Lecteur : Detrey Hervé

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mercredi, 21 janvier 2015

Je ne retrouve personne, d'Arnaud Cathrine.

Je ne retrouve personne

L'ouvrage:
Aurélien doit s'occuper de la vente de la maison de ses parents, qui sont, depuis longtemps, établis ailleurs. Cela lui donne l'occasion de se pencher sur sa vie, ses choix, son passé, sa famille.

Critique:
J'ai un sentiment étrange quant à ce livre. Il m'a plu, mais il n'a pas vraiment su me toucher. Aurélien est pourtant un personnage intéressant, et il raconte les faits sans être lourd, sans fioritures. Il analyse aussi son comportement et celui d'autres comme son frère. Le tout m'a peut-être paru un peu plat. L'auteur utilise des ingrédients maintes fois employés, mais là n'est pas le problème. Pour moi, ils sont amenés sans vraiment renouveler les choses. Tout est peut-être un peu gros. J'ai compris pourquoi les personnages étaient ainsi, mais j'ai trouvé qu'ils s'y complaisaient un peu. Cyril, le frère d'Aurélien, est assez casse-pieds avec ses leçons de morale. En outre, il a certaines réactions d'enfant gâté: il faudrait que tous fassent ce qu'il veut. On peut penser qu'il aime sincèrement son frère, et lui veut du bien, mais il est souvent agressif.

Aurélien est plus sympathique, mais lui aussi semble se complaire dans sa tristesse. Il traîne une espèce de maladie d'amour dont il n'est pas assez fort pour se défaire. À ce sujet, Arnaud Cathrine a marqué un mauvais point auprès de moi en mettant en avant une situation qui m'agace et qui devient clichée à force de se retrouver. Junon quitte Aurélien parce qu'il ne veut pas d'enfants. Bien sûr, il essaie d'atténuer la chose en laissant entrevoir que ce n'est pas la seule raison, mais cela m'a quand même déplu. D'autant qu'ensuite, une relation compliquée se noue, et qu'Aurélien fait plus ou moins partie du paysage de Junon...

J'ai trouvé intéressant que les souvenirs du personnage principal le ramènent vers une amitié passée. Là, on peut comprendre pourquoi il n'a pas repris contact avec son ami avant. Les aléas de la vie se chargent souvent d'éloigner les gens, et ensuite, ils regrettent d'avoir laissé faire la vie.

L'histoire semble simple, mais elle recèle certains aspects oppressants. À la fin, on a une impression d'inachevé. Je ne me suis pas vraiment posé de questions, mais j'ai eu l'impression qu'il manquait quelque chose. C'est pourtant une fin qui colle assez bien au reste: on se cantonne dans les non-dits, ou on fait passer certaines choses autrement. La famille a du mal à communiquer, ce qui se retrouve chez Aurélien et Cyril.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Detrey pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 8 août 2014

En attendant la vague, de Giancarlo Carofiglio.

En attendant la vague

L'ouvrage:
Roberto, quarante-sept ans, est carabinier. Pour l'instant, il est en congé. Il suit une thérapie.

Giacomo, onze ans, fait d'étranges rêves où un chien lui «parle», et où la fille pour qui il a le béguin l'embrasse.

Critique:
Ce roman pourra paraître banal. En tout cas, il fait partie de ces livres auxquels je me suis tout de suite attachée. Il sonne vrai, malgré le brin d'imaginaire qui y entre. D'ailleurs, quand on y réfléchit, pourquoi pas? Parfois, en rêve, on peut voir des choses auxquelles on n'aurait pas pensées sinon.

Les personnages ont une histoire simple dont on comprendra très vite pourquoi elle a tourné au cauchemar, surtout pour Roberto. En peu de pages, Gianrico Carofiglio parvient à dépeindre des personnages à la psychologie compréhensible, et auxquels on s'identifiera.

