Lecteur : Gibson Julia

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jeudi, 18 août 2016

Every secret thing, de Lila Shaara.

Every Secret Thing

À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Gina Paletta, ancien mannequin, trente-trois ans, est devenue professeur à l'université. Veuve depuis quatre ans, elle élève seule ses jumeaux de sept ans, Toby et Stevie.
Un jour, la police lui apprend qu'un de ses étudiants a créé un site utilisant et détournant des photos faites lorsqu'elle était mannequin. Il semblerait qu'il s'intéresse un peu trop à elle. Cet étudiant est, par ailleurs, soupçonné de meurtre.

Critique:
Ce livre paraîtra peut-être lent à certains. Pour ma part, j'ai aimé que l'auteur s'attarde sur le quotidien de Gina, sur ses relations (plutôt tendues) avec sa famille, sur l'étrange amitié qui va lier l'héroïne (pour presque un an) à sa voisine, Jessie. J'ai aimé que le puzzle mette du temps à s'assembler, qu'on voie les personnages vivre, évoluer, qu'ils soient plongés dans des situations délicates, etc.

Entre l'étudiant obsédé par Gina, les étrangetés familiales révélées par des conversations anodines, les hommes qui tournent autour de l'héroïne, l'auteur sème des ébauches de fausses pistes. En effet, elle ne dit pas clairement: «Voilà, il faut penser ça.», elle laisse traîner des faits qu'on peut prendre pour des indices ou pas. C'est ainsi que je me suis demandé, à un moment, si l'étudiant fou (Tim) ne serait pas davantage innocent que ce que pensait la police... Finalement, tout est cohérent, tout s'imbrique bien. Les déboires de Gina ne s'arrêtent pas à Tim. Cette année (comme elle le dit elle-même) est une année charnière où elle découvrira des choses sur elle, sur son entourage...

La famille de Gina est particulière. Celle que j'ai le moins comprise est sûrement Maureen. Il est normal qu'elle ait des difficultés à concilier son besoin de ne pas rompre avec ses parents et son amour pour Ivy. Cependant, ses proches ne l'acceptant pas tous telle qu'elle est, je trouvais certains de ses choix curieux. Par la suite, son attitude m'a déçue, et je ne lui ai trouvé aucune excuse. Au départ, on a plutôt l'impression que Maureen est forte, ouverte, etc, alors que sa soeur, Lizie, semble être revêche et manquer d'empathie. À mesure du roman, on découvrira que les choses sont plus complexes. Il n'y a qu'à voir le comportement des parents de Maureen et Lizie, ainsi que celui de la mère de Gina, pour penser qu'il est normal que les filles aient des problèmes... Outre les diverses façons de se comporter des uns et des autres en général, une scène en particulier est assez marquante, ainsi que ses conséquences. C'est ce qui arrive lorsque Gina et ses enfants se rendent à un repas de famille. À ce moment-là, les réactions de chacun sont représentatives, et certaines sont effrayantes. Gina n'est pas championne quant à l'éducation de ses enfants, mais certains membres de sa famille font froid dans le dos!

J'aurais pu trouver ce livre très bon si l'histoire d'amour ne l'avait quelque peu affadi. Pour moi, elle est trop rapide. Gina prend des décisions extrêmes la concernant. De plus, l'élu de son coeur ne m'a pas vraiment plu. Il est trop parfait. D'une manière générale, dans ce roman, les hommes ne sont pas vraiment à l'honneur. Soit ils sont brutaux, pervers, et veulent coucher avec Gina (certains n'y mettent même pas les formes), soit ils sont («il est», devrais-je dire, car c'est presque le seul) parfait et extrêmement fade. Il m'a plutôt agacée. Je ne sais pas trop avec qui j'aurais vu notre héroïne (qui, elle aussi, m'a agacée concernant cette histoire d'amour), probablement avec aucun homme rencontré dans ce roman... Les seuls qui m'ont été sympathiques avaient des rôles secondaires: Dan, le constable, le «fils» (si on simplifie) de Jessie, Clark... J'aime bien les histoires d'amour, mais je n'aime pas qu'elles soient niaises et mal amenées. Ici, elle est la raison pour laquelle ce livre n'est pas un coup de coeur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.

mardi, 2 octobre 2012

Over her dead body, de Kate White.

