Lecteur : Delannoy Bernard

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vendredi, 21 décembre 2012

Shalimar, de Rebecca Ryman.

Shalimar

L'ouvrage:
Inde, 1890.
La famille Wincliff est désargentée. Depuis que Graham est mort lors d'une expédition, la vie est de plus en plus dure pour sa femme (Margaret), et ses enfants (David et Emma). Emma gagne quelque argent en donnant des cours à de jeunes enfants. Quant à David, il a la passion du jeu. Un jour, elle le mènera trop loin: il perdra la maison des Wincliff. Il y a bien une solution pour la garder, mais elle semble odieuse à Emma.

Critique:
J'ai lu ce roman en ayant un peu peur de tomber sur de l'eau de rose, du simili Steel, avec des personnages passe-partout et absolument pas crédible. Mes appréhensions se sont vite envolées.
D'abord, le roman est bien écrit. Le style est fluide et recherché. Ensuite, Rebecca Ryman sait à merveille décrire une ambiance, un pays, des attitudes, des personnages.

L'intrigue est solide, même si on s'attend à certaines choses. Le titre n'est pas forcément bien choisi, parce que dès qu'on sait ce qu'est Shalimar, on ne peut s'empêcher de prévoir que certaines choses arriveront. De toute façon, le lecteur se surprend à attendre, voire à espérer que les événements se passent comme il l'entrevoit. C'est une force du roman. En général, quand tout est prévisible, tout perd de son charme, ici, c'est l'inverse.
Si on espère, on se demande aussi comment l'auteur va parvenir à satisfaire son lecteur tout en faisant en sorte que cela ne soit pas trop gros. Au début, ce n'est pas évident, mais le lecteur ne sera pas déçu: Rebecca Ryman trouve un subterfuge pour tout faire passer de manière convaincante. J'ai trouvé le tout bien amené. En outre, si j'attendais certaines choses, d'autres m'ont surprise. J'ai aimé ce savoureux mélange.
J'avoue avoir moins aimé les passages qui ne concernaient pas directement Emma, mais au final, l'ensemble du roman m'a plu.

Les personnages sont assez charismatiques, surtout Emma et Damien.
Emma pourrait faire penser à un stéréotype: la belle femme fière, qui a toutes les qualités, et qui est parfaitement invraisemblable. Heureusement, elle n'est pas ainsi. Elle a du caractère, fait toujours ce qu'elle croit être bien, mais elle se trompe parfois. Elle a des idées avant-gardistes pour son époque, ce qui la rend sympathique. Cela montre qu'elle réfléchit, qu'elle ne se laisse pas formater par un courant de pensée. J'ai bien aimé la scène où elle explique qu'elle comprend pourquoi les colonisés en veulent aux anglais, et ou les deux réactions observées sont tout aussi détestables: l'une franchement hostile, et l'autre plus sournoise, car c'est de l'intolérance sous couvert d'ouverture d'esprit, et c'est d'autant plus méprisable.

Deux personnages m'ont surprise: David et Ivana.
Au début, David me paraissait exempt de personnalité, mené par ses envies, ses caprices, son égoïsme. Il évoluera au long du livre.
Quant à Ivana, sa candeur, sa façon absolue de donner son coeur, sa gentillesse et sa douceur naturelle, tout cela en ont fait à mes yeux un personnage à la fois pur et mystérieux. Elle semble très différente d'Emma, et c'est cette diversité qui fait qu'on les appréciera.

Éditeur: Ramsay.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 17 septembre 2012

À rebrousse-poil, d'Henri Vincenot.

À rebrousse-poil

L'ouvrage:
Début des années 60.
Catherine Loriot est institutrice. Cette année, elle enseigne en banlieue parisienne. Elle n'est pas préparée à ce qu'elle va découvrir: élèves chahuteurs, ne faisant pas grand cas de l'apprentissage et de l'autorité, parents prêts à sauter à la gorge de quiconque tentera d'éduquer leurs rejetons...

Critique:
J'ai d'abord apprécié l'absence de manichéisme de ce livre. Les enfants sont «terribles», mais en creusant, Catherine découvre qu'il y a des raisons à cela. Elles sont assez banales, malheureusement: les parents ne s'occupent pas de leurs enfants. C'est ici que les arguments deviennent un peu trop tranchés. Catherine et d'autres disent que c'est à cause du progrès qui pousse les femmes à travailler, et que cela n'arriverait pas si les mères ne travaillaient pas. L'argument est très simpliste, mais il ne faut pas oublier que le livre se passe dans les années 60. Il est évident que des parents qui travaillent auront moins de temps pour leurs enfants, cependant, je sais que là n'est pas tout le noeud du problème. J'en connais qui travaillent et dont les enfants sont aimés et éduqués. Et je connais également la situation inverse.

