Lecteur : Dufour Françoise

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lundi, 1 juin 2015

Moi, Charlotte Simons, de Tom Wolfe.

Moi, Charlotte Simons

L'ouvrage:
Charlotte Simons vit à Sparte, bourgade de Caroline du Nord. Elle va entrer à l'université, mais pas n'importe laquelle: la prestigieuse université Dupont où les étudiants se battent pour entrer. Charlotte est studieuse, ne boit pas d'alcool, n'est encore jamais sortie avec un garçon, rêve d'élévation spirituelle. À Dupont, elle va côtoyer un monde très différent de ce à quoi elle s'attendait.

Critique:
Si l'épaisseur du livre vous arrête, il ne faut pas en tenir compte: on ne s'ennuie pas avec les personnages de Tom Wolfe. J'ai d'ailleurs été surprise à la fin du livre... j'attendais la suite. Je ne veux pas dire que l'auteur a bâclé sa fin, mais que je serais bien restée dans cette université où certains font (de diverses manières) l'apprentissage de la vie. En effet, beaucoup d'étudiants y voient l'occasion de se jeter dans «ce qui ne se fait pas». Seulement, ils ne s'arrêtent pas là. Avec le même excès qu'ils mettent à boire et à coucher, ils jugent ceux qui ne sont pas comme eux. Sur les pas de Charlotte, le lecteur apprend toutes ces règles non-écrites qui régissent ce petit monde impitoyable. Par exemple, vos amis le restent jusqu'à ce qu'ils aient l'occasion de se réjouir de votre infortune.

Certains lecteurs trouveront peut-être que Charlotte en fait trop. Pour ma part, je l'ai comprise. Elle comprend bien que le paraître règne en maître sur ce microcosme, et que ce n'est pas ce dont elle a envie à long terme. pourtant, elle souhaite se faire des amis. En outre, elle ne parvient pas à se moquer totalement de ce qu'on pense d'elle. Son parcours semble à la fois initiatique et balisé. Elle doit en passer par là pour apprendre qu'il existe autre chose.

J'ai apprécié que certaines situations paraissant clichées se révèlent plus complexes. Par exemple, Adam est peut-être «intellectuel», mais il n'a pas toujours de jugeote.
Quant à Jojo, il est grisé par la gloire, même s'il sait qu'elle est factice et éphémère, mais il garde assez de lucidité pour analyser sa situation avec justesse.

Que dire de Hoyt? Il est plutôt antipathique. De ce fait, je n'ai eu aucune honte à me moquer de son narcissisme. L'auteur invite son lecteur à en rire, surtout quand Hoyt s'admire (physiquement et moralement). Dans ces moments, il illustre parfaitement l'expression «se regarder le nombril». Ses conversations entrecoupées de gros mots m'ont également beaucoup divertie.

Je sais que je ne suis pas la seule à avoir trouvé que le roman aurait pu se poursuivre. La lectrice qui l'a enregistré a adressé une note à l'auditeur dans laquelle elle explique qu'elle regrette d'avoir quitté les personnages.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 2 janvier 2015

Jusqu'à ce que la mort nous unisse, de Karine Giébel.

Jusqu'à ce que la mort nous unisse

L'ouvrage:
Petit village de montagne.
Vincent est guide. Depuis que sa femme, Laure, l'a cavalièrement quitté, cinq ans plus tôt, il collectionne les aventures.
Servane vient d'être mutée à la gendarmerie du village. Elle aussi a été malmenée par la vie. Par un concours de circonstances, Vincent et Servane vont s'associer pour enquêter (officieusement) sur un meurtre.

Critique:
Si vous êtes habitués à la noirceur des romans de Karine Giébel, sachez que «Jusqu'à ce que la mort nous unisse» l'est un peu moins que d'autres. En outre, l'intrigue est plus classique que celles des autres livres de cette romancière que j'ai lus. Cela m'a surprise, et cela m'a plu, parce que j'ai la sensation que Karine Giébel pourrait s'attaquer à n'importe quel genre, de la façon qu'elle souhaiterait: le résultat serait toujours bon.

Au départ, l'histoire se déroule, et on ne sait pas trop où l'auteur va nous mener. J'aime bien ce genre de situations. Comme à son habitude, la romancière ne traîne pas. Ce roman est un peu plus «calme» que d'autres, mais il ne souffre pas de temps morts. J'ai pris plaisir à découvrir les personnages, et à les voir se dévoiler, peu à peu. Là encore, ils sont creusés et crédibles.

J'ai deviné certains éléments avant que l'auteur ne les révèle, mais cela n'a pas gâché ma lecture. Du reste, je n'avais pas tout deviné. De plus, l'important n'est pas forcément ce qu'on finit par découvrir. C'est plutôt la psychologie des deux personnages.
À ce sujet, si j'ai compris les motivations de Vincent et Servane, j'ai un peu tiqué concernant d'autres. Par exemple, pourquoi un homme qui aime profondément et sincèrement sa femme la tromperait-il?

Comme dans «Purgatoire des innocents», il est un peu gros qu'un personnage très abîmé physiquement trouve tant de ressources en lui, par la suite.