Over her dead body

Note: Ce livre est le tome 4 des aventures de Bailey Weggins. Il semblerait que les tomes 1, 2, 3, et 5 aient été traduits en français, mais pas le 4!

L'ouvrage:
Bailey Weggins est journaliste au Gloss. Elle écrit des histoires criminelles à partir de faits divers. C'est alors que sa patronne lui explique qu'elle veut donner une nouvelle orientation à Gloss, et que, malheureusement, elle devra se passer de ses articles. Bailey est mortifiée, mais grâce à son amie, Robbie, elle retrouve vite du travail au journal Buz. Ce magazine est dirigée par l'irascible Mona Hodges. En effet, Mona ne fait jamais dans la dentelle, et n'a presque que des ennemis au sein de Buz.

Un soir, Robbie téléphone à Bailey pour lui dire qu'il a été renvoyé comme un malpropre, et la supplie d'aller récupérer certaines des ses affaires au journal. De mauvaise grâce, elle s'y rend. C'est là qu'elle découvre Mona et une femme de ménage, qui, apparemment, ont été frappées. Elles sont transportées à l'hôpital. Mona ne s'en tirera pas. Bailey est chargée par le magazine de reconstituer les dernières heures de la défunte, afin d'écrire une histoire qui sera publiée dans Buz.

Critique:
J'ai lu ce roman parce qu'il était interprété par Julia Gibson que j'aime beaucoup. Je pense que je ne l'aurais pas fini, si je n'avais pas autant apprécié la lectrice et l'héroïne. En effet, le roman est extrêmement lent. Bailey passe des heures à interroger tout le monde. Bien sûr, tout le monde est soupçonné, étant donné que Mona avait tout fait pour se rendre détestable. Cette ficelle étant facile et surexploitée, elle m'a plutôt ennuyée.
Il y a bien quelques rebondissements, principalement quand Bailey est attaquée. Ils relancent effectivement l'action, mais ils ne sont pas si inhabituels. De plus, ils sont un peu noyés dans les lenteurs.
J'admets que je n'avais pas deviné la carte que l'auteur sort de sa manche. C'est une bonne trouvaille, encore aurait-il fallu qu'elle arrivât plus tôt...

À part l'héroïne, les personnages ne sont pas vraiment épais. Certains sont quelque peu sympathiques, comme Jessie, mais sans plus.

D'un autre côté, Bailey m'a été très sympathique. J'ai d'ailleurs préféré lire les détails de sa vie privée plutôt que l'enquête. Elle a l'air un peu plus sensée que ceux qui gravitent autour d'elle. J'ai adoré la manière dont elle parvient à savoir qui est le mystérieux inconnu qui la fait craquer. Certains trouveront bizarre que je ne crie pas au scandale à cause du coup de foudre. Eh bien, je n'ai pas trouvé cela mal amené. Sûrement parce que Bailey ne gâtifie pas, et ne décide pas de tout plaquer pour vivre avec lui. Sûrement parce qu'elle gère cette histoire comme je l'aurais moi-même fait.
À ce sujet, je n'ai pas prévu de lire le tome 5, d'abord parce que je n'ai pas particulièrement aimé ce livre, mais aussi parce qu'il n'est pas lu par Julia Gibson. Pourtant, j'aimerais savoir ce qu'il en sera de l'histoire d'amour de Bailey.

En filigrane, le lecteur a un aperçu de ce monde artificiel dans lequel on évolue forcément quand on travaille dans un magazine comme Buz. Je n'aurais pas aimé qu'il y ait davantage d'immersion dans ce monde. Je trouve que l'auteur a su doser ses effets à ce sujet.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.
Comme d'habitude, j'ai été ravie d'entendre Julia Gibson qui sait toujours adopter le ton adéquate, et n'en fait jamais trop, notamment lorsqu'elle doit interpréter des rôles masculins. J'ai trouvé dommage que sur les deux ou trois dernières heures (le livre dure quinze heures environ), on entende l'enrouement de sa voix. Ce n'est pas très grave, mais quand on connaît bien sa voix, c'est étrange... J'ai également trouvé curieux que l'éditeur lui ait fait achever le roman alors qu'elle était enrouée, même si cet enrouement n'est pas vraiment gênant.