Il est assez effrayant de voir que de nos jours, on ne retrouve pas seulement ce comportement des élèves dans des établissements dits défavorisés... Je n'ai pas encore eu les élèves qui s'allongent par terre ou qui sortent de la classe pendant le cours, mais je ne m'étonne plus de rien... J'ai partagé le désarroi de Catherine en pensant à mon expérience. J'ai également compris et approuvé le fait qu'elle tente plusieurs approches. Malgré ses déconvenues et ses convictions, elle veut encore se faire entendre des élèves, veut les guider et leur apprendre des choses. J'ai notamment souri lorsqu'elle leur parle à leur manière.
Je me doutais de ce qui se passerait le jour de l'inspection de la jeune femme. Elle est tombée sur des élèves qui ont un bon fond, ce qui n'est pas toujours le cas.

Si les opinions de l'institutrice sont parfois tranchées (n'oublions pas son avis catégorique sur la ville corruptrice et la campagne bienfaitrice), celles d'Albert ne le sont pas moins. Il sait que les enfants ne sont pas encadrés comme il le faudrait chez eux, alors, il excuse tout. Il est vrai qu'il obtient des choses d'eux en les respectant et en leur montrant une sincère affection. Oui, mais l'instituteur ou le professeur ne peut pas jeter l'encadrement aux orties. Albert peut se permettre de jouer avec les enfants, pas Catherine.
Comment ne pas comprendre le renoncement des collègues de la jeune femme? Il est difficile de baisser les bras, de se détacher, mais parfois, c'est le seul moyen qu'on a de garder son équilibre mental.

Parmi les rencontres de notre héroïne avec les parents d'élèves, il en est des houleuses, des amères, des tristes, mais aussi des cocasses. Par exemple, celle de la mère qui expose son point de vue en truffant son discours de fautes de français et en simplifiant les choses au maximum. Tout en se désespérant du raisonnement, on ne pourra s'empêcher de rire...

Le livre m'a plu, mais j'y ai trouvé quelques lenteurs. À un moment, il me semblait que les choses piétinaient. De plus, Albert m'a agacée. Catherine aussi, mais il me semble qu'elle évolue davantage que lui.

Éditeur: Anne Carrière.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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vendredi, 3 août 2012

Comme une tombe, de Peter James.

Comme une tombe

L'ouvrage:
Michael Gharrison va se marier. Ce mardi soir, il enterre sa vie de garçon. Ses amis comptent bien se venger de tous les tours qu'il leur a joués. C'est ainsi que Michael se retrouve enterré au sens propre. Il est dans un cercueil sous terre, dans la forêt. Ses amis lui ont laissé un talky walky, un magazine pornographique, et bien sûr, la possibilité de respirer grâce à un trou par lequel passe un tube. Goguenards, ils lui promettent qu'ils reviendront dans deux heures.
C'est alors qu'ils ont un accident.

Critique:
Le défaut majeur de ce livre est sa lenteur. Elle est présente tout au long du roman. Certains auteurs savent mieux remplir que Peter James. Ici, on voit les grosses ficelles, on voit pourquoi elles sont là... Bien sûr, le début plonge le lecteur au coeur de l'action. Mais c'est un trompe-l'oeil: seul le début ne traîne pas.

Pour donner quelques exemples:
L'auteur use de ficelles que le lecteur aguerri reconnaîtra. Quand Dave trouve le talky walky, j'ai tout de suite su que cela allait traîner. Dave dit bien que personne ne doit savoir qu'il l'a. En plus, comme il est un peu lent à prendre la réelle mesure des choses, tous les éléments étaient là pour que ça s'étire en longueurs.
Quand Michael attend et pleure dans son cercueil, les longueurs sont davantage supportables parce que le lecteur ressent la peur du personnage, et que certaines choses évoluent. Cela reste très long.
D'une manière générale, l'auteur montre plusieurs fois, et sans réelle évolution, les mêmes personnages. On comprend bien que tel personnage veut que Michael reste dans son cercueil, que d'autres pleurent, etc. Cette espèce d'inertie, de piétinement m'a vraiment ennuyée.

L'auteur tente un tour de passe passe en jetant un coupable en pâture au lecteur. Ainsi, celui-ci le soupçonnera tout en se disant que ça ne peut pas être lui, parce que ce serait trop facile... La solution quant à ce personnage est très attendue.
Ensuite, l'auteur sort une carte de sa manche, mais ce n'est pas vraiment une surprise. Là encore, c'est très convenu, et c'était préparé. L'attitude de Marc ne pouvait s'expliquer qu'ainsi.

