Lecteur : Froidevaux Marina

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vendredi, 5 juin 2015

Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain, de Michaël Perruchoud.

Le garçon qui ne voulait pas sortir du bain

L'ouvrage:
Ce jour-là, la police se présente au domicile du narrateur. Il savait bien que cela arriverait. Il avait fait très attention, mais avait sûrement commis des erreurs. Il sait qu'il est maintenant temps qu'il paie pour le meurtre de cette femme.

Critique:
Au départ, j'ai voulu tenter ce livre parce que j'aime beaucoup la lectrice qui l'a enregistré, mais j'avais peur qu'il ne soit pas bien. Cette crainte s'est vite dissipée.

L'auteur use d'un procédé qui, généralement, me déplaît, mais qui, ici, est judicieux. D'abord, on apprend que le narrateur a commis un meurtre. Ensuite, on apprend comment il en est venu à commettre ce meurtre. Enfin, on assiste à son entretien avec la police. Cette structure est appropriée. L'auteur ne donne pas de fausses pistes ni de faux indices.

Pendant ma lecture, j'ai pensé que tout cela serait très classique et sans surprises. Pourtant, je n'ai pas vu venir certaines choses... C'est voulu par l'auteur, mais c'est fait de manière assez habile pour que cela n'ait pas l'air gros. Par exemple, certains pourront se récrier quant à un soi-disant faux indice. Cependant, la psychologie du narrateur explique pourquoi cet indice n'est pas «faux». Bien sûr, cela permet à l'auteur de prétendre quelque chose afin que le lecteur ne parvienne pas tout de suite à assembler les pièces du puzzle, mais au moins, c'est expliqué par quelque chose qui se tient.

Au long du roman, le narrateur expose son état d'esprit. Qu'on comprenne ou pas son point de vue quant à ce qu'il ressent et quant à la manière dont il décide d'enfouir son traumatisme en lui, on ne peut pas le juger. Je pense que j'aurais agi autrement (je ne parle pas du meurtre), mais je sais aussi que c'est une situation trop délicate et trop douloureuse pour être sûre de la manière dont je réagirais.

À la fin, on s'interroge quand même. Comment les choses vont-elles tourner? Connaissant le narrateur, on s'en doute, mais certains paramètres font qu'on ne peut pas absolument prévoir sa réaction (sur plusieurs points) à long terme. C'est peut-être une faiblesse du roman.

Éditeur: Faim de siècle et cousu mouche.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Froidevaux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 18 octobre 2013

Le cahier de Turin, de Lionel Duroy.

Le cahier de Turin

L'ouvrage:
Marc et Hélène sont ensemble depuis dix ans. Au début de leur relation, Hélène a donné un cahier écrit par elle à Marc. À présent, il souhaite retrouver ce cahier qu'il n'a jamais lu.

Critique:
Cette histoire est inspirée de quelque chose qui est vraiment arrivé à Lionel Duroy, épisode qu'il raconte dans «Le chagrin». À l'instar de son créateur, Marc est écrivain et regrette de ne jamais rien avoir écrit sur Hélène pendant toutes ces années.

J'attendais peut-être trop de ce roman. En tout cas, je ne l'ai pas autant apprécié que ce à quoi je m'attendais. D'abord, je n'ai pas aimé que Marc tombe amoureux d'Hélène presque instantanément. Ensuite, Hélène ne m'a pas plu. Je l'ai trouvée sèche, ayant des préjugés trop affirmés... Et puis sa théorie comme quoi on ne s'aime plus si on se connaît trop me paraît très simpliste. Bref, elle m'a agacée. de ce fait, j'ai eu du mal à comprendre ce que Marc lui trouvait.
D'autre part, étant donné ce qui se dit au long du roman, il semblerait que les deux époux ne sachent pas réellement communiquer.

Je n'ai pas compris l'intérêt de la structure: dans le chapitre 1, le héros raconte sa rencontre avec Hélène et leur premier voyage. À partir du chapitre 2, c'est un narrateur omniscient qui raconte la vie de Marc et de sa famille.

