Lecteur : Epaillard Lionel

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jeudi, 7 octobre 2010

Trois hommes, deux chiens, et une langouste, de Iain Levison.

Trois hommes, deux chiens, et une langouste

L'ouvrage:
Mitch travaille dans l'unique centre commercial de la petite ville de Wallstone, au rayon des désodorisants. Il partage un appartement avec Doug.
Kevin vient de sortir de prison où il avait été enfermé pour culture de Marie Juana. Il est maintenant promeneur de chiens. Il vit avec sa femme, Linda, et leur fille. Il fréquente Doug et Mitch.

Les trois compères vont détourner une télé à l'usage du propriétaire de Doug et Mitch, qui leur a promis deux mois de loyer gratuits en échange. Voyant qu'ils y parviennent sans problèmes, ils décident de se lancer dans des coups bien plus juteux.

Critique:
Voilà un livre sympathique: déjanté, désespéré, avec un soupçon de tendresse.
L'intrigue recèle à la fois des surprises et des clichés. D'abord, on ne peut s'empêcher d'être surpris et de rire lorsqu'on lit les aventures de ces trois voyous à la manque. Ils élaborent des plans sophistiqués, et ne prévoient pas certains détails, ce qui fait qu'ils se plantent lamentablement.

Certaines situation sont amusantes, par exemple, ce que vit Mitch au centre commercial, les tourments de Doug après sa «trahison», Kevin s'énervant (parce qu'il se rend compte de l'absurdité de la situation, et peut-être aussi, de sa propre stupidité), lorsqu'il trouve le chien dans sa voiture.
La scène où Doug montre à quel point il est fou des comprimés est à la fois drôle, pathétique, et un peu effrayante.
Et que dire des scènes rocambolesques et hilarantes qui ont trait à la ferrari?

Mais il y a aussi des situations agaçantes parce que téléphonées, voire invraisemblables. Par exemple, la pseudo histoire d'amour. C'est l'aspect du roman qui m'a le moins plu. Elle n'est pas crédible, et on la prévoit très vite, ce qui fait qu'on s'ennuie un peu à lire son développement.

Les personnages sont à la fois attachants et exaspérants.
On plaint Linda dont le mariage bat de l'aile, et on la blâme de s'en consoler ainsi. Elle n'a qu'à quitter Kevin.
On plaint Mitch qui végète dans son centre commercial, mais on le blâme de s'en consoler en faisant ce qu'il fait. Il semble qu'un personnage de ce genre ne peut que mal tourner... c'est un peu dommage.
On plaint Kevin qui cherche sa place, mais on le blâme de la façon dont il la cherche. Et puis, parfois, on se dit qu'il n'a pas inventé la poudre.
Quant à Doug, il fait rire, fait pitié, agace un peu...
Ces personnages marginaux et loufoques sont à la fois complexes et simplistes.

La fin va bien avec le reste du roman. Elle ne m'a pas déplu, même si j'aurais préféré que certaines choses se passent autrement. Seulement, si elles s'étaient passées autrement, la fin ne serait pas autant en accord avec le reste du livre. La toute fin rachète les choses qui ne m'ont pas plu.
Bref, je conseille ce livre.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Épaillard pour les éditions de la Croix des Landes.
J'aime beaucoup Lionel Épaillard. Je trouve qu'il interprète de manière juste, sans trop en faire, et en mettant le ton approprié. Son interprétation de ce livre n'échappe pas à la règle.

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lundi, 19 octobre 2009

La vengeance de Bogis, de Jacques Pince.

La vengeance de Bogis

L'ouvrage:
Fin du douzième siècle.
Bogis est serf.
Un jour, alors qu'il rentre chez lui, il voit des hommes à cheval enlever sa fille. Il ne peut rien faire pour la sauver. Quelques mois plus tard, sa femme meurt de chagrin.
Affligé et révolté, Bogis décide qu'il ne peut pas laisser ces crimes impunis. Il retrouvera sa filles et ses ravisseurs. La seule indication qu'il a est que l'un d'eux est balafré: il a une grande cicatrice sur le visage.