Mis à part Roy Grace, les personnages sont brossés à très grands traits. Michael est ambitieux, un peu inconséquent, mais gentil. Marc est faible et dévoré de jalousie. Quant à la personne qui tire les ficelles, elle est froide, manipulatrice... Bref, c'est très manichéen. Ces personnages m'ont davantage exaspérée qu'autre chose.

La fin est quelque peu palpitante, grâce à la course-poursuite. Mais là encore, c'est trop long!
La façon dont une partie de l'énigme est résolue (ce qui se passe au chapitre 90), est bien amenée tout au long du roman. Qu'on soit d'accord ou pas avec la méthode, l'auteur a su faire en sorte que le lecteur fasse confiance au personnage, et qu'il ne rejette pas la façon de faire. C'est une des rares subtilités du roman.

Apparemment, ce livre est le premier des aventures de Roy Grace. Je trouve dommage de n'avoir pas accroché à l'énigme principale, car j'aimerais savoir ce qui se passe ensuite dans la vie de Roy.

Note pour ceux qui ont lu le roman:_
Il y a une incohérence. Pourquoi Vic ne dit-il pas à Michael qu'Ashley est la principale instigatrice de son malheur? Lui qui est si jaloux se serait délecté à la pensée de le faire davantage souffrir.

Éditeur: éditions du Panama.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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lundi, 21 mars 2011

Les mantes religieuses, d'Hubert Monteilhet.

Les mantes religieuses

L'ouvrage:
1924.
Paul Canova et sa femme prennent chacun une grosse assurance vie.
Près de vingt ans plus tard, en 1946, Paul Canova se remarie avec Véra, sa première femme étant décédée. En cas de malheur, Véra bénéficiera automatiquement de l'assurance de vie de Paul.

Mai 1948.
Paul embauche une nouvelle secrétaire, Béatrice. Elle est jeune et jolie. Paul la séduit. Mais elle est bientôt courtisée par un ami du couple Canova.

Critique:
Ce livre est écrit comme si c'était une histoire vraie: à partir de lettres et d'extraits de journal intime, retrouvés après les faits. J'ai apprécié cette façon de faire, car ça change un peu. Bien sûr, cela n'est pas plus crédible que si un narrateur omniscient avait raconté l'histoire, mais c'est une façon différente de faire, et cela engendre une polyphonie intéressante. C'est une manière un peu plus raffinée de nous conter cette intrigue où des personnages égoïstes et sans scrupules manipulent leurs proches.

L'intrigue est bien imaginée, et il n'y a pas de remplissage. Heureusement, étant donné que le livre est très court.
Néanmoins, elle est assez prévisible. J'ai tout de suite su qu'il y avait manipulation quant à la mort de Xavier, et le suicide «provoqué» de Gertrude Souriceau. On lit l'histoire avec intérêt, malgré tout.

Les personnages ne sont pas tellement attachants. Ils ne sont pas vraiment creusés. Chacun poursuit son idée, tente de s'en sortir comme il peut...
Christian se repent, mais uniquement parce qu'il est pris au piège. C'est un faible, un lâche, et au début, il est guidé par ses hormones (pour être polie)!
Véra n'a aucune personnalité. Tout ce qu'elle veut, c'est écraser les autres, et tirer son épingle du jeu. Certains diront qu'elle est admirable, qu'elle réagit avec un remarquable flegme, un extraordinaire à propos... Je n'ai pas trouvé. Elle m'a agacée. J'avais envie qu'elle souffre, tant elle a été ignoble.
Béatrice a trouvé quelque peu grâce à mes yeux, mais seulement au début. À sa place, j'aurais été tentée de faire ce qu'elle fait, c'est tellement grisant d'avoir du pouvoir! Mais justement, je l'ai trouvée lassante, à la longue.

Ce livre nous montre que l'argent et le pouvoir pourrissent tout. On le sait déjà, mais les protagonistes de ce roman sont si détestables qu'on est plus écoeuré par eux. On ne leur trouve aucune excuse. On est bien content qu'ils souffrent.
Un livre avec des protagonistes moins manichéen aurait peut-être été plus intéressant. Cependant, il est indéniable qu'on trouve ce genre de personnes dans la vie.

Éditeur: éditions de Fallois.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.

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mardi, 22 juin 2010

Agence 13, tome 1: Dortoir interdit, de Serge Brussolo.

