Lecteur : Donnadieu Ingrid

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mercredi, 8 mai 2019

La symphonie du hasard, livre 3, de Douglas Kennedy.

La symphonie du hasard, livre 3

L'ouvrage:
Alice est rentrée aux États-Unis. Elle oscille entre reconstruction et besoin d'en finir. Entre sa famille (toujours aussi bancale) et ses amis, elle parvient peu à peu à trouver une forme d'équilibre...

Critique:
J'ai préféré cette troisième partie à la précédente. Ici, la narratrice ne m'a pas cassé les pieds, j'ai compris ses choix, ses craintes, ses hésitations... Je l'ai trouvée plus nuancée, moins égoïste, moins prompte à juger tout en n'étant pas irréprochable. Par exemple, elle souffre de ce que lui fait sa mère, mais ne décide pas d'exclure cette dernière de sa vie. Tout au long de cette partie, Alice m'a semblé faire ce qu'elle pouvait avec les cartes qu'elle avait.

Encore une fois, j'ai été plus indulgente envers sa mère qu'envers son père. Sa mère reconnaît ses torts, finit par trouver le courage de faire quelque chose, est prudente lorsqu'il s'agit de prendre une certaine décision... Le père d'Alice ne cesse de dire et faire des choses répréhensibles, son repentir est toujours grandiloquent, et sonne faux. Il se fustige à grand renfort de mots très durs et de grosses larmes, ce qui ne l'empêche pas de recommencer à dire et faire d'autres choses répréhensibles, et à refuser vertement les conseils...

Malgré de graves éléments, l'auteur glisse souvent de l'humour dans cette partie. L'exemple le plus parlant est celui de la situation des parents de notre héroïne. Leur comportement l'un envers l'autre m'a beaucoup amusée, et quelque peu attendrie. Mon passage préféré concernant cela est le mariage d'Adam. Outre la drôlerie de certaines répliques et situations, à cette occasion, presque tous les Burns sont réunis et rient ensemble. Bien sûr, ils font cela lors d'un moment qu'ils savent dénué de bonheur, mais pour moi, ils font la seule chose qu'ils peuvent. En outre, cette complicité est assez rare pour être soulignée.

Comme dans d'autres romans, Douglas Kennedy n'oublie pas le contexte historique. Je ne m'y connais pas tant que ça en histoire des États-Unis des années 80, mais tout sonne vrai. Je ne savais pas que Ronald Reagan avait été élu avec autant de voix...

J'ai apprécié les différentes réflexions dont l'auteur parsème son ouvrage concernant la vie, la souffrance due au deuil, l'adaptabilité de l'être humain... Tout cela m'a paru très juste, cela a fait écho à certaines de mes pensées. Le seul élément avec lequel je ne suis pas d'accord, c'est le fait qu'on choisit de souffrir. Alice choisit certaines choses, soit, mais je n'aime pas que le romancier fasse de cela une généralité. Il y a une chose dans ma vie que je n'ai absolument pas choisie, et dont je me débarrasserais le plus rapidement possible, si je le pouvais.

Je ne l'ai pas dit dans ma chronique du tome 1, parce que je voulais voir à quel point ma supposition était exacte, mais Douglas Kennedy nous gratifie de ce que j'appelle un prologue qui ne sert à rien. Malheureusement, il répond à tous les critères des prologues que je qualifie ainsi: il donne des informations qu'il vaudrait mieux apprendre quand elles se produisent dans l'histoire. L'auteur se charge donc tout seul de gâcher certains moments de lecture. On retrouve une grande partie de ce prologue presque à la fin du dernier chapitre. Il aurait mieux valu qu'il n'existe pas, car à mon avis, à part donner certaines révélations trop tôt, il n'apporte rien. Je devrais rebaptiser ces prologues qui ne servent à rien en prologues qui gâchent la lecture. Une amie m'a dit que lorsqu'elle constate que le prologue d'un livre est de ce genre (par exemple parce qu'il ne se passe pas tant de temps avant le chapitre 1), elle ne le lit pas. J'envisage de faire comme elle. J'ai fait ainsi sans le vouloir concernant «La fille du train», et quand j'ai découvert le prologue, j'ai été ravie de ne l'avoir pas lu au début!

À la fin de cette troisième partie, on attend une suite. On peut prévoir certaines choses, mais j'ai quand même l'impression d'un récit inachevé. De plus, j'aurais aimé retrouver cette intrigue et ces personnages qui m'intéressent, même si la seconde partie du roman m'a moins plu.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu.

