Lecteur : Dekoninck Emmanuel

Fil des billets - Fil des commentaires

mardi, 16 juillet 2019

L'homme qui savait la langue des serpents, d'Andrus Kivirähk.

L'homme qui savait la langue des serpents

L'ouvrage:
Estonie.
Leemet est né au village. Son père voulait vivre avec son temps, labourer, manger du pain... Mais peu après la naissance de son fils, il est mort. Sa femme, qui détestait vivre au village, est retournée habiter dans la forêt, emmenant ses deux enfants. Leemet raconte sa jeunesse, sa famille, ses amis, et comment il en vient à se poser des questions quant aux croyances de ceux qui préfèrent vivre au village.

Critique:
Lorsque j'ai décidé de lire ce roman, j'ai provoqué l'étonnement d'une amie grande lectrice. Elle n'était pas du tout tentée par ce livre, et était persuadée qu'il ne me plairait pas. Je trouvais qu'il pouvait être étrange, mais mon instinct me disait de l'essayer. Je suis ravie de l'avoir écouté. Ce roman m'a beaucoup plu. Il m´est assez difficile d'écrire une chronique le concernant, car il fait partie de ces livres auxquels, à mon avis, je ne saurai pas rendre hommage.

Andrus Kivirähk manie l'humour à merveille. Il s'en sert souvent pour montrer qu'il ne faut pas s'enchaîner à un dogme religieux ou à des superstitions. Le narrateur commence par être fasciné par le village et ceux qu'on y rencontre (il y a d'ailleurs des passages très cocasses concernant le pain), puis il réfléchit, et ne comprend pas pourquoi il devrait avoir foi en Dieu (il en a assez de devoir croire à des génies de la forêt, et pour lui, Dieu n'est qu'un génie supplémentaire), être baptisé, changer de prénom... L'auteur se moque ici de la religion lorsqu'elle devient fanatisme. Il se gausse également d'Ülgas (le vieux «sage») qui ne jure que par les génies, et se targue de savoir guérir n'importe quoi. Outre les discussions que Leemet a avec des croyants fanatiques, il y a certaines scènes qui font qu'on ne peut que railler les participants. Par exemple, Johannes étant persuadé de pouvoir sauver sa vache mourante grâce à des remèdes que lui ont appris les étrangers (personnes à qui il pense tout devoir), ou de jeunes villageois se disputant parce que chacun est sûr de reconnaître... l'origine du crottin qu'ils trouvent lors de leurs pérégrinations... À travers tous ces exemples, l'auteur dit que ce qui compte, c'est surtout d'agir en son âme et conscience, et avec bon sens. On peut croire en Dieu ou aux génies, mais pourquoi y obliger les autres?

Les rares habitants de la forêt se replient quelque peu sur leurs traditions, mais le narrateur montre que certaines sont utiles. Par exemple, il est content d'avoir appris la langue des serpents, de pouvoir communiquer avec la plupart des animaux par ce biais. Là encore, c'est son bon sens qui parle. Bien sûr, en réalité, on ne peut pas opposer la modernité au fait de connaître la langue des serpents, puisque l'homme n'a jamais pu communiquer avec les serpents et les autres animaux. Cependant, l'auteur montre que les chrétiens qui vilipendent les serpents n'auraient qu'à les laisser tranquilles afin de ne pas être mordus. Le narrateur méprise les chasseurs qui se mettent à plusieurs pour terrasser un seul animal (élan, chevreuil, etc). Je n'ai pas la possibilité (comme Leemet) de pousser un animal à se sacrifier pour pouvoir manger, mais je méprise également le genre de chasseurs dont il parle.

