfance, mais sa personnalité et son passé ont fait qu'elle a plus de mal à être naturelle avec quelqu'un qui n'a pas vraiment d'ennuis.
À travers Leigh, l'auteur montre comme on peut se sentir stupide quand on sent qu'on n'est pas à sa place, qu'on ne dit pas ou qu'on ne fait pas ce qu'il faut, alors que d'un autre côté, il y a des domaines où on est à l'aise.

L'auteur croise les relations entre Leigh et Kara avec celles entre Leigh et sa mère. Pour cela, elle fait beaucoup de retours en arrière. En général, je n'aime pas cela. Cependant, dans ce roman, c'était nécessaire. En effet, il fallait que tout fût agencé ainsi pour que le lecteur apprenne à connaître les personnages progressivement, à travers différentes époques de leurs vies, et qu'il puisse mettre les relations mères-filles en regard. Ici, les retours en arrière ont une réelle utilité, et donnent davantage de force au récit.

Quant aux relations entre Leigh et sa mère, là encore, tout est nuancé. Anna n'était pas une mère qui se fichait de tout. Justement, elle a sacrifié certaines choses pour ses filles, mais à cause de cela, et peut-être parce qu'elle n'avait pas vraiment la fibre maternelle, Pam et Leigh n'ont pas eu une enfance pleine d'amour. Elles n'étaient pas proches de leur mère. Pourtant, il est évident qu'Anna pense avoir fait de son mieux, et qu'en un sens, elle l'a fait.
Plusieurs scènes sont des moments clés de cette relation. D'abord, il y a le passage du ragout fait par Anna. À cette occasion, Anna et Leigh ne parviennent pas à communiquer. Chacune s'enferme dans sa colère ou dans sa honte, et les choses restent non-dites. Dans le même passage, Anna regarde un feuilleton décrivant une mère très proche de ses enfants, et toujours pleine de bons conseils. Elle est persuadée d'être ainsi, ce qui choque Leigh.
Enfin, il y a la fois où Anna vient voir sa fille peu après la naissance de Kara. À ce moment, j'ai pensé que les circonstances les ferait se parler... Mais là encore, Anna, fait ce qu'elle croit être le mieux (par exemple, en voulant les inviter à sortir ou leur acheter à manger), mais elle n'a jamais de gestes maternels. Et encore, il suffit d'un peu de compassion...
Dans le même ordre d'idées, elle préfère blâmer la conduite de Pam plutôt que se remettre en question.

Les relations entre Leigh et Gary sont également analysées. Il m'a semblé que malgré leur amour, ils étaient assez éloignés l'un de l'autre. Gary ne comprend pas tout un pan de la personnalité de sa femme. Il n'accepte pas vraiment son extrême sensibilité vis-à-vis de certaines choses, puisqu'il ne sait que s'en moquer. Il ne tient pas vraiment à l'aider à améliorer ses relations avec Kara, puisqu'il ne prend jamais la peine d'en parler sérieusement et avec tacte quand elle tend des perches. Plus tard, il n'accepte la décision de Kara que parce que celle-ci lui a forcé la main, mais je ne suis pas sûre qu'il la comprenne vraiment.
Il évolue, comme presque tous les personnages, mais il me semble qu'à part Anna, c'est lui qui a le plus besoin de se remettre en question.

Mon sentiment est mitigé quant à Eva. Au début, lorsqu'elle appelle les Churchill presque toutes les heures, qu'elle vient les voir, alors qu'il est clair qu'ils souhaitent rester seuls, elle me paraît envahissante. Plus tard, on comprend que c'est sa façon d'aider Leigh. Si son point de vue est recevable, pour moi, c'est quand même elle qui a tort. Si des amis se trouvent dans la peine, je vais leur faire savoir que je suis là, prête à les soutenir, mais je ne vais pas les harceler! Ce qu'a fait Eva est du harcèlement. Par ailleurs, c'est une cancanière. Elle se défend, ensuite, expliquant qu'elle aime savoir ce que les gens ont à dire, que ça lui permet de mieux les aider, et qu'elle-même se fiche de ce qu'on peut dire sur son compte. Là aussi, c'est recevable, mais elle n'a pris en compte que son point de vue. Si les Churchill ne veulent pas parler de ce qui leur arrive, c'est leur droit. Si les intentions d'Eva sont louables, sa manière de faire est parfois très incorrecte.