Il m'a plu de retrouver Ingrid Donnadieu. Elle n'a pas démérité: son jeu reste vivant sans affectation, tant concernant la prononciation des mots anglophones que la modulation de sa voix pour certains rôles et certaines émotions. Par exemple, à un moment, Alice pleure: la comédienne joue cela très bien. J'ai choisi de souligner cela parce que c'est quelque chose d'assez difficile à bien jouer, et que certains s'en tirent mal.

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lundi, 9 juillet 2018

La symphonie du hasard, livre 2, de Douglas Kennedy.

La symphonie du hasard, livre 2

L'ouvrage:
Alice arrive à Dublin pour passer un semestre à l'université de Trinity. C'est cette période qu'elle nous raconte.

Critique:
Si j'ai beaucoup aimé le début de l'histoire, cette deuxième partie m'a moins plu. Les événements s'enchaînent toujours de manière fluide, mais (allez comprendre pourquoi) j'ai eu l'impression que certaines choses ne tenaient pas vraiment. Est-ce l'auteur qui s'essouffle ou moi qui deviens plus exigeante?... Par exemple, je suis restée étrangement insensible lors du poignant récit de Peter (le frère de l'héroïne). J'apprécie ce personnage, et j'ai eu de la compassion pour lui, mais ce qu'il a vécu au Chili ne m'a pas prise aux tripes.
J'ai trouvé l'événement final de ce livre 2 trop prévisible (je m'y attendais, et j'aurais aimé que l'auteur me fasse mentir) et trop spectaculaire. Pourquoi le romancier a-t-il absolument voulu terminer cette deuxième partie sur quelque chose de marquant? Et pourquoi cette chose devait-elle justement être celle à laquelle je m'attendais?

Par ailleurs, Alice m'a souvent cassé les pieds. Déjà, dans le livre 1, elle me paraissait un peu entière... Ici, je l'ai trouvée prompte à juger, alors que de son côté, elle demandait qu'on la comprenne. Lorsque certains lui font remarquer (parfois vertement) qu'elle aurait dû parler plus tôt concernant ce que j'appellerai l'affaire Megan, elle s'offusque, se vexe... Bien sûr, elle n'est pas absolument fautive, mais ceux qui lui disent qu'elle n'a rien à se reprocher ont tort.

En outre, son histoire d'amour est peu vraisemblable. Elle arrive comme un cheveu sur la soupe avec quelqu'un qu'elle connaît à peine. On dirait que l'auteur s'est dit: «Mince, il faudrait que je lui invente une histoire passionnée. Bon, je ne vais pas ajouter un garçon qu'elle prendrait le temps de connaître. Je vais faire quelque chose de plus intense pour intéresser le lecteur.» Ça a eu l'effet inverse sur moi...

D'une manière générale, lorsque notre héroïne se fait des amis, ils l'adorent tout de suite. J'ai trouvé ça peu crédible. L'exemple le plus parlant est sûrement Desmond. Dès la première minute, il semble considérer Alice comme sa fille.

D'autre part, certains clichés sont mal passés. Par exemple, quand on vit à Paris, si on dîne à 19h, on est un ringard. Il faut dîner très tard. Je ne sais pas où Douglas Kennedy a pris cette idée... Et puis, si on l'écoute, les Irlandais ne font que boire du thé ou de l'alcool, avec une nette préférence pour ce dernier. Certes, Alice est jeune, aime bien faire la fête... mais il y a quand même beaucoup de bière et de whisky sur sa route.

Je lirai la troisième partie, parce que j'ai quand même passé un bon moment, et que je veux savoir la suite.

Remarque annexe:
Je trouve dommage que la traductrice ait écrit «jetlag» pour «décalage horaire». Je sais que depuis quelques années, on utilise plutôt le mot anglophone, mais ce n'est pas une raison, alors qu'il existe une expression en français. J'ai aussi été déçue de trouver «toquer» (qui est familier) pour «frapper». Là encore, le mot se répand, mais ce n'est pas une raison. J'étais étonnée que Bernard Cohen, qui (me semble-t-il) use d'un vocabulaire précis et recherché, se mette à utiliser ce genre d'expressions, et j'ai découvert que «La symphonie du hasard» n'avait pas été traduit par lui, mais par Chloé Royer, dont je ne me souviens pas avoir rencontré d'autres traductions.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu.