D'autres scènes cocasses sont engendrées entre autres par le curieux élevage pratiqué par les anthropopithèques. La dernière scène où cet élevage est présent commence par être étonnante, puis à la fois heureuse (pour le narrateur), et triste (pour l'élevage). Le roman est un peu à cette image: au début, et pendant une grande partie, on rit, on est étonné de la manière dont ces gens vivent. Ensuite, viennent des moments plus durs... À partir de là, j'ai eu peur que le livre me plaise moins, mais cela n'a pas été le cas. Il a pris un autre tournant, et si j'en ai été attristée, j'ai continué de suivre Leemet avec grand intérêt. Je me demandais (comme souvent quand un roman me plaît) comment je réagirais à sa place. Je préférerais ne pas être confrontée à ce qu'il vit, et donc ne jamais connaître la réponse à cette question. Toujours est-il que cette interrogation m'a aidée à ne pas en tenir rigueur à Leemet lorsqu'il dérape...

La postface du traducteur explique certaines choses. Cela m'a intéressée.

Service presse des éditions Audiolib.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck.

Il m'a plu de retrouver ce comédien dont j'aime beaucoup le jeu toujours naturel et adéquat. Ici, il n'a pas démérité. Je suppose qu'il s'est renseigné quant à la manière de prononcer les noms propres. Je ne sais pas comment il s'est débrouillé, mais ses prononciations (forcément avec une inflexion particulière et inhabituelle pour moi) ne m'ont absolument pas gênée. Je crois que c'est un tour de force de sa part, car généralement, dès qu'il y a un accent autre que celui de la langue principale dans un livre audio, cela me déplaît.

Acheter « L'homme qui savait la langue des serpents » sur Amazon
Acheter « L'homme qui savait la langue des serpents » en audio sur Amazon ou en téléchargement audio (Audible.fr)

mercredi, 18 mars 2015

Alors voilà, de Baptiste Beaulieu.

Alors voilà

L'ouvrage:
Baptiste Beaulieu est interne en médecine. Il raconte une semaine de son travail d'urgentiste.
Il raconte des histoires. Au lecteur, certes, mais aussi à la patiente de la chambre 7. Cette patiente (qu'il surnomme la femme-oiseau-de-feu) est sur le point de mourir de son cancer. Seulement, elle veut attendre son fils, Thomas, dont le vol est coincé à cause de perturbations atmosphériques. Alors, Baptiste va tenter de l'aider à survivre jusqu'à l'arrivée de Thomas en lui racontant ce qu'il se passe aux urgences et ce que des collègues lui ont raconté.

Critique:
Si j'ai bien compris, ce livre a été écrit après que le blog de Baptiste Beaulieu a rencontré un vif succès. Je l'ai un peu visité, mais je n'ai lu que ce qui avait été écrit en 2015, donc je ne sais pas si ce qui est raconté dans le livre est également lisible sur le blog.

Le narrateur croque la vie à pleines dents, et tente d'en tirer le meilleur. Si son parcours lui montre une humanité parfois sordide, il retient aussi les expériences heureuses, et surtout, s'exhorte à ne pas avoir de préjugés sur les personnes qui ne sont pas agréables au premier abord.

Les histoires contées ici sont cocasses, tendres, parfois surprenantes, parfois tristes, parfois belles, parfois sordides... C'est la vie... Je ne me rendais pas compte qu'au service des urgences, on pouvait voir défiler une humanité disparate. Certains exemples donnés par l'auteur sont navrants, mais pas tellement surprenants, si on y réfléchit bien. L'histoire la plus absurde est (selon moi) celle de l'homme qui vient aux urgences parce que lorsqu'il fait un certain geste, cela lui fait mal au coude. Lorsque l'auteur décrit le geste, on comprend que n'importe qui aurait mal en le faisant... Je ne donne qu'un exemple, mais le livre regorge d'histoires de tous types.

J'aime bien les surnoms que l'auteur donne à certains médecins (ainsi, pas besoin de s'embêter à leur trouver des noms pour le livre): chef Gueulard est sûrement celui qui mérite le plus son surnom. Quant aux autres personnes évoquées, elles font toutes preuve d'humanité, même si certaines sont maladroites.