Critique:
Ce livre nous plonge au coeur du Moyen-Age: ses moeurs, sa société. L'auteur a renforcé cette immersion de son lecteur en insérant des mots et des expressions employés à cette époque. Le décor est donc bien planté, et tout au long du roman, cet aspect est bien décrit. Le lecteur qui serait rebuté par les documentaires sur le Moyen-Age pourra en apprendre plus tout en se divertissant grâce à ce roman.

En effet, l'intrigue est aussi bien menée que le décor est bien planté. C'est une espèce de roman d'aventures: le parcours d'un homme qui, a priori, n'aurait pas pu sortir de sa condition, et que la vie a poussé à en sortir.
Par la suite, toutes les aventures, les rebondissements du roman le rendent intéressant. Par ailleurs, les événements sont une note d'espoir. Malgré la rudesse de ce monde et de cette société, certains s'en sortent à force de persévérance.
Il y a bien un moment où je me suis un peu ennuyée (celui du siège du château), car j'ai trouvé cela un peu long, mais cet élément va bien avec l'intrigue et le décor.

Malheureusement, je n'ai pas aimé la fin. On me dira qu'elle va mieux au roman qu'une autre. Une fin différente aurait peut-être été invraisemblable. Bogis et sa fille ont déjà eu plus de chance que ce que le lecteur aurait pu penser au début du roman. Donc, même si je n'ai pas aimé cette fin, que je l'ai trouvée terriblement ironique et malvenue, je pense qu'elle ne détonne pas dans le roman. Donc, mon avis est totalement subjectif, et un autre lecteur ne pensera pas comme moi.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Epaillard pour les éditions la Croix des Landes.
L'éditeur audio a su insérer la signification des mots d'une autre époque dans le roman. Lorsque l'un de ces mots apparaît, le lecteur marque une petite pause juste après, donne la signification en prenant le ton de voix approprié, marque une nouvelle minuscule pause, et reprend la lecture du texte. Je trouve cela bien fait, et tellement plus simple et pratique que ce que font certaines bibliothèques bénévoles!!! Ils nous précisent: "note", font des blancs de cinq secondes (beaucoup trop long), et ensuite, disent: "fin de la note", puis: "Reprise de la lecture du texte". En faisant cela, ils agacent le lecteur, et renforcent le cliché comme quoi personne aveugle est égale à personne stupide. Certains font les choses de manière encore moins pratique en indiquant la signification des mots en fin d'ouvrage!!!

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lundi, 4 septembre 2006

La bête et la belle, de Thierry Jonquet.

La belle et la bête L'ouvrage:
Il a tué un homme, la police en a la preuve. On l'appelle le coupable. Pour l'instant, il est à l'hôpital. Chez lui, on a retrouvé une espèce de journal enregistré sur cassette. Il s'y vante d'avoir tué d'autres personnes. Le vieux Léon vivait chez le Coupable. Le Coupable lui avait proposé de venir habiter chez lui après le premier meurtre. Mais maintenant, le vieux Léon n'a nulle part où aller. Gabelou, le policier chargé de l'affaire, le prend en pitié.

Pendant que Gabelou écoute les bandes enregistrées par le Coupable, dans son bureau, Léon laisse son esprit vagabonder, et se rappelle certains détails des péripéties vécues avec le Coupable. Léon ne trahira jamais le Coupable. C'est son meilleur ami.

Critique:
Il y a quelques petites choses qui sauvent le livre de la platitude. A la fin, le lecteur découvre deux choses. La première, on peut la deviner au long du texte. Ce n'est pas une véritable découverte, mais c'est quand même un coup de théâtre. Cette découverte ne plaît pas vraiment au lecteur, du moins à moi. En effet, c'est, normalement, une bonne chose, mais en fait, c'est dommage. L'auteur est fort, en ce sens qu'il arrive à ce que l'on ait une pensée choquante.

La seconde découverte en est une véritable, du moins, elle l'a été pour moi. Après, on repense à certains passages du livre en ayant cette perspective en tête, et on se rend compte que l'auteur a été assez fin pour que la découverte soit vraisemblable. Il y a juste quelques mots ou tournures de phrases qui montrent qu'il a un peu triché.

