Lecteur : Frenssen Simone

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vendredi, 5 octobre 2012

La femme du marin, de Katherine Scholes.

La femme du marin

L'ouvrage:
1990.
Stella, trente-et-un ans, est journaliste. Elle est actuellement en Éthiopie. C'est alors qu'elle apprend que son père, William, a disparu en mer. On lui demande de rentrer dans le petit village australien de son enfance. Village qu'elle a fui, quinze ans plus tôt. Stella sait qu'y retourner, ce serait raviver les blessures de son passé. Pourtant, elle fait le voyage.

Critique:
J'ai terminé ce roman pour voir comment l'auteur arriverait à la fin que j'avais devinée. En effet, l'intrigue est cousue de fil blanc, et contient beaucoup de clichés du genre. Le père égoïste, presque tyrannique, qui ne déviera pas de sa ligne de conduite. La mère qui a sacrifié sa vie, qui veut aider sa fille, mais n'ose pas s'élever contre le père. L'amour qui naît très rapidement, et sera indéfectible... Je n'avais pas deviné pourquoi Zeph n'était pas revenu, mais je savais que c'était pour une raison indépendante de sa volonté. L'explication est encore plus décevante que ce que j'avais imaginé, car c'est un topos du genre.
Comme si une intrigue extrêmement balisée ne suffisait pas, Katherine Scholes y ajoute d'interminables lenteurs, notamment vers la fin. Il serait si simple pour Stella d'aller demander une explication. Mais non, l'auteur retarde le dénouement par de très gros remplissages. En outre, les deux premiers chapitres se passent en 1990, puis à partir du chapitre 3, on est en 1975, et on découvre ce qui s'est passé quand Stella avait seize ans. La structure est habituelle, mais je ne l'aime pas trop, car je la trouve artificielle. Ici, elle fait que l'auteur dévoile encore plus son intrigue (déjà pas bien mince), en donnant quelques indices au moment où Stella se demande si elle doit retourner au village. Ces petites indications sont censées être sibyllines, et faire saliver le lecteur. En fait, elles donnent presque toute la trame des événements de 1975.

Pendant une grande partie du roman, Stella m'a agacée. Je la trouvais trop sûre d'elle. Ensuite, elle m'a paru fade et mièvre. Je l'ai finalement appréciée à partir du moment où elle décide de tenir tête à son père.

À la fin, je pense que l'auteur, après avoir enfin clarifié et dénoué la situation, aurait dû nous montrer davantage certains personnages. On attend ça pendant plusieurs chapitres (dont certains traînent énormément), et on n'a qu'un aperçu... ;-)

Bref, un roman un peu trop à l'eau de rose, rassemblant un peu trop de clichés...

Éditeur: À vue d'oeil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Simonne Frenssen pour la Ligue Braille.

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mercredi, 9 février 2011

La face cachée de Luna, de Julie Anne Peters.

La face cachée de Luna

L'ouvrage:
Reagan O'Neill rêve de normalité. C'est pour cela qu'elle va faire du baby-sitting chez ses voisin, les Matterra: une famille tout ce qu'il y a de plus normal.
Reagan a seize ans, elle va au lycée, elle a des parents, et un frère de dix-huit ans, Liam... elle est la seule à connaître le secret de son frère. Liam est, en fait, une fille dans le corps d'un garçon.