J'ai apprécié les scènes de vie de famille quand Hélène n'est pas là ou n'est pas au premier plan. Contrairement aux errances mentales de Marc et aux dires d'Hélène, elles sont lumineuses. Cela tient aux caractères très différents d'Anna et Colline, à leur entrain, à leur bonne entente avec David et Claire. D'autre part, contrairement à Hélène, les enfants m'ont intéressée. Chacun est sympathique à sa manière.

Quant à l'obsession de Marc concernant le cahier, si elle est intéressante, elle est également un peu lassante. J'ai peut-être été ennuyée parce que j'avais lu l'histoire dont ce roman a été inspiré, et que cela me paraissait être une pâle copie. J'ai quand même trouvé la «conclusion» de l'histoire logique. Je ne l'avais même pas devinée, pourtant, c'était simple et évident.

Éditeur: J'ai lu.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Froidevaux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 29 janvier 2013

La moustache, d'Emmanuel Carrère.

La moustache

L'ouvrage:
Ce soir-là, le personnage principal (dont nous ignorons le prénom), demande à sa compagne, Agnès, ce qu'elle penserait s'il se rasait la moustache. Elle répond que ce serait une bonne idée. Pendant qu'elle fait les courses, il le fait. Lorsqu'elle rentre, Agnès semble ne rien remarquer. Les amis chez qui le couple va dîner semblent également ne rien remarquer. Il trouve que la plaisanterie est drôle, mais qu'il ne faudrait pas la prolonger.

Critique:
Il est audacieux d'écrire un roman avec ce genre d'idées de départ. Au début, on trouve cela loufoque. Puis, à l'instar du héros, on finit par en perdre son latin. Au début, l'histoire est très bien menée, le lecteur est aussi déboussolé que le personnage, et il finit, tout comme lui, par échafauder plusieurs hypothèses quant à la santé mentale dudit personnage ou d'Agnès. C'est à la fois amusant et terrifiant parce que cela part d'un désaccord idiot, et que cela prend d'énormes proportions. J'ai apprécié le fait que l'auteur transformait un amusement en cauchemar.

En outre, Emmanuel Carrère s'y entend pour faire monter l'angoisse et perdre son lecteur. Errant au gré des circonvolutions du cerveau du personnage, j'ai tour à tour adhéré à ses hypothèses, puis les ai réfutées, sans être plus avancée. Plusieurs hypothèses cohabitent, et toutes sont défendables, ce qui rend le tout d'autant plus passionnant.
Comme tout est raconté du point de vue du personnage, le lecteur est dans sa tête, et il prend certaines choses pour acquises... C'est très bien imaginé, car cela ajoute une dimension oppressante à l'angoisse. Le lecteur n'est pas en position de force, il n'est pas celui qui sait.
L'anecdote est si banale, au départ, qu'on s'identifie au personnage, et qu'on imagine très bien que ce genre de choses pourrait arriver.

Il est tout de même dommage qu'un livre si court souffre de lenteurs. En effet, à partir de ce que j'appelle arbitrairement la deuxième partie du livre, on n'avance plus vraiment. Le personnage fait des choses, s'interroge, mais tout cela m'a paru être du remplissage.

Il était assez hasardeux de commencer un ouvrage sur une idée de ce type, car le lecteur attendra une fin à la hauteur du reste. Je n'ai pas vraiment apprécié celle du roman, mais force m'est de reconnaître qu'il n'y avait pas grand-chose à faire d'autre. Je pense à d'autres possibilités, mais elle ne me satisfont pas. La fin choisie par l'auteur est la plus plausible. Ma déception vient de ce que je m'attendais à une chute.