Le prologue n'est pas vraiment utile, comme dans beaucoup de romans. Il montre un moment du roman qui, heureusement, n'est pas trop éloigné du début. Je trouve quand même de plus en plus agaçante cette manie qu'ont les auteurs de faire des prologues de ce genre. Même si Karine Giébel n'exagère pas (son prologue n'est pas long, et est surtout là pou mettre en avant le «personnage» de la montagne), c'est une habitude que j'aimerais voir se raréfier.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mercredi, 17 décembre 2014

La couronne verte, de Laura Kasischke.

La couronne verte

L'ouvrage:
Michelle, Anne, et Terry, trois lycéennes, partent pour des vacances à Cancûn. C'est là qu'elles vivront quelque chose qui changera inexorablement leur vie.

Critique:
Laura Kasischke évoque ici un thème sensible et abordé de plusieurs façons dans la littérature. Ce faisant, la romancière pose plusieurs questions. Faut-il se méfier de tout et de tous? La mère de Michelle est méfiante, mais refuse de tomber dans le travers de l'excès. Comment sait-on qu'on est assez prudent? Ici, Anne a suivi un schéma qu'elle pensait classique, immuable, et incontestable: il faut se méfier de l'inconnu plus âgé, alors qu'on peut faire confiance à des gens de notre âge vaguement aperçus auparavant. Pourquoi? Sur quoi se base-t-elle? D'autant que certains indices réfutant la première assertion ont été rapidement fournis. Tout comme les héroïnes de «Rêves de garçons», Anne emploie les conseils de prudence qu'on lui a toujours serinés à mauvais escient. Elle s'englue dans un raisonnement erroné. Cela voudrait dire que malgré la prévention, ces jeunes filles (tout au moins l'une d'elles), sont encore trop inexpérimentées pour savoir se débrouiller dans la vie.
Cependant, Anne a également agi ainsi pour de très mauvaises raisons qu'elle livre sans se chercher d'excuses: la principale était sûrement la jalousie. Michelle était ravie de sa journée, alors qu'Anne dépérissait sur place.

Si Anne est la plus fautive, Michelle n'agit pas forcément mieux. Elle pouvait ne pas suivre son amie. D'ailleurs, au début de cette journée, Anne aurait très bien pu ne pas suivre Michelle. Terry se démarque en choisissant de rester, sûre qu'elle sera mieux sur la plage. Là encore, on peut se demander pourquoi les deux jeunes filles se sont mutuellement suivies. Par amitié? Parce que ce sont des adolescentes qui n'osent pas s'affirmer, et qu'elles suivent celle qui fait preuve d'autorité à un moment donné? À travers cela, la romancière démonte subtilement certains rouages de notre société: jusqu'à quel point est-on influencé? L'âge entre-t-il en ligne de compte? La perception peut-elle être faussée par des sentiments mesquins? Ici, le manque de prudence et de discernement des deux jeunes filles est annoncé par un événement d'apparence anodine: elles oublient de se mettre de la crème solaire avant d'aller se baigner, alors que Terry y pense. Michelle va même jusqu'à se fourvoyer dans le raisonnement suivant: cette imprudence n'est pas grave, car j'ai pu voir la faune marine qui est si belle! Pourtant, elle aurait pu la voir sans attraper de coups de soleil: il suffisait qu'elle s'enduise de crème. Le résultat aurait été le même, excepté qu'elle n'aurait pas souffert.

Laura Kasischke conte une histoire qui paraît simple. On devine vite ce qui va arriver. Cependant, cela n'est pas gênant, car les événements, et la façon dont ils sont racontés analysent des comportements, tout au long du roman.
Quant à la structure, on retrouve une façon de faire chère à l'auteur: le récit d'Anne est parsemé de retours en arrière qui complètent le portrait des deux héroïnes. De plus, les chapitres alternent les points de vue des deux jeunes filles. Seulement, on peut penser que les chapitres Michelle (qui sont à la troisième personne) sont en fait des suppositions faites par Anne quant à l'état d'esprit de son amie.

Pendant ma lecture, j'avoue avoir trouvé Anne agaçante. Cependant, elle n'inspire pas la répugnance qu'inspire la narratrice de «Rêves de garçons». J'évoque encore ce roman, car certaines choses m'y ont fait penser. On dirait que la romancière a pris un thème qu'elle a décliné en deux romans distincts.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce roman empreint d'une atmosphère étrange: légère puis de plus en plus oppressante, impression renforcée par l'image de l'oiseau présente du début à la fin.

Éditeur: Christian Bourgois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 23 juin 2008

L'histoire de Bone, de Dorothy Allison.

L'histoire de Bone

L'ouvrage:
Ruth-Anne a toujours été appelée Bone (Os). Elle grandit, entourée de sa mère, de sa soeur, et de ses tantes. Ses oncles aiment bien la bouteille. La famille de Bone n'est pas très riche, des joies et des drames se succèdent, comme dans toute famille. Mais cette famille reste soudée.
Et puis, la mère de Bone épouse Glenn. Glenn l'aime, et dit qu'il aime Bone et sa soeur. Il désire être leur père.

