Le chuchoteur

L'ouvrage:
On a retrouvé cinq bras gauches de fillettes enterrés dans un bois. Ce sont, pense-t-on, les bras des cinq fillettes enlevées il y a peu. Une équipe de policiers va travailler sur l'affaire, et tentera d'attraper un assassin qui se joue sans cesse d'eux.

Critique:
À la lecture du résumé, on ne peut s'empêcher de penser que ce livre sera un thriller dont les rouages sont devenus classiques après que certains auteurs les ont développés dans des romans antérieurs. Si on retrouve certaines ficelles un peu attendues, ce roman prend une autre dimension. Il est supérieur aux thrillers auxquels il pourrait faire penser.

D'abord, l'auteur a trouvé une façon originale de créer des rebondissements sans pour autant que le lecteur connaisse le nom du coupable. Chaque cadavre de fillette est retrouvé sur un lieu à partir duquel on découvre une histoire mettant en scène une personne qui commit des crimes. On a donc l'impression de lire plusieurs romans policiers en un. L'ambiance change même quelque peu selon «le cas» étudié, ce qui ravive l'intérêt du lecteur.
L'une des affaires m'a rappelé «Cold case». Non que l'auteur ait copié le scénario d'un épisode, mais l'ambiance et la façon dont certains événements sont arrivés m'ont fait penser que cela aurait pu arriver dans cette série. C'est l'affaire de l'orphelinat. Peut-être cet écho est-il dû au fait que l'affaire est ancienne, et aussi à ce qu'on a prétendu quelque chose quant à la mort de quelqu'un. En outre, on retrouve des choses ayant appartenu à cette personne, et on entend sa voix. Enfin, au moins deux épisodes de «Cold case» traitent d'un orphelinat.

Par ailleurs, cette façon de faire est source de très peu de remplissage. L'auteur n'a pas besoin de créer des longueurs pour faire des pages en plus. Certes, il y a bien quelques passages un peu lents, mais ils passent très vite, et ils permettent au lecteur de souffler un peu.
Ensuite, il y a des révélations «classiques», parce qu'on s'y attend un peu. J'avais pressenti quelque chose quant à un personnage. Certes, je n'avais pas deviné tout ce qu'il y avait à savoir, mais quelque chose ne me plaisait pas.
Il y a une ficelle un peu facile: l'auteur mélange certaines époques, sans nous le dire. Ainsi, on croit quelque chose, alors que ce paramètre qu'on ne nous a pas indiqué fait qu'il faut comprendre autre chose. Bien sûr, c'est fait à dessein, mais j'ai trouvé cela un peu facile.

Ce livre fait une analyse sans complaisance des horreurs de ce monde. C'est assez terrifiant, parce que tout ce qui est décrit est vraisemblable, et arrive plus souvent qu'on ne le voudrait. C'est donc un livre qu'on n'oubliera pas, et dont la pertinence pourra troubler les âmes sensibles. En effet, ce qui est décrit pourrait ne pas arriver qu'aux autres.

L'auteur parsème son roman de petits mystères, par exemple, la façon d'être et d'agir de Mila. Mais il ne s'amuse pas à tout dévoiler à la fin: le lecteur sait assez vite quelles raisons poussent Mila à agir comme elle le fait. À propos de cela, je me demande si ce genre de choses est possible. Je sais que ce sont des hormones sécrétées qui nous font ressentir peur, excitation, etc, mais je ne pense pas que tout soit aussi «simple» que ce que dit l'un des psychiatre consultés par Mila. Ce serait trop triste. ;-) En outre, on ne sait pas quel dysfonctionnement fait que telle personne ne sécrète pas telle hormone. Dans le cas de Mila, ce serait psychologique, ce qui prouve bien que chez l'homme, le chimique est lié au mental.
Dans le même ordre d'idées, ce que le lecteur finit par savoir est un peu dur à croire. Apparemment, l'auteur s'est basé sur des faits réels pour étayer son propos, mais j'ai quand même du mal à y croire. Bien sûr, la personne qui tire les ficelles choisit des terrains favorables, ce qui permet de penser que c'est possible...

