Lecteur : Gargantini Laurence

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vendredi, 25 juillet 2014

Rebecca, de Daphné du Maurier.

Rebecca

L'ouvrage:
La jeune héroïne (dont le prénom n'est jamais écrit) est demoiselle de compagnie de la capricieuse miss Van Hopper. Alors qu'elles sont dans un hôtel de Montecarlo, elles rencontrent Max de Winter, veuf depuis un an. Après plusieurs rencontres, Max et la narratrice tombent amoureux...

Critique:
Voilà longtemps que je souhaitais lire ce roman, mais je n'en ai jamais trouvé de version audio qui me convienne. J'ai eu raison d'attendre, puisque celle qui existe depuis peu a été enregistrée par une lectrice que j'apprécie beaucoup.

Pour une fois, je suis d'accord avec l'avis général: pour moi, ce roman est réellement à la hauteur de ce qu'on en dit. Alliant énigme policière, ambiance gothique, personnages charismatiques, et style fluide, Daphné du Maurier conduit son lecteur d'un chapitre à l'autre, et on ne voit pas le temps passer. Tout est réussi. L'intrigue policière se dessine tardivement. Cependant, je ne me suis pas ennuyée, car on ne peut pas ramener ce roman à un simple polar. Il est bien plus que cela.

Ceux qui me connaissent trouveront étrange que je ne me récrie pas quant à la structure du roman. En effet, l'héroïne commence par expliquer que la période de crise est passée, mais que les événements ont laissé une trace indélébile sur son compagnon et elle. Puis elle raconte l'histoire qui l'a conduite à ce résultat. Cela m'a gênée, mais dans une moindre mesure parce que le roman m'a beaucoup plu. D'autre part, l'auteur profite de ce début pour évoquer Manderley, la célèbre demeure des de Winter. Cette habitation luxueuse semble avoir une personnalité. Elle envoûte ceux qui s'en approchent. À la fois attrayante et mystérieuse, élégante et raffinée, elle renferme des personnages inquiétants, comme Mrs Danvers, qui supervise les domestiques, et qui est l'ancienne femme de chambre de Rebecca (la première femme de Max). L'ombre de Rebecca est d'ailleurs omniprésente, son souvenir étant entretenu par sa femme de chambre. Une ambiance tour à tour oppressante et bienfaitrice règne. Lorsque l'héroïne décrit Manderley, le lecteur y est aussitôt transporté.

La narratrice est timide et inexpérimentée. Elle porte un regard sans complaisance sur elle-même, se trouvant souvent gauche, se remettant en question. Cela lui ôte la mièvrerie qu'elle aurait pu avoir. Elle ne pense pas être à sa place, et agit fréquemment maladroitement, mais réfléchit, et ne se lamente pas indéfiniment sur son sort. Dépourvue d'artifices sans pour autant être parfaite, elle attirera la sympathie du lecteur.
On peut retrouver, dans le couple qu'elle forme avec Max, des échos de celui de Jane Eyre et d'Édouard Rochester. Deux jeunes filles timides et frêles qui finissent par révéler un caractère bien trempé, toutes deux éprises d'hommes plus âgés qu'elles, aux abords taciturnes, se révélant passionnés tout en gardant une part de mystère. Le tout abrité par une demeure qui laissera une empreinte dans l'esprit du lecteur. La scène finale de «Rebecca» est d'ailleurs un pendant d'une des scènes de «Jane Eyre».

Ce roman traverse le temps sans prendre une ride. Tous les ingrédients savamment mêlés par l'auteur en font un récit qui reste d'actualité.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.

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mercredi, 20 novembre 2013

L'ange et le réservoir de liquide à freins, d'Alix de Saint André.

L'ange et le réservoir de liquide à freins

L'ouvrage:
Soeur Marie-Claire et Mère Adélaïde ont eu un accident de voiture lors d'une leçon de conduite. Mère Adélaïde, rescapée, est persuadée que la voiture a été sabotée.

Critique:
L'enquête n'est pas l'élément principal de ce roman. Il faut d'abord le lire si on a envie de sourire. En effet, entre situations cocasses, personnages hauts en couleur, répliques bien senties, narration alerte, Alix de Saint André utilise tous les ressors possibles de l'humour. Bien sûr, il y a parfois des éléments un peu gros, mais dans l'ensemble, tout cela intéressera les amateurs de rire. Ce qui m'a fait le plus sourire est sûrement le fait qu'une écriture si vive et alerte conte des événements qui se passent dans une école religieuse. En général, on imagine ces endroits austères. L'école l'est, mais la façon dont elle est présentée ne l'est pas.
Cette ambiance distillée par la romancière fait qu'on a parfois un peu de mal à s'émouvoir quant aux meurtres. Ils sont comme une espèce de rappel que même au milieu du rire, les choses peuvent s'arrêter.

