Lecteur : Delhausse Jean-Marc

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mardi, 11 mai 2010

Quand souffle le vent du Nord, de Daniel Glattauer.

Quand souffle le vent du Nord

L'ouvrage:
Voulant résilier un abonnement au magazine Like, Emmi Rothner écrit par mégarde à Leo Leike. Il lui signale son erreur, et tout pourrait en rester là. Elle commet une nouvelle erreur, et alors qu'il la lui signale, explique pourquoi elle a tapé une adresse avec «leike» au lieu de «like». Les échanges se poursuivent, une correspondance régulière s'établit.

Critique:
L'auteur exprime très bien certaines choses: le sentiment amoureux naissant d'une correspondance, sentiment fait d'idées et de réalité. En effet, les deux personnages n'ont que des mots pour se faire une idée de l'autre. Ils tombent amoureux de ce qu'ils lisent, mais aussi de l'idée qu'ils se forgent l'un de l'autre à travers les écrits.
Dans ce genre de situation, internet peut être traître, car il sublime tout. On ne voit que certains côtés de l'autre, on a envie d'en savoir plus, et on comble les lacunes avec son imagination.

Les premiers mails passés, Emmi et Leo jouent au chat et à la souris. Vont-ils se rencontrer? Ne vont-ils pas se rencontrer? L'un avance, l'autre recule. L'auteur analyse très bien, même s'il le fait de manière abrupte, ce qu'une rencontre peut occasionner: déception cuisante pour l'un et l'autre; pire: déception pour l'un et envie d'aller plus loin pour l'autre. Je pense quand même que quand on correspond avec quelqu'un, et qu'on finit par souhaiter une rencontre, la déception ne peut pas être si grande. Même si on ne voit qu'une partie d'un tout sur le net, ce qu'on voit est vrai, sauf si l'autre joue, et là, on part du postulat qu'aucun ne joue. Mais bien sûr, s'il n'y a pas déception, il peut y avoir attirance d'un côté, et envie d'une simple amitié de l'autre.
Pour moi, Leo et Emmi ont trop attendu. Plus on attend, plus on sublime, plus on a peur...

L'auteur décrit également très bien cette espèce d'autocentrisme des amoureux qui ne parlent que d'eux alors que le monde continue de vivre. Ici, le contraste est d'autant plus mis en avant qu'Emmi et Leo se mettent à parler météo quand l'un d'eux veut éviter un sujet délicat.

Les personnages sont attachants.
Le lecteur éprouvera de la compassion, mais aussi de l'agacement, pour Leo qui ne parvient pas à décoller de son coeur les vieux restes d'une histoire d'amour, et qui, avec cette correspondance, entreprend une espèce de thérapie. On voit son évolution au cours du roman. Il reprend confiance en lui, et se révèle être quelqu'un de bien.

Emmi est plus difficile à cerner. Elle est assez prompte à se faire des idées: ses colères irraisonnées et ses piques assassines m'ont fait soupirer. On me dira que certaines filles sont comme ça, étant donné qu'elles décortiquent tout. Soit. Mais là, j'ai trouvé Emmi assez pénible.
En outre, elle souffre, fait souffrir, ne fait rien pour clarifier les choses. Bien sûr, il n'est pas facile pour elle de s'avouer tout ce que cette correspondance lui fait découvrir, mais il ressort de tout cela qu'elle est égoïste, alors que Leo optera pour des solutions plus saines.
Par ailleurs, elle est assez superficielle, car très attachée à l'apparence physique.

Le personnage d'Emmi m'a souvent agacée, mais je pense que ce livre est une réussite. On découvre les personnages au fur et à mesure qu'ils se dévoilent, il n'y a aucun temps mort, et ce roman renouvelle le genre épistolaire.

L'idée de départ fait qu'il est assez difficile de faire une fin. J'ai d'abord trouvé la fin facile, mais avec le recul, je ne peux pas en imaginer une autre. Ce qui me dérange un peu, c'est qu'elle est ouverte. À nous d'imaginer ce que fera l'un des personnages.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Marc Delhausse, Nathalie Hugo, et Robert Guilmard.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.. Il sort le 19 mai.