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vendredi, 31 août 2012

While I'm falling, de Laura Moriarty.

While I'm falling

Note 1: À ma connaissance, ce roman n'a pas été traduit en français.

Note 2: Au long de la chronique, j'ai dû dévoiler certaines choses afin d'expliquer certains arguments. Pour moi, cela ne gâche pas la lecture du roman.

L'ouvrage:
Lawrence, Kansas.
Dan et Nathalie Von Holten sont en instance de divorce, après vingt-six ans de mariage. Leur fille aînée, Élise, vit à San Diego avec son mari, Charlie. Leur seconde fille, Véronica, est à l'université où elle fait des études de médecine.

C'est alors que Nathalie agit de manière que ses filles ne comprennent pas. Elle parle soudain de changer de nom, puis rabroue Véronica qui l'appelle à l'aide.

Critique:
Tout comme «The rest of her life», ce roman analyse des personnages, leurs actes, les conséquences. Ces deux romans sont très différents, mais tous les deux très bons!

Ce que j'ai d'abord apprécié, c'est que j'ai mis un moment à voir où l'histoire mènerait. Je me suis contentée de me laisser porter par le récit de Véronica (c'est elle la narratrice), sans me poser de questions. Certains diraient que le roman est lent à démarrer. Je ne trouve pas. Au début, les personnages nous sont présentés, on découvre cette famille d'apparence banale, et petit à petit, ce qui les démarque.
À partir du moment où j'ai su où allait l'intrigue, je m'étais attachée aux personnages, et je voulais savoir la suite.

De manière subtile et habile, l'auteur encourage, une fois encore, son lecteur à se débarrasser de ses préjugés. Le récit de Véronica commence par l'anecdote qui décida du divorce de ses parents. Elle l'évoque du point de vue de son père. Je me suis bien doutée que les torts étaient sûrement partagés, mais à la lecture du début, on ne peut s'empêcher de ressentir davantage de compassion pour Dan. Et puis, l'histoire se poursuit, et on est bien obligé de reconsidérer sa position. Par exemple, Dan n'a jamais trompé Nathalie. Soit, mais l'a-t-il vraiment aimée? Si on reste fidèle par devoir, parce que cela se fait, voire parce qu'on espère une médaille (étant donné la manière dont il le revendique, on dirait parfois que Dan attend fleurs et compliments), c'est aussi déloyal qu'une infidélité de corps et de coeur.

Je ne dis pas que Dan est le seul fautif dans l'histoire. Je pense que nos deux personnages avaient différentes aspirations, différentes façons de voir le couple, et que ces deux concepts ne pouvaient s'harmoniser. Je préfère quand même Nathalie parce que son ambition était d'être aimée pour ce qu'elle était. C'est un personnage qui a beaucoup de présence, malgré sa timidité, son incertitude, sa fragilité. Très douce, elle s'est laissée guider dans une voie qui ne lui était pas forcément bénéfique (ou seulement en partie), et par la suite, elle ne paraît pas vraiment préparée à ce qu'elle vit. Elle semble elle-même s'en rendre compte, et fait preuve d'une force morale impressionnante. Elle est très humaine. Elle attire les gens, et sait d'instinct comment les intéresser, leur rendre le sourire, les aider à traverser une période difficile. Elle est peut-être un peu trop gentille. Certaines de ses réactions sont un peu agaçantes, car elle ne peu pas trop se les permettre, et a l'air un peu bête. Par exemple, sa réaction lorsque Jimmy garde son portable. Mais cette joie de vivre qu'elle distribue sans compter fait que j'ai été plus encline à l'apprécier que Dan. Il est plus froid, plus individualiste. Tout au long du roman, on se demande comment ces deux-là ont pu vivre ensemble toutes ces années, tant ils sont différents.

