Le poids du passé

L'ouvrage:
2006.
Nathan et Livia Moor ont quitté leur Allemagne natale pour faire le tour du monde à bord de leur bateau. Leur croisière durera peu, car leur embarcation est heurtée par un cargo, à proximité de Skye, en Angleterre. Ils réussissent à mettre une chaloupe à la mer, et à s'y hisser. Ils finissent par être sauvés, mais ils ont perdu tout ce qui leur appartenait.
Virginia Quentin, pour qui Livia faisait le ménage, a pitié d'eux, et leur propose son aide.

Critique:
Après ma déception à la lecture de «La maison des soeurs», je suis contente d'avoir essayé de lire un autre livre de Charlotte Link. J'ai beaucoup apprécié ma lecture, même si certaines choses sont un peu grosses, et si certains personnages sont très désagréables.
Cela tient, je pense, à ce que Charlotte Link a su décrire les états d'âme de ses personnages de telle manière que même si on ne les aime pas, ou si on désapprouve certains de leurs actes, ils sont terriblement vraisemblables.

Virginia m'a agacée, mais je l'ai comprise. Je n'aurais pas agi comme elle, mais j'ai compris qu'elle s'ennuie dans sa petite vie bien rangée, aux côtés d'un homme qu'elle n'aime pas, et qui l'aime tant qu'il l'accepte comme elle est, et ne se risque pas à la brusquer.
Virginia m'a exaspérée parce qu'elle n'assume pas ses actes, et qu'elle est assez idiote pour se laisser berner par l'apparence et l'intuition d'un personnage. On l'imagine moins dépourvue de sens commun, au départ. En gros, elle passe son temps à faire des mauvais choix. Elle évolue, mais uniquement parce qu'elle découvre certaines choses. Cependant, je ne suis pas sûre que son évolution soit une véritable remise en question, même si, à la fin, elle veut faire quelque chose qui montre qu'elle a mûri.

Frédéric est sympathique, justement parce qu'il n'est pas parfait. Il aime sa femme, et est blessé de vivre près d'elle sans percer sa carapace. Le lecteur comprend sa colère, sa frustration, et plus tard, sa façon d'agir.

Quant à Nathan, je l'ai trouvé antipathique dès le début. Tout au long du livre, je me suis demandé si j'avais vu juste ou pas. À vous de voir ce que vous dira votre intuition.
J'ai particulièrement apprécié la façon dont il explique et minimise ses actes: c'est savoureux, car le lecteur découvre différents points de vue, et l'un d'eux n'est que de la manipulation psychologique très bien faite.

Quant à l'intrigue, certains pourraient la trouver lente, mais j'ai apprécié ce temps passé avec ces personnages à la psychologie captivante.
J'avais deviné quelque chose. En effet, l'auteur fait de gros appels du pied à son lecteur pour qu'il soupçonne quelqu'un. De ce fait, j'ai su que ce personnage n'était pas le coupable. À propos, j'ai trouvé que le personnage choisi pour être le coupable faisait un «méchant» trop facile. Bien sûr, je n'avais pas deviné qui c'était, et c'est ce que souhaite l'auteur, mais j'ai trouvé qu'elle aurait frappé avec plus de force si elle avait désigné quelqu'un d'autre, parce que cette ficelle est très facile.
La psychologie du coupable mériterait qu'on s'y attarde, mais j'aurais peur de trop en dire.

Parallèlement, l'auteur analyse certains aspects des rapports parents-enfants en prenant plusieurs cas de figure.
Les parents de Rachel aiment leur fille, mais elle se sent éclipsée par sa petite soeur.
Liz Alby n'a pas désiré sa fille, et la voit plutôt comme un poids.
Doris perd souvent patience, il semble qu'elle soit trop fatiguée pour pouvoir écouter les désirs et besoins de Janie...
Si le lecteur blâme peut-être un peu, certains d'entre eux, tous ces protagonistes sont compréhensibles, intéressants, voire attachants.

Une intrigue et des personnages attachants, une fine analyse psychologique, des thèmes bien exploités: tels sont les ingrédients de ce roman.

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Henri Dewasme pour la Ligue Braille.
J'ai apprécié la façon de lire de ce lecteur. Il est sobre, et sait hausser le ton quand il le faut.

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