Lecteur : Diserens Philippe

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vendredi, 20 septembre 2013

Laitier de nuit, d'Andrei Kurkov.

Laitier de nuit

L'ouvrage:
Irina vient d'avoir un enfant. Elle vend son lait pour se faire un peu d'argent.
Dima est douanier. Le chien avec lequel il travaille repère une valise suspecte. Dima et son collègue décident de la garder. Ils découvrent qu'elle contient des ampoules dont ils ont du mal à déterminer le contenu.
Veronica s'inquiète. Le pharmacien du quartier a été assassiné, elle trouve une tache de sang sur la veste de son mari, et celui-ci effectue d'étranges sorties nocturnes.

Critique:
L'une des forces de ce roman, c'est que l'auteur raconte son histoire avec une bonne dose d'humour, mais il n'est jamais lourd. Lorsqu'un auteur se lance ce genre de défi, il en fait très vite trop. Ici, ce n'est pas le cas.

D'autre part, quand un auteur présente des intrigues parallèles, le lecteur se doute très vite que tout est lié. En général, les liens sont très forts. Ici, les choses sont plus subtiles, cela ressemble davantage à la vie.

J'ai apprécié la manière dont l'auteur détourne certains codes, prenant des sujets graves pour les tourner en dérision. par exemple, l'espionnage devient vite source d'amusement à cause de ce que l'un des «espions» dit à l'autre.
Les mystérieuses ampoules sont bien sûr objet de frénétiques recherches, mais comment ne pas rire quant à leur effet, et quant à ce qui arrive (ou pas...) à Dima après l'absorption des comprimés?
Le lecteur se surprend même à approuver les «petites magouilles» de Seyon et d'Iegor concernant les Marina.
Notons également l'originalité de la découverte d'un cadavre dans un bain de lait...
Sans oublier l'amour que l'on rencontrera de manière inattendue, et pas du tout mièvre, au détour de ces pages. L'amour qui fera accomplir des actes parfois dangereux à nos personnages.
N'oublions pas le chat qui apporte un élément fantastique au roman, ainsi que de mystérieuses traces de boue...
Enfin, que dire de ce souvenir apparu avec force et netteté dans la mémoire de Veronica?
Bien sûr, tout tombe sur nos héros par hasard, sans qu'ils n'aient rien demandé à personne (sauf peut-être les ampoules que Dima a gardées exprès). Autant d'éléments incongrus, bien choisis, et utilisés sans exagération par Andreï Kurkov. Autant d'éléments desquels il aurait été aisé de faire n'importe quoi, de transformer le livre en quelque chose d'inepte. L'auteur en fait un roman sympathique et réaliste (malgré les pointes de surnaturel), drôle (malgré la gravité de certaines situations), optimiste (en dépit de certains moments désespérés). C'est un roman qui met de bonne humeur. À lire!

Éditeur: Liana Levi.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Diserens pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie ce lecteur pour sa lecture fluide exempte à la fois de surjeu et de monotonie. En outre, je lui reproche toujours de prononcer les noms propres anglophones avec un accent. Ici, les protagonistes étant russes, je n'ai eu aucun problème. Pour ces noms propres, le lecteur adopte une prononciation naturelle en français.

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mercredi, 7 août 2013

La vie très privée de mister Sim, de Jonathan Coe.

La vie très privée de mister Sim

L'ouvrage:
Maxwell Sim est en dépression. Il ne s'est jamais vraiment entendu avec son père. Sa femme, Caroline, l'a quitté après plusieurs années d'un mariage tiède. Sa fille, Lucy, le considère avec une pitié amusée. Il n'a plus de travail...

Critique:
Jusqu'à un certain point, ce roman m'a plu. Jonathan Coe louvoie avec maestria entre humour, dérision, critique d'une certaine société. J'ai ri tout en me désolant lorsqu'au moment de se faire agresser, notre héros remercie le ciel: enfin un contact humain! Que dire lorsqu'il relève son courrier électronique?... Ce fut une grande scène de rire pour moi. Bref, plus Max raconte sa vie, plus on le plaint tout en se moquant un peu de lui.

Ensuite, l'auteur s'arrange pour que le lecteur connaisse d'autres pans de la vie du héros par divers procédés. À force, je me suis attachée à ce personnage fragile et sensible. J'ai fini par ne plus me moquer de lui.