Les personnages des policiers sont attachants parce qu'ils sont humains. Ils ont des théories, mais tentent de ne pas s'y enfermer. Ils se remettent en question. Leurs vies et leurs personnalités sont attachantes. Je ne peux pas en dire plus.
Quant à l'espèce d'amitié amoureuse qui se développe entre deux personnages, je ne l'ai pas trouvée téléphonée, mais peut-être superflue. Il me semble que les deux personnages en question n'ont plus cela programmé dans leurs gènes (à cause de leur vécu). Donc, je pense que l'auteur aurait pu s'en passer. Cela aurait encore plus écarté ce livre des sentiers battus.

Attention! Si vous n'avez pas lu le livre, passez au paragraphe suivant.
L'auteur va très loin sur certains points. Si tout finit par se tenir, une chose m'a quand même intriguée. Goran «croit» que son fils est encore vivant, et pense qu'il a une vie de famille avec lui. Dans ce cadre, il engage une gouvernante. Qu'en est-il vraiment? L'appelle-t-il vraiment, ou a-t-il la lucidité, dans sa folie, de «faire semblant»? Et que fait-il de ce que Tommy est censé manger ou boire? Par exemple, quand Mila vient le voir, il a un verre d'eau à la main, verre qu'il destine à Tommy. Est-ce qu'il le boit en pensant réellement que c'est Tommy? Et quand il parle de commander des pizzas, commande-t-il seulement la sienne et imagine-t-il qu'il a commandé celle de Tommy et que celui-ci l'a mangée? S'il la commande, qu'en fait-il? Oui, c'est trivial, comme questions, mais ce sont des détails que j'aurais aimé voir expliqués. Cette absence d'explication rend ce pan de l'histoire un peu léger, voire bancal.

Je n'ai pas aimé l'espèce de manichéisme tournant autour de l'argent. Nickla dit qu'elle n'a pas besoin d'argent pour le Port, mais que ce qui compte, c'est l'amour. Il faut quand même garder les pieds sur terre. L'argent lui permettrait, tout en donnant de l'amour à ses «pensionnaires», d'améliorer encore leurs derniers instants. Il est vrai que ce serait de l'argent sale, mais justement, là, il serait employé à faire le bien. Et puis, la vie est tellement dure qu'il faut saisir la moindre occasion de l'améliorer. Il est vrai que l'argent ne fait pas tout, mais il aide beaucoup. Et si la personne qui en dispose sait garder la tête froide, et l'emploie à bon escient (selon ses critères), je ne vois pas où est le mal. Le refus de Nickla fait un peu penser qu'elle ferait un pacte avec le diable, se corromprait, se souillerait en acceptant. Je trouve ça agaçant et un peu présomptueux.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Pierre Forest.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 10 novembre.

Quelle joie c'est pour moi d'entendre Pierre Forest à nouveau! Voilà quinze ans que j'attends qu'il réenregistre des romans! (Il a lu «Un homme accidentel» il y a quelques années, mais je n'ai pas «pu» entendre cette version. Je m'en explique dans ma chronique de ce roman.)
Pierre Forest a une voix élégante. Je ne vois pas comment la qualifier autrement. Il a une diction remarquable: raffinée et soignée. Son intonation est toujours appropriée, et il ne cabotine jamais. J'espère qu'il enregistrera d'autres ouvrages, car il en interpréta peu, alors que c'est un excellent comédien.
Je trouve néanmoins dommage qu'il ait, à chaque annonce de nouveau chapitre, laissé un blanc entre le mot «chapitre», et le numéro. Cependant, je pense que cette façon de faire n'est pas une initiative du comédien, mais plutôt une directive du directeur du studio d'enregistrement (tout comme les titres des ouvrages annoncés de manière grandiloquente), étant donné que j'ai déjà remarqué cela dans d'autres ouvrages du même éditeur.

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