Critique:
L'auteur nous dépeint très bien la vie intérieure de cette petite fille, sûrement parce que, comme l'indique la quatrième de couverture, le récit est quasi autobiographique. Je ne sais pas quelle est la part de vrai et la part d'invention, mais l'histoire que nous raconte Dorothy Allison ne peut laisser personne indifférent. Elle peut sembler banale: le beau-père instable qui passe ses nerfs sur une enfant, et qui double cela d'un désir malsain; la fillette qui se sent coupable, qui est sûre qu'elle mérite ce qui lui arrive parce que, comme son bourreau ne cesse de le lui répéter, elle est mauvaise. Malheureusement, on rencontre ce genre d'histoires (avec des variantes) très souvent. Ce n'est pas pour cela que le coeur s'émousse.

L'attitude de Glenn envers Bone est le thème central du roman. D'autres choses arrivent (la maladie de la tante Ruth, l'antagonisme entre Bone et sa soeur, etc), mais ces choses finissent par être reléguées au second plan.
Bone évolue au long du livre. Au début, elle a l'attitude que j'ai décrite face à son tortionnaire, mais elle finit par écouter ce qu'on lui dit, et par réfléchir. Elle a la force de se relever, et de se battre.

Ce qui est plus dur à avaler, c'est l'attitude d'Anne, la mère de Bone. On voit souvent des mères qui font semblant de ne pas voir. Ici, c'est plus compliqué que cela. Le lecteur devine très bien ce qui se passe dans la tête d'Anne, surtout que l'une des tantes de Bone tente de le lui expliquer. Cependant, j'ai eu du mal à admettre qu'une mère puisse avoir ce comportement. Je suis peut-être trop sévère...

Je recommande ce roman. Dorothy Allison a su rendre une ambiance, un décor particuliers. De plus, le noyau du roman ne peut laisser personne indifférent.

Éditeur: 10/18.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 16 avril 2007

L'adieu au Connemara, d'Hervé Jaouen.

L'adieu au Connemara L'ouvrage:
1846-1847. La famine ravage l'Irlande. Le pays est sous le joug des anglais. Les riches propriétaires laissent mourir les métayers de faim.

Josephine Maloney a dix-huit ans. Elle est la seule survivante de sa famille. Elle n'a plus rien, donc plus rien à perdre, sauf sa vie. Elle se rend dans un hospice où les religieuses essaient tant bien que mal de maintenir des moribonds en vie. Elle aide du mieux qu'elle peut.

Un jour, arrive William Benson, fils d'un riche propriétaire anglais. Il prend toute la mesure de la misère des irlandais et cela le révolte. Il veut faire bouger les choses. Pour cela, il compte suivre des émigrants en Amérique, et faire le récit de son voyage sur un carnet de bord. Il a également l'intention de dépeindre l'indigence des irlandais, asservis et maltraités. Josephine l'accompagne.

Critique:
Dans la postface, Hervé Jaouen explique qu'il a écrit cette histoire pour plusieurs raisons. D'abord, il voulait parler de la grande famine qui dévasta l'Irlande. Ce fléau est mal connu des français. Pour ma part, j'en avais entendu parler, mais je n'avais jamais rien lu à ce sujet.
D'autre part, l'auteur se passionne pour l'Irlande.
Enfin, l'arrière-grand-mère de son épouse était orpheline, et les recherches généalogiques lui ont fourni peu de renseignements à son sujet. Il a donc décidé d'imaginer les circonstances de sa naissance.

Ce livre est à lire. Il décrit la misère des irlandais, la brutalité des colons. Hervé Jaouen apporte bien sûr des nuances. Tous les anglais ne sont pas des assoiffés de pouvoir, traitant les irlandais comme du bétail.

D'autre part, le roman contient une belle histoire d'amour. On s'en doute assez vite, mais on l'attend aussi. Elle n'arrive pas inopinément. Le lecteur la voit grandir et s'épanouir au gré des pages.

Attention: la fin n'est pas des plus heureuses. Personnellement, j'en ai été très surprise, car, allez savoir pourquoi, je m'attendais à une fin où tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. La fin imaginée par Hervé Jaouen est un peu plus réaliste que la mienne. J'aurais tout de même préféré qu'il la fît moins dramatique. Mais il devait faire ce genre de fin...

Mise à part cette fin, quelques passages un peu longs, et certains traits du caractère de William qui m'ont mise un peu mal à l'aise, je vous recommande ce livre. Avec le recul, je dirais même que ce qui m'a gênée au premier abord est un plus, car cela rend le livre plus vraisemblable. William est un peu emporté, par exemple. Eh bien, oui: ce n'est pas le héros parfaits des romans aseptisés d'auteurs comme Barbara Taylor Bradford, par exemple.
J'espère donc que vous passerez un bon moment avec ce roman, et qu'il vous en apprendra plus sur la période de la famine en Irlande, comme l'a souhaité l'auteur.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Françoise Dufour pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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