Sourire en coin

L'ouvrage:
Miranda Cotton est sortie huit fois avec Brendan. Un soir, en rentrant chez elle, elle le trouve installé dans son salon (il s'est permis de prendre la clé dans sa «cachette» habituelle), en train de lire son vieux journal intime. Furieuse de temps de sans gêne, Miranda chasse Brendan, et du même coup, rompt avec lui.

Deux semaines plus tard, Kerry, la soeur de Miranda, lui annonce qu'elle a rencontré un homme, et que la relation est très sérieuse. L'homme en question n'est autre que Brendan.

Critique:
Globalement, c'est un thriller sympathique, même si j'ai quelques reproches à lui faire. D'abord, le thème de la femme que personne ne croit, même s'il est intéressant, est surexploité. D'abord parce qu'il l'a déjà été dans «Au pays des vivants», mais aussi parce que les auteurs l'exagèrent. Il m'est déjà arrivé, à plus petite échelle, bien sûr, de percevoir des personnes comme manipulatrices, et d'en faire part à de très bons amis, à l'instar de Miranda dans le roman. Mes amis ne me riaient pas au nez, mais écoutaient mes arguments. Ici, même la meilleure amie de Miranda la prend de haut, et la considère comme une paranoïaque n'ayant plus toute sa tête. Elle préfère croire brendan qu'elle connaît à peine, quand il lui dit que Miranda est obsédée par lui. C'est un peu gros: la meilleure amie qui préfère croire un inconnu plutôt que son amie de toujours...! Je sais très bien que ma meilleure amie n'agirait pas ainsi.
En outre, cette pauvre Laura est encore moins crédible, étant donné ce qu'elle fait par la suite. Son attitude est clichée. Elle passe pour une andouille obsédée par le mariage et les enfants quelle que soit la personne avec qui elle le fera. On ne peut s'empêcher de se dire qu'elle a un peu cherché ce qui lui arrive.
L'attitude du policier ressemble également à celle de celui de «Au pays des vivants». Sauf qu'ici, elle est poussée encore plus loin. C'est donc assez agaçant, car encore une fois, un peu gros.
Il y a une scène qui n'est absolument pas crédible! C'est celle où Kerry entre dans la pièce, et voit Brendan serrant dans son poing des morceaux de tasse brisée, et assurant à Miranda qu'il ne cessera que si elle l'en supplie. Ici, on voit très bien que Brendan est malade! Pourquoi Kerry ne le devine-t-elle pas? Pourquoi Miranda le supplie-t-elle d'arrêter? En ne disant rien, en se contentant de prendre un air effrayé, elle aurait prouvé la folie de Brendan, puisqu'il s'entêtait à ne vouloir arrêter que si elle le lui demandait. Ici, les auteurs ont voulu impressionner le lecteur, et ont manqué leur effet.
On me dira que ce n'est qu'un livre. Soit, mais quand on lit certains genres tel le roman policier, on recherche le réalisme.

Il est vraiment dommage que l'un des personnages ait été «sacrifié». J'aurais vraiment préféré que les auteurs le laissassent tenter de s'en sortir, et s'en prissent à un autre personnage pour prouver la perversité de Brendan.
Malgré le bon moment qu'on passe avec le livre, il y a parfois des longueurs, et le suspense n'est pas haletant.

J'aurais bien voulu que certaines choses, à la fin, soient un peu plus détaillées. C'est une bonne fin, mais pour une fois, j'aurais voulu qu'elle ressemblât plus à celle de «Au pays des vivants», où le policier se répand en excuses, où on voit le fou être puni et châtié...

La psychologie des personnages est remarquable. La façon dont Brendan grignote petit à petit la vie de Miranda en la déstabilisant, en ne montrant son vrai visage qu'à elle, en mentant si effrontément qu'elle en reste sans voix, en la tournant subtilement en ridicule, tout cela est magistralement exploité par les auteurs. On ressent parfaitement les émotions de Miranda: frustration, insécurité, rage, fureur, impuissance... surtout quand elle essaie de prouver à tous (sa famille, la police), que Brendan est une ordure, et que tout lui revient dessus comme un boomerang. On admire sa ténacité à prouver ce qu'elle avance.

La façon dont tout finit par se dénouer est, elle aussi, une excellente trouvaille. Cela n'aurait pas pu se dénouer d'une autre manière. Brendan n'aurait jamais fait un faux pas, cela n'aurait pas collé avec son personnage. Donc, ici, les personnages, à l'instar de leurs auteurs, ont finement agi.

Note: ne songez même pas à entreprendre un régime pendant la lecture de ce roman. Les personnages n'arrêtent pas de manger des mets très appétissants!

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Marianne Finnazzi pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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