J'ai été ravie de retrouver cette comédienne. Comme d'habitude, j'ai apprécié son jeu. Elle parvient à moduler sa voix pour les rôles masculins sans que ce soit exagéré. Elle adopte toujours le ton approprié, qu'il s'agisse de la «raisonnable» Alice, de l'emportée Megan, etc. Elle parvient à faire vivre tous les personnages, et à montrer leurs particularités. Lorsque j'entends la voix qu'elle prend pour la mère d'Alice, par exemple, je visualise bien le personnage.
J'ai quand même regretté qu'Ingrid Donnadieu prononce Rousse pour Ruth. Comme je le dis dans ma chronique de «Le gang des rêves» (où Isabelle Miller a justement bien prononcé ce prénom), je ne sais pas trop pourquoi les comédiens qui enregistrent des livres ne veulent pas dire Ruth comme ça se prononce en français, et font des mélanges d'anglais francisé et d'allemand...

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mercredi, 14 février 2018

La symphonie du hasard, livre 1, de Douglas Kennedy.

La symphonie du hasard, livre 1,

L'ouvrage:
Alice Burns est éditrice à New York.
Ce jour-là, elle va rendre visite à son frère (Adam), qui est en prison. Il lui avoue quelque chose concernant le passé familial. Cela plonge la jeune femme dans ses souvenirs.

Critique:
Avant de lire ce roman, je suis tombée sur la chronique d'une personne furieuse qui s'attendait à aimer le dernier Douglas Kennedy, et qui a trouvé qu'il ne s'y passait rien. Malgré cet avis défavorable, j'ai écouté mon instinct (celui-là même qui m'avait dit de ne pas lire «Cinq jours» dont le résumé évoque un livre de Danielle Steel). Bien m'en a pris, car j'ai beaucoup aimé cette première partie.

La narratrice évolue dans un milieu familial très tendu. Sa mère (Brenda) regrette ses choix, ne supporte pas qu'on lui cache quelque chose (ce qui fait qu'elle a développé un radar à secrets), fait des scènes où elle se donne souvent en spectacle, est très (voire trop) directe. Alice et Brenda ont des rapports conflictuels, parce que la mère a rapidement appris à sa fille qu'elle ne la désirait pas. Cependant, elle la soutient lorsqu'elle est harcelée au lycée, l'emmène se faire prescrire la pilule, etc. Alice se sent davantage comprise par son père (Brendan). Il m'a plutôt semblé que malgré tout, c'était Brenda qui aimait ses enfants. Elle est très casse-pieds, mais sa vie n'est pas facile, et malgré sa mauvaise foi concernant certains points, c'est elle qui est présente lors des coups durs. Brendan me semble égoïste. La petite scène où il raconte comment il est devenu coursier pendant la guerre ne m'a pas du tout attendrie à son égard. Je comprends qu'il ait souhaité sauver sa peau, mais je n'ai absolument pas cru au fait qu'il en soit tourmenté. Il voulait juste faire son petit effet, ce qui semble lui être habituel. Si Brenda se donne souvent en spectacle, Brendan semble se mettre en scène en permanence. Je n'ai pas non plus aimé sa réaction lorsqu'il découvre qu'Alice fume. Une interdiction pure et simple n'aurait sûrement pas non plus été la chose à faire, mais ce qu'il fait semble, là encore, une façon grandiloquente de montrer que seul lui sait comment agir. Sur ce point, je suis donc en désaccord avec l'héroïne qui pense que son père l'aime davantage que sa mère. Au fond, elle sait que tout est bien plus compliqué, mais elle ne veut pas trop creuser dans cette direction. Peut-être le fera-t-elle dans les parties suivantes.

Plus tard, on suit Alice à l'université. L'auteur décrit très bien la vie estudiantine. Notre héroïne retrouve certaines choses qu'elle a connues au lycée: la course au pouvoir, la suprématie de ceux qui ont des moyens financiers, les catégories dont il faut absolument faire partie, les petites trahisons qu'on est obligé de commettre vis-à-vis de soi-même, l'intolérance quant à ce qui est différent... Nous sommes au début des années 70, et le racisme et l'homophobie ne s'expriment pas comme maintenant. Avant, c'était plus franc. Je ne veux pas dire que c'était mieux, mais je trouve que maintenant, c'est plus sournois. Il est bien sûr effarant que ce fléau qu'est l'intolérance n'ait pas disparu aujourd'hui.