J'ai tout de même trouvé que le livre traînait beaucoup. Bien sûr, il y a le portrait psychologique du Coupable, qui mérite d'être bien fait, et qui explique les longueurs, mais je me suis quand même un peu ennuyée.

La toute fin est très poignante. Outre la seconde découverte, autre chose se passe, qui bouleverse le lecteur.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Epaillard pour les éditions la Croix des Landes.

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lundi, 22 mai 2006

Mygale, de Thierry Jonquet.

Mygale L'ouvrage:
Richard Lafargue est un brillant chirurgien. Il fait surtout de la chirurgie esthétique.
Personne ne sait que la jeune femme qu'on voit, parfois, avec lui, est sa prisonnière. Il force Eve à se prostituer. Il la regarde se faire souiller par des passants, il jubile, lorsqu'il voit le dégoût et l'horreur d'Eve. Il aime particulièrement les sado-mazo qui frappent la jeune femme.
Il a aussi installé des hauts-parleurs dans la chambre d'Eve, et il en a amplifié le son. Il adore crier ses ordres dans l'interphone auquel ils sont reliés, pour l'effrayer, et lui faire mal aux oreilles.
Et parfois, il emmène Eve voir Viviane.

Alex Barni vient de faire un casse. Il a tué un flic, et a été blessé. Il doit se cacher, étant recherché. Malheureusement pour lui, pendant le casse, on lui a enlevé sa cagoule, et son visage a été filmé par les caméras de surveillance. Alex est prêt à tout pour se sortir de ce pétrin.

Une nuit, Vincent Moreau est allé faire un tour en moto. Il s'est rendu compte qu'il était suivi. En essayant de semer son poursuivant, il s'est perdu dans la forêt. Son poursuivant l'a rattrapé. Cela fait maintenant quatre ans qu'il a disparu.

Critique:
Thierry Jonquet nous plonge dans un cauchemar qui semble sans fin. Il commence astucieusement par nous montrer la situation des personnages sans nous expliquer pourquoi Eve est persécutée, pourquoi Richard semble prendre tant de plaisir à la torturer. On ne comprend pas trop non plus ce que vient faire Alex là-dedans. Ensuite, on relie Alex à Vincent. Finalement, on découvre quelque chose de complexe. Les sentiments extrêmes de Richard et d'Eve s'expliquent progressivement, et le lecteur ne sait plus à qui doit aller sa pitié, à qui doit aller son dégoût. Certains ont agi par inconscience, d'autres par amour et par haine. On découvre de quoi est capable un être qui souffre.

Bien sûr, l'histoire est assez simple, et les ficelles aussi. C'est-à-dire que l'auteur n'explique le pourquoi du comment qu'à la fin. Il nous donne certains détails au long du livre, et les circonstances exactes à la fin. C'est assez habituel pour les auteurs de romans policiers et de thrillers. Malgré cela, j'ai beaucoup aimé ce roman pour sa dimension psychologique. Et la fin est assez surprenante. Là aussi, on réfléchit à ce que fait le passage du temps, le fait de côtoyer quelqu'un tous les jours... Richard découvre qu'il n'arrive plus à haïr Eve. Eve ne réagit pas comme elle aurait réagi avant. La toute fin montre bien que leur cohabitation les a changés, quoi qu'ils aient voulu prouver le contraire.
Cette fin nous laisse quand même un peu sur notre faim. On se demande ce qui va se passer ensuite. On pourrait penser que Richard et Eve vont finir par vivre ensemble, comme mari et femme. Mais ils ont vécu trop d'horreurs ensemble pour que cela soit vraisemblable. Il faudrait que le temps passe, et simplifie tout, en leur faisant oublier ou minimiser cette période.
Peut-être Eve partira-t-elle... A nous d'imaginer...

C'est un livre qui engendre un malaise. Un très bon roman, qui sonne terriblement juste.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Lionel Epaillard pour les éditions la Croix des Landes.

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