Défendre Jacob

L'ouvrage:
Ben Rifkin, quatorze ans, a été assassiné à coups de couteaux. Andrew Barber, procureur, tient à se charger de l'affaire. Elle lui est retirée lorsque son fils, Jacob, est accusé du meurtre. Ce rebondissement va forcer Andrew à examiner certains pans de son passé. Sa femme (Laurie) et lui devront tout remettre en question.

Critique:
Voilà un thriller psychologique bien construit. William Landay prend le lecteur dans ses filets, et ne l'en laisse pas sortir. La psychologie des personnages est très bien expliquée. Tout est raconté du point de vue d'Andrew, mais le lecteur ressent très bien ce qui tourmente Laurie, par exemple, surtout parce qu'Andy s'arrête beaucoup sur ce qu'elle dit, fait, ressent. Quant à Jacob, l'auteur entretiens savamment le flou autour de lui. Est-ce un adolescent qui se cherche et qui, pour ce faire, «s'amuse» à se faire peur? Ou bien, est-ce un psychopathe? C'est ce doute qui torture Laurie, doute qu'Andrew refuse d'éprouver. Je ne sais pas quelle est l'attitude la plus saine... Probablement celle de Laurie qui regarde la vérité en face. Elle aime son fils et le soutient, mais elle ne peut pas s'empêcher de douter, de se remettre en question. Connaît-elle vraiment toutes les facettes de Jacob? Jusqu'à quel point est-elle responsable de ce qu'il est, de ce qu'il a peut-être fait? Le doute est entretenu par le fait que Ben harcelait Jacob psychologiquement.

Un passage m'a particulièrement touchée: celui où Jacob demande (et finit par expliquer) à son père où il pourrait fuir s'il est déclaré coupable. Les réponses d'Andrew et Laurie montrent leur amour pour leur fils et leur détresse. Quant à Jacob, c'est peut-être lors de cette scène que son ambiguïté est la plus criante. Est-il froid ou est-il assommé par ce qui pourrait lui arriver? Son attitude peut également être étudiée lors de la scène où son père, furieux, le confronte avec la photo qu'il a mise sur sa page Facebook. À ce moment, Jacob semble détaché. Est-il inconscient? Est-il froid? Est-il idiot??? Est-il uniquement préoccupé par ce qu'il se passe dans l'instant?

Quant à Andrew, je comprends son désir forcené de vouloir croire en l'innocence de son fils, sans pouvoir imaginer autre chose sous peine de s'effondrer. Il se dit fort, et peut-être l'est-il en un sens, mais sa force vient de ce qu'il s'obstine à ne pas tout voir. Il est louable qu'un père ait une telle confiance en son fils, mais ici, ce n'est pas vraiment sain.

L'auteur ne néglige pas l'opinion publique ainsi que les théories stupides de psychologues qui interprètent tout, voient le mal partout, catégorisent tout le monde à coups d'insinuations.

J'ai bien aimé la structure de l'histoire. L'auteur alterne le récit de l'accusation de Jacob et celui d'un témoignage d'Andrew. Les pièces se mettent progressivement en place.

Je ne sais pas trop quoi penser de la fin. Est-elle magistrale ou bâclée? Je l'ai trouvée très bonne, mais il me semble que certaines questions restent sans réponses. On me dira que c'est au lecteur de décider suivant les indices que lui a donnés l'auteur. Certes, mais j'aurais préféré que tout soit clair. J'aurais également voulu savoir ce qu'il adviendrait de cette famille. Après une telle fin, après avoir poussé ses personnages à aller au bout d'eux-mêmes, l'auteur aurait dû dire ce qu'ils devenaient...

Éditeur français: Michel Lafon.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Grover Gardner pour les éditions Blackstone audio
Le lecteur a une voix agréable quoiqu'un peu sèche. Au tout début, j'ai eu peur de ne pas l'apprécier, mais sa lecture est fluide et juste, donc je n'ai eu aucun problème.

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