À cause de sa famille pleine de secrets, où les parents communiquent à coups de disputes, Alice a des réactions excessives. Par exemple, j'ai trouvé incroyable que sa bouderie envers Peter se prolonge au-delà d'une journée! La narratrice est consciente de son intransigeance, mais ne parvient pas à nuancer les choses. J'ai été tout aussi choquée de ce qu'elle fait concernant Bob, avant même de savoir certaines choses. Je croyais être trop intransigeante avec les autres, mais cette chère Alice me bat à plate couture! Cela lui fait prendre des décisions démesurées. Concernant Bob, je n'ai pas compris pourquoi elle n'a pas accordé davantage d'importance au «détail» que lui apprend sa mère...

Vous aurez compris que contrairement à la personne dont j'ai lu la chronique, je ne me suis pas ennuyée. J'ai aimé suivre l'héroïne dans sa découverte de la vie. Pour moi, les événements se sont enchaînés de manière fluide.

Cette trilogie aurait dû sortir en un tome. Je dis cela parce qu'en général, les longs romans de Douglas Kennedy sont découpés en parties. Je suppose qu'ici, un tome correspond à une partie. Je suis extrêmement déçue qu'on se mette à découper les romans de Douglas Kennedy pour une histoire de gros sous. Je ne sais pas d'où vient cette idée, mais il est irrespectueux de vouloir se faire encore plus d'argent sur le dos des fans qui, en plus, doivent attendre la suite. Pour ma part, j'ai la chance d'avoir eu ce livre en service presse, mais je pense que pour le principe, je n'aurais pas acheté les trois tomes. Bien sûr, l'éditeur audio n'est pas en cause, il ne fait que suivre le découpage de l'éditeur papier.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu.

J'ai été ravie qu'Ingrid Donnadieu enregistre ce roman. Elle est très bien entrée dans la peau des personnages. Lorsqu'elle modifie sa voix pour certains rôles, c'est à bon escient et sans affectation. Lorsqu'elle prononce des mots à l'anglophone, c'est, la plupart du temps, sans exagération. Dans les dialogues, son intonation est toujours naturelle. Son jeu vivant et nuancé m'a beaucoup plu.

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samedi, 21 octobre 2017

La fille d'avant, de J. P. Delaney.

La fille d'avant

L'ouvrage:
Jane Cavendish est maintenant l'heureuse locataire du One Folgate Street. Après quelque temps, elle apprend que la dernière personne qui y a habité plus de quinze jours s'appelait Emma Matthews, et qu'elle est morte dans cette maison, trois ans plus tôt. Les circonstances de ce décès étant obscures, Jane se demande si elle ne devrait pas tenter d'en apprendre davantage sur la jeune femme.

Critique:
Ce roman m'a beaucoup plu.
Les chapitres alternent: maintenant (Jane) et avant (Emma). En bonne pinailleuse, j'ai craint des longueurs au début. L'auteur montre d'abord la découverte de la maison par les deux jeunes femmes, puis Jane marchant inconsciemment dans les pas d'Emma... Cela me plaisait, mais j'avais peur que cela s'enlise. C'est à ce moment que, par petites touches, JP Delaney modifie le scénario auquel je commençais à m'attendre. L'un des protagonistes montre d'autres facettes de sa personnalité, et s'éloigne de l'idée que je m'en faisais.
Ensuite, même si j'ai perçu certaines choses, je n'ai pas compris où j'allais jusqu'à ce que l'auteur le décide. Les différents indices glanés au cours du récit montrent des nuances. C'est une des forces de l'intrigue. Telle personne est inquiétante, ce n'est pas forcément pour cela qu'il faut lui mettre tous les malheurs de la création sur le dos. Certains ont des zones d'ombre, cela ne fait pas d'eux des meurtriers ou des malades. J'ai particulièrement aimé que l'auteur rappelle à son lecteur qu'il ne suffit pas que quelqu'un affirme quelque chose avec conviction pour que cela soit vrai. On le sait, mais certains romans (celui-là en fait partie) montrent qu'on peut toujours être manipulé si on ne fait pas preuve d'esprit critique. Là encore, lorsqu'on finit par pouvoir démêler le vrai du faux, tout est nuancé. La faute ne revient pas à un seul personnage, sauf dans un cas précis que vous découvrirez.

