Lecteur : Gay Monique

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vendredi, 19 juin 2015

L'honnête tricheuse, de Tove Jansson.

L'honnête tricheuse

L'ouvrage:
C'est l'hiver. Katri et son frère, Mats, vivent avec leur chien dans un petit village. La jeune fille aide souvent les villageois à s'en sortir avec leur comptabilité.
Un jour, elle se met à apporter son courrier à Anna Aemelin, une vieille dame qui écrit des livres pour enfants. Peu à peu, elle se rend indispensable à Anna.

Critique:
Ce livre est un peu dérangeant, car au final, on ne sait pas trop quoi penser. Les motivations de Katri sont assez complexes. Elle manipule son monde. Le lecteur passera par des sentiments assez compliqués vis-à-vis d'elle, à l'instar d'Anna. Certes, elle agit par intérêt, mais parfois, une part de compassion pour la vieille dame semble entrer dans ses calculs.

Quant à Anna, elle pourra paraître étrange. Elle devine confusément que quelque chose ne va pas, et tente parfois d'y mettre bon ordre. Cependant, d'un autre côté, elle croit certaines assertions de Katri, alors qu'elle sait ne pas toujours pouvoir lui faire confiance. Je pense que la situation d'Anna n'est pas simple, car rien de ce qui importe n'est franchement dit. Elle ne peut se fier qu'à une intuition. Au reste, elle parvient parfois à tirer son épingle du jeu. Mais là encore, on ne sait pas si elle l'a fait à dessein, ou si Katri est paranoïaque.

Je n'ai pas vraiment compris pourquoi Katri traitait son chien de cette façon, et pourquoi Anna n'aimait pas ce chien... Je suppose que cela reflète plutôt la mentalité un peu étrange des deux femmes... D'ailleurs, je n'ai pas vraiment compris pourquoi le chien changeait brusquement d'attitude. Il a peut-être compris qu'il devait s'éloigner de ces deux personnes pas très équilibrées.

Quant à Mats, lui aussi garde une part d'ombre... D'une manière générale, ces personnages, malgré les sentiments qu'ils semblent éprouver, m'ont paru assez froids.

La fin m'a quelque peu déstabilisée... Je ne voyais pas trop comment le livre pouvait se terminer, mais là, j'ai trouvé que cela était un peu invraisemblable. À la limite, on peut comprendre ce que fait Katri... et encore... Mais Anna... Cette fin me laisse perplexe...

Je ne sais pas si le titre est une traduction fidèle du titre originale, mais en tout cas, c'est une très bonne trouvaille.

Éditeur: Librairie Générale Française.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Gay pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 13 mai 2015

Le jour où les chiffres ont disparu, d'Olivier Dutaillis.

Le jour où les chiffres ont disparu

L'ouvrage:
Les chiffres perturbent Anna. Par exemple, lorsqu'elle fait ses courses, elle vérifie plusieurs fois le ticket de caisse. Un jour, cette obsession se transforme en phobie.

Critique:
Ce court roman m'a plu, mais je l'ai trouvé inégal. Au début, j'ai été interpellée par la «maladie» d'Anna. Ensuite, j'ai trouvé très intéressant tout ce qui arrive avec l'ancienne professeur de mathématiques. Si on peut penser qu'Anna exagère, tout est nuancé. Rien n'est aussi simple que ce que veulent bien le dire les détracteurs de la jeune femme. Tout ce qui concerne cet épisode m'a intéressée, car j'ai trouvé que l'auteur avait su nuancer, jouer des codes, faire sortir le lecteur de ses préjugés, créer quelques petites surprises.

À partir du moment où Anna fait sa conférence, j'ai trouvé que tout était trop gros. Certes, l'auteur a voulu montrer un monde en mouvement, subissant une sorte de révolution. Cependant, je n'ai pas vraiment compris comment il se faisait que tout le monde écoute Anna comme si c'était le messie. Cet engouement n'est pas vraiment crédible.
D'autre part, Anna n'est pas vraiment facile à cerner. Certains de ses actes tendraient à prouver qu'elle est folle, mais d'autres montrent une certaine lucidité.
Enfin, j'ai trouvé la fin abrupte. Pour moi, elle laisse le lecteur avec certaines questions.

Apparemment, ce roman est classé à humour. J'ai dû passer à côté, car rien ne m'a fait rire... Peut-être l'auteur a-t-il voulu parodier quelque chose...

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Gay pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 11 mai 2015

Crime d'honneur, d'Elif Shafak.

Crime d'honneur

L'ouvrage:
1945, un village au bord de l'Euphrates. Natsé en a assez de mettre des filles au monde. Alors qu'elle espère un fils, voilà que des jumelles naissent. C'est leur histoire, ainsi que celle de cette famille, que raconte Esma.