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Cependant, il y a des incohérences. Pourquoi le personnage retrouve-t-il les poils de sa moustache puisqu'il n'en a jamais eu? On me dira que cela peut être des poils de barbe.
À la fin, Agnès est-elle réellement là ou bien le personnage fait-il un pas de plus dans la folie? Il semblerait qu'elle soit là puisque quelqu'un le dit au personnage. Mais peut-être imagine-t-il également cela... D'ailleurs, qu'est-ce qui est «vrai» dans tout ce qu'il nous raconte? Ce flottement est bienvenu tout au long du roman, mais il est dommage que la fin ne le dissipe pas vraiment. C'est sûrement ce qu'a voulu l'auteur. Je comprends cela, même si cela m'a plutôt mise mal à l'aise.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Froidevaux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 6 novembre 2012

Marâtre, de Caroline de Bodinat.

Marâtre

L'ouvrage:
Mathilde Rocheron a trente-deux ans. Elle vit des aventures sans lendemain avec des hommes mariés. C'est alors qu'elle rencontre Eugène Boisseau. Ils commencent une belle histoire. Seulement, si Eugène est célibataire, il a deux enfants d'un premier mariage: Vincent, quinze ans, et Chloé, onze ans. Tous deux vont s'employer à faire fuir l'intruse.

Critique:
Caroline de Bodinat s'y entend à merveille pour décrire des situations à la fois cocasses et pathétiques. Outre cela, elle a le sens du réalisme et de l'à propos. On ne pourra nier que ce qu'elle décrit se retrouve très souvent. Eugène n'a ses enfants qu'un week-end sur deux, alors il les gâte, les laisse se comporter en tyrans irrespectueux et malpolis. Et bien sûr, lorsque Mathilde ose dire que ce n'est pas bien tant pour les adultes que pour les enfants, c'est elle la «méchante». Certes, notre héroïne a parfois l'impatience de se conduire de manière aussi stupide que les enfants. Ce n'est, d'ailleurs, pas forcément une mauvaise chose. Cela leur met le nez dans leur bêtise.
Ajoutons à cela Françoise, l'ex-femme d'Eugène, qui n'hésite pas à user de ficelles si grosses qu'il est impensables qu'elles opèrent, afin de détruire le couple.
Et bien sûr, tout cela prend très bien, car si le lecteur, à l'instar de la narratrice, prend de la distance, et démantèle les ficelles, Eugène n'y parvient pas. Il s'en doute, au fond, mais n'arrive ni à se comporter en père avec ses enfants ni à envoyer Françoise s'occuper de ses affaires.

Une histoire contée sur un ton pleurnichard et dramatique n'aurait sûrement pas eu un grand impact. Caroline de Bodinat a choisi d'écrire cela d'une plume caustique, alerte, presque gaie. Les situations humoristiques ne manquent pas, même si certaines sont cruelles. Il en est une que je n'ai absolument pas vue venir, et pourtant, j'aurais dû... c'est celle du concours de photo.
La narratrice et ses amis ont de la repartie, les répliques bien senties fusent. La narration est sur le même ton. Mathilde décrit des situations parfois désespérées sans se départir de son humour. Par exemple, la fête d'anniversaire de Chloé.
L'auteur a également l'art de créer des situations dont on ne pourra s'empêcher de rire, malgré le mal fait. Par exemple, ce qui arrive au cadeau d'anniversaire du fils de Gabriel. Certains personnages sont sources d'amusement: Philippe, Gilbert, et parfois Gabriel.

Ce livre est exempt de temps morts.
La fin n'était pas forcément facile à faire. Il fallait qu'elle aille bien au reste. Là encore, la romancière n'a pas démérité.

Un livre juste, réaliste, drôle, fin, tendre... une réussite!

Éditeur: Fayard.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Froidevaux pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Marina Froidevaux fait partie des rares lecteurs qui ne lisent pas trop lentement. J'aime beaucoup sa voix dynamique, sa lecture fluide, son ton toujours juste.

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jeudi, 11 mars 2010

La vie d'une autre, de Frédérique Deghelt.