JP Delaney parvient à faire monter l'angoisse du lecteur concernant cette étrange maison que loue Jane. D'abord, il y a toutes ces règles édictées par Edward Monkford, le propriétaire. C'est surtout leur nombre qui est effrayant. Certaines d'entre elles ne sont pas farfelues, comme par exemple, le fait de devoir retirer ses chaussures dans la maison. Bien sûr, il est déplacé et dérangeant qu'un propriétaire exige cela de son locataire. Parmi les éléments perturbants, il y a également le questionnaire à remplir lorsqu'on postule à la location de cette habitation. Ci-dessous l'une des questions.
«Votre fille est en train de se noyer en mer. Alors que vous vous précipitez pour la sauver, vous découvrez qu'une dizaine d'autres enfants court le même danger un peu plus loin. Vous pouvez sauver votre fille immédiatement ou voler au secours de tout le groupe, ce qui peut prendre un certain temps. Que choisissez-vous?
Vous sauvez votre enfant.
Vous sauvez les dix autres enfants.»
Ensuite, des rumeurs macabres circulent autour de la construction de cette demeure. Enfin, parfois, elle semble s'animer et montrer à celle qui l'habite qu'elle la rejette...

J'ai apprécié que la psychologue ne soit pas pompeuse, sûre d'elle, etc. Elle paraît humaine, veut vraiment aider ses patients. Bien sûr, elle colle des façons de faire à des schémas qu'elle a appris à reconnaître et a déjà vus dans son métier, mais elle ne le fait pas de manière péremptoire, et examine réellement les données qu'elle a.

J'ai été surprise de découvrir que, dans la civilisation japonaise, tant de poissons se mangeaient alors qu'ils étaient encore vivants. Cela fait que j'apprécie moins cette civilisation.

J'ai aimé la manière dont Jane résout son différend avec l'hôpital. En cette occasion, elle se montre fine, intelligente, et pense au bien commun. Elle est un peu comme ça dans tout le roman.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire, mais j'en dévoilerais trop si je le faisais. Je le recommande!

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Ingrid Donnadieu et Floriane Muller.

Je connaissais déjà Ingrid Donnadieu que je suis toujours ravie de retrouver. Ici, elle n'a pas démérité. Elle parvient à modifier quelque peu sa voix sans que cela fasse affecté pour certains rôles. D'autre part, à un moment, Jane, terrorisée, appelle à l'aide. La comédienne a su doser la peur, ne s'est pas époumonée, mais n'a pas non plus crié tout bas (ce que je déteste et ce que fait souvent Emily Woo Zeller, comédienne américaine). Bref, l'interprétation d'Ingrid Donnadieu est, comme d'habitude, vivante, naturelle, et subtile.

Je ne connaissais pas du tout Floriane Muller. Globalement, son jeu m'a plu, mais je m'aperçois que je n'ai pas grand-chose à en dire.

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jeudi, 6 juillet 2017

Au fond de l'eau, de Paula Hawkins.

Au fond de l'eau

L'ouvrage:
Julia Abbott (dite Jules) est forcée de revenir à Beckford, sa ville natale, qu'elle a fuie après une enfance et une adolescence difficiles. En effet, sa soeur, Nel, se serait suicidée en se noyant dans la rivière. Nel était fascinée par cette rivière et ses noyées depuis son adolescence. Elle écrivait un livre sur le sujet. Sa fille, Lena, est persuadée qu'elle ne s'est pas suicidée.

Critique:
Pour moi, les bons côtés du roman sont la diversité des points de vue et l'ambiance que l'auteur parvient à créer. Les légendes entourant cette rivière dans laquelle il semble que certaines se jettent immanquablement sont assez impressionnantes. On comprend vite que cela n'est pas si simpliste, mais l'emprise de la rivière reste. J'ai trouvé cela très bien fait.

Quant à la diversité des points de vue, elle me plaît toujours lorsqu'elle est bien utilisée. Ici, comme dans «La fille du train», elle est pertinente. Elle aide à mieux comprendre les personnages, plongeant le lecteur au coeur de leurs peurs, de ce qu'ils croient, de leurs actes. J'ai beaucoup apprécié Jules qui, malgré des moments de faiblesse, tente de gérer sa vie au mieux.
Lena m'a semblé un peu compliquée, mais souvent, ses raisonnements sont intéressants. Elle sent qu'elle a besoin de davantage de cadre, se sent coupable de certaines choses, vient de perdre des êtres chers... Tout cela fait un mélange qui aurait de quoi rendre n'importe qui irascible.
Je n'ai pas vraiment apprécié Nel. Je comprenais son besoin de vérité, mais beaucoup de choses chez elle m'agaçaient. Cela ne dessert pas le roman. C'est un personnage bien pensé, avec ses défauts et ses faiblesses.
Les autres protagonistes sont intéressants. Qu'on les apprécie ou pas, ils ont tous quelque chose à dire.