Jean-Marc Delhausse a parfaitement su entrer dans le personnage de Leo, mettant toujours le ton approprié et n'en faisant jamais trop. En outre, sa voix grave et basse se prête très bien au mystère dont l'auteur commence par entourer son personnage.
J'ai déjà eu le plaisir d'entendre ce comédien dans «La femme du cinquième». Je me souviens avoir pensé qu'il jouait un peu de la sensualité de sa voix. Dans «Quand souffle le vent du Nord», son interprétation est parfaite. Je pense que les éditions Audiolib devraient lui faire enregistrer plus d'ouvrages.

J'ai été déçue par l'interprétation de Nathalie Hugo. J'ai bien conscience que le personnage d'Emmi n'est pas facile à interpréter. Je pense que la comédienne n'est pas parvenue à entrer dans la peau de son personnage. Elle en fait trop. Elle tente de mettre le ton qu'il faut, mais la plupart du temps, elle surjoue. Du coup, je triture mon cerveau, et me demande quelle comédienne ou lectrice bénévole je verrais dans le rôle!

On entend peu Robert Guilmard. J'ai aimé sa façon de jouer. Il sait exprimer la douleur du personnage qu'il interprète sans trop en faire.

J'ai trouvé sympathique le fait d'insérer le bruit de la connexion internet (même si aujourd'hui, les connexions qui font ce bruit sont rares, car la plupart des gens est passée au haut débit), ainsi que le bruit de quelqu'un tapant à l'ordinateur. J'aurais préféré qu'on ne l'entende qu'au début et à la fin du roman, et pas au début de chaque chapitre.

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lundi, 19 mai 2008

La femme du cinquième, de Douglas Kennedy.

La femme du Ve

L'ouvrage:
Harry Ricks s'envole pour Paris. Il doit s'éloigner de sa ville de l'Ohio. Dans l'université où il était professeur, il est devenu un paria. Il a provoqué un scandale. Il part pour qu'on l'oublie un peu, et aussi, pour concrétiser enfin son rêve français. Il souhaite devenir écrivain, et vivre à Paris.

Le rêve français commence bien mal. Harry attrape la grippe, et se retrouve cloué au lit, à la merci d'un réceptionniste d'hôtel peu scrupuleux qui profite de son désarroi pour lui extorquer des sommes faramineuses. Heureusement, il rencontre Adnan, un employé turc. Adnan est généreux: il décide d'aider Harry à s'en sortir. Adnan va même lui trouver un logement, certes exigu et dépouillé, mais au loyer modeste.
Harry finira également par trouver un travail...

Critique:
Le livre comporte 21 chapitres. Jusqu'au chapitre 18, j'ai été totalement captivée, prise dans les filets tendus par l'auteur. L'histoire et les personnages m'ont tout de suite plu. Par ailleurs, le lecteur découvre ou redécouvre la ville de Paris: ses quartiers, sa population hétéroclite, les pièces sordides louées à des immigrés clandestins qui se battent pour s'en sortir, comme Adnan, ou qui ne connaissent que l'alcool et les provocations, comme Omar; les personnes qui ne pensent qu'aux mondanités, ne voient que les apparences, et ne jurent que par l'artifice. Je n'ai remarqué que ce contraste entre les populations, mais n'étant pas parisiennes, j'ai dû manquer d'autres éléments résumant très bien la ville.