Même les personnages désagréables paraissent amusants sous la plume d'Alix de Saint André. Combien de fois ai-je pensé que je détesterais être sous la houlette de mère Adélaïde ou de soeur Anita tout en me bidonnant de leurs façons de faire!
L'auteur a également créé un personnage plus vrai que nature en la personne de Catherine, dite King Kong. Comment ne pas imaginer la scène où elle emporte une camarade, la déculotte, et pose l'objet sur le bureau d'un professeur? En outre, ce personnage est à la fois désagréable et sympathique.
Les rencontres de Stella et de l'ange sont également assez amusantes, surtout parce que leurs échanges sont vifs, et aussi à cause de l'incongruité de la situation. Il est un peu gros que ce soit celle dont le prénom signifie «étoile» qui rencontre un ange...

L'énigme est bien menée. Occupée par le rire, je n'ai pas trop cherché à savoir qui avait tué. Je ne sais pas si la solution est décevante ou pas: elle ne m'a pas déçue.
J'ai trouvé sympathique que Stella et Hélène s'improvisent détectives, même si ça fait un peu cliché.
J'ai quand même trouvé la rencontre de l'ange et de Séraphin un peu longue, notamment parce que l'ange use d'un langage ampoulé.

J'ai trouvé dommage que Stella ait un ressenti aussi positif quant à sa mère...
J'ai été aussi déçue de ce qu'on apprend dans l'épilogue concernant Hélène et Stella, même si cela pouvait être prévisible...

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.
Un roman de ce genre ne peut pas être lu par n'importe qui. Il est hors de question de ne pas y mettre de verve, de ne pas prendre un ton adapté à un style si particulier. Certains lecteurs ne s'en seraient pas sortis. Laurence Gargantini a l'art de lire ce genre. Je pense que sa lecture renforce l'amusement. Bien sûr, la lectrice parvient à être toujours dans le ton: elle n'en fait jamais trop.

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mercredi, 25 septembre 2013

Les petits secrets d'Emma, de Sophie Kinsella.

Les petits secrets d'Emma

L'ouvrage:
Emma Corrigan n'est pas toujours absolument sincère avec son entourage. Elle a donc de petits secrets. Par exemple, lorsque Connor, son petit ami, lui a fait découvrir le jazz, elle lui a assuré qu'elle adorait cela pour lui faire plaisir, alors qu'en fait, elle déteste.
Un jour, l'avion dans lequel se trouve Emma traverse une zone de turbulences. Terrifiée, croyant sa dernière heure arrivée, la jeune femme dévoile absolument tous ses petits secrets à un parfait inconnu. Lorsque l'avion atterrit, elle réalise l'étendue du désastre. Cependant, elle se dit que ce n'est pas si grave: elle ne reverra jamais cet homme.

Critique:
J'avais un peu peur de lire Sophie Kinsella parce qu'elle écrit des livres légers. Or, il faut être très fort pour ne pas transformer un sympathique livre détendant en une niaiserie sans nom. La frontière est très mince. Heureusement, l'auteur ne franchit pas cette limite. Bien sûr, certaines choses sont superficielles, mais le tout est servi par un style fluide, enlevé, vif, des répliques bien senties qui font mouche. Si les côtés superficiels m'ont un peu agacée, j'ai bien ri à la lecture de ce roman. N'est-ce pas le principal?

Si on devine certains événements, tout n'est pas absolument balisé. On sait bien qu'Emma sera amenée à revoir l'inconnu, par exemple. J'ai d'ailleurs su de qui il s'agissait dès qu'une certaine personne a été évoquée. On devine aussi qu'il y aura une explication douloureuse entre certains protagonistes concernant le ressenti d'Emma quant à sa cousine. L'auteur utilise beaucoup d'ingrédients un peu gros, comme par exemple, le désastre qu'est la soirée préparée par Emma. Soit, mais c'est fait intelligemment, alors on rit plutôt que de soupirer d'ennui.
En outre, on ne devine pas absolument tout, et puis les événements s'enchaînent bien.

