Lecteur : Gautier Michèle

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jeudi, 24 septembre 2015

Faux-jour, d'Henri Troyat.

Faux-jour

L'ouvrage:
La mère de Jean est morte lorsqu'il avait huit ans. Il est recueilli par sa tante, Angèle.
Quelques années plus tard, son père revient des États-Unis et reprend son fils.

Critique:
J'ai la sensation qu'Henri Troyat est un de ces auteurs qui pourraient raconter n'importe quoi et parviendrait toujours à intéresser le lecteur. Ici, il s'attache à décrire la psychologie de quelques personnages. Il met l'accent sur Guillaume, le père de Jean. Le petit garçon est presque au même niveau que le lecteur. La différence est qu'il admire beaucoup cet homme qu'il n'a pas vu depuis longtemps, et que ses rêves d'enfant ont magnifié. Cela est renforcé par le fait que Guillaume était en Amérique, pays lointain qui semble être le pays de tous les possibles et revêt une dimension presque féerique. Jean évolue au long du roman. Il apprend à voir son père comme un humain et non un Dieu. Puis il accepte que ce soit un bonimenteur, quelqu'un qui parle beaucoup, mais qui agit toujours dans le vide. Jean acquiert cette lucidité dans la douleur. Malgré cela, il reste attaché jusqu'au bout à son père.
Le lecteur, lui, est extérieur. Il voit donc tout de suite les défauts de Guillaume et ne lui accorde pas l'indulgence qu'a son fils.

Henri Troyat développe Guillaume, l'analyse, l'étudie, le dissèque. On se surprendra à penser qu'on connaît tous un Guillaume, quelqu'un qui dépense plus d'énergie à se faire entretenir qu'il n'en dépenserait en travaillant, qui s'acoquine avec des canailles de son genre... J'ai oscillé entre agacement et raillerie à l'égard de ce personnage.

Angèle est peu présente, mais le romancier prend le temps de la faire connaître au lecteur. Si elle semble plus raisonnable et sympathique que Guillaume, elle n'est pas vraiment intéressante et souffre de vanité aiguë. On comprend que Jean ait trouvé son père fascinant... Décrire Angèle permet également à l'auteur de montrer une facette du caractère de Jean. Est-ce de la rouerie? Dirons-nous plutôt qu'il sait s'adapter...

La fin me laisse un peu sur ma faim. Je comprends que l'auteur ait voulu achever son roman ainsi mais j'aurais aimé savoir ce qu'allait devenir Jean... On peut peut-être le supposer...

Éditeur: Plon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michèle Gautier pour le GIAA

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jeudi, 23 juillet 2015

Les femmes de ses fils, de Joanna Trollope.

Les femmes de ses fils

L'ouvrage:
Edward, Ralph, et Luke ont beau être mariés, il n'est pas si facile pour leur mère, Rachel, de cesser de régenter leur vie. Les tensions familiales se révéleront, déclenchées par une crise que traverse Ralph.

Critique:
Pour moi, l'intérêt de ce roman réside dans le fait qu'il analyse plusieurs perspectives. Personne n'a nécessairement raison, il n'y a pas toujours une façon de faire, une façon de penser. Ce que l'auteur veut faire passer, c'est: peu importe qui a raison, peu importe que cette façon soit meilleure. Ce qu'il faut, c'est laisser faire les gens. Les laisser se tromper, mais aussi, pourquoi pas, les laisser avoir raison, même si on aurait fait différemment. On peut conseiller, mais il ne faut rien imposer.
À travers ses personnages et les événements qu'ils doivent gérer, la romancière nous montre qu'il faut apprendre à grandir.

Au long du roman, le lecteur se forgera fatalement une opinion sur les uns et les autres. La manière dont Charlotte tente de bouleverser cette espèce d'«ordre familial» m'a amusée. J'ai apprécié qu'elle secoue les choses, qu'elle souhaite que sa vie ne soit pas régie par les opinions et désirs de Rachel. Bien sûr, Charlotte n'est pas parfaite. Elle tente de s'affirmer par rapport à Rachel, et parfois, cela fait un peu combats de coqs.

Quant à Rachel, ce n'est pas la belle-mère autoritaire et acariâtre qui ne supporte pas que d'autres femmes qu'elle rendent ses fils heureux. Elle est envahissante, veut imposer sa façon de faire et de voir les choses, mais son but n'est pas de dominer les siens, ni d'éveiller haines et rancunes.

Petra est un peu difficile à cerner. Je ne sais pas si elle est si réussie... J'ai bien compris quelle était la véritable raison de sa révolte maladroite, mais à l'instar d'autres, j'ai trouvé qu'elle compliquait beaucoup les choses. Bien sûr, elle a du mal à communiquer, mais elle m'a semblé un peu capricieuse... Je sais qu'il ne faut pas la résumer à cela. Elle aussi se révoltait contre le fait qu'on trace sa voie à sa place...

Quant aux autres personnages, je ne les évoquerai pas tous, mais je les ai tous appréciés.

La fin est peut-être un peu trop optimiste. Cependant, Joanna Trollope a su la préparer, même si là encore, le brusque «réveil» de Petra paraît un peu étrange. La fin est optimiste, mais c'est le résultat d'événements qui ont forcé les uns et les autres à réfléchir, à se remettre en question, à écouter les besoins des autres. En outre, une fin optimiste, lorsqu'elle est préparée, peut être sympathique, surtout si le livre est lu à un moment où la vie n'est pas rose.

Il y a juste un point que j'ai trouvé un peu léger. De quoi Petra et Ralph vivront-ils? C'est quelque peu effleuré, mais trop peu à mon goût.

Éditeur: éditions des Deux Terres.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Michèle Gautier pour le GIAA

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