Lecteur : Duclert Élisabeth

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vendredi, 4 juillet 2014

La singulière tristesse du gâteau au citron, d'Aimée Bender.

La singulière tristesse du gâteau au citron

L'ouvrage:
À neuf ans, Rose goûte un gâteau au citron préparé par sa mère. Alors que tous le trouve bon, elle y ressent quelque chose de vide. À partir de ce jour, tout ce que goûte Rose est plein de «sentiments». Avec l'aide d'un ami, elle finit par comprendre ce qui lui arrive...

Critique:
L'idée de départ est originale et sympathique, même si cela ne l'est pas pour l'héroïne. D'abord, le lecteur se mettra fatalement à sa place, et comprendra vite comme sa situation est inconfortable!

Il fallait faire durer l'idée sans enliser le roman. L'auteur y a partiellement réussi en créant d'autres particularités à cette famille d'apparence normale. Au début, on s'attache à ces personnages qui ont du mal à communiquer, et dont certains le font par d'étranges biais. Il y a même des moments amusants: quand Rose goûte la tartine préparée par son frère, quand elle va dans la boulangerie avec George... Cependant, par la suite, cela retombe un peu. Les personnages gardent leur étrangeté, mais deviennent moins attachants. C'est surtout la mère de l'héroïne qui m'agace. Elle fait bien sentir qu'elle préfère l'un de ses enfants, elle n'est pas heureuse et comble cela de la pire manière qui soit... Bien sûr, chacun fait comme il peut, et prend ce qu'il peut de la vie, mais cette mère n'a pas su m'émouvoir. Même lorsqu'elle s'inquiète pour l'un de ses enfants, ce n'est pas elle qui va s'assurer qu'il va bien. Elle ne sait qu'alarmer tout le monde en pleurnichant.
Je lui préfère de loin son mari et l'énigmatique Joseph. J'ai compris leurs actes, même si je ne les ai pas toujours approuvés. En outre, Rose trouve parfois quelques brèches par lesquelles s'engouffrer pour communiquer avec eux.

Ensuite, je n'ai pas compris certains choix de l'héroïne, notamment ses sentiments compliqués vis-à-vis de George. Elle se raccroche à lui car il est le seul à lui montrer sincèrement de l'affection et à la comprendre. Je n'ai pas vraiment compris pourquoi elle louvoyait concernant ce qu'elle ressentait pour lui.

Peut-être m'attendais-je à une histoire plus gaie, moins ordinaire, compte tenu de la manière dont elle commence. Peut-être aussi l'histoire s'étale-t-elle sur trop de temps pour un livre si court. Dans l'ensemble, le roman m'a plu, mais il m'a semblé que passée la surprise de départ, cela retombait un peu.

Éditeur: éditions de l'Olivier.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élisabeth Duclert pour l'association Valentin Haüy.
J'ai été contente de retrouver cette lectrice à l'intonation juste et à la voix agréable.

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vendredi, 22 février 2013

Des milliards de tapis de cheveux, d'Andreas Eschbach.

Des milliards de tapis de cheveux

L'ouvrage:
Sur une petite planète, les tisseurs passent leur vie à tisser des tapis en cheveux, ceux de leurs épouses et de leurs filles. Ces tapis sont destinés au palais de l'empereur. Mais des rumeurs courent: le souverain aurait été tué. Les tisseurs et les autorités refusent d'en entendre parler, et se débarrassent des éléments gênants qui répandent la rumeur.

Critique:
Les idées développées dans ce roman sont excellentes, et savamment exploitées. Par exemple, l'auteur montre bien comment les tisseurs sont endoctrinés. Ils ont été conditionnés au culte de l'empereur depuis leur naissance, et douter de son existence remettrait leur vie en question. Leur monde s'écroulerait, leur existence serait réduite à néant: Certains ne pourraient s'adapter à l'immense changement qu'impliquerait la véracité de la «rumeur».
Les tisseurs ne sont pas les seuls personnages dont l'auteur montre, avec brio, les réactions. Diverses couches de sociétés variées sont analysées avec finesse et justesse.
Outre les réactions, l'auteur parvient facilement à immerger le lecteur dans son univers, créant des peuples et des coutumes fascinants.

D'autre part, lorsque le lecteur connaîtra les tenants et aboutissants de l'affaire, il sera à la fois surpris, désolé, et hilare. Comment ne pas s'interroger, après cette lecture, sur l'absurdité et la bêtise des hommes de pouvoir? Là encore, l'auteur frappe fort, et ce qu'il dit étant plausible, cela fait froid dans le dos...