À l'instar de Leigh, on comprendra pourquoi Kara souhaite se punir pour ce qui est arrivé. J'ai compris ce qu'elle décrivait. On a beau se dire qu'il ne sert à rien de se flageller, on a tellement envie de racheter quelque peu la peine qu'on a faite, qu'on pense qu'au moins, cela pourrait peut-être faire quelque chose. Et puis, on se sent coupable de continuer à vivre. Tout cela est parfaitement analysé par Laura Moriarty.

Pam est sympathique. Cependant, j'ai trouvé un peu agaçant qu'elle soit toujours en train de chercher des excuses à tout le monde. Elle a raison de prôner la nuance et la tolérance, mais qu'elle ne voie jamais le mal en personne est assez agaçant, et la rend un peu ridicule. C'est d'ailleurs étonnant que tout le monde (sauf Anna) adore Pam comme si elle était un ange. Bien sûr, les gens apprécient sa gentillesse, sa générosité, le fait qu'elle ne les juge pas. Je trouve quand même étrange qu'elle fasse l'unanimité.

Cynthia Tork représente l'archétype du personnage intolérant sous couvert de tolérance. Elle est fervente chrétienne, apparemment. Elle écrit une longue lettre afin d'expliquer à Leigh pourquoi elle n'approuve pas son choix quant aux livres qui seront étudiés. Dans cette lettre, elle semble ouverte, prête à la discussion, cependant, ce n'est pas le cas. D'abord, elle se permet de contester le choix d'un professeur, comme si chaque parent pouvait demander un passe-droit. Ensuite, elle se permet de juger des livres sans approfondir. Je n'ai pas lu l'un des deux ouvrages incriminés, mais concernant «Gatsby le magnifique», Cynthia l'a lu de travers. Elle n'a vu que les apparences. Comme le dit Leigh, c'est malheureusement un livre qui parle de la vraie vie. De plus, Cynthia vilipende ces personnages immoraux, mais ne souligne pas qu'à la fin, ils finissent tous malheureux. Donc, elle devrait aller au bout du raisonnement, et voir que les mauvaises actions ne paient pas. Et puis, il faut voir le livre qu'elle conseille! C'est peut-être un roman prônant des valeurs importantes, mais il ne reflète pas du tout ce qui se passe dans la vie réelle. Il vaut mieux se prémunir en étudiant des romans réalistes.
Néanmoins, je pense que Leigh aurait dû expliquer tout cela. Cynthia est une imbécile heureuse de l'être, et n'en mérite pas tant, mais il me semble qu'il aurait été plus intelligent d'expliquer, et surtout, plus jubilatoire de river son clou à cette idiote avec des arguments ô combien valables.

Willow, la fille d'Eva, a dix-huit ans, et veut se faire poser des implants mammaires. Leigh désapprouve cela. Eva et elle ont une discussion à ce sujet. Plus tard, Leigh en parle avec Kara. Au départ, Eva et elle s'affrontent sur les apparences, et Eva l'attaque en disant que si la beauté intérieure, c'est le plus important, alors pourquoi Justin a-t-il eu un appareil dentaire? Leigh ne dit rien, alors qu'il est facile de répondre que des dents de travers ou des trous entre les dents, cela nuit à la personne. Si on ne fait rien, à terme, cela nécessite peut-être une opération douloureuse.
Ensuite, Leigh n'emploie pas les bons arguments. Même si, apparemment, c'est un réel problème aux yeux de Willow, même si elle réclame cela depuis un moment, je trouve que c'est assez artificiel. Même si ça donne à Willow confiance en elle, je trouve dommage qu'il faille cela pour qu'elle se sente mieux. C'est quand même une opération, cela engendre des tracasseries, et ce n'est pas sans danger, à terme. Ce n'est pas comme une coupe de cheveux ou le port de boucles d'oreilles. Si une fille a besoin de cela pour avoir confiance en elle, alors quelque chose a été raté dans son éducation, dans son équilibre... L'auteur exhorte son lecteur à ne pas juger Willow, à être tout simplement heureux pour elle. Soit. Mais je ne suis pas convaincue.