Critique:
Il n'est pas aisé d'aborder un thème aussi délicat dans un roman pour la jeunesse. Je pense que Julie Anne Peters s'en tire bien. Bien sûr, certaines choses ne sont pas très crédibles. Par exemple, Liam a peur du regard des autres, à tel point qu'il ne se confie qu'à sa soeur. Et lorsqu'il ressent la désapprobation de ceux qui ont des doutes, il ne tente pas de faire taire sa nature. C'est méritoire, c'est courageux, mais c'est un peu étrange qu'il soit si déterminé, qu'il ne baisse jamais les bras. Je trouve ça très bien, car il va au bout de ce qu'il sait être bon pour lui, mais sa force morale est assez impressionnante.
Ensuite, il y a quelques clichés. Liam est fan de Dana International parce que c'est un transexuel. Il se sent fille, donc il veut se maquiller. Une fille n'aime pas forcément le maquillage. Reagan en est un bon exemple. Idem pour les cheveux: il veut les laisser pousser, comme si c'était obligatoirement la marque de fabrique d'une fille. Bien sûr, du maquillage et des cheveux longs, ça fait plus féminin, mais ce ne sont que des préjugés de la société.

Les parents de Liam et de Reagan sont assez détestables, chacun à leur manière. J'ai une préférence pour le père, car il semble ouvert au dialogue. Son refus catégorique de Liam en tant que Luna est d'autant plus surprenant. Je m'attendais à ce qu'il tente d'en discuter, de comprendre. Surtout qu'à un moment, il voit bien que quelque chose ne va pas, et tente de comprendre. Ce personnage est donc un peu incohérent.
La mère est particulièrement méprisable. Tout au long du livre, elle se cache la réalité en se repliant dans la futilité de son travail. Bien sûr, son travail est important, mais sa famille l'est davantage. Elle a d'ailleurs décidé de travailler afin de sortir du carcan étouffant qu'est sa famille. Tout ça doit être lié à Liam. Elle n'accepte pas ce qu'il est, elle dit que c'est par peur de la réaction de son mari, mais si elle a le courage de râler parce qu'elle trouve qu'elle fait trop la cuisine, elle peut bien se battre pour son fils. Si le lecteur comprend sa peur et son besoin de préservation, il ne comprend pas que cela prenne le dessus.
L'auteur montre une autre réaction: celle d'Ally. Celle-là est plus saine. Le lecteur comprend bien qu'Ally soit déstabilisée et furieuse, mais ensuite, la jeune fille réfléchit, et au final, souhaite que Liam soit heureux.

Reagan est lunatique. Elle comprend son frère, mais le secret est trop lourd pour elle, et elle pense que ça la stigmatise. Elle aime son frère, le comprend, veut l'aider, mais se sent étouffée par lui. Elle s'empêche de vivre. Et parfois, elle a des réactions disproportionnées. Sa grosse dispute avec Liam en est un exemple.
Par ailleurs, elle adore aller travailler chez les Matterra à cause de leur normalité, mais elle ne les remet jamais en question. Lorsqu'elle s'endort, leur réaction n'est pas franchement sympathique. Bien sûr, ils pensent à leurs enfants, et veulent une baby-sitter irréprochable. Mais Reagan n'est pas une machine. Ils auraient pu lui parler.
Ensuite, après ce qu'a fait Liam, le lecteur peut comprendre la réaction des Matterra, mais là encore, des gens intelligents, le premier choc passé, réfléchiraient, et tenteraient de parler avec Reagan qu'ils semblaient apprécier.
À travers les parents de Reagan et les Matterra, Julie Anne Peters décrit une société assez intolérante, insensible, et superficielle.

La fin appelle une suite. Le lecteur se doute de ce qui va se passer, mais on aimerait bien voir comment cela se déroulerait après. Certains personnages seraient-ils assez intelligents pour réfléchir, et finiraient-ils par comprendre que l'important, c'est que Luna soit heureuse?

Éditeur: Milan.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Simonne Frenssen pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix agréable. En outre, elle met le ton approprié sans surjouer, et ne tente pas de prononcer les noms anglophones avec un horrible accent. Je regrette que sa lecture soit un peu lente, mais c'est un inconvénient mineur.

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lundi, 7 septembre 2009

Les pêcheurs de coquillages, de Rosamunde Pilcher.

Les pêcheurs de coquillages

L'ouvrage:
Pénélope Killing vient d'avoir un infarctus. Ses enfants s'inquiètent pour sa santé. Nancy, sa fille aînée, souhaite qu'elle ait une dame de compagnie.

