Orages ordinaires

L'ouvrage:
Londres.
Un jour, au restaurant, Adam Kindred engage la conversation avec un certain Philip Wong. Après le départ de celui-ci, Adam se rend compte qu'il a oublié un dossier sur la table. Obligeant, il le lui rapporte. C'est alors qu'il le trouve agonisant. Ayant laissé ses empruntes partout, ayant été repéré comme le dernier visiteur de Wong, Adam sait que tout l'accuse. Il prend le parti de se cacher dans la ville. Pour cela, il doit abandonner tout ce qui fait qu'on peut le retrouver: portable, cartes de crédit, etc.

Critique:
Voilà un roman policier qui s'éloigne des sentiers battus, de certains codes devenus clichés à force d'être utilisés. Si l'enquête est importante, elle ne prend pas toute la place. Elle n'est pas bâclée, mais l'auteur n'a pas fait l'erreur de monopoliser tout le livre avec au détriment du reste. L'un des aspects assez fascinants de l'intrigue est la façon dont Adam parvient à se fondre facilement dans la foule. Cela paraît un peu gros, mais finalement, c'est crédible. Surtout qu'il ne disparaît pas totalement, on retrouve parfois sa trace.
La coïncidence qui fait qu'il a pu avoir un appartement et un travail peut également paraître un peu tirée par les cheveux, mais l'auteur sait l'expliquer, et la rendre crédible.
Par certains côtés, ce roman m'a rappelé «L'homme qui voulait vivre sa vie», de Douglas Kennedy: des circonstances malheureuses fait qu'un homme doit prendre une décision cruciale très rapidement, et doit continuer de vivre avec les conséquences de cette décision. Dans cette histoire, Adam est encore moins responsable que Ben, mais le lecteur ne pourra pas s'empêcher de faire un parallèle.
J'ai trouvé certains moments un peu longs.

Si l'intrigue policière n'est pas bâclée, elle est un peu facile. La «solution» rappelle un peu trop «L'avocat de Portland», de Phillip Margolin», et «Le troisième homme», de Graham Greene, à cause du thème abordé. Outre ces deux romans, ce thème a déjà été maintes fois utilisé.

La fin n'est pas tranchée. Dans une histoire de ce genre, une telle fin est logique. Le lecteur obtient des réponses aux questions soulevées dans le roman, mais on voit bien que rien n'est figé, que d'autres choses peuvent arriver. Je pense sincèrement que l'auteur n'a pas imaginé une telle fin à dessein d'écrire une suite. Il a créé une fin nuancée, car elle est plus réaliste.

Le personnage d'Adam est intéressant. Il est sympathique, mais certaines zones d'ombre subsistent. Il n'est pas parfait. Globalement, il veut bien faire, mais il peut mal agir. Il commet au moins deux actes choquants. De l'un de ces actes (le vol de la canne) découle autre chose de répréhensible: Adam mendie en se faisant passer pour un aveugle. À ce propos, l'auteur passe rapidement sur la façon dont Adam simule la cécité, c'est une petite faiblesse de l'intrigue.

Le personnage de Mouse est assez complexe. Je n'arrive pas à dire si je la trouve sympathique ou non. La façon dont elle s'occupe de son fils est sûrement ce qui m'a fait le plus tiquer. Bien sûr, c'est la solution la plus simple qu'elle a trouvée en fonction de son «travail». Mais était-elle vraiment acculée au point de faire ce «travail», justement?
Son histoire avec Adam est aussi en demi-teinte. Elle l'apprécie, mais voit surtout en lui une vache à lait, et n'hésite pas à monnayer ses charmes de la manière la plus froide qui soit.

Quant à Ingram, c'est un personnage intéressant, car on ne le déteste pas franchement sans réellement l'apprécier. Il est englué dans sa petite vie, dans ses certitudes, mais ce qui lui arrive le force à se remettre en question, et il finit par aller à l'essentiel.

Je n'ai pas grand-chose à dire sur Rita. Non qu'elle ne soit pas intéressante, mais elle est assez facile à cerner. C'est sûrement le personnage le plus sympathique du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Alain Ghazal.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 13 octobre.
Le lecteur met le ton approprié. Parfois, il change sa voix pour faire certains personnages, ce n'est pas désagréable. Il ne le fait pas aussi bien que certains autres, mais il ne surjoue pas.
J'ai été gênée par sa prononciation des noms anglophones. D'abord, je n'aime pas qu'un lecteur prononce les noms étrangers avec l'accent qu'il pense approprié. Mais en plus, ici, Alain Ghazal a souvent semblé hésiter. Parfois, il prononçait avec un semi-accent, parfois totalement à l'anglaise...

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