Lecteur : Dekoninck Emmanuel

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jeudi, 12 janvier 2012

1Q84, Livre 1, d'Haruki Murakami.

1Q84, Livre 1

L'ouvrage:
Aomamé est coincée dans les embouteillages, elle sera en retard à un rendez-vous important. Le chauffeur du taxi lui indique qu'elle pourrait arriver à l'heure si elle prenait l'escalier de secours. Peu de monde le connaît. Elle sera, en quelque sorte, une privilégiée.
Peu après cette journée, Aomamé découvre certaines choses qui ne cadrent pas avec ce qu'elle sait du monde dans lequel elle vit.

Tengo écrit des romans. Il n'a encore rien publié. C'est alors qu'il se voit proposé de remanier entièrement un texte écrit initialement par une jeune fille de dix-sept ans. Ensuite, le livre concourra pour un prix attribué par la maison d'édition qui le charge du projet.

Critique:
Haruki Murakami est un auteur assez particulier. Je pense quand même qu'on ne peut rester indifférent à sa plume. J'ai trouvé ce roman particulièrement réussi. L'intrigue, si elle peut paraître tortueuse, est solide. Le lecteur ne pourra pas vraiment prévoir ce qui va arriver. S'il pressent certaines choses, l'auteur saura le surprendre.
De plus, Murakami écrit ici un roman hybride. Une touche de fantastique (qui deviendra sûrement plus importante), une pointe de suspense, un peu d'amour, quelques notes d'humour... Tout cela porté par une écriture ciselée, parfois poétique, parfois tranchante, toujours fluide et harmonieuse.
La structure ne m'a absolument pas gênée. Pourtant, outre l'alternance des chapitres (nous découvrons Aomamé dans les chapitres impairs et Tengo dans les chapitres pairs), le romancier use de retours en arrière. En général, je n'y suis pas trop favorable, mais ici, ils sont habilement placés. Le lecteur est confronté à une espèce de jeu de pistes qui n'a pas été pour me déplaire. Les révélations se font au bon moment.
À la fin, le lecteur entrevoit une chose qui, au départ, ne m'a pas vraiment plu. Je me suis dit que Murakami, qui, jusque-là, avait mené son roman d'une main de maître, tombait dans la facilité. Cependant, cette découverte peut être intéressante. D'abord, elle explique beaucoup de choses, et les esprits rationnels s'y retrouveront. Ensuite, il faut voir comment l'auteur tournera cette idée par la suite. Parfois, des choses déplaisantes se retrouvent intéressantes parce qu'exploitées de manière inattendue. Et on peut compter sur Murakami pour l'inattendu!

L'auteur aborde avec finesse et pertinence le thème de la justice. Comment ne pas comprendre et partager le point de vue d'Aomamé et de la vieille femme? D'un autre côté, si chaque personne trouvant quelque chose d'injuste devait faire justice soi-même, le monde serait un chaos. Tout cela est assez dérangeant. Pour moi, l'auteur pose bien les choses.
Un autre thème très connu est abordé: celui de l'influence. Là encore, l'écrivain excelle. Il décrit cela en peu de mots, de manière percutante.

Les personnages sont également intéressants. Ils sont caractérisés par l'écriture particulière de Murakami. Aomamé est pour moi, la plus représentative de cela, car elle est difficile à cerner. Elle a des idées très tranchées sur beaucoup de sujets, mais s'entoure d'une aura de mystère en se montrant taciturne. Elle semble avoir des qualités humaines, des valeurs, et également bouillonner, abriter une immense colère.
On retrouve ce mystère accru chez Fukaïri. Elle est complexe, et il est évident qu'elle n'a pas fini d'étonner le lecteur.
Quant à Tengo, il est moins épais que les autres, mais cela paraît voulu. Il semble être le réceptacle des désirs et des pensées d'autres (Fukaïri, sa petite amie, son éditeur...). Il est celui qui met en forme, qui tourne les choses, qui trouve la meilleure façon de les dire. Son calme et sa pondération sont une espèce de «récréation» au milieu de ces personnages tourmentés au fort caractère. Il n'est pas insipide à côté d'eux, n'est pas effacé par eux, comme cela aurait pu être le cas. Il semble n'avoir pas tout à fait mûri, il cherche encore quelque peu sa voie.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck et Maïa Baran.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Les voix des deux comédiens s'accordent très bien à l'ambiance et aux personnages du roman. Leur interprétation est juste. Ils transcrivent à merveille l'écriture et les idées de cet ouvrage.
L'univers de Murakami est souvent onirique: on nage en un monde où rien n'est acquis, où tout peut très vite changer d'une manière radicale, où on a l'impression de rêver. La voix d'Emmanuel Dekoninck, douce, mélodieuse, et feutrée est particulièrement adaptée à cette ambiance. Celle de Maïa Baran est adaptée au personnage d'Aomamé. Elle a su en jouer au gré des sentiments de la jeune femme. Tour à tour douce, impérieuse, posée, sèche, tranchée, mais toujours agréable, toujours en harmonie avec Aomamé. Je regrette seulement qu'elle prenne une voix un peu chevrotante (même si elle n'exagère pas), pour la vieille femme.
Je serai ravie de retrouver ces deux comédiens dans les livres 2 et 3!

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mardi, 8 juin 2010

Meurtre dans un jardin indien, de Vikas Swarup.

Meurtre dans un jardin indien

L'ouvrage:
Inde.
Vicky Rai, producteur, et fils du ministre de l'intérieur a été assassiné d'une balle en plein coeur, lors d'une soirée qu'il donnait pour fêter son acquittement pour meurtre. On a arrêté six invités en possession d'une arme à feu. Le rapport balistique dira bientôt qui a tiré le coup mortel.

