Ça peut pas rater

L'ouvrage:
Marie Lavigne vient de se faire plaquer après dix ans de vie commune. Son ex, Hugues, a fait cela de manière très indélicate. Marie en a assez de lui et des hommes en général. La vie va pourtant lui montrer que tout le monde n'est pas à mettre dans le même panier.

Critique:
Comme souvent, avec les comédies de Gilles Legardinier, j'ai eu un peu de mal à entrer dans le livre. Le désespoir de Marie me semblait trop grandiloquent. Et puis, je n'aime pas trop les catégorisations faciles que font les personnages de cet auteur. Les hommes sont comme ci, les femmes sont comme ça. Je pense que s'il y a certains courants, il ne faut pas tout compartimenter.

À mesure de mon avancée dans le livre, j'ai compris que l'auteur s'efforçait de montrer à son héroïne que tout n'était pas si simple. Marie est tombée sur un crétin (son entourage ne l'appréciait d'ailleurs pas), mais elle se rend compte qu'elle apprécie des hommes et des femmes de tous horizons.

C'est avec émotion que j'ai retrouvé les petites phrases qui font le style de Gilles Legardinier. Certaines sont de gros délires, d'autres sont émouvantes tant elles sont vraies. Lors de l'entretien avec l'auteur, Liza (la personne des éditions Audiolib qui l'a réalisé) en a retenu une qui est particulièrement juste: «De toute façon, quand les gens font quelque chose pour vous, c'est toujours bien.» Cela m'a rappelé que j'avais dit cela, en substances, à quelqu'un quelques jours auparavant. Tout ça pour dire que les comédies de Gilles Legardinier parlent au lecteur parce qu'il y décrit la vie avec justesse. Il teinte des événements ordinaires d'humour et de phrases bien choisies qui démontrent une certaine philosophie de vie. Ses personnages sont profondément humains (même les «méchants»). Voilà pourquoi il est si facile de s'identifier à eux. À ce sujet, je vous conseille la totalité de l'entretien à la fin du livre audio, car l'auteur y parle très bien de cela. Si, au départ, le romancier semble ranger les gens dans des catégories, c'est pour mieux les en déloger en leur faisant oser être eux-mêmes ou bien se donner les moyens d'accéder à leurs rêves. Je pense notamment à Pétula qui, à mon avis, fait preuve de beaucoup de courage, et s'adapte au lieu de baisser les bras. Cela renverra fatalement le lecteur à sa propre vie. Il se demandera ce que lui peut faire pour changer ce qui ne va pas.
Je pense également à la situation d'Alfredo qui n'est pas banale. Elle m'a bien plu, justement parce qu'elle sort des sentiers battus, et qu'au final, le personnage fait ce qu'il aime, distribuant sa bonne humeur parfois bourrue à la ronde.

Marie travaille dans une entreprise de matelas. Là encore, l'auteur analyse avec pertinence le milieu dans lequel nous vivons en décrivant la manière dont les conditions de travail se dégradent peu à peu. Dans l'entretien qui se trouve à la fin du livre audio, il déplore que les hommes n'aient pas compris qu'on ne s'épanouissait qu'en étant bien. En effet, c'est une chose simple, élémentaire, et essentielle que beaucoup ne veulent pas comprendre. Je ne parle pas seulement des hauts dirigeants de grandes entreprises...

Sur un plan plus léger, on retrouve des situations comiques qui, je pense, tomberaient complètement à côté sous la plume d'un autre auteur. Il y a, par exemple, la propension de Valérie à soulever son pull. Bien sûr, certaines situations m'ont paru un peu lourdes, par exemple, lorsque Marie imagine l'inquiétude d'Hugues à son sujet (au début), mais c'est le risque quand on dépeint une situation humoristique. L'humour est très subjectif, et il est impossible de faire rire à tous les coups. De toute façon, le livre regorge de situations et de répliques comiques. Donc si certaines manquent leur but, d'autres l'atteindront.

Gilles Legardinier propose une énigme à son héroïne. Pour ma part, j'avais tout de suite deviné ce qu'il y avait à savoir. C'est sûrement voulu: le lecteur est extérieur, il sait donc voir les indices que la narratrice, trop impliquée, ne perçoit pas. Cela a eu pour effet de me faire trouver le temps un peu long, alors que Marie se creusait la tête. J'ai d'ailleurs pensé qu'elle en faisait un peu trop concernant cette énigme, mais comment aurais-je réagi à sa place?

Remarque annexe:
J'aime beaucoup l'idée de ne plus utiliser des gros mots pour jurer, mais des catastrophes qui vous sont arrivées au quotidien. C'est original. L'ennui, c'est qu'on n'a pas forcément une catastrophe passée à l'esprit juste au moment de jurer. ;-)

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Clémentine Domptail. Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Je n'ai pas été vraiment convaincue par la performance de la comédienne. Certes, elle met le ton approprié pour les répliques où il convient de prendre une certaine intonation, mais je trouve qu'elle n'a pas su adapter sa voix à ce type de lecture. Ce genre de romans n'est pas facile à lire à voix haute. Il faut avoir une voix «souriante». Bien sûr, la comédienne ne va pas sourire lorsque Marie est triste, mais les comédies de Gilles Legardinier (ainsi que celles d'autres auteurs) sont pleines de lumière, de rire, de dynamisme. La voix de la personne qui les enregistre doit refléter cela. Pour moi, Clémentine Domptail n'a que partiellement réussi à entrer dans le roman.
Je sais que plus je lis (uniquement en audio), plus je découvre de jeux de comédiens (mais aussi de lecteurs bénévoles), plus je suis sévère et exigeante.

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