D'autre part, Nancy tombe, par hasard, sur l'annonce d'une vente aux enchères où on propose l'un des tableaux de son grand-père, Lawrence Stern. Elle apprend que ces toiles sont très prisées. Elle qui a des soucis d'argent, imagine déjà Pénélope vendant toutes les toiles ou esquisses de Lawrence Stern qu'elle possède, et partageant l'argent entre ses enfants.

Critique:
Rosamunde Pilcher prend le temps d'installer ses personnages, de nous dévoiler leurs pensées bonnes ou mauvaises, leurs craintes, leurs aspirations. Le roman est donc un peu lent, mais il n'y a pas de longueurs, on n'a pas envie de sauter des pages. Au contraire, ces longues descriptions de ce qui se passe dans la tête des personnages font qu'on se les approprie petit à petit, et qu'on a l'impression de les connaître, comme si on les côtoyait tous les jours.
En outre, l'auteur ne se cantonne pas à une tranche d'âge, comme c'est souvent le cas chez celles qui s'essaient à ce type de roman. Tout comme dans «September» (écrit après, mais que j'ai lu avant), on retrouve des sexagénaires, des personnes d'âge mûr, des jeunes adultes, des adolescents. La romancière arrive à nous faire ressentir pareillement les émotions de chacun d'entre eux. C'est une preuve de son talent: elle sait se glisser dans la peau de n'importe quel genre de personnages.

La plupart des personnages évoqués sont attachants. Il y a, bien sûr, des exceptions. Par exemple, Nancy est guindée, a énormément de préjugés, ce qui rend ses pensées et ses attentes superficielles. Son esprit est étriqué, ses aspirations sont égoïstes, elle ne voit que par le paraître et l'ostentation. Elle en devient presque caricaturale.
Noël aussi est assez méprisable. Sans être aussi détestable que Nancy, c'est, si on veut le résumer, un parasite. On le retrouvera d'ailleurs dans «September», où son caractère opportuniste est un peu moins marqué, et où, à la fin, il semble prendre certaines responsabilités. On dirait que Rosamunde Pilcher s'est jugée un peu sévère envers ce personnage, et a tenté de le racheter quelque peu aux yeux du lecteur dans «September».

Le roman est construit de moments du présent, et de retour en arrière: deux personnages se remémorent quelque chose, et le lecteur peut suivre leurs pensées, et donc tel pan de leur passé, ce qui permet de comprendre tel aspect de leur vie ou de leur personnalité.

J'ai tout de même deux reproches de taille à faire. Le premier renvoie à un préjugé de la société. Le personnage de Danus ne boit pas d'alcool. A chaque fois, les autres lui disent des choses du genre: «Ça ne te réussit pas?», ou «Tu es malade?». Pourquoi les gens ne peuvent-ils pas concevoir qu'on ne boive pas d'alcool parce qu'on n'aime pas ça! Pourquoi l'idée est-elle si ancrée dans la tête de chacun que quelqu'un qui ne boit pas a soit une maladie soit un problème avec l'alcool?! Cela m'insupporte au plus haut point, ressentant moi-même une grande aversion pour tout ce qui est alcoolisé. J'ai même eu droit à: «Tu bois pas d'alcool! Tu sais pas ce que tu perds.» Ben, je déteste ça, patate! Donc je perds rien!

Le deuxième reproche touchera plus de monde. Il semblerait que Rosamunde Pilcher ait eu envie de prolonger son roman, mais que son inspiration se soit quelque peu envolée. En effet, la raison pour laquelle Danus désire s'en aller, et quitter Antonia est peut-être valable, mais exposée de manière mélodramatique, avec un tas de mystères autour, des tonnes de précautions oratoires... On se croirait dans du Harlequin! Cela m'a presque dissuadé de finir le livre.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Simonne Frenssen pour la Ligue Braille.

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