La structure est pertinente: elle alterne les chapitres où un narrateur omniscient parle du point de vue de Roberto et ceux où Giacomo s'exprime. On devine très vite quel est le lien entre Giacomo et l'un des personnages, mais je pense que c'est voulu. De toute façon, cela ne gâche pas la lecture.
On apprend le passé de Roberto par petites touches, au long du roman. Cette construction me gêne souvent, mais ici, elle est pertinente. En outre, cela donne au lecteur le temps de spéculer quant à ce qui a pu arriver. Là encore, cela paraîtra banal, mais dans le bon sens du terme. Roberto est un être humain avec des préoccupations humaines. Il lui est arrivé des choses auxquelles on aurait pu penser, une fois qu'on a appris un certain fait.

Enfin, ce livre montre le parcours de gens qui tentent de s'en sortir après avoir vécu des événements éprouvants. J'ai bien aimé la «transformation» de Roberto. Il voit à nouveau ce qui l'entoure, commence à s'intéresser à des choses qui lui paraissaient n'être pas pour lui, avant. Malgré les épreuves de la vie, la lueur d'un vieux rêve danse dans sa tête...
Après ce qui lui est arrivé, Roberto pourrait sembler prompt à reprendre le dessus. Je ne me prononcerai pas, car je ne peux pas dire ce que je ressentirais dans cette situation.

Quant à Giacomo, il devra apprendre à faire des sacrifices pour avancer, mais la vie lui apportera un ami inattendu.
J'ai peu parlé d'Emma parce que si son vécu est traumatisant, il me semble plus aisé à surmonter que celui de Roberto.

Éditeur: Seuil.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Detrey pour la Bibliothèque Sonore Romande.
Je suis toujours heureuse de retrouver la lecture fluide, naturelle, vivante (ce qui ne veut pas dire qu'il cabotine) d'Hervé Detrey. Je pense que le fait que ce livre soit enregistré par lui a contribué à me le faire apprécier. Ici, on peut dire que le roman et le lecteur vont bien ensemble.

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mardi, 13 novembre 2012

Le cours du jeu est bouleversé, d'Eshkol Nevo.

Le cours du jeu est bouleversé

L'ouvrage:
Juin 2002.
Yohave, dit Churchill, se trouve en possession d'un manuscrit écrit par son ami, Yuval Frid. Il le livre au lecteur.
Yuval a raconté un épisode de sa vie. En 1998, lors du mondial de football, Yuval et ses amis (Churchill, Amirail, et Hofir), décidèrent de noter chacun trois souhaits sur un billet. L'un d'eux garderait tous les billets, et au prochain mondial, chacun lirait ses trois souhaits aux autres, et verrait combien ont été réalisés. Avant d'enfermer les billets, chaque ami confie aux autres l'un de ses souhaits: les autres seront lus au prochain mondial.

Critique:
Le premier intérêt de ce roman est la façon dont il décortique le principe du souvenir, du point de vue exprimé. Churchill explique (en préface et par de courtes notes éparses), que Yuval travestit parfois la vérité. Le narrateur lui-même explique qu'il invente lorsqu'il ne sait plus, voire qu'il ment lorsque la vérité ne lui convient pas. Cependant, il ne dit pas toujours ce qu'il cache ou enjolive à dessein. Donc, on peut supposer que parfois, il raconte les choses sans tenter de les changer, mais que ses amis les raconteraient différemment. Je suis toujours fascinée par les différents points de vue, façons d'interpréter, etc. Ici, beaucoup de choses sont suggérées. Je pense que l'auteur aurait pu davantage exploiter cette possibilité, et raconter un même événement de divers points de vue. Sa façon de faire est tout de même intéressante: Churchill et Yuval expliquent certains changements ou perceptions, mais le lecteur peut imaginer que maints autres événements furent perçus différemment. Par exemple, lorsque Yuval ressent de la condescendance chez Maria et Hofir, ceux-ci diraient sûrement qu'ils n'ont jamais voulu en faire preuve. Le lecteur peut imaginer que Yuval a ressenti cela à cause du fait qu'il se sent esseulé, et pense que sa vie est peu enviable en regard de celle de ses amis qui sont en couple et avec enfants.
Cette réflexion de Yuval m'a d'ailleurs agacée. Il veut se conformer à une espèce de rang social. En effet, on dirait que ce qui le gêne, c'est de ne pas être comme les autres.
La postface est un peu frustrante. Je m'attendais à ce que Churchill développe davantage certains aspects de l'intrigue.