Quant à Diane, le lecteur comprendra sa douleur, sa façon d'agir. Même lorsqu'elle est injuste, on ne peut pas la blâmer. Je ne dis pas que la souffrance excuse tout, mais comment peut-on être objectif face à une si grande douleur? Comment ne pas se montrer rude? Comment ne pas s'en prendre aux responsables? Diane sait bien, au fond, que Kara s'en veut. Je suis sûre qu'à sa place, je réagirais de la même manière.

L'auteur aborde également une idée reçue que beaucoup promeuvent en parlant de l'allaitement. Leigh ne peut allaiter Kara, et se le reproche parce qu'elle a entendu partout qu'une bonne mère allaitait ses enfants. Elle s'en veut d'autant plus qu'elle n'a vu que des images de mères épanouies allaitant des enfants à l'air satisfaits. Il vaut sûrement mieux allaiter son enfant, mais il est très agaçant de voir certains jeter la pierre aux femmes qui ne le font pas. Il est également malhonnête de ne montrer que d'heureuses images à ce sujet. Ce thème est abordé de manière aussi juste, mais sous un angle quelque peu différent dans «Une relation dangereuse», de Douglas Kennedy.

Si j'ai évoqué différentes façons de penser sur différents points, il y en a d'autres tout au long du livre. Certains pensent que tel acte veut dire telle chose, alors qu'en fait, non. Et les deux manières de penser sont plausibles.
À travers un roman écrit avec sensibilité, finesse, et justesse, Laura Moriarty rappelle à son lecteur qu'il doit toujours chercher au-delà des apparences, ne pas se focaliser sur telle chose qu'a le voisin et que lui n'a pas. Je sais que beaucoup de gens envient les autres sans connaître leurs vies. Ils en voient un échantillon, et les envient, sans vouloir voir que ceux qu'ils envient connaissent aussi des déboires, sans vouloir admettre que peut-être, tout n'est pas parfait pour la personne enviée.
Elle prône la remise en question, exhorte son lecteur à aller vers l'autre, ou du moins, à avoir le moins de préjugés possible.
Bref, un roman incontournable! À lire d'urgence!

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Harper Audio.
Comme d'habitude, j'ai été ravie d'entendre Julia Gibson. Elle a parfaitement interprété ce roman. Lorsqu'elle a modifié sa voix, elle a toujours trouvé l'intonation adéquate. Ce qui, chez d'autres, est pénible ou à peine supportable, est naturel chez elle. Quelle virtuose!

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vendredi, 9 décembre 2011

Tomato girl, de Jayne Pupek.

Tomato girl

Note: À ma connaissance, cet ouvrage n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Petit village de Granby, années 70.
Ellie Sanders, onze ans, aime tendrement ses parents. Elle sait qu'elle doit tout faire pour protéger sa mère, Julia, qui a souvent des sautes d'humeur. Son père, Rupert, et elle s'y emploient. Mais un jour, Julia fait une mauvaise chute, et est conduite à l'hôpital. C'est alors que Rupert explique à Ellie que Tess, une jeune cultivatrice de tomates de Granby, va venir les aider tant que Julia sera à l'hôpital.