À mesure de l'avancée du récit, des correspondances, des indices (dont certains donnés très tôt), le lecteur est amené à comprendre quelque chose d'important quant à la famille de Max. Si le tout n'est pas trop mal amené, j'ai eu la sensation que l'auteur était un peu léger sur certaines choses. En effet, si la «confusion» qui décidera de la naissance de Max éveille quelque peu la compassion, elle paraît un peu légère. Si cela avait été si important, le personnage responsable aurait été plus précis.
De plus, à cause de ce que nous apprenons, le récit d'un protagoniste est vu sous un autre jour. Certes, mais il y a une incohérence: le protagoniste en question explique bien la manière dont est posée la photo (clé de l'énigme). L'auteur fabrique un indice qu'il souhaite interchangeable afin de retarder une révélation, mais à cause de la position de la photo, ce n'est pas crédible.

J'ai été déçue par la fin. Ce n'est pas la première fois que Jonathan Coe, après un roman assez réussi, crée une fin qui gâche tout. Ici, j'ai eu l'impression qu'il souhaitait créer un coup de théâtre vraiment époustouflant. Il n'a réussi qu'à me faire soupirer d'ennui. Pour moi, la toute fin fait que le tout retombe à plat. Il pouvait faire une fin moins théâtrale mais qui aurait eu l'air moins bâclé, moins spectaculaire. Certes, le spectaculaire est voulu par l'auteur, mais il aurait sans doute pu le créer autrement. Du reste, au long du roman, il y en a assez.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Diserens pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Philippe Diserens a une voix agréable et une lecture fluide. Il fait partie des rares lecteurs qui ne lisent pas trop lentement. Je regrette simplement qu'il tente de prononcer les noms propres avec un accent anglophone.

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mardi, 4 octobre 2011

Sauvagerie, de James Graham Ballard.

Sauvagerie

L'ouvrage:
Pangbourne Village est un complexe résidentiel où habitent des gens aisés. Ils vivent selon une certaine idéologie.
Un matin, on découvre que tous les adultes ont été sauvagement assassinés. Quant aux enfants, ils ont disparu.

Critique:
Avant de parler de l'intrigue, je voudrais m'étonner du fait qu'un livre si court (2h07 en audio), puisse contenir des longueurs. Par exemple, le psychiatre appelé sur les lieux de la tuerie nous cite tous les noms des adultes tués. De plus, à la fin, il y a des reconstitutions des meurtres qui n'apportent rien. On sait déjà tout ce qui s'est passé, on n'a pas besoin des reconstitutions... À part ajouter d'horribles détails, elles n'apportent rien.

Quant à ce que l'enquête laisse deviner, je ne suis pas vraiment convaincue. La théorie serait défendable, mais elle aurait gagné en force s'il y avait eu davantage d'explications psychologiques. En effet, au départ, je ne voyais pas trop le problèmes d'une telle société. Je l'ai entrevue au détour de phrases, mais j'aurais voulu que l'auteur creuse cela. On me rétorquera que toute société «fabriquée» aura des problèmes. En effet, d'autres livres ont montré le mal que peuvent faire des sociétés fondées, au départ, parce qu'on avait envie de bien faire. Mais ces livres ont creusé les méfaits de ces sociétés. Ici, l'auteur nous laisse imaginer. Eh bien, pour moi, c'est trop flou. J'ai l'habitude de Serge Brussolo qui, avec minutie et précision, décrit implacablement les conséquences de ce qui se passerait dans telle société, ou si des hommes tentaient de tordre le cou à des éléments naturels. De ce fait, je préfère que l'auteur aille jusqu'au bout lorsqu'il émet une telle hypothèse, et non qu'il me demande de faire marcher mon imagination. On dit souvent qu'on imagine toujours pire que ce qui pourrait arriver, mais ça dépend du contexte. Ici, j'aurais préféré qu'on imagine pour moi.
Du coup, cela me donne une impression d'inachevé, d'un roman non-abouti.

Ensuite, il est un peu cliché que le psychiatre et un policier soient les seuls à croire en la théorie qu'ils ont bâtie à partir des indices, et qui, apparemment, serait la bonne. Elle est terrible, et il est intéressant que tout le monde ne l'accepte pas, à cause de ce qu'elle implique, mais là encore, c'est trop manichéen.

En bref, je pense que ce roman aurait mérité plus de profondeur.

Éditeur: Tristram.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Philippe Diserens pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'apprécie ce lecteur, d'abord parce qu'il ne lit pas trop lentement, et ensuite parce qu'il ne cabotine pas. Cependant, je trouve très dommage qu'il ait tenté de prononcer les noms anglophones à l'anglaise. En général, je trouve cela affreux, car pour moi, cela n'est pas naturel. Ici, imaginez ma douleur quand le lecteur a voulu faire un semblant d'accent anglophone au moment où l'auteur énumère les noms de chaque personne tuée et de chaque enfant!

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