L'histoire avec Yara m'a vraiment exaspérée. Je peux comprendre que le narrateur reste amoureux d'elle. Je conçois même qu'il puisse, sans fierté mal placée, revenir avec elle à la minute où elle le lui demanderait. C'est l'attitude des deux autres protagonistes que je trouve plus discutable.

Afficher Attention, je dévoile des moments de l'intrigue.Masquer Attention, je dévoile des moments de l'intrigue.

D'abord, si Churchill avait été un réel ami, il n'aurait pas séduit la petite amie de Yuval. On m'objectera que Yara est peut-être la femme de sa vie, et qu'il ne peut pas laisser passer cette occasion. Soit. Mais ensuite, tout est gros dans leur histoire. Yara accepte le mariage pensant que Churchill peut changer, alors qu'il la trompe depuis le début. Puis, elle avoue qu'elle n'est pas heureuse, mais finit par reformer un couple avec Churchill parce qu'elle est enceinte de lui. Déjà, je n'ai pas compris pourquoi à l'issue de leur première nuit après que Yara a chassé Churchill, Yara et Yuval s'accordent tacitement pour penser que leur histoire est finie, alors qu'ils savent qu'ils s'aiment. Cela ressemble à une mauvaise tragédie. Ils n'ont aucune raison de rompre, mais voilà, ils seraient trop tristes d'être heureux. Mieux vaut se lamenter sur son propre sort, c'est tellement plus glorifiant! En outre, quel sera l'avenir d'un enfant dont les parents ne s'aiment pas et ont bâti leur mariage sur un mensonge? Ne vaudrait-il pas mieux pour lui qu'il vive dans un foyer harmonieux et aimant?

Le thème de l'amitié est savamment abordé. Elle peut être bénéfique ou destructrice. Nos quatre amis, soudés, veulent toujours agir dans l'intérêt de leur amitié, et parfois, s'investir pour aider les autres les aider à mieux apprécier la vie. Cependant, elle peut être vampirique, et nuire à l'individualité de l'un ou l'autre. Churchill peut être vu comme un mauvais ami lorsqu'il se désolidarise de l'association, par exemple. Même si je ne partage pas son avis, il est normal que les quatre amis ne soient pas toujours d'accord sur tout.

Maria et Ilana gardent une part de mystère. Tour à tour attendrissantes, tolérantes, et exaspérantes, elles semblent être extrêmes. Elles ne peuvent qu'inspirer de forts sentiments.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Detrey pour la Bibliothèque Sonore Romande.
hervé Detrey a une voix sympathique. Sa lecture est fluide et exempte à la fois de monotonie et de surjeu.
À un moment, Yuval discute avec son père. Celui-ci émaille sa conversation de phrases en anglais. Le lecteur ne tente pas de prendre un accent. Sa prononciation est correcte, et il n'en fait pas trop.
Il a également épelé le nom de l'auteur, et je l'en remercie. Je pense que les noms des quatre amis auraient dû également être épelés.

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vendredi, 16 septembre 2011

Théodore Boone, enfant justicier, de John Grisham.

Théodore Boone, enfant et justicier

L'ouvrage:
Théodore Boone a treize ans. Ses parents sont avocats. Théo s'intéresse beaucoup au droit. Il donne des conseils juridiques à ses camarades, et souhaite être avocat, plus tard.

Cette semaine, la ville est en effervescence, car un grand procès va avoir lieu: celui de Peter Duffy, accusé d'avoir assassiné sa femme pour toucher l'assurance vie. Théo suit le procès de près.
C'est alors qu'un de ses amis lui donne une information qui pourrait changer le cours dudit procès. Mais Théo a promis de ne rien dire, car la personne qui possède l'information est un émigré clandestin.

Critique:
En général, je n'aime pas John Grisham, principalement parce que ses romans traînent beaucoup trop. Cependant, le résumé de celui-là m'a attirée. En outre, il est court, ce qui diminue les risques de lenteur.
Il semblerait que ce soit un roman pour la jeunesse. Je trouve que c'est une bonne idée, un polar judiciaire mettant en scène un jeune garçon débrouillard et se sentant très concerné par la loi. Le jeune Théo est sympathique, même s'il semble trop parfait, et peut-être plus mature que les enfants de son âge.