L'auteur possède un style bien à lui: imagé, fleuri. Le livre est plein de phrases percutantes, souvent caustiques, de petits conseils pour que la vie et les relations humaines se passent mieux. Baptiste Beaulieu sait raconter, sait dire ce qui fera réfléchir, sait faire rire. J'espère que son deuxième livre sortira également en audio.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck.
Ce livre m'a été envoyé par les éditions Audiolib.
Emmanuel Dekoninck fait partie des comédiens qui peuvent tout enregistrer: du policier (Vikas Swarup, Franck Thilliez), du fantastique / onirique / initiatique (Murakami), du classique (Fitzgerald)... Ici, il n'a pas démérité.

Acheter « Alors voilà » en audio sur Amazon
Acheter « Alors voilà » sur Amazon

mercredi, 16 avril 2014

Puzzle, de Franck Thilliez.

Puzzle

L'ouvrage:
Chloé reprend contact avec Ilan, son ancien petit ami. Elle lui dit qu'elle continue de participer au jeu Paranoïa. Elle l'exhorte à s'y remettre: en effet, il y a 300000 euros à gagner. Avec réticence, Ilan se replonge dans cet univers qu'il avait tenté de quitter.
Mais ce jeu est-il vraiment sans risques?

Critique:
Mon sentiment est mitigé quant à ce livre. Je reconnais que Franck Thilliez a su tisser un écheveau compliqué dans lequel le lecteur sera aussi perdu que les personnages. On sent confusément qu'il y a une espèce de jeu de pistes, et lorsqu'on croit tenir une partie de la solution, quelque chose la remet en question. On ne sait plus ce qui est jeu, ce qui est vrai, ce qui est délire du héros... En outre, l'auteur a réussi à tout agencer, sans rien laisser au hasard, sans qu'il y ait d'incohérences. Il y a d'ailleurs un moment où je pensais en tenir une, et où j'attendais le romancier au tournant. Il l'a bien sûr expliquée.

L'écrivain décrit également très bien l'état dans lequel on est lorsqu'on est dans une situation comme celle qu'engendrerait un jeu comme Paranoïa: on soupçonne tout le monde, on a peur du moindre détail... Je me suis mise à la place des joueurs, et la façon dont tout cela est décrit m'a fait ressentir la tension presque insupportable qui les gouvernait.

Malgré ces points positifs, j'ai été gênée par la solution, ce que nous découvrons à la fin du chapitre 63 et qui est expliqué au chapitre 64. D'abord, j'ai été ennuyée parce que j'avais trouvé la clé de l'énigme, et ce depuis longtemps. Ensuite, je n'ai pas aimé cette révélation (quand je l'ai devinée, j'espérais que je m'étais trompée), car pour moi, c'est une solution de facilité. À trop vouloir embrouiller le lecteur, à trop vouloir faire une fin spectaculaire, on tombe dans le cliché. D'autre part, deux autres auteurs ont construit leurs livres à peu près de cette manière. L'histoire n'est pas la même, mais le résultat est similaire. Ces deux livres me sont venus en tête, car la construction et la solution sont vraiment très proches de celles de «Puzzle», mais il y en a peut-être d'autres. Outre le fait que ce procédé commence à être trop employé à mon goût, j'ai été très déçue qu'un auteur comme Franck Thilliez soit tombé dans cette facilité. J'ai aimé le procédé dans les deux autres livres, parce que je l'ai trouvé bien utilisé. Cependant, un emploi répété commence à le tuer. D'autre part, dans ce roman, je ne le trouve pas très surprenant, alors que je souhaitais être étonnée.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
J'ai été très contente de retrouver ce comédien qui a su jouer de sa voix afin de rendre au mieux l'ambiance à la fois mystérieuse et effrayante qui a cours tout au long du roman. En effet, la voix d'Emmanuel Dekoninck se prête très bien à ce genre de romans, tout comme à ceux aux ambiances oniriques tel «1q84» qu'il a également enregistré. Ce comédien est toujours choisi pour interpréter des livres dont il met le style et l'ambiance en valeur.