Une autre question se pose: faut-il qu'une femme s'occupe de ses enfants à plein temps, ou vaut-il mieux pour elle qu'elle travaille? Il est assez étrange qu'Élise, étant donné son caractère et son vécu, n'analyse pas mieux la situation. Par «mieux», je ne veux pas dire qu'elle se fourvoie forcément en souhaitant s'occuper de son enfant à plein temps, mais son seul argument est: mon mari et moi, nous ne sommes pas mes parents. Ça revient à dire «ça n'arrive qu'aux autres». Malheureusement, cela peut arriver à n'importe qui n'importe quand. Véronica est plus prudente quand une question se pose. Je comprends totalement ses réserves. Son petit ami (Tim) lui propose de vivre avec lui l'année suivante. Il paierait le loyer, etc. C'est très alléchant, mais comme le souligne notre héroïne, s'ils rompaient, elle n'aurait aucune ressource. Véronica et Nathalie ne veulent pas dire qu'il faut tout calculer, qu'il faut agir froidement, mais qu'il faut se prémunir contre un éventuel coup du sort. Il vaut mieux avoir des ressources, et que tout se passe bien plutôt que l'inverse.
Il est également agaçant et très décevant que certains voient les femmes qui ne travaillent pas comme en-dessous des autres. Dan ne le dit pas, mais son attitude vis-à-vis de Nathalie le montre bien: elle n'est bonne qu'à s'occuper des enfants. Comme si c'était la chose la plus facile et la moins gratifiante au monde. Il a une attitude qui la rabaisse à ses propres yeux. D'ailleurs, Nathalie et lui n'approuvent pas la décision d'Élise pour des raisons totalement opposées. Elle pense à l'avenir, et veut que sa fille puisse rebondir en cas de malheur; il pense qu'il a payé les études de sa fille pour rien, et qu'elle vaut mieux que rester à la maison à s'occuper des enfants.

Outre que Nathalie aime sincèrement Bowser, le chien de la famille, l'animal représente une espèce de lien qui cimente encore quelque peu les Von Holten. Malgré la déchéance de Bowser, personne, pas même Dan, ne sera indifférent à son sort. Véronica explique qu'il représente un peu leur histoire. Elle pense que c'est surtout cela qui fait que Nathalie lui témoigne amour et respect. Je ne le pense pas. Pour moi, c'est dans son caractère: elle est attentive à autrui, animaux compris. Je n'ai pu m'empêcher de mépriser Maxine qui ne comprend pas cela.

Si le livre est grave, si la tension est souvent au rendez-vous, il n'est pas exempt d'humour. La scène où Natalie et Véronica ramènent Jimmy et Haylie chez eux en est un exemple. Malgré la tension, on ne pourra s'empêcher de rire lorsque Natalie appelle Haylie par son prénom (gaffe suprême!), qu'elle fait tomber les barrières érigées par cette dernière en demandant tout naturellement de ses nouvelles, et que Jimmy s'énerve en insultant tout le monde. Je croyais que Natalie agissait ainsi pour mettre Haylie en face de sa propre bêtise. Mais selon Véronica, n'entrait aucun calcul dans les questions de sa mère. Celle-ci voulait juste se montrer amicale, et évoquer des souvenirs. Quant à Jimmy, s'il effraie, il est également drôle, à s'agiter, à s'exaspérer, à menacer comme un enfant capricieux. Et on comprend quelque peu sa colère, surtout au début.

J'aime bien Véronica. Elle est plus souple que sa soeur, et paraît mieux armée pour la vie. Elle ne fait pas toujours les bons choix, se cherche, veut prouver certaines choses, a un peu peur...
Je trouve juste un peu gros que ses sentiments envers Marly évoluent, à la fin. Soit, elle prend sûrement la peine de la connaître, ce qui fait qu'elle peut changer d'opinion à son égard, mais cela fait un peu trop parfait. Il aurait été plus réaliste qu'elle lui reste indifférente. On ne peut pas être ami avec quelqu'un sous prétexte qu'on a pitié, et qu'on déplore ce que la vie lui a fait subir.
D'autres personnages méritent qu'on s'y attarde: Haylie Butterfield, Jimmy, et Marly. Mais je ne veux pas trop en dévoiler.