Certains personnages sont plus vrais que nature. Je pense surtout à Génima. C'est le type de la fille si superficielle que même dans la vie, on n'y croit pas! Seulement, la romancière associe Génima au rire. Le lecteur sait qu'une rencontre avec cette folle va le faire rire. De ce fait, il excuse la création de ce personnage presque incroyable. D'ailleurs, Génima fait rire même au moment où on aurait envie de la trucider... ;-)

Je ne parlerai pas de tous les personnages, mais je dois évoquer le grand-père d'Emma. Lui aussi est drôle, mais sur un autre registre. Là encore, l'auteur prend des éléments simples qu'elle pousse à leur paroxysme.

Il y a quand même un élément très gros que j'ai trouvé mal exploité: le fait que Katie ne se soit pas dit qu'elle rencontrerait fatalement un type précis de personne en allant dans un endroit précis.

Il y a une petite incohérence: Emma a très peur de l'avion, alors pourquoi n'a-t-elle pas paniqué ainsi à l'aller? Soit, sa peur a été renforcée par la zone de turbulences, mais il aurait pu y avoir une petite phrase parlant de l'aller. Cela aurait rendu le tout plus réaliste.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.
Je suis convaincue que j'ai autant apprécié ce livre grâce à l'interprétation de la lectrice. Si les auteurs de ce genre doivent être vigilants, les lecteurs qui se chargent de leur interprétation doivent l'être également. En effet, il est impossible de lire ce genre de manière trop neutre, sinon, cela tombe à plat. Mais il est impératif de ne pas trop en faire, car cela tourne à la niaiserie totale. Laurence Gargantini a excellemment interprété ce roman: enjouée sans jamais trop en faire, elle est parfaitement entrée dans la peau des personnages, et a brillamment servi l'écriture de la romancière. Je ne suis pas sûre que tous les lecteurs que j'apprécie soient capables de faire cela. C'est d'ailleurs parce qu'il était lu par elle que j'ai décidé de tenter Kinsella malgré ma crainte.

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jeudi, 31 janvier 2013

Shoe addicts, de Beth Harbison.

Shoe addicts

L'ouvrage:
Lorna dépense l'argent qu'elle n'a pas... en chaussures. C'est sa passion! Elle est rappelée à l'ordre lorsqu'elle se retrouve sans électricité pour cause de factures impayées. Ne pouvant se guérir de son vice, elle décide d'organiser des réunions où des passionnées s'échangeraient des chaussures de luxe.

Critique:
Ce livre est léger. Il est à lire si on veut se reposer la tête. Il n'a pas les défauts habituels à ce genre. Souvent, l'auteur veut en faire trop, et le tout devient caricatural, invraisemblable, insipide. Ici, Beth Harbison a su mesurer ses effets. Elle raconte une histoire facile, mais bien vue. Sa description des personnages et de certains milieux est réaliste. Elle n'exagère pas.
Les notes humoristiques qu'elle mêle à son récit sont appropriées et sonnent juste.

Les personnages ne sont pas très creusés, mais les héroïnes sont sympathiques. Ma préférence est allée à Jocelyne, parce qu'elle semble moins superficielle que les autres. Ellen et Lorna se noient dans un verre d'eau.
Ellen n'aime pas sa vie, mais comme elle en apprécie beaucoup le confort matériel, elle reste à sa place. Mais ensuite, elle se lamente sur son sort! Je me suis un peu ennuyée lors du passage où elle fait une espèce de «retour aux sources». En plus, je n'ai pas trop compris pourquoi elle était partie. Bien sûr, ses raisons sont expliquées, mais je trouve cette solution trop facile.

Ne partageant pas l'amour immodéré de Lorna pour les chaussures, j'ai souvent été un peu agacée par elle. Je reconnais que j'étais subjective. C'est peut-être aussi ce qui m'a fait davantage apprécier Jocelyne: elle ne souffre pas de l'adoration frivole de la chaussure. En outre, elle fait bien son travail et aime sincèrement les enfants dont elle s'occupe. On s'identifiera à elle qui n'ose pas tenir tête à sa patronne. Même si j'apprécie les personnages qui s'élèvent contre les injustices, je me reconnais mieux en Jocelyne qui n'y arrive pas.

J'ai bien aimé la structure du roman (surtout au début): on voit les héroïnes une à une, selon les chapitres. On les découvre avant qu'elles ne se rencontrent, et on les connaît bien au moment où cela arrive. En général, je n'aime pas cette structure parce que l'auteur ne donne pas au lecteur le temps de connaître ses personnages' Souvent, on passe de l'un à l'autre trop rapidement. Ici, les premiers chapitres sont assez longs pour qu'on ait le temps de connaître ces jeunes femmes. D'autre part, l'auteur ne se perd pas en circonvolutions, elle entre tout de suite dans le vif du sujet.