La vie d'une autre

L'ouvrage:
1988.
Marie a vingt-cinq ans. Elle vient d'obtenir un travail. Elle fête cela au restaurant avec ses amis. C'est alors qu'elle rencontre Pablo. Ils passent la nuit ensemble.
Le lendemain, Marie comprend petit à petit que quelque chose ne va pas: Pablo lui demande d'emmener les enfants à l'école, lesdits enfants l'appellent maman, il y a des affaires de femme dans la penderie... Elle finit par accepter l'inacceptable: on est en 2000, voilà douze ans qu'elle est mariée à Pablo, et elle a tout oublié. Sa mémoire s'arrête à la première nuit qu'elle passa avec Pablo.

Critique:
Voilà un livre qui ne peut laisser indifférent.
On lit souvent des histoires de personnes amnésiques, cherchant à retrouver leur passé. Parfois, on est intéressé, parfois, non. Ici, l'intérêt du lecteur vient de ce qu'il peut s'identifier à Marie. Elle n'a pas perdu la mémoire suite à une agression, ou à une course-poursuite, à une mésaventure rocambolesque. C'est madame tout le monde qui, soudain, efface une partie de son passé. C'est assez effrayant, car on imagine très bien que ça pourrait nous arriver. On imagine comment on réagirait à la place de Marie. J'ai d'ailleurs trouvé le matin du premier jour peu crédible: elle découvre tout toute seule, aussi bien son amnésie que comment agir en face des enfants...

Il est très intéressant de suivre Marie dans la redécouverte de son couple, de ses enfants, de ses amis, et surtout d'elle-même. Comme l'indique le titre, elle semble découvrir une autre femme. Ce livre se lit donc comme une énigme.

La raison pour laquelle Marie a «choisi» de faire table rase du passé peut paraître très banale. Seulement, Frédérique Deghelt sait nous montrer ce couple comme un couple unique. Marie et Pablo ne font plus partie de ceux qu'on regarde avec indifférence et de qui on dit: «C'est toujours la même chose.» Leur histoire devient unique sous la plume de Frédérique Deghelt. Marie donne une belle preuve d'amour à Pablo: elle oublie. Elle oublie vraiment.

Les personnages sont sympathiques et attachants. Lire les événements quotidiens de la vie de Pablo et Marie est délassant et divertissant. Bien sûr, tout ne se passe pas partout de manière si idyllique. Catherine fait d'ailleurs remarquer à Marie que son bonheur insolent pouvait blesser les moins heureux qu'elle, même si, en général, elle en faisait profiter le plus de gens possible. Le lecteur ne peut s'empêcher, même s'il plaint Marie de ce qui arrive, de penser qu'elle méritait une petite leçon, à force d'afficher son bonheur si ostensiblement.

Ce qui se passe dans le roman montre que la routine, si elle peut être rassurante quand on est sûr de son bonheur, peut aussi être pernicieuse. L'un des personnages agit bêtement à cause, peut-être, de sa peur de la routine, de ce bonheur trop simple. Il faut donc faire attention, et teinter cette routine qui s'installe au sein des couples d'imprévus.

Frédérique Deghelt a un style très agréable: une écriture fluide, sensuelle, pudique, délicate.

La fin est une interrogation pour le lecteur. Marie a-t-elle deviné juste? Car après le récit de Laurence, Marie ne peut s'empêcher de faire le rapprochement, surtout que pendant le roman, certains indices nous amènent à la conclusion à laquelle elle finit fatalement par aboutir. Mais certaines choses me semblent ne pas coller. (Ne lisez pas la fin du paragraphe si vous n'avez pas lu le roman.) Pablo dit à Marie qu'elle ne connaît pas sa maîtresse, ça ne peut donc pas être Geneviève, car la «folle» qui raconte sa vie à Laurence dit bien que son amant est le mari d'une amie. Donc, il est admis que le trio se connaît. Il est possible que Pablo ait voulu cacher ce fait à Marie pour ne pas la choquer davantage. Mais Marie, qui a vu la maîtresse de Pablo à l'aéroport, aurait noté son nom sur son cahier, si cela avait été Geneviève. Peut-être n'en a-t-elle pas eu le temps...
Donc, on ne peut pas trancher.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marina Froidevaux pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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