Un roman où la complexité des relations familiales est explorée, ou le ressenti de chacun est analysé, le tout avec brio!

Remarques annexes:
Nathalie envisage de changer de nom de famille, afin de mieux faire peau neuve. Vu la façon dont elle y réfléchit, on dirait qu'elle peut choisir un nouveau nom et se l'attribuer...

Lors de son week-end de gardienne de maison, Véronica découvre «Jane Eyre» dans la bibliothèque. Elle évoque un cours passé sur ce roman où le professeur développait la théorie que cet ouvrage n'était en rien une histoire d'amour, Jane n'étant que le chien d'aveugle de Rochester. Véronica s'insurgea contre cette théorie, et en découvrant le roman lors de son gardiennage, décide de le relire en traquant tout ce qui la démonterait. Je trouve cette théorie plutôt loufoque. Étant donné le caractère de Jane, il est évident qu'elle ne se laisserait pas assujettir: elle n'a jamais un comportement soumis et dévoué. Son amour n'est pas né d'une quelconque pitié, puisqu'elle a aimé Edward avant qu'il soit aveugle. Jane n'est pas du genre à se laisser guider par la pitié, et vu le comportement d'Edward, il l'aurait refusé, puisqu'il commence par la rejeter pensant qu'elle n'éprouve que cela.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par les éditions Recorded Books. Julia Gibson interprète les chapitres narrés par Véronica, et Alma Cuervo interprète les deux chapitres racontés du point de vue de Nathalie (à la troisième personne).
Je suis toujours très impressionnée par la dextérité de Julia Gibson. Là encore, les voix qu'elle imagine pour les différents personnages ne sont pas agaçantes, et ne font que renforcer l'image que la narration en donne. Par exemple, elle fait une Élise un peu sèche, un peu autoritaire, très sûre d'elle, ne se remettant pas souvent en question, s'engluant dans des raisonnements, ne cherchant pas à voir la cause et la portée de certains actes, ayant encore besoin de leçons de la vie. C'est exactement ainsi que je vois Élise. L'interprétation de la comédienne lui a donné tant de présence que j'ai même pu me la représenter physiquement.
Nathalie est moins facile à jouer. Julia Gibson (qui l'interprète la plupart du temps), montre bien son manque d'assurance, sa douceur, son insécurité.
J'ai aussi apprécié la façon dont elle interprète Marly, Haylie, et les autres. Je ne sais pas comment elle parvient à faire passer tant de choses à la fois dans sa voix et ses intonations. La force et la justesse de son jeu me laissent toujours pantoise.

vendredi, 27 juillet 2012

The year the colored sisters came to town, de Jacqueline Guidry.

The Year

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Ville d'Angelle, petit village de Louisiane, 1957.
Vivian Leigh Dubois (qui tient son prénom de l'identité de l'actrice qui interpréta Scarlett O'Hara), est une fillette curieuse, avide de lecture, voulant toujours comprendre ce qui se passe autour d'elle. Cette année-là, elle sera confrontée à la remise en question de sa petite vie tranquille. D'abord, la soeur de sa mère, DC, est enceinte, ce qui n'est pas forcément une bonne nouvelle, puisqu'elle a déjà trois enfants, et n'est pas très jeune.
Ensuite, à partir de la rentrée de septembre, les cours de l'école catholique Holly Rosary (où vont Vivian Leigh et sa petite soeur, Mavis), seront dispensés par des nones noires.

Critique:
Ce livre est un coup de coeur. Je n'ai rien à lui reprocher.
D'abord, Jacqueline Guidry montre, par des remarques des protagonistes, comment c'était, à l'époque. Le racisme n'était pas ce qu'il est aujourd'hui. À l'époque, on l'était sans le savoir, on croyait réellement qu'il y avait une séparation due à la couleur. Il est intéressant de voir comment des gens qui réfléchissent prennent cela. Hazel, la mère de Vivian Leigh, est plus encline à prôner la tolérance, mais elle aussi a ses limites. Par exemple, elle ne souhaite pas mettre de barrières entre Aussie (la bonne noire) et elle, mais les événements et les remarques butées de Floyd (son mari), font qu'elle suit parfois la route que lui trace la société.