Acheter « Puzzle » en audio sur Amazon
Acheter « Puzzle » sur Amazon

jeudi, 19 avril 2012

1Q84, livre 3, de Haruki Murakami.

1q84 Livre 3

Note: Si vous n'avez pas lu les deux premiers tomes, mieux vaut ne pas lire cette chronique.

L'ouvrage:
Comme prévu, Aomamé est recherchée par la secte dont elle a tué le leader. Elle se terre dans l'appartement mis à sa disposition par la vieille dame. Cependant, elle a une autre excellente raison de vouloir y rester.
Quant à Tengo, il est au chevet de son père qui est dans le coma.

Critique:
À la fin du livre 2, le lecteur est perplexe. En tout cas, ce fut mon cas. Je me disais que l'histoire ne pourrait pas se poursuivre... Et puis, j'ai eu une idée en me disant qu'elle était trop absurde, trop fantaisiste, peu crédible. C'est pourtant ce qu'a fait l'auteur. Et sous sa plume, cette hypothèse qui me paraissait inepte alors que je l'envisageais, m'a semblé recevable. C'est un peu le propre de Murakami, surtout dans ce roman: il nous fait accepter tout ce qu'il veut. D'abord, il explique tout, et rationalise l'irrationnel. Ensuite, il parvient à créer un monde dans lequel rien n'est vraiment surprenant, justement parce qu'il sait amener ses situations. Enfin, les personnages sont un peu comme le lecteur: ils s'étonnent tout en se disant qu'il ne le faut pas, que c'est ainsi, qu'ils n'ont qu'à en prendre leur parti.
C'est grâce à cette atmosphère, habilement construite par l'auteur, que le lecteur acceptera que la sonnerie du téléphone semble différente quand c'est tel personnage qui appelle, que la cigarette d'Ishikawa soit perceptible à son interlocuteur téléphonique, que la famille d'Ishikawa soit si comique tant elle est confinée dans le paraître et la petitesse.
Et c'est bien sûr cette ambiance et cette écriture propres à Murakami qui fera qu'on acceptera sans sourciller cette étrange histoire d'amour: ses incongruités, ses incohérences, sa beauté, son romantisme un peu désuet. Tout ce qui fait son charme et son intemporalité.

J'avais peur que l'auteur s'enferre dans l'histoire des little people etc. Je craignais un ressassement de ce côté. Murakami ne fait pas cela.
Son intrigue est différente. À l'instar des personnages, elle est moins mouvante. Cet immobilisme m'a plu, mais m'a également gênée. D'abord, j'ai apprécié de voir Tengo et Aomamé dans des situations auxquelles ils n'ont pas l'habitude, surtout Aomamé. Voilà l'impétueuse Aomamé obligée d'attendre, jouant sa vie sur sa patience. C'était étrange de la voir ainsi, elle qui ne semble vraiment profiter que de l'action. On retrouve sa personnalité entière, sa volonté forcenée d'atteindre son but. Mais comme elle est forcée à l'immobilisme, on a l'impression de moins la retrouver.
Quant à Tengo, il semble davantage mûr et réfléchi.

La lenteur est renforcée à cause de l'enquête d'Ishikawa. Il remonte la piste d'Aomamé, et s'il apprend des choses, ce sont des répétitions pour le lecteur. J'ai trouvé cela un peu lourd.
D'autre part, la façon dont il fait le rapprochement entre Tengo et Aomamé m'a paru un peu grosse...

Comme je le pensais, certains détails ont leur importance... pas forcément ceux auxquels je m'attendais. J'ai bien aimé ces clins d'yeux au lecteur attentif, ce louvoiement entre fiction et réalité, ce mélange des deux.

