Lecteur : Feuz Jean-Louis

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lundi, 4 août 2008

Mercredi des cendres, de Bill Pronzini.

Mercredi des cendres

L'ouvrage:
Steven Giroud est divorcé. Il a une fille avec laquelle il s'entend très bien. Malheureusement, il n'en n'a pas eu la garde, et ne la voit pas assez.
Steven est quelqu'un de gentil. Il a été blessé par la vie, par sa femme en qui il croyait.

Il décide de faire seul le voyage que sa femme et lui auraient dû faire, et se rend à la Nouvelle Orléans en période de carnaval. Il se sent seul, et désemparé: il fait ce voyage pour se changer les idées, mais traîne son désœuvrement avec lui.

Un soir, il rencontre une femme. Il se dit que ça lui fera une distraction sympathique. Il passe la nuit avec elle. Le lendemain, il découvre que cette femme est morte. Paniqué, il prend la fuite.
En outre, il se rend compte qu'une personne portant un masque de dragon le suit.
Plus tard, il reçoit des coups de fil lui demandant instamment de restituer une photo, sinon...

Critique:
L'idée de départ est une bonne idée. On est embarqué dans un imbroglio auquel on ne comprend rien, à l'instar du pauvre Steven.
Seulement, le livre s'essouffle. D'abord, il y a trop de longueurs. Ensuite, la résolution de l'énigme est un peu légère, à mon avis. C'est une bonne trouvaille, elle montre jusqu'où un esprit malade et fanatisé peut aller, mais j'ai trouvé que c'était un peu facile.

Par ailleurs, j'ai été particulièrement déçue par la fin. L'auteur a voulu créer une chute, mais là encore, j'ai trouvé que ça tombait à plat, surtout parce que je voulais que le personnage s'en sorte. La chute montre qu'il est loin de s'en sortir.

Au final, je ne recommande pas ce livre. Vous en trouverez d'autres avec moins de longueurs, et une fin moins noire. Par contre, si vous aimez les fins des polars non conventionnelles, ce livre est pour vous!

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 16 juin 2008

Les millionnaires, de Brad Meltzer.

Les Millionnaires

L'ouvrage:
Oliver et Charlie travaillent tous les deux dans la même banque.
Un soir, par hasard, ils découvrent qu'ils pourraient gagner facilement de l'argent sans faire de tort à qui que ce soit, si ce n'est au trésor public. Ils sont tous deux très tentés, car ils ne roulent pas sur l'or, et ont de grosses factures d'hôpital à payer. En outre, leurs rêves d'avenir semblent inaccessibles.
Oliver est le plus réticent des deux. Ce qu'ils vont faire est quand même une arnaque. Lorsqu'il découvre que son patron fait tout pour freiner sa carrière, et le garder auprès de lui comme un bon toutou, il se décide.

Les deux frères ne savent pas dans quoi ils se sont embarqués. Bientôt, les trois millions qu'ils ont détournés se transforment en trois cent treize millions. De plus, certains agents du FBI les poursuivent pour récupérer l'argent, et leur attribuent le meurtre de l'un d'eux. Ils n'ont qu'une solution: fuir, et essayer de découvrir ce qui se passe.

Critique:
Certains passages du livre sont lents. La course-poursuite est intéressante, mais trop longue. L'épisode où Oliver et Gillian font de la plongée m'a également paru trop long.
En outre, j'avais démasqué l'un des personnages, à l'instar d'un des frères, d'ailleurs. Je ne sentais pas ce personnage, malgré la confiance que lui témoignait l'autre frère.

Malgré ces petits désagréments, ce livre est bon par plusieurs côtés. D'abord, les deux frères évoluent. Cette périlleuse aventure les force à se prendre en main, à regarder leurs faiblesses en face.
D'autre part, la façon dont Maggie fait passer et réceptionne ses messages est ingénieuse. Le lecteur suit son combat contre les deux agents avec beaucoup d'intérêt. Maggie est un personnage très fort. Elle puise son courage dans son amour et dans sa confiance pour ses fils.
Le personnage de Joey est sympathique au lecteur. Elle s'écarte des sentiers battus des policiers qui ont une façon de penser bien précise, et qui n'en démordent pas. Elle enquête intelligemment, elle sait observer les faits, les indices, elle a l'esprit ouvert.

Enfin, le plus extraordinaire de tout est l'invention que découvrent les deux frères. C'est une invention qui ne peut qu'exciter la convoitise. Pourtant, elle ne peut être que néfaste à court et à long terme.

Éditeur: Belfond.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande. Ce lecteur bénévole lit très bien, a une voix agréable, et met toujours le ton juste. Malheureusement pour moi, dans ce livre, il a prononcé les prénoms anglophones à l'anglaise (surtout Oliver), ce qui m'a fait râler.

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lundi, 21 avril 2008

La forteresse, de Robert Hasz.