Vivian Leigh est une passerelle. Elle réfléchit, et même si elle est naturellement pour les séparations, on voit bien qu'elle ne fait que répéter ce qu'elle entend. Au début, elle n'y réfléchit pas trop: les adultes disent ceci, elle l'assimile et le répète. Mais l'enseignement qu'elle reçoit, allié à sa réflexion, et au choc qu'est pour elle la découverte des verres jaunes et de ce que cela implique (vous verrez cela en lisant le roman), font qu'elle n'est plus très sûre. Elle se débat entre les dires parfois contradictoires de ses parents et ses propres observations. Elle comprend confusément que la société dicte quelque chose qui n'est pas forcément vrai, et qui, en outre, est un flagrant manque de respect de l'autre, et de tolérance. Les événements la forcent à reconsidérer certaines choses, à se poser des questions compliquées.
L'auteur réussit un tour de force, car il est inévitable que le lecteur s'attache à la primesautière Vivian Leigh, mais il a du mal à accepter ses remarques racistes. À travers ce personnage intelligent et avide de connaissance, on comprend mieux comment un esprit peut se fourvoyer dans un raisonnement erroné.

Mavis fait longtemps fi de toutes ces considérations. Malgré les objurgations de son père, elle ne voit en Marydale (la fille d'Aussie) que sa meilleure amie. Elle ne voit que le bonheur qu'elle a à bien s'entendre et à jouer avec un autre être humain. Heureusement, il y a des gens qui pensent comme Mavis, des gens qui comprennent qu'être ami ou pas dépend de l'entente et non de la couleur de peau. Mais ce n'est qu'une enfant, et comme le souligne Vivian Leigh, «quand on est enfant, être courageux est presque impossible alors que personne d'autre ne l'est».

Jacqueline Guidry parvient à merveille à entrer dans la peau d'une enfant. À la fois précoce et candide, passionnée et parfois tranchée, pleine de gaieté et fine observatrice, Vivian Leigh nous entraîne dans l'histoire de sa famille et dans celle des États-Unis. Cette année est le parcours initiatique de la fillette.
Pour bien apprécier cette histoire, il faut impérativement entrer dans la famille Dubois. En effet, si l'Histoire est omniprésente, on est très souvent centré sur la vie de cette famille. Cela m'a beaucoup plu, mais ceux qui ne chercheraient que l'Histoire seraient déçus. Étant complètement entrée dans la famille, j'ai adoré, par exemple, lire les scènes anodines de disputes entre Mavis et Vivian Leigh: les deux enfants ayant de la repartie, leurs dialogues sont savoureux. J'ai également aimé les confrontations des différents points de vue de Floyd et Hazel, que ce soit à propos de la couleur de la peau ou du comportement d'Everett, le mari de DC. J'ai respiré au rythme des lectures de notre héroïne, appréciant ses avis assez abrupts, mais non dénués de pertinence, et surtout son adoration un peu naïve pour «Jane Eyre».
Cette histoire sur fond d'Histoire rappelle «Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur», que je n'ai justement pas pu finir parce que je n'arrivais pas à entrer dans l'intrigue. Les personnages et leur vie n'ont pas su m'attirer et me charmer comme le fit le récit de Vivian Leigh. Comme le roman d'Harper Lee, celui-ci est raconté du point de vue d'une enfant qui évoque beaucoup sa vie familiale. Il y a sûrement un clin d'oeil plus terre-à-terre: les deux héroïnes ayant un prénom composé, et celui de de Vivian Leigh rappelant le nom de Harper Lee: la prononciation étant la même en dépit de l'orthographe.

Je regrette un peu que l'épilogue ne soit pas plus détaillé. J'aurais aimé que la narratrice en dise davantage sur sa famille, sur ce qui leur arriva ensuite.

Si Floyd semble être un raciste primaire, on ne peut vraiment lui en vouloir. Malheureusement, il ne fait que suivre l'air du temps. Il devait y avoir beaucoup de gens comme ça... L'auteur parvient même à faire rire du racisme de Floyd lors du pari qu'il fait avec sa femme, et dont la narratrice sera l'arbitre. Cette scène est à la fois grave et drôle. Nombre de scènes de ce livre sont intéressantes, faisant passer beaucoup de choses à travers la vie de la famille et les remarques des uns et des autres.