J'ai aimé les scènes où le collecteur de la NHK vient tambouriner à la porte d'Aomamé. À l'instar du livre, elle peuvent être lue à plusieurs niveaux. D'abord, le lecteur ressent la peur de l'héroïne, tapie dans l'appartement, tentant de faire en sorte que sa présence ne puisse être décelable. Mais on ne pourra s'empêcher de rire de l'insistance que met le collecteur, ainsi que de ses propos, totalement disproportionnés par rapport à la faute commise (surtout qu'apparemment, il n'y a pas faute). Cela rappelle les dictatures: à partir du moment où cet homme frappe, on ne se sent plus chez soi, on se sent violé et humilié. Bien sûr, tout cela n'est qu'une facétie de Murakami, un fil de l'air avec lequel il relie Tengo et Aomamé, leur monde et l'autre monde, le passé et le présent...

À la fin de l'ouvrage, il y a un entretien avec Hélène Morita, la traductrice. Je l'ai trouvé très intéressant. Outre les problèmes posés par le texte, la traductrice évoque certaines idées du roman.

Quant à la fin, elle m'a plu. Pour moi, il n'y avait réellement que deux possibilités, et je préfère celle qu'a choisie l'auteur. D'abord parce qu'elle me satisfait, mais aussi parce que ce n'était pas forcément ce à quoi on aurait pu s'attendre. C'est encore une manière pour l'auteur de détourner certains codes.

Ce roman envoûtant n'est pas de ceux qu'on oublie sitôt refermés. Il contient le monde dans ce qu'il a de plus divers. Il est à lire et à relire. Je pense qu'il faut l'aborder plusieurs fois, avec un vécu différent, et on en retirera toujours quelque chose.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck, Maia Baran, et Philippe Résimont.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Il n'était pas facile de trouver une voix qui s'insèrerait dans le duo parfait formé par Emmanuel Dekoninck et Maia Baran. Philippe Résimont a su relever le défi. D'une voix feutrée, il s'est glissé dans l'histoire. J'ai trouvé que sa voix était parfois trop sourde, mais en fait, cela collait bien avec Ishikawa, sa mission, et la façon dont il devait l'accomplir.
J'ai été un peu déroutée que les comédiens prononcent NHK soit «normalement» soit avec une espèce d'accent anglo-japonais. Je suppose que lorsqu'ils le prononcent ainsi, c'est écrit différemment...

Acheter « 1q84 livre 3 » en audio sur Amazon

Acheter « 1q84 livre 3 » sur Amazon

lundi, 13 février 2012

1q84, livre 2, de Haruki Murakami.

1q84, livre 2

L'ouvrage:
Aomamé est confrontée à la mission la plus périlleuse de sa carrière de l'ombre. Elle souhaite l'accomplir, mais elle sait qu'elle n'y survivra peut-être pas.

Tengo se voit faire une étrange proposition par une curieuse association. Pendant ce temps, Fukaïri brille par son absence...

Critique:
J'ai d'abord retrouvé les deux personnages avec contentement. Je m'étais attachée à eux, j'avais envie de connaître la suite de leurs aventures.
D'autre part, ce que je craignais à la fin du tome 1 n'est pas arrivé, et je pense que cela n'arrivera pas. Je préfère qu'il en soit ainsi. Murakami aurait certainement fait quelque chose de brillant de cette idée, mais cette ficelle ayant été surexploitée, il m'aurait paru indigne de cet auteur qu'il l'employât.

Au fur et à mesure de mon avancée dans ce roman, j'ai eu la sensation d'entrer dans une espèce de labyrinthe onirique. Cela n'a pas été pour me déplaire, même si, parfois, j'ai trouvé l'auteur dur à suivre. J'ai aimé cette ambiance particulière qu'il distille avec art, cette atmosphère entre rêve et réalité.

