La fille de l'écrivain

L'ouvrage:
Armand Boisier, quatre-vingt-six ans, est écrivain. Il fait partie de l'Académie française. Depuis qu'il est veuf, sa fille, Sandy, l'aide et le soutient dans l'écriture de ses romans. Un jour, lors d'une rencontre autour de son dernier livre, il est abordé par Jean-Victor Désormieux, qui va publier son premier ouvrage. Très admiratif du travail d'Armand, le jeune auteur lui explique qu'il serait ravi qu'il lise son livre.

Critique:
Comme d'habitude, en peu de pages, d'une plume à la fois fluide et incisive, Henri Troyat présente une situation, envenime le tout, analysant finement et impitoyablement ses personnages et les déboires qu'il leur fait traverser. Ici, le lecteur devine, dès la première rencontre, que des événements rudes arriveront. Toutes les suppositions sont permises.
N'ayant pas pour habitude de traîner, l'écrivain ne fait pas attendre son lecteur.

J'ai apprécié Armand tout au long du récit. Il est loin d'être parfait, ce qui le rend crédible. Par exemple, Sandy laisse entrevoir certaines choses lorsqu'elle le force à reconnaître qu'il a toujours vécu uniquement pour l'écriture. Armand est, en quelque sorte, la cause de ce qui arrive ici, et qui le déstabilise. Quelque part, il est l'instrument de son malheur. Malgré tout, je l'ai préféré à Sandy qui, pour moi, est assez fade. Cette fadeur est en partie due à son père, certes, mais je n'imaginais pas la jeune femme si crédule... Une situation se met très rapidement en place, ce qui aurait dû la pousser à la méfiance, à mon avis. Par la suite, les choses changent, mais je n'ai pas l'impression que Sandy mûrisse...
Quant à Jean-Victor, il n'est pas très appréciable, mais on peut comprendre qu'il ait saisi l'occasion, et ait fait ce qu'on l'a laissé faire. Cela ne l'excuse en rien, mais explique ses actes.

Il y a peut-être une petite faiblesse. L'auteur la souligne d'ailleurs en la présentant comme argument de l'un de ses personnages: il me semble que pour entrer à l'Académie française, il faut être un écrivain bien plus confirmé que ne l'est celui qui finit par y entrer. Bien sûr, cet événement apporte davantage de force à la fin du roman, mais je trouve dommage qu'Henri Troyat ait eu recours à une petite entorse à la réalité.

Pour moi, l'Académie française a quelque chose de sacré: j'ai donc aimé observer le genre de discussions qui peut avoir lieu entre ses membres.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Raymond Dombrecht pour la Ligue Braille.

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