Je trouve extrêmement regrettable que cet ouvrage n'ait pas été traduit en français.

Remarque annexe:
C'est en août 1957 qu'arrivent les événements de Little Rock. La famille Dubois en parle donc. J'ai dû aller rechercher mes cours d'histoire américaine, car je ne m'en souvenais que très vaguement. Même si on comprend certaines choses grâce aux explications de notre héroïne, l'auteur aurait peut-être dû trouver un moyen pour rappeler brièvement ce qui s'est passé. Je ne suis pas vraiment sûre que tout le monde sache tout de suite de quoi il s'agit, même si cela marqua l'Histoire.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.
Il n'est pas aisé d'interpréter ce roman en prenant des voix et des accents différents pour chaque protagonistes. C'est la porte ouverte au surjeu. Comme d'habitude, Julia Gibson montre tout son talent en prenant voix et accents sans que cela fasse affecté. Cela renforce même l'image qu'on se fait des personnages. Son interprétation est donc positive, comme d'habitude.

vendredi, 15 juin 2012

The garden angel, de Mindy Friddle.

The garden angel

Note: À ma connaissance, ce livre n'a pas été traduit en français.

L'ouvrage:
Village de Sans Souci, en Caroline du Sud.
La famille Johanson a vécu dans la même maison depuis plusieurs générations. Aujourd'hui, deux membres (Barry et Ginny) veulent la vendre, alors que leur soeur (Cutter) souhaite continuer d'y vivre.

Ce jour-là, Cutter découvre un test de grossesse positif dans la poubelle. C'est alors que Ginny lui apprend qu'elle part pour le week-end avec Daniel Bayers, son amant... marié.

Critique:
Voilà une histoire qui pourrait paraître terriblement banale, voire clichée. Pourtant, l'auteur a su y apporter sa touche personnelle. D'abord, elle a créé de forts personnages. On ne les appréciera pas tous, mais ils ne pourront laisser indifférents. Ces personnages sont bien décrits, et si j'en ai détesté certains, ils sont cohérents.
Ensuite, Mindy Friddle parsème son roman de traits humoristiques inattendus. Par exemple, à un moment, Cutter est dans une situation délicate, et elle trouve la force de plaisanter qu'au moins, sa voiture (qui fait souvent des siennes), fonctionne. Alfred est lui-même un personnage amusant à cause de son amour du ménage. Il n'est pas seulement amusant, bien sûr, il est authentique, et va à l'essentiel.
Enfin, l'intrigue est solide. un livre de ce genre aurait pu virer à la mièvrerie, dans la facilité. Ici, ce n'est pas le cas. Les différents éléments se tiennent. La fin est assez inattendue, mais va bien aux deux personnages que l'on y retrouve.

C'est Cutter que j'ai le plus appréciée. Elle se débat dans une mer d'indifférencefamiliale, afin de garder ce à quoi elle tient, ce qui constitue son histoire. Elle reste attachée à son univers, à ses ancêtres, alors que Barry et Ginny voient le court terme, et l'argent de la vente. Cela n'est pas forcément mal. Si Ginny et Barry ne souhaitent pas garder la maison, ce n'est pas grave: chacun évolue comme il le souhaite. Ce qui, pour moi, est plus grave, c'est leur attitude vis-à-vis de Cutter. Ils se fichent complètement de ce qu'elle éprouve: ils veulent de l'argent.
Malgré leurs dissensions, Cutter aime profondément son frère et sa soeur, ce qui ne semble pas être leur cas. Même si Cutter n'a pas assez d'argent pour racheter sa part, elle tente de faire le maximum: elle a deux emplois. Quant à Ginny, elle veut de l'argent, et tout ce qu'elle sait faire, c'est pleurnicher, et réclamer la vente de la maison.
Cutter est également positive parce qu'elle est joyeuse, joviale. Et puis, elle devient amie avec Elizabeth parce qu'elle reconnaît en elle quelqu'un d'appréciable. Malgré tout, elle veut la comprendre et la connaître. Elle ne se contente pas d'un ouïe dire pour se forger son opinion.