Agence 13: Dortoir Interdit

L'ouvrage:
Mickie Katz est décoratrice. Elle sort d'une sale histoire. Elle a fait de la prison, et le fait que le vol dont on l'a accusée n'ait jamais été prouvé ne pèse pas dans la balance: sa réputation est faite. Elle se voit contrainte d'accepter n'importe quel travail.
C'est ainsi qu'elle se retrouve à oeuvrer pour l'Agence 13, une agence immobilière un peu particulière. Elle doit, en quelque sorte, redorer le blason de maisons dans lesquelles des crimes ont eu lieu.

Pour sa première mission, Mickie devra décorer un bunker. Elle doit faire en sorte qu'on s'y sente tellement bien qu'on n'aura pas envie d'en sortir pendant cinquante-six ans. Le milliardaire qui a acquis ce bunker, dans lequel un test tourna au carnage, bien des années auparavant, craint un cataclysme, et prétend se protéger, ainsi que sa famille, grâce à ce bunker.

Critique:
Dans ce roman, l'auteur sait se renouveler tout en gardant certaines ficelles qui, utilisées autrement, surprennent le lecteur. Je n'ai rien deviné. J'ai soupçonné certaines choses: par exemple, l'un des personnages ne me semblait pas franc, mais je n'ai rien trouvé quant au reste. L'auteur m'a menée par le bout du nez.
À un moment, Mickie découvre même, avec sa seule intuition (c'est le cas de le dire), quelque chose que j'aurais dû savoir.

Il y a, malgré tout, quelques temps morts. Parfois, l'auteur s'appesantit sur certaines hypothèses de Mickie, et c'est un peu lent. Je n'aime pas cette ficelle qui consiste à échafauder une théorie sur l'identité du coupable, puis, après qu'un événement a prouvé que cette théorie était caduque, en construire une autre. À la longue, cela tourne au remplissage. Ici, c'est un peu agaçant, mais moins que dans d'autres romans de Brussolo. Par exemple, dans «Le château des poisons», c'est franchement exaspérant! Certains auteurs ne bâtissent leurs écrits que sur ce genre de ficelles, me dira-t-on. Oui, mais je ne lis plus ces auteurs depuis longtemps justement à cause de ça.

Malgré ce désagrément, l'auteur fait ce qui m'a ravie dans nombre de ses romans: il pose un problème, le résout, créant par là un autre problème, etc. L'histoire n'est pas construite de manière simpliste. Les intrigues se croisent, les rebondissements sont au rendez-vous, et quand on croit que l'auteur a laissé une ou deux choses au hasard, il les explique là où on ne les attendait plus. (Je pense notamment à l'ultime découverte de Mickie.)

L'une des innovations de Brussolo, dans ce roman, est qu'il est écrit à la première personne. Je n'ai pas lu toute la production de l'auteur, mais il me semble n'avoir jamais lu un roman de lui écrit à la première personne. De ce fait, le style m'a semblé un peu différent, moins cru, plus posé, plus policé. En outre, l'auteur, me semble-t-il, manie ici l'humour bien plus que dans ses autres romans. Deux phrases m'ont particulièrement marquée (mais il y a d'autres exemples à travers le roman), les deux étant de Mickie à propos d'elle-même: «J'étais aussi naïve qu'un morceau de gruyère sous cellophane.» Et l'autre (en substances): «Je me sentais comme une carotte moisie au fond du bac à légumes.»

Certains personnages sont plus attachants que le sont habituellement les personnages de Brussolo. Bien sûr, le lecteur prend fait et cause pour Mickie, comme souvent, lorsqu'il s'agit des personnages principaux créés par l'auteur, d'autant plus qu'elle ne fait pas partie des héros mous.
Sarah Jane est également attachante parce qu'elle est prise entre deux feux: on lui bourre le crâne, mais elle réfléchit, tente de se désengluer du destin qu'on lui promet.
Quant à Evita, elle aussi est complexe. Le lecteur ne peut ni réellement l'apprécier ni la trouver totalement antipathique.
Les parents de Sarah Jane représentent un thème récurrent chez Brussolo, et à chaque fois, très bien exploité: la folie et le fanatisme.

Note: J'ai lu ce roman dans le cadre du challenge Serge Brussolo organisé par Bambi Slaughter.

Éditeur: Fleuve Noir.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Bernard Delannoy pour la Bibliothèque Sonore Romande.
J'aime la façon de lire de Bernard Delannoy. En général, il a une lecture calme, agréable, sobre. Ici, j'ai trouvé qu'il lisait encore mieux que d'habitude. Il m'a semblé que son intonation était encore meilleure qu'avant (et elle était déjà très bonne).

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