Critique:
Une chose pourrait rebuter dans ce roman: la structure. Elif Shafak ne cesse de louvoyer entre plusieurs moments qui furent décisifs pour la famille. Le récit commence en 1992, puis on passe à 1945, puis aux années 50... puis on alterne entre les années 70 et 1991, etc. C'est le genre de structure que je n'aime pas parce que pour moi, cela fait très brouillon, et souvent, cela n'a pas vraiment de raison d'être. Cependant, ici, la romancière sait ce qu'elle fait, et construit un puzzle dont on imbriquera petit à petit les pièces. Le lecteur comprendra très vite que la structure est ainsi car certaines informations ne doivent être délivrées qu'à certains moments. Cela ne sert pas uniquement à retarder une révélation, cela montre les personnages à différents moments de leur vie, ce qui fait que l'opinion du lecteur se construit par petites touches. Par exemple, on apprend que tel personnage est un meurtrier: on va fatalement éprouver de la répulsion. Puis, on découvre son passé petit à petit. Cela ne fait pas qu'on approuve son crime, mais qu'on comprend l'état d'esprit dans lequel il était. Trahi dans son enfance (même si c'étaient de petites trahisons, elles seront forcément marquantes), élevé dans des traditions qui sont différentes de celles du pays où il grandit, ce personnage semble tiraillé entre plusieurs courants.

Ce schéma se retrouve quant aux autres personnages.
L'histoire de cette famille ne laissera pas indifférent. Chacun se débat entre devoir, coeur, traditions. La communication n'est pas toujours aisée entre eux. Certains joueront (malgré eux ou de manière consentie) un rôle de sacrifié. Certains connaîtront une espèce de parcours initiatique semé d'embûches qui leur fera acquérir une sorte de sagesse teintée de résignation et de paix. Même si on n'est pas d'accord avec certaines de leurs conclusions (c'est mon cas concernant ce que pense Pembe de son parcours, à un moment), on comprend pourquoi ils en arrivent là.

À la fin, certaines questions restent. On peut deviner la plupart des réponses. Néanmoins, j'ai trouvé la fin un peu rapide. Peut-être est-ce dû à la structure...

D'un petit village Kurde au Londres des années 70, Elif Shafak fait voyager son lecteur, l'immergeant dans des univers semblant ne pas pouvoir se rencontrer et qui, pourtant, se croisent.

Éditeur: Phébus.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Gay pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 19 janvier 2015

Avec vue sous la mer, de Slimane Kader.

Avec vue sous la mer

L'ouvrage:
Wam a grandi dans le 93. Il a besoin d'argent. Il se fait engager comme serveur sur un bateau de croisière. Or, il se retrouve joker: le joker fait toutes les basses besognes.

Critique:
Ce roman est écrit dans une langue qui, habituellement, me fait fuir. Entre argot, verlan, franglais, cela peut même paraître affecté, à force. Cependant, ici, je m'y suis faite. D'abord parce que sous la plume de Slimane Kader, c'est bien passé. Ensuite, parce que les propos tenus et la façon dont l'auteur analyse ce qu'il voit m'ont beaucoup plu.

Slimane Kader raconte ce qu'on préfère taire. Ses compagnons d'infortune et lui vivent dans les profondeurs du bateau, et sont corvéables à merci. Je ne m'étais jamais demandé où était logé le personnel de bord sur un bateau de croisière. Cela n'est pas sans rappeler les esclaves parqués dans les cales des navires...

Notre héros est estomaqué et horrifié de son sort, mais il doit bien se résigner. Au lieu de se lamenter, il observe ceux qui l'entourent, et raconte ses aventures de manière énergique et caustique. En effet, autant accepter son sort en en tirant le meilleur parti, celui d'en rire. Alors, Wam conte ses aventures en ménageant la part belle à l'humour. Que ce soit pour décrire les passagers ou pour analyser ses contemporains, qu'il soit acerbe ou attendri, le rire domine dans sa prose.
Et puis, il lui arrive certaines choses amusantes. L'engouement, pour sa personne, du chien dont il a la garde en est une. Cet animal revêt d'ailleurs une certaine importance dans le récit, il ne sera pas uniquement source de rire.
L'histoire des cookies est également assez amusante, même si tous ses épisodes ne sont pas drôles pour Wam.
Le fait que Wam ne comprenne pas l'anglais est, au départ, un sérieux handicap, qui lui vaudra certains malheurs (à cause d'un malentendu avec une jeune fille), et qui fera rire le lecteur.
Et bien sûr, le personnage ne se départit pas de son humour pour expliquer comment et pourquoi il finit par s'habituer à son travail.