Si le tome 1 présentait un petit côté fantastique, le tome 2 est beaucoup plus orienté dans ce sens. L'auteur utilise certains codes connus (les Little People sont des topoi du genre, même s'ils ne sont pas des répliques exacte de ce qu'on connaît). Ce mélange de fantastique et de délire aurait pu m'agacer, pourtant, l'intrigue est solide, et le fantastique s'y insère très bien. Ce que font les Little People est aussi quelque chose d'assez classique, mais c'est renouvelé par la façon dont ils s'y prennent. J'adore l'idée de construire une chrysalide à partir de fils attrapés dans l'air.

De par ce fantastique, le lecteur se retrouve confronté à deux points de vue radicalement différents. Si on prend l'histoire ancrée dans la réalité, on voit d'horribles actes commis par un pervers, des enfants détruits, des personnes assujetties. Si on prend en compte l'aspect fantastique, tous nos repères se trouvent mis à mal, et les choses ne sont pas du tout ce qu'elles paraissent. J'aime beaucoup ce glissement: l'auteur propose deux façons de voir totalement opposées, et pourtant, toutes deux peuvent cohabiter. Quel tour de force!
J'ai moins aimé l'idée que deux personnages doivent obligatoirement s'unir charnellement, parce que c'est dans l'ordre des choses voulues par l'aspect fantastique de l'histoire.

J'ai la sensation que tout est imbriqué. C'est-à-dire que des éléments qui semblent n'être pas rattachés à l'intrigue principale le sont. Par exemple, ce qui se passe avec le père de Tengo: c'est d'abord quelque chose qui aide le jeune homme à évoluer, à s'ouvrir. Mais je pense que c'est lié à l'intrigue principale. Je suis également convaincue que le caoutchouc défraîchi d'Aomamé aura une grande importance par la suite. Je verrai si le tome 3 me donne raison.

J'ai lu peu de romans de Murakami, mais je me rends compte qu'on retrouve certains thèmes qui lui sont chers. Par exemple, l'écriture. Ce thème est très présent. Plusieurs de ses facettes sont pertinemment explorées. D'autre part, l'écriture est étroitement mêlée à l'intrigue principale, et contribue à l'aspect labyrinthique de l'ouvrage.
Ce qui arrive au père de Tengo à la fin du tome 2 rappelle ce qui arrive à Nakata dans «Kafka sur le rivage». C'est seulement présenté sous une autre forme, et cela signifie autre chose.

J'ai apprécié la façon dont l'histoire d'amour est mise en place. Ce n'est pas vraiment un coup de foudre, pas une simple attirance... C'est comme si les personnages se devinaient l'un l'autre, comme si Aomamé avait tissé un lien invisible en serrant la main de Tengo. C'est mystérieux, romantique, insolite...

La fin du tome 2 fait qu'on sera pressé de lire le 3. En effet, ce qui se passe au chapitre 23 laisse le lecteur désemparé. Je ne peux pas m'empêcher d'espérer que quelque chose s'est déréglé, et que le geste n'a pas été suivi des faits, mais je n'y crois pas. Je me demande donc comment l'auteur va relancer son intrigue.

La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Emmanuel Dekoninck et Maïa Baran.
Ce livre m'a été offert par les éditions Audiolib.
Outre les personnages, j'ai été ravie de retrouver les comédiens. Ils sont toujours aussi talentueux. Il me semble que Maïa Baran fait moins de manières lorsqu'il s'agit d'interpréter lavieille femme. Mais peut-être ai-je ressenti cela parce qu'on ne voit pas beaucoup ce personnage.
J'ai préféré la façon de Maïa Baran de prononcer «mother», «daughter», etc. Emmanuel Dekoninck y met un peu plus d'accent (pas énormément).

Acheter « 1q84, livre 2 » sur Amazon

Acheter « 1q84, livre 2 » en audio sur Amazon

- page 1 de 2