L'intrigue ne m'a pas autant passionnée. D'abord, j'avais très vite deviné ce que voulait dire Nel avec son «Au fond, est-ce que tu as aimé ça?». Ensuite, il est normal qu'un auteur retarde ses révélations, sinon, le livre ne va pas loin. Certes, mais j'ai trouvé que les ficelles utilisées ici étaient très grosses. À propos de la mort de Cathy, on a d'abord un garçonnet apeuré qui hésite à dire ce qu'il sait, des diversions, etc. Certains auteurs s'en tirent bien mieux, car l'attente du lecteur est comblée par des éléments qui font qu'il oublie qu'il attend. Ici, cela n'a pas été le cas. De plus, concernant la mort de Cathy, la solution n'a pas été à la hauteur de mon attente. J'ai trouvé la raison bancale. Que Cathy soit morte ou non, ce qu'elle voulait éviter reste possible. Bien sûr, certaines choses sont plus difficiles à prouver, mais cela ne valait pas une mort. L'auteur a essayé de l'expliquer en s'attardant sur les circonstances, mais je n'y ai pas cru. C'était beaucoup trop gros.
Enfin, pour moi, il reste un point non éclairci: comment le bracelet de Nel s'est-il retrouvé ailleurs qu'au bras de sa propriétaire? Ici, c'est peut-être moi qui ai manqué l'explication.
Certains trouveront peut-être que la mort de Nel est aussi mal «justifiée» que celle de Cathy. Pour ma part, j'ai trouvé cela plus convaincant, mieux expliqué par des circonstances plus crédibles.

Je suis convaincue qu'il vaut mieux lire ce roman en audio. Pour moi, la performance des comédiens est un plus. Elle démarque l'ouvrage, accentue l'ambiance, rend bien l'état d'esprit des personnages.

Service presse des éditions Audiolib.
Les chapitres exprimant le point de vue de certains personnages (Jules, Lena, Erin, Sean et Josh) sont à la première personne du singulier, ceux montrant le point de vue d'autres sont à la troisième personne. L'éditeur audio a fait le choix (judicieux, à mon avis) de procéder comme suit: Ingrid Donnadieu interprète les chapitres du point de vue de Jules, Lola Naymark lit ceux du point de vue de Lena, Clémentine Domptail se charge de ceux d'Erin, et Julien Chatelet lit ceux de Sean et Josh. Marie-Eve Dufresne lit tous les chapitres dont le narrateur est omniscient.
Je connais peu Marie-Eve Dufresne: sa voix claire et son jeu naturel m'ont convaincue. Je l'entendrai à nouveau avec plaisir.
J'ai été ravie de retrouver Ingrid Donnadieu et Julien Chatelet dont le talent n'est plus à prouver. Ils n'avaient pas la partie facile. Julien Chatelet avait deux rôles. Il a su les différencier de manière subtile. Il n'est donc pas tombé dans le piège du surjeu. Quant à Ingrid Donnadieu, elle devait jouer la colère, le désarroi... elle l'a fait sans exagération.
Je connaissais très peu Lola Naymark. Elle est très bien entrée dans la peau de Lena.
Je n'avais pas été convaincue par Clémentine Domptail lisant «Ça peut pas rater»: je trouvais qu'elle n'était pas dans le ton. Je l'ai préférée dans le rôle d'Erin. Pour moi, elle a su interpréter ce personnage comme il le fallait. Peut-être est-elle plus à l'aise dans des lectures plutôt graves.

D'habitude, je râle quand les comédiens prononcent des noms propres étrangers avec un accent. Ici, il est évident qu'ils étaient obligés de prononcer Djoulse pour Jules, puisqu'en français, Jules est un prénom masculin. De ce fait, ils ont aussi prononcé Djoulia, par souci de cohérence. Heureusement, ils l'ont fait sans affectation.

L'éditeur audio a respecté la structure du roman.

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