La forteresse

L'ouvrage:
Le lieutenant Livius Maxim est bien content: dans deux semaines, il sera démobilisé. Il va rentrer chez lui, retrouver sa promise...
Pourtant, un événement inattendu va bouleverser ses plans. On l'envoie rejoindre d'autres hommes dans une autre base, base qui semble isolée.
Il y rencontre certains hommes sympathiques, d'autres un peu moins. Il se rend compte qu'on perd vite la notion du temps, ici. D'autre part, on ne semble pas vraiment respecter les grades.

Critique:
J'ai beaucoup aimé ce livre. Je vous le conseille vivement. Il fait partie des livres dont je me souviendrai longtemps.

Le lecteur se rend bien compte très vite que quelque chose ne va pas dans cette base, mais il ne sait pas exactement quoi jusqu'à ce que l'auteur décide de lui donner la clé de l'énigme.
En outre, on a tout le loisir de découvrir comment les hommes vivant dans cette base s'expliquent les phénomènes qui s'y passent. Les uns parlent d'évènements divins, les autres évoquent les extra-terrestres... Livius n'étant pas là depuis longtemps, le lecteur se raccroche à sa rationalisation des choses. On comprend que les hommes, vivant en autarcie, cherchent des explications à ce qu'ils subissent. Cela montre justement leur humanité. Ils sont esseulés, ne comprennent pas tout ce qui leur arrive, alors, ils cherchent une explication. Parfois, l'explication n'est pas vraiment convaincante, mais elle les aide à ne pas sombrer dans la folie. Elle les aide à accepter leur sort.

En outre, quelque chose dans la base ayant un curieux effet sur ses habitants, les hommes passent des heures à s'immerger dans leurs souvenirs. Ainsi, nous apprenons le passé de Livius. J'avoue que cette histoire de famille m'a moins plu que le présent de Livius. Pourtant, elle est intéressante, et nous présente des personnages blessés qui agissent et réagissent parfois brusquement et follement, des personnages que la vie et ses secrets ont malmenés, et qui essaient de s'en tirer malgré tout. Le père de Livius n'a pas toujours fait ce qu'il aurait fallu. Le vieux Fabrio ne parle pas beaucoup, semble être relativement épargné, mais sait ce qui s'est passé et comment cela s'est passé. Il en souffre en silence, il en prend son parti... Cécilia se rebelle contre ses parents, contre ce qui lui arrive sans qu'elle le demande. Cécilia est victime du passé de sa mère, et se révolte, se sentant flouée, car elle n'a rien choisi de tout cela.

La fin m'a laissée avec plusieurs questions. Certaines perspectives sont assez effrayantes...

Éditeur: Viviane Hamy.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 17 mars 2008

Pourquoi j'ai construit une maison carrée, de Jean Guilaine.

Pourquoi j'ai construit une maison carrée

L'ouvrage:
Huitième millénaire avant notre ère.
Cando habite sur l'île aux pierres vertes avec sa femme et ses trois enfants. Les enfants demandent souvent à leur père de leur raconter des histoires. Ils aimeraient aussi qu'il leur dise ce qu'il faisait quand il avait leur âge. Cando est réticent: certains souvenirs sont heureux, mais d'autres sont douloureux. C'est normal.
Un jour, il se résout à raconter: la communauté dans laquelle il vivait, ses parents, le chef, le vieux Golluk qui refuse l'évolution, et qui ponctue ses phrases de «arcacum«.

Critique:
A ceux qui critiqueraient l'auteur et diraient qu'il a fait un livre fourmillant d'anachronismes, je répondrais que Jean Guilaine explique dans l'avant-propos qu'il l'a fait exprès. Son but était d'écrire un roman historique qui serait avant tout un divertissement, donc agréable à lire, et non truffé de jargon savant. En outre, l'humour est souvent de mise. L'auteur explique que si on veut, on peut le prendre autrement, mais que lui a écrit ce livre sur un ton humoristique. Effectivement, certaines situations sont amusantes: le mystère du blé qui disparaît, la façon de Golluk de tout ramener aux ancêtres et de dire «arcacum», la façon dont Ménil s'obstine à chercher comment obtenir des récipients en argile qui ne se craquellent pas, la façon dont les cousins se moquent de la communauté de Cando qui s'habille à l'ancienne, la fois où Cando se met à apprécier les ancêtres car ils sont favorables à son mariage, l'ambition d'Aladin quant à «son« mariage, etc.
Mais ces passages humoristiques sont l'illustration de ce que l'évolution entraîne. On sourit (sans mauvais jeu de mots) lorsque les habitants de la communauté sont confrontés au mystère du blé qui disparaît, mais l'élucidation de l'énigme montre une effroyable réalité cause de cette évolution. On trouve amusante la façon de Golluk de râler après l'évolution, de dire que "c'était mieux avant", mais l'attitude de Golluk est compréhensible: il pense que les choses sont bien comme ça, pourquoi les changer? Cet humour cache donc une certaine gravité. A un moment, Cando regarde ce qu'a fait le changement. Il en voit les côtés négatifs et les côtés positifs. Il se demande alors si le changement est positif ou négatif. Il en arrive à la conclusion que certaines choses sont bénéfiques et d'autres non. C'est le propre de beaucoup de situation. Le lecteur pressent tout cela, mais le fait que Cando y réfléchisse remet les choses en place.