Ce parcours démontre également qu'en travaillant sérieusement, on obtient toujours un peu d'estime. Vous allez me dire que Wam n'avait pas vraiment le choix. Certes, mais il aurait pu tenter de se défiler, ou saboter le travail, ou se lamenter à n'en plus finir et s'effondrer. J'ai apprécié qu'à l'heure où certains adolescents pensent qu'il leur suffit de claquer des doigts pour passer dans une émission de télé réalité et gagner beaucoup d'argent, Slimane Kader écrive que le sérieux de son personnage dans le travail a été payant.

Je n'ai pas trop aimé la toute fin, et pourtant, elle est très réaliste.

Je vous conseille de ne pas lire la préface, ou bien de faire ce que je fais toujours: la lire après avoir lu le roman. Elle n'apporte pas grand-chose. Par contre, la postface est intéressante, qu'elle soit vraie ou non.

Éditeur: Allary.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Gay pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 7 mars 2014

Villa avec piscine, d'Herman Koch.

Villa avec piscine

L'ouvrage:
Ralph Meyer est mort d'une grave maladie. Peu après, Marc, son médecin de famille, se voit convoqué par l'ordre des médecins.

Critique:
Comme dans «Le dîner»,|http://www.lalivrophile.net/le-diner-d-herman-koch] Herman Koch nous jette en pleine figure des réalités dont nous sommes bien forcés de reconnaître qu'elles existent. Outre l'intrigue, Marc (le personnage principal) partage ses pensées avec le lecteur. La plupart du temps, elles sont cyniques, blasées, voire cruelles. S'il a certains préjugés, presque tout ce qu'il pense quant aux réactions de la société est bien réel. Notre société est telle qu'il la décrit d'une plume acérée, au scalpel, sans aucune compassion pour le lecteur. Les seuls qui trouvent grâce à ses yeux sont les animaux envers qui tous les hommes, même Marc (voir l'épisode du chat), se conduisent mal.
Si cela me choque, quand je réfléchis, je dois admettre que je me fais souvent ce genre de réflexions quant à mes semblables. Mes pensées sont peut-être plus policées, mais cela fait-il une réelle différence?
Quant à ce que Marc pense en tant que médecin... certains passages sont si réalistes et si grinçants et à la fois si hilarants que je n'ai pu m'empêcher d'en rire. Je pense notamment à la patiente très grosse qui aime beaucoup cuisiner, ou à ce que Marc dit à propos d'un foie chargé.

Son récit est traversé de souvenirs de ses cours de biologie médicale. Les dires de son professeur sont sources de réflexions pour lui.

Je n'apprécie pas trop la structure du livre. Au début, on nous raconte ce que j'ai écrit dans mon résumé, puis il y a un retour en arrière, et on découvre tout ce qui est arrivé avant. Je pense que l'auteur aurait pu se passer de cette structure, et écrire un récit totalement chronologique. Je sais bien que ce début (qui est le début de la fin) puis le retour en arrière sont là pour appâter le lecteur. Pour moi, Herman Koch n'avait pas besoin de cela. En outre, cette construction artificielle m'insupporte de plus en plus, quand elle n'est pas nécessaire.

Quant à la teneur de l'intrigue, elle m'a plu. J'ai trouvé le tout très bien mené. D'abord, Herman Koch parvient à merveille à distiller une ambiance tendue, même lorsqu'il évoque de petites choses. Cela vient sûrement de ce que le lecteur connaît les réelles intentions de Marc, se doute que Ralph n'est pas clair, et a du mal à accorder sa confiance aux autres personnages. En effet, ne vous attendez pas à apprécier les personnages, sauf peut-être Caroline, ainsi que Julia et Lisa qui semblent, de par leur état d'enfant, épargnées par la saleté adulte... jusqu'à un certain point.

Là encore, le romancier pose certaines questions qui, si on tente d'y répondre, peuvent entraîner sur des sables mouvants. Vengeance, justice, transgression des lois, conscience... Je m'attendais à ce qu'on découvre une certaine chose, et cela donne encore plus de poids à ces fameuses questions. Outre cette découverte, la personnalité de l'un des personnages entre aussi en ligne de compte. L'auteur a su créer un tel réseau de faits, de circonstances, etc, qu'il est inévitable que le lecteur penche d'un certain côté.

Si «Le dîner» m'avait choquée, si je n'étais pas d'accord avec les personnages, j'ai trouvé que tout était plus nuancé ici. On ne peut pas être vraiment d'accord avec ce qui a été fait, mais on peut davantage l'expliquer, ou du moins autrement que par le petit égoïsme de deux ou trois personnes capricieuses, comme c'était (à mon avis), le cas dans «Le dîner». C'est pour cela que j'ai préféré «Villa avec piscine».

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Monique Gay pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Au départ, j'ai eu un peu peur de ne pas apprécier cette lectrice, car sa voix est très grave, ce qui ne me plaît pas trop chez les femmes. Cependant, sa lecture fluide, son jeu discret, son absence de monotonie m'ont convaincue. Je la réentendrai avec plaisir.

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