Vicky Rai était un être détestable. On n'a aucune peine à imaginer que des gens puissent lui en vouloir au point de le tuer. Mais qu'est-ce qui aurait motivé nos six suspects? C'est ce que nous découvrons tout au long du roman.

Critique:
L'auteur réussit un tour de force, en prenant une trame absolument insipide (Quoi de plus éculé qu'un meurtre, six suspects, et la recherche du coupable?), et arrive à passionner le lecteur. Il ne faut pas lire ce roman pour un suspense haletant, ce n'est pas son but. La trame policière est secondaire, même si elle a son importance, et même si, elle est là, en filigrane, et que le lecteur ne la perd jamais de vue.
Il n'y a pas vraiment de temps morts. Le livre dure quatorze heures, et je l'ai dévoré. On se sent très vite entraîné dans les histoires de ces personnages, tous différents les uns des autres. J'avoue que je me suis juste un peu ennuyée pendant les chapitres sur Jagannath Rai, car la corruption dans toute son horreur m'inspire surtout de la répulsion... La facilité avec laquelle cet homme élimine les problèmes est répugnante, et finit par être lassante. Malheureusement, c'est assez réaliste. Pas forcément en Inde, ce genre de choses existe partout... Bien sûr, là, c'est à très grande échelle.

Certaines choses sont un peu grosses. Par exemple, l'envoûtement de Mohan Kumar. Le lecteur sait comment il a eu lieu, et il finit par savoir pourquoi. Cela rend la chose un peu plus crédible, mais c'est un peu gros. J'ai fait passer cela en en riant, en le prenant avec humour.

Autre chose d'énorme: Larry Page, l'un des suspects! C'est la bêtise faite homme! Quel trésor de stupidité! C'est tellement gros que le lecteur est partagé entre agacement et rire. C'est pire que la caricature du texan abruti. Je me refuse à croire qu'un auteur aussi fin que Vikas Swarup ait décidé de créer un personnage qui serait représentatif des Américains à ses yeux. Je ne pense pas que ce soit une critique au vitriol des États-Unis, je pense juste que l'auteur a voulu créer un personnage qui serait une farce à lui tout seul, afin d'amuser franchement son lecteur.
Ce personnage est si bête!!! On lui démontre qu'il a été possédé par une femme, et il trouve une autre raison à ce «concours de circonstances». Ensuite, quand le détective privé le promène à sa guise, il ne marche pas, il court! La défection dudit détective ne lui met même pas la puce à l'oreille! En plus, il a la chance des idiots!
S'il est amusant, il est beaucoup moins digne d'intérêt que d'autres comme Munna ou Eketi, ou même Shabnam Saxena.

À propos de cette dernière, elle est plus complexe. Je l'ai trouvée assez crédule, un peu idiote, mais finalement, attendrissante. Elle tire le meilleur parti qu'elle peut de la vie, même si elle n'a pas encore la tête assez garnie. ;-)
Je lui préfère de très loin des personnages comme Eketi et Champi. Eux aussi pourraient être caricaturaux, car leur sagesse, leur façon d'aller à l'essentiel pourraient ne pas être crédible. Pourtant, je les ai trouvés épais, et ils ont su me toucher.
Je me suis également attachée à Munna. Il est plus vraisemblable que les autres. Lui aussi tente de tirer le meilleur parti possible de la vie tout en gardant une certaine intégrité.

Que dire de la fin? Elle va bien avec le roman: certaines choses sont crédibles, d'autres sont tirées par les cheveux.
La décision finale de Shabnam peut s'expliquer par ce qu'elle a vécu, mais ce n'est pas très vraisemblable.
La façon dont est «réglée» l'affaire Vicky Rai est en accord avec le genre de choses qui arrivent dans le roman. Finalement, il n'aurait pas pu en être autrement. pourtant, j'ai été très déçue par une chose. Ce qui m'a déçue semble montrer qu'il n'y a pas d'espoir, même si, ensuite, les choses semblent bouger. Elles bougeront pour combien de temps? Et cela sera-t-il réellement profitable à la population? Ce sera juste un coup de publicité pour le ministre, puis tout recommencera.
Quant à l'identité du coupable... c'est à la fois vraisemblable et tiré par les cheveux!

Malgré ce qui m'a déplu, j'ai passé un très bon moment avec ce roman qui suscitera plusieurs sentiments chez le lecteur.

Remarque annexe:
J'ai apprécié le clin d'oeil de l'auteur à son précédent roman. D'autant qu'il est fait par une phrase humoristique.

Je tiens à remercier Mélo qui m'a donné l'orthographe des noms propres du roman.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib. Il sort en audio le 16 juin.

Emmanuel Dekoninck a déjà enregistré la trilogie «Millénium». Ayant arrêté ma lecture de ce roman assez rapidement, «Meurtre dans un jardin indien» est le premier roman lu par lui que j'entends. J'ai beaucoup aimé sa prestation. Non seulement il met le ton approprié sans surjouer, mais il reste tout à fait naturel lorsqu'il s'agit de prendre une voix légèrement différente pour les femmes. Cela n'est pas facile, et en général, je préfère que les lecteurs ne s'y essaient pas. Mais là, c'est fait tout en finesse, tout en nuances, il n'y a rien à redire!
Il va de soi que le lecteur a été également performant lorsqu'il a légèrement changé sa voix pour d'autres personnages. J'ai souligné les rôles féminins, car il est assez difficile pour un lecteur, qui tient à modifier sa voix, de les interpréter naturellement.

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