Critique:
Voilà un livre assez dur. La tension ne quittera que très rarement ces pages. Pendant une grande partie du roman, tout ira de mal en pis. On se demandera jusqu'où Jayne Pupek poussera ses personnages, ce qu'elle leur fera encore subir, jusqu'où ils se déchireront, se meurtriront...

On pourrait s'étonner de la maturité d'Ellie. En effet, comment peut-elle vivre au coeur de ce piège, tout en étant la plus lucide et la plus raisonnable? Il est peut-être un peu gros qu'une enfant de onze ans supporte tout ça, et fasse preuve de tant de force morale, cependant, il est bien connu que souffrances et épreuves font grandir un enfant. C'est le cas ici. En outre, Ellie a toujours vécu en ayant peur que sa mère dérape, elle a toujours dû faire attention à ses moindres paroles, ses moindres gestes.
Parfois, j'avais envie de lui dire de laisser tomber ces trois idiots, et de partir à l'aventure. J'avais surtout envie de lui crier que son imbécile de père n'était pas digne de son amour. Pourtant, un enfant aime ses parents, même s'ils le déçoivent. Il faut vraiment qu'un parent agisse très mal pour que l'enfant s'en détache.

Le contraste est d'autant plus saisissant qu'Ellie se montre plus responsable que les trois adultes qui ne savent qu'agir de manière puérile et égoïste. Julia est peut-être moins à blâmer, car elle est malade, sombre doucement dans la folie (ce que fait son mari n'est pas pour l'aider), et elle aurait surtout eu besoin d'une médication cadrée et contrôlée. Apparemment, elle souffre de bipolarité, et étant donné que le seul remède que Rupert connaisse, c'est une bonne dose de tranquillisant, ce n'est pas pour arranger les choses.

Rupert est probablement le personnage le plus détestable. On peut comprendre qu'il se sente enfermé, prisonnier du boulet qu'est Julia. Seulement, il s'y prend de la plus mauvaise manière qui soit! Comment espère-t-il arranger les choses en installant sa maîtresse chez lui! Il engendre une atmosphère extrêmement malsaine. Il n'a pas le courage d'abandonner Julia, ce qui en effet, serait méprisable, alors, il fait venir Tess chez lui afin d'achever de précipiter la pauvre femme dans la folie. Car il sait très bien que c'est ce qui arrivera.
J'ai également méprisé et détesté Rupert pour la manipulation perverse qu'il exerce sur sa fille. Il sait toujours où appuyer pour qu'Ellie fasse ce qu'il veut.
Plus tard, il n'évolue pas vraiment: il ne sait que s'inquiéter pour Tess, ne parle que de Tess. De plus, on ne peut pas trop voir ce qu'il trouve à la jeune fille, à part ses manières d'évaporée, sa jeunesse, et la promptitude avec laquelle elle ouvre les cuisses. C'est un être impulsif, qui n'a pas l'air d'avoir vraiment grandi, et qui sait moins bien gérer les états d'âme d'une personne bipolaire qu'une enfant de onze ans.

Quant à Tess, j'adore la voix que Julia Gibson (la lectrice) prend pour son personnage. Elle est si réaliste! J'imagine Tess tout à fait comme ça! On dirait qu'elle a un pois chiche dans la tête, que tout ce qui l'intéresse, c'est son apparence, et que, bien sûr, elle n'a pas de conscience, puisqu'elle n'a absolument aucune honte à s'introduire dans un foyer, et à le détruire. Il est évident que la jeune idiote n'a été que le déclencheur: la famille Sanders n'existait déjà plus. Il est vrai que Rupert n'allait pas passer sa vie à porter Julia à bout de bras, mais Tess et lui auraient pu trouver une façon plus propre d'agir.
Jayne Pupek explique très bien comment, avec ses airs de Sainte Nitouche, Tess prend possession de la maison, du jardin, essaie de se mettre Ellie dans la poche. Lorsqu'elle prépare le vêtement que Julia devra mettre pour rentrer à la maison, il est sûr que son choix a été fait exprès. Elle dit que non, puisqu'elle ne connaît pas la garde-robe de Julia, seulement, étant donné ce que dit Ellie, le vêtement devait se trouver au fin fond d'une armoire. Tess devait bien se douter qu'il n'était pas souvent porté.