La fin est un peu facile (surtout les «coups de foudre»), mais elle s'accorde à l'histoire et aux personnages.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.
J'ai emprunté ce livre parce qu'il était enregistré par cette lectrice que je retrouve toujours avec plaisir.

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mardi, 18 décembre 2012

Le chemin, d'Armand Spicher.

Le chemin

L'ouvrage:
Marie est née et a grandi dans un petit village du Jura. Elle vit entourée de l'amour des siens: sa mère, sa tante, ses grands-parents. Son père, elle ne le connaît pas. Outre le vide que cela crée en elle, elle est en butte aux moqueries de ses camarades de classe qui la traitent de bâtarde. Ne voulant se résoudre à s'effondrer, Marie rend la haine et la bêtise avec sa colère et ses poings. Cela lui causera bien des ennuis...

Critique:
Le résumé explique que ce roman raconte le cheminement intérieur d'une jeune fille qui doit subir des épreuves. Ce n'est pas faux, mais on pourrait en dire autant de beaucoup d'autres romans. À cause de ce résumé, j'avais peur que le livre tombe dans la leçon de morale pompeuse, ou dans la philosophie. Heureusement, ce n'est pas le cas. Seulement, je n'ai pas l'impression que les épreuves fassent réellement avancer notre héroïne. J'ai admiré sa combattivité, son refus de renoncer, sa volonté d'assumer la responsabilité de ses actes, ses fréquentes remises en question. Cependant, elle n'a pas su me convaincre. Elle se remet en question, mais fait certaines grosses erreurs. Elle veut les assumer, mais il y en a qu'elle aurait pu ne pas commettre. C'est en action qu'elle ne m'a pas plu. Sa façon d'être, de faire, alors qu'elle vit le moment présent m'a souvent exaspérée. Elle se reproche des choses après coup, mais retombe ensuite dans un schéma où elle ne fait pas forcément les bons choix.

De plus, elle reste profondément égoïste. J'ai compris son besoin de fuir le petit village qui la maltraita. Cependant, elle ne fait pas grand-chose pour tous ceux qui l'aimèrent. Soit, sa mère est faible. Marie dirait qu'elle stagne.
J'ai aussi compris le désir de la narratrice de voir comment se passent les choses ailleurs, dans d'autres endroits du monde. Cependant, la toute fin montre à quel point elle est égoïste. Là où sa mère a agi par amour et abnégation, Marie n'a pensé qu'à elle. Elle veut s'ouvrir aux autres, décrire les injustices, mais elle ne commence pas par donner une preuve de cette prétendue ouverture d'esprit en agissant au mieux dans sa vie privée.

J'ai également été choquée que Marie accorde si peu d'importance à ses «amours carcérales» (puisqu'une fois la personne partie, elle ne fait rien pour rester en contact), et que pourtant, sur le moment, elles aient semblé être vitales pour elle, surtout l'une d'entre elles, étant donnés les «sacrifices» qu'elle a fait pour elle...

J'ai bien aimé la théorie développée par Camille, à un moment. À savoir que qui que l'on soit, on n'agirait différemment selon notre côté de la barrière. Pour elle, une personne opprimée n'hésiterait pas à être oppresseur si elle était de l'autre côté. Finalement, ce n'est pas faux... et c'est assez effrayant... même si on ne peut pas appliquer cela à tous.

L'auteur explique bien quelle peut être la mentalité d'une bande de lâches avides de ragots, ne songeant jamais à accepter l'autre pour ce qu'il est, et n'acceptant pas qu'ils pourraient être responsables du mal qui leur est fait. C'est l'attitude des gens du village où Marie a grandi. La jeune fille, sa mère, et son grand-père, exposent très bien l'attitude méprisable des villageois, et il est très aisé de comprendre que Marie veuille échapper à ces esprits étriqués.
En parallèle, Armand Spicher présente des personnages sages, semblant (à l'inverse de l'héroïne), apprendre de leurs erreurs. Il s'agit de Claude, de Paul, et même peut-être de Camille. Ils la chérissent, et gravitent autour d'elle sans que leur bon sens ne l'atteigne vraiment.

Éditeur: Mon Village.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Laurence Gargantini pour la Bibliothèque Braille Romande.

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