Extrême urgence

L'ouvrage:
Les années 50.
John est médecin. Un jour, sa femme l'appelle en urgence: leur ami, Arthur Lee, médecin également, est en prison. Il a appelé John, car il sait qu'il l'aidera.
Arthur est accusé d'avoir pratiqué un avortement qui a provoqué la mort de la patiente. Son avocat n'est pas décidé à prendre sa défense. C'est John qui remuera ciel et terre pour aider son ami.

Critique:
Certaines choses sont très intéressantes, dans ce roman. D'abord, Arthur pratique des avortements, alors que c'est illégal. Cela soulève plusieurs questions. On admire cet homme qui a le courage d'aller contre la loi afin de faire ce qu'il pense être bien quand c'est nécessaire.
On ne peut s'empêcher de se demander où sont les limites. Ici, c'est un médecin qui fait fi de la loi pour une cause qu'il croit juste. Mais qu'en serait-il si la cause avait été nuisible? Jusqu'à quel point peut-on défendre quelqu'un qui va contre la loi, même si on juge cette loi stupide? Qu'aurions-nous fait à sa place?

Je m'attendais à un procès où des avocats mèneraient d'âpres discussions sur la question que j'ai soulevée. Mais non. On assiste à l'enquête de John. C'est un peu invraisemblable: la police est persuadée de la culpabilité d'Arthur parce qu'elle pense avoir un témoin, et parce que ça l'arrange d'inculper le médecin chinois. Soit. L'avocat ne veut pas trop se mouiller. Soit. Mais il est tout de même étrange que ce soit John, qui n'a aucune autre légitimité que l'amitié qu'il porte à l'accusé, qui enquête le plus sérieusement sur l'affaire.

L'enquête traîne beaucoup. Pendant des pages et des pages, John rassemble des témoignages comme quoi la victime était une gourgandine, une garce détestant son père et sa belle-mère, et faisais n'importe quoi de sa vie. Ce portrait m'a plutôt ennuyée.
Il y a quelques rebondissements, notamment celui apporté par Peter lorsqu'il invite John à déjeuner. Mais le lecteur sait qu'Arthur n'est pas coupable, car John dit qu'il n'aurait pas pris un tel risque, es le lecteur le croit. Arthur n'est pas fou. La solution devait donc être autre. Elle vient si tard qu'elle ne peut plus vraiment surprendre le lecteur. Je n'avais pas deviné le nom du coupable, mais je m'ennuyais trop pour que la révélation me ravisse.
L'épilogue aussi est une sorte de rebondissement, mais il est trop spectaculaire pour m'avoir impressionnée.

Les personnages ne m'ont pas paru très épais. John, Judith, Arthur et Betty sont sympathiques, mais sans plus.

L'un des points positifs, est que l'auteur a très bien montré comment une foule à qui on donne un os à ronger peut devenir folle et assoiffée d'injustice. Arthur est Chinois, il pratique des avortements, il est accusé d'avoir tué une patiente, on ne cherche pas plus loin, et la foule lambda va manifester devant chez lui, et briser les fenêtres à coups de pierres, devenant meurtrière.

Je ne suis pas persuadée que l'esprit ait à ce point la faculté de nous tromper: je parle de ce que fait croire John à une certaine personne pour qu'elle avoue. Je suis assez sceptique...

Il y a une scène amusante: le dîner de John, Judith et leur deux enfants.

Bref, il y a de bonnes idées, mais elles sont diluées dans les longueurs dont, du reste, Michael Crichton est coutumier.

Éditeur: Pocket.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre Germain pour l'INCA
J'ai apprécié ce lecteur qui met le ton approprié, et dont la lecture est fluide.

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