La jeune fille est pourtant nuancée. C'est une calculatrice, mais elle a ses faiblesses, elle aussi. Comment ne pas compatir aux mauvais traitements qu'elle subit de la part de son père? (J'avoue ne pas y avoir réussi tant je l'ai trouvée fade, bête, et méchante, mais je sais qu'un être humain normalement constitué la prendra en pitié.)
Je me pose une question quant à ce qui arrive à Jelly Bean (Dragibus en français), le poussin d'Ellie. Tess jure qu'elle ne l'a pas fait exprès, et il est vraisemblable qu'elle dise la vérité. Cependant, quand on a un peu de cervelle, on ne va pas se promener avec un poussin dans la main près de la mer...
D'une manière générale, Tess semble ne pas être totalement responsable d'elle-même, ni de certains événements qui arrivent pourtant par sa faute. Ellie et Julia la diabolisent, mais je serai plus nuancée. Certes, c'est à cause d'elle que les choses empirent, mais le véritable fautif reste Rupert. Il est d'ailleurs destiné à aimer des femmes qui ne restent pas elles-mêmes.
Tess et Rupert sont deux enfants irresponsables, cachés dans des corps d'adultes, et en profitant pour agir comme s'ils étaient vraiment adultes. Ils sont égoïstes, et j'ai la sensation que le cerveau de Tess n'a pas été fini. ;-)

La question du racisme est effleurée de manière assez intelligente.
Clara est un personnage apaisant. Outre qu'elle est un peu sorcière, elle semble très sage. Elle représente le calme, la paix, surtout en comparaison du chaos qu'est le foyer d'Ellie.

Le rapport de l'homme à Dieu est également abordé intelligemment. L'auteur pointe du doigt ceux qui croient aveuglément. La mère de Mary Roberts lit la Bible en entier tout au long de l'année, elle a même un calendrier et s'y tient. Elle est vertueuse, et respectée pour cela. Soit. Mais aide-t-elle Ellie et sa mère au long du roman? On me dira qu'elle ne connaissait pas la gravité des maux de Julia. D'après certaines remarques çà et là, le lecteur devine que le village sait certaines choses. Et de toute façon, les habitants savent l'inconduite de Rupert. Une femme censée aimer son prochain serait tout de suite allée proposer son aide à Ellie et Julia, ne serait-ce que pour de menus services.

J'aime bien Mary Roberts, même si elle recrache les inepties dont sa mère lui a farci la tête quant à Dieu et aux noirs. Elle montre à plusieurs reprises qu'elle aime vraiment Ellie. Elle va même jusqu'à commettre un acte que sa mère réprouverait.

Si j'ai été si en colère après Tess et Rupert, c'est que Jayne Pupek a gagné son pari: un livre aux personnages extrêmement réalistes, qu'on croirait avoir devant soi. La tension est insupportable, mais c'est si bien écrit, si bien raconté. On ne peut pas lâcher ce livre une fois qu'on l'a ouvert. L'auteur y a enfermé un sortilège qui agit en enveloppant le lecteur dans d'invisibles filets. Je trouve admirable de la part de Jayne Pupek de parvenir à écrire un aussi bon roman mettant en scène des personnages si détestables! Bien sûr, ils ne le sont pas tous, loin de là.
J'ai quand même un petit reproche à faire: j'aurais aimé connaître l'après. À la fin, on sait ce qu'Ellie va faire. Mais j'aurais aimé savoir comment elle a évolué par la suite, ainsi que les personnages d'alors. On en a un petit aperçu, car au début, Ellie explique qu'elle doit raconter ce dont elle se souvient, mais en fait, on n'apprend pas grand-chose.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.

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