Malheureusement, tout retombe dès le chapitre 19, surtout pour le lecteur qui, comme moi, s'est attaché à l'intrigue. Cela m'a rappelé à quel point une mauvaise fin pouvait gâcher un livre, si bon soit-il.
Ici, la construction m'a rappelé celle de "Cul de sac": le personnage est confronté à une énigme, il semble être le seul contre tous, à se débattre avec les incongruités qu'il découvre. En outre, le décor est bien planté, les personnages et les événements tiennent le lecteur en haleine. Et la solution arrive. Contrairement à "Cul de sac", elle est vraiment trop facile. Je n'ai rien contre le fantastique (j'aimerais d'ailleurs pouvoir en lire plus), mais il me semble qu'ici, dans ce décor si réel, il n'a pas sa place. J'ai été très déçue par cette solution. Il m'a semblé que l'auteur ne savait pas quoi faire pour rendre son livre impressionnant, et qu'il s'est engouffré dans le fantastique, le prenant comme une porte de sortie. Eh bien, avec moi, ça n'a pas pris du tout! De plus, cette ficelle est très grosse. Enfin, plusieurs questions se posent: pourquoi Margit est-elle ici? Pourquoi a-t-elle choisi Harry? Pourquoi exige-t-elle ces trois heures, alors qu'elle pourrait trouver d'autres hommes? Elles donne de partielles réponses, mais cela ne me convainc pas.

Outre cette fin qui, pour moi, a détruit le reste du roman, quelques petites critiques:
L'extrême générosité d'Adnan envers cet inconnu est invraisemblable. Il risque sa vie sans hésiter pour ce poids mort qu'il connaît à peine.
Il y a certains clichés énervants. Par exemple, les américains ne supportent pas qu'on fume devant eux ou dans les lieux publics, et les français fument partout et devant tous sans se soucier de déranger. Bizarre, je connais pas mal de français, dont moi, qui sont incommodés par le fait qu'on fume devant eux. Bien sûr, aux Etats-Unis, fumer dans la rue ne se fait pas, mais ce n'est pas pour ça que tous les américains désapprouve cela. De plus, étant dans un autre pays, il faut bien s'attendre à des règles différentes.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Jean-Marc Delhausse pour les éditions Audiolib. C'est le premier livre édité par Audiolib que j'entends, donc je m'attarderai sur certains éléments propres à l'édition audio.
Jean-Marc Delhausse, le comédien qui a enregistré le roman, a une voix agréable. Parfois, il en joue peut-être légèrement, et en fait ressortir le côté un peu sensuel. Son interprétation est bonne: il ne surjoue pas, il ne se casse pas la voix et n'en fait pas trop lorsque des femmes parlent, et lit de manière naturelle. En outre, il ne force pas sur les accents étrangers. Ouf! J'espère qu'il travaillera à nouveau pour Audiolib.
Au montage, on a ajouté un élément de réalisme: lorsqu'un personnage coupe la parole à un autre, la fin de la réplique coupée et le début de l'autre se croisent, comme dans une véritable conversation.

Quant à ce qui ne m'a pas plu: il y a trop de musique. Mais ça, je peux le reprocher à presque tous les éditeurs audio. Je rêve de livres sans fioritures musicales, comme en proposent les éditions Thélème. Attention, par fioritures musicales, je ne fais pas allusion au fait de diffuser une musique au moment où ladite musique passe dans le livre, comme le font, depuis quelques temps, les éditions VDB. Je trouve d'ailleurs cela très bien. Je parle des petits passages musicaux en début et en fin d'ouvrage, entre les chapitres, etc. Tous ces passages m'agacent. Bien sûr, certains morceaux m'ont parfois plu (la musique servant à illustrer deux ou trois Michael Connelly, et certains morceaux utilisés par les éditions VDB), mais d'une manière générale, ils n'apportent rien, ils retardent juste le bonheur de l'écoute du livre.

Enfin, j'ai trouvé dommage qu'on passe d'une oreille à l'autre selon que l'un ou l'autre personnage parle. Je comprends que l'idée est de faciliter la lecture, et de marquer le changement de personnage, mais je préfère que la voix soit toujours au même niveau. Je l'ai d'ailleurs signalé par mail aux éditions Audiolib, et ils m'ont répondu qu'ils ne le faisaient pas systématiquement, et allaient sûrement cesser.

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