Il est également intéressant de découvrir certains rouages du système judiciaire. D'autres romans en parlent très bien, voire mieux, mais si on destine ce roman à la jeunesse, cela peut être une bonne entrée en matière pour des adolescents.

L'intrigue n'est pas trop compliquée, et on ne peut pas dire que le suspense soit au rendez-vous. Dès que Théo obtient l'information, on se doute de ce que sera l'issue du roman. C'est un peu rattrapé par les notes humoristiques dont l'auteur parsème son livre. Par exemple, lorsque Théo va au tribunal des animaux (je ne savais pas que ça existait), l'affaire à laquelle il assiste avant de comparaître, est assez amusante. On s'amusera aussi de cette habitude inattaquable des Boone à dîner à 19h tous les soirs, habitude que Théo adore transgresser.
Les parents de notre héros seront sympathiques. Et puis, ça fait plaisir de voir une famille unie.
Outre l'affaire du chien, j'ai aimé les intrigues secondaires, comme l'histoire d'April. Outre que cela m'a intéressée, il est plus vraisemblable que cette semaine de la vie de Théo ne soit pas uniquement constituée de l'affaire Duffy.

J'aime bien Hike. Il est sympathique, mais possède ses zones d'ombre.

Ce livre est peut-être un peu facile, et certaines choses ne sont pas toujours vraisemblables, mais on passe un bon moment.

Éditeur: Oh éditions.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Detrey pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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jeudi, 19 mai 2011

Saga, de Tonino Benacquista.

Saga

L'ouvrage:
Louis, Jérôme, Mathilde, et Marco écrivent des scénario, des romans d'amour. Pour l'instant, ils sont plutôt méconnus ou déchus.
C'est alors qu'une chaîne de télé les engage pour écrire un feuilleton qui passera la nuit afin de remplir les quotas français. Il sera diffusé à une heure de peu d'audience: les scénaristes peuvent donc écrire «n'importe quoi».
Nos quatre compères se mettent à imaginer une histoire déjantée.

Critique:
J'ai trouvé ce livre inégal. Il me semble que Tonino Benacquista a souvent de bonnes idées, mais qu'il ne sait pas toujours comment bien terminer ses romans.
Ici, c'est le cas. L'idée de départ est bonne, certaines choses sont bien imaginées, bien pensées. À côté de ça, la fin paraît fade. En outre, des parties s'essoufflent, comme «Hurbis».

Certains thèmes sont bien exploités. Entre le monde télévisuel et celui de l'édition, l'auteur montre deux univers criants de vérité: la course au pouvoir, à l'argent, écraser les autres... Les réaction du public sont, elles aussi, bien étudiées. Même lorsque lesdites réactions sont extrêmes. Après tout, c'est plausible, et je suis sûre que cela arrive plus fréquemment que ce que l'on croit.

À part les passages qui traînent, certains rebondissements arrivent au moment propice. Par ailleurs, pendant plusieurs parties, on ne peut pas prévoir comment vont se dérouler les choses.
J'aime beaucoup les «vengeances» finales. Pour une fois que justice est faite...!
On retrouve l'humour assez particulier de Tonino Benacquista dans la trame de «Saga» (les inventions loufoques de Fred, par exemple), dans certaines réflexions des personnages, dans des situations auxquelles ils sont confrontés.
Globalement, «Saga» est assez amusant, malgré certains événements dramatiques.

Les personnages sont sympathiques, mais ils ne me paraissent pas vraiment creusés. Ils sont portés par l'histoire. On les trouve sympathiques parce qu'on éprouve de la compassion pour eux, mais leurs caractères ne sont pas vraiment approfondis.
De plus, l'attitude de Marco m'a agacée. Il est obnubilé par le feuilleton à tel point qu'il ne se rend même pas compte qu'il traite Charlotte comme quantité négligeable, et qu'il est même assez odieux avec elle. C'est pour ça que la fin de ce pan de l'intrigue ne m'a pas paru crédible.

Éditeur: Gallimard.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Hervé Detrey pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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