Les attitudes décrites sont terriblement modernes. Certains sont pour le changement, d'autres sont pour rester comme avant, d'autres veulent le pouvoir, il y a des guerres de religion, à vouloir maîtriser la nature, on se fait rappeler à l'ordre par cette même nature.

J'ai été un peu déçue par quelque chose à la fin. Les choses évoluent, et la communauté de Cando ne va pas forcément vers le positif. L'un des personnages est désabusé, désappointé. J'aurais aimé que ce personnage partît avec Cando. J'aurais trouvé cela logique. Pourquoi Cando ne le lui a-t-il pas proposé?

C'est un livre agréable à lire, même si on s'ennuie un peu à certains moments. Il fais rire, fait réfléchir. Les personnages sont attachants, même si certains sont un peu caricaturaux: le conservateur, le progressiste, celui qui veut le pouvoir... Malgré ces clichés, le contraste entre Ménil et Golluk est intéressant.

Éditeur: Actes Sud.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

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lundi, 2 avril 2007

Les sarments d'Hippocrate, de Sylvie M. Jema.

Les sarments d'Hippocrate L'ouvrage:
Cyprien Desseauve est le patron du service de gynécologie-obstétrique du CHU.
Il a une femme, Geneviève, et six enfants, sa préférée étant Clara.
C'est un homme brillant, sûr de lui et de sa réussite. Il est fat et égoïste.
Il collectionne les aventures, et pense que sa femme s'en accommode. Mais que dirait-il si elle le trompait?
Depuis deux mois, il reçoit des lettres anonymes. La personne qui lui écrit le menace. Elle assure qu'elle s'en prendra à sa famille. Cyprien décide d'avertir la police. Il fait appel à Stéphane Brandoni. C'est la soeur de Cécile Brandoni, médecin à l'hôpital où travaille Cyprien.

Critique:
Ce livre a obtenu le prix du Quai des Orfèvres en 2003.
J'ai aimé le lire, j'ai aimé son ambiance, et certaines trouvailles de l'auteur, mais honnêtement, je pense que ce n'est pas un très bon polar.

Il y a de bonnes choses. D'abord, Sylvie M Jema, médecin elle-même, s'attarde sur certains aspects médicaux intéressants: les symptômes d'une fausse couche, par exemple, (personnellement, je ne les connaissais pas).
La famille Brandoni est chaleureuse. Certains passages, (lorsque les trois soeurs sont ensemble, ou que Stéphane et ses parents discutent justement de la famille), sont des passages divertissants pour le lecteur.
Sylvie M. Jema arrive à faire en même temps un comique de situation, et une espèce de mini-tragédie. La même série d'événements est à la fois tragique et presque comique: c'est la découverte des cadavres par la même personne. C'est tragique, surtout que le lecteur éprouve de la sympathie pour ce personnage. Mais je n'ai pu m'empêcher de sourire en pensant: "Ah, c'est encore elle qui va trouver le cadavre!"
Enfin, quelque chose m'a touchée, mais cela ne touchera pas tout le monde. C'est l'attachement de Stéphane pour sa chatte siamoise.

Par ailleurs, l'énigme ne traîne pas trop. Le suspense ne m'a pas époustouflée, mais on passe vite d'une étape à l'autre. On découvre assez vite que le premier suspect n'est pas le bon, etc.
De plus, la vengeance qui est le mobile de l'un des meurtres est assez bien amenée. Je trouve que la personne se venge de manière assez raffinée.
Enfin, autre chose m'a plu quant à l'enquête. A un moment, Stéphane et son coéquipier, Amaury Pujol de Ronsac, se trompent, et envoient en prison quelqu'un qui n'a pas commis le meurtre dont on l'accuse. A ce moment, ils subissent une mercuriale de la part de leur supérieur. En général, lorsque les policiers se trompent de coupable, dans un polar, on ne les voit jamais se faire sermonner. Ici, ça m'a fait plaisir, même si les policiers m'étaient sympathiques.

Ces côtés positifs sont un peu gâchés par un aspect négatif. Heureusement que la romancière ne traîne pas trop quant à son énigme, car on se doute assez vite que les policiers se fourvoient. J'avais trouvé qui avait tué Bénédicte, et j'ai eu très vite des soupçons quant à celui qui avait tué Cyprien Desseauve. Par contre, je n'avais pas trouvé le mobile du tueur de Cyprien. Pour moi, c'est ce qui pêche dans le roman. Le suspense n'est pas vraiment là, et la fin est assez brutale.
Donc, je vous conseille ce roman pour ses aspects positifs, mais ne vous attendez pas à un suspense à couper le souffle.

En faisant des recherches, j'ai découvert que Sylvie M. Jema avait écrit un autre roman, antérieur à celui-ci: "Brandoni's blues". On y découvre Stéphane, et probablement son coéquipier et sa famille. Donc, si vous êtes comme moi, et que vous préférez lire les séries dans l'ordre, lisez d'abord "Brandoni's blues".

Éditeur: Fayard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Louis Feuz pour la Bibliothèque Braille Romande.

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