Elizabeth est un autre personnage positif. Au début, elle paraît molle, elle semble s'apitoyer sur elle-même. Pourtant, elle ose faire des choses qui lui semblaient insurmontables. Les circonstances l'y obligent, mais elle aurait pu se contenter de s'enfouir sous sa couette, et de pleurer en pensant que le monde était méchant. À un moment, elle essaie bien de biaiser en envoyant patsy faire ses courses, mais (comme je m'en doutais, surtout connaissant Patsy - superficielle et cancanière - ), ce n'est pas fait comme elle le souhaite, et elle doit s'en charger.
Son évolution est positive. C'est elle qui agira de la manière la plus positive. Elle comprend qu'elle n'est plus aimée, et n'agit pas comme certaines épouses qui veulent garder leur mari à tout prix, qui veulent qu'il paie son inconduite, qui préfèrent que tout le monde souffre... Elizabeth a pensé à elle-même. Elle n'était pas digne d'agir comme ces femmes stupides. De plus, elle aurait mal vécu que son mari continuât de la traiter en malade. Elle trouve la force de refuser pitié et culpabilité qui l'auraient sûrement attaché à elle comme un gentil toutou.

Daniel ne m'a pas été sympathique. Il reste avec sa femme par pitié, veut la convaincre qu'il l'aime, la traite comme si elle n'avait pas de cerveau... Je serais vraiment très en colère que mon mari me traite ainsi. Il a apparemment beaucoup d'attentions pour elle, mais les sentiments qui l'animent ne sont pas honorables. Pour moi, c'est un manque de respect vis-à-vis d'Elizabeth. Se dédouaner de la tromper en étant faussement attentioné, c'est plutôt petit. Il ne méritait pas une femme qu'il n'aide même pas à se reconstruire, une femme que son attitude égoïste confine dans sa bêtise.
C'est Cutter qui, sans vraiment le savoir, aide Elizabeth à oser certaines choses. C'est la force tranquille de Cutter qui fait qu'Elizabeth fera certains choix douloureux, mais nécessaires. Et c'est en pensant à Cutter, aussi bien qu'à elle-même, qu'elle fera l'un de ces choix.

C'est Ginny que j'ai le moins aimée. Sans connaître Elizabeth, elle la pare de tous les défauts, assurant qu'elle vampirise Daniel, lui attribuant tous les torts, la dépeignant néfaste et venimeuse. On m'objectera qu'elle ne fait que répéter ce que lui a dit son amant. En effet, on ne sait pas trop comment il parle de sa femme à sa maîtresse. Un homme qui trompe sa femme tentera fatalement de se faire passer pour une victime. Mais en admettant que Ginny ne fasse que répéter, elle est quand même bien sotte de faire le perroquet, et bien présomptueuse de se voir comme l'ange salvateur.
Tout au long du livre, Ginny ne pense qu'au moment présent. Elle ne se dit pas qu'homme volage le redeviendra. Elle est égoïste, ne se demandant pas ce que ressent Elizabeth, ne cherchant à comprendre personne d'autre qu'elle-même. Elle est frivole. Quant à sa soeur, elle dit l'aimer, mais ne sait que la rudoyer, la rabrouer, et l'enfoncer quant à la maison. Elle ne cherche jamais à l'aider, elle agit même derrière son dos pour certaines choses.
Ginny et Daniel ne sont pas très consistants, pas aimables. On se demande ce que des personnes normales pourraient trouver de bien chez eux. Eux, par contre, se sont bien trouvés!

Il y a un personnage que je n'ai pas apprécié dès le départ. Je savais qu'il n'était pas net. Je suis déçue de ne m'être pas trompée...

Remarque annexe:
À un moment, Cutter explique que le sigle de FIAT (sa voiture en est une) signifie «Fix it again tomorrow». Je me demande comment le traducteur rendra cela si ce roman est traduit en français. J'ai trouvé: «Faire inévitablement arranger toujours», mais je trouve que ce n'est pas très heureux...

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Julia Gibson pour les éditions Recorded Books.

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