Le voile de Téhéran

L'ouvrage:
Fin des années 60, Téhéran. Massoumeh a seize ans. Elle a obtenu le droit de poursuivre ses études, car son père l'aime profondément, et voit bien qu'elle est studieuse. Ses frères sont jaloux de la considération que leur père accorde à une fille. De ce fait, lorsqu'on découvre que Massoumeh et Saïd (le pharmacien) sont amoureux (ils ont échangé quelques lettres), les frères de la jeune fille exagèrent les faits et font en sorte de la marier.

Critique:
Ce roman brosse le portrait d'une femme qui, après avoir cédé au désespoir provoqué par un mariage arrangé, s'est ressaisie et a tenté de mener sa vie au mieux. Comme elle le dit elle-même, les épreuves forgent son caractère, la vie lui apprend à s'en sortir. Elle prônera toujours la tolérance et l'humilité. Bien sûr, elle ne tombe pas dans le travers qui consiste à tendre l'autre joue lorsque ses frères (et même sa mère) se comportent mal envers elle.

Elle est mariée à un homme qui s'est dévoué à un mouvement visant à renverser le Shah. Cela permet à Parinoush Saniée d'opposer deux visions radicalement différentes. Hamid, l'époux de notre héroïne, ne voit que par sa cause. Il veut faire le bonheur du peuple. Seulement, on se rend vite compte que tout cela est très abstrait pour lui. Dès qu'on n'est pas d'accord avec lui, il se met en colère. Il prône l'ouverture d'esprit, mais n'est pas capable d'en faire preuve. Il est très bon théoricien, mais lorsqu'il s'agit de mettre les choses en pratique, il n'y a plus personne. Ce n'est pas ses beaux idéaux qui ont nourri sa famille. Ce n'est pas eux qui ont élevé ses enfants.
À l'inverse, Massoumeh est croyante (ce que désapprouve Hamid), mais elle n'est pas aveuglée par sa religion. Elle a, du moins au début, certaines croyances qui me rebutent, mais elle sait agir quand il le faut, apprend de ses erreurs. Elle aussi, souhaite le bonheur du peuple, et ne demande pas mieux que d'y contribuer, mais elle ne veut pas le faire à travers la politique, mais à travers du concret, et forcément, à plus petite échelle. Et pourtant, c'est sa façon de faire qui fait avancer les choses. Elle finit par voir les mouvements politiques d'un oeil mi-exaspéré mi-amusé. Elle résume cela lorsque son second fils lui demande de porter le tchador pour aller rendre visite à la famille de sa future épouse. Hamid dit souvent que sa femme simplifie et ne comprend rien. Pourtant, c'est la vision de Massoumeh qui tient réellement compte de l'humain.

À la fin du roman, Massoumeh a plus de cinquante ans. Outre montrer la vie d'une femme courageuse et intelligente, Parinoush Saniée situe son roman ainsi afin de montrer les changements politiques qui s'opèrent en Iran. Changements qui font que l'un de ses frères conspue Hamid, puis sentant le vent tourner au niveau de la politique, l'encense. On voit également l'inconstance des choses, l'hypocrisie engendrée par les mouvements politiques, à travers ce qui arrive là où travaille notre héroïne.

Pendant tout le roman, Massoumeh apprend (et tente d'apprendre à ses enfants) à voir au-delà des mentalités, des conventions, à réfléchir, à avoir l'esprit critique, à faire au mieux, à s'affranchir des carcans du moment que cela ne nuit à personne. Voilà pourquoi la fin m'a surprise.

Afficher Attention, je dévoile certaines choses.Masquer Attention, je dévoile certaines choses.

Les enfants de l'héroïne réagissent d'une manière qui montre qu'ils n'ont aucune considération pour celle qui les fit vivre toutes ces années, et leur donna tout son amour sans réserve. Massoud et Shérine mettent en avant ce qui se fait, et Siamax ne peut supporter que son père soit remplacé. Massoud parle même de «devoir». Pour lui, rendre visite à sa mère est un «devoir».


Ma surprise ne vient pas seulement du fait que j'aurais préféré une autre fin. Ce que j'aurais préféré ne compte pas si ce qu'a fait l'auteur est bien fait. Ici, pour moi, c'est mal amené, parce que Massoumeh a donné une éducation différente à ses enfants. Cela ne cadre pas avec la réaction qu'ils auraient dû avoir, sauf peut-être Siamax. C'est la même chose concernant la décision finale de Massoumeh. Cela ne va pas vraiment à son caractère. Elle s'en explique, elle donne ses raisons, mais ce n'est pas très convaincant. L'auteur semble dire que malgré tout le positif que certains hommes parviennent à créer, d'autres s'ingénieront toujours à tout détruire. C'est sûrement vrai lorsqu'il s'agit de pouvoir, mais à l'intérieur d'une famille de ce genre, ce n'est pas très crédible. Cette fin a gâché ma lecture.

Éditeur: Robert Laffont.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Katia Delacroix pour la Ligue Braille.
La lectrice a une voix agréable. En outre, elle met l'intonation appropriée. Peut-être en fait-elle un peu trop, parfois, mais elle est toujours dans le ton. Ce qui est bien plus gênant, c'est qu'elle a laissé beaucoup d'erreurs de lecture, dont certaines (vers la fin) qu'elle ne corrige pas après les avoir faites.

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