Cependant, le roman est très morcelé, ce qui peut être déstabilisant pour le lecteur. On ne peut s'attacher à aucun personnage, car on les voit trop peu, même si on en retrouve quelques-uns au long du roman. À certains moments, j'avais le sentiment que je lisais un recueil de nouvelles qui se passaient toutes dans le même monde. Cela m'a gênée.

J'ai apprécié le style de l'auteur, à la fois délicat et direct.

Un livre remarquable par la pertinence de ses idées, mais dont la construction peut dérouter.

Éditeur: l'Atalante.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élisabeth Duclert pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.

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lundi, 12 décembre 2011

Une odeur de gingembre, d'Oswald Wynd.

Une odeur de gingembre

L'ouvrage:
1903.
Mary McKenzie a vingt-et-un ans. Elle quitte son Écosse natale pour rejoindre Richard, un militaire, en Chine. Elle doit l'épouser. Elle a choisi ce mariage. Pourtant, elle se demande si sa décision est sage. Que ressent-elle vraiment pour Richard? C'est sur le bateau qui l'emmène en Chine qu'elle commence un journal intime.

Critique:
La quatrième de couverture nous apprend, entre autres, que ce récit est inspiré de faits réels. Je veux bien le croire, car le premier compliment que je ferai touche au réalisme du roman. À plusieurs reprises, je me suis surprise à espérer quelques événements qui auraient paru invraisemblables, mais auraient adouci la peine de Mary. Pourtant, il est peut-être mieux qu'ils n'aient pas eu lieu, mais que l'ensemble du livre soit réaliste et cohérent.

C'est la vie d'une femme qui est racontée ici. Une femme qui, dès qu'elle quitte ses parents, commence à changer. Elle perçoit très vite que sa mère a un esprit étriqué.
Mary ne fait pas toujours les bons choix. Elle le dit elle-même. C'est parce qu'elle choisira la facilité qu'elle souffrira mille maux avant de se résigner à ce qu'elle ne peut changer, et de tenter de prendre les bons côtés de l'existence. C'est un personnage fort, blessé, mais jamais amer. Certains pourraient la trouver insensible, voire un peu écervelée, je pense au contraire qu'elle a su s'adapter, aller de l'avant, sans se replier sur elle-même, sans s'aigrir. Il y aurait pourtant eu de quoi.
De plus, sous ses dehors de jeune fille un peu fragile et perdue, Mary ose des choses dont je ne l'aurais pas crue capable, et assume totalement ses choix.

L'auteur fait quelque chose que je n'aime pas, en général: des ellipses. Ici, cela ne m'a pas trop gênée parce qu'elles sont surtout vers la fin, et que les choses sont suffisamment expliquées pour que cela n'ait pas l'air bâclé.

Mary côtoie toute une galerie de personnages intéressants. En effet, ils ne sont pas tous tels qu'on pourrait les attendre. Malgré l'époque et la société, elle sait s'entourer de personnes qui réfléchissent, ne sont pas forcément guindées. Son amitié avec Marie, par exemple, est un peu étrange, car elle se teinte d'exaspération, et au départ, je l'ai trouvée quelque peu feinte. Pourtant, elle résiste au temps, à la distance, et surtout aux actes de notre héroïne que certains huent, et traitent en paria sans chercher à la comprendre.
J'ai eu du mal à comprendre Emma-Lou. J'admets qu'elle ne souhaite pas une vie de poule pondeuse, mais je trouve sa façon de le montrer totalement inappropriée. Dès le départ, ce personnage m'a mise mal à l'aise par ses réactions et sa façon d'être.

En filigrane, se dessine l'histoire de plusieurs pays, surtout la Chine et le Japon: leurs coutumes, leurs paysages, leurs odeurs, leur nourriture. Mary s'en imprègne, et les fait ressentir à son lecteur. Elle aimait profondément ces pays où elle ne fut pas toujours heureuse, mais où elle sut trouver une place, se faire comprendre de certains. À noter, par exemple, l'amitié quelque peu incongrue, voire interdite, mais toujours sincère, et dont elle a su apprécier la valeur, de son domestique chinois.

Éditeur: éditions de la Table Ronde.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Élisabeth Duclert pour l'association Valentin Haüy.
Je n'ai pas l'orthographe exacte du nom de la lectrice, je lui présente donc mes excuses si celui-ci est mal écrit.
La lectrice a une voix agréable et sympathique. Sa lecture est plutôt sobre, mais pas monotone.

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