jeudi, 30 mai 2013

La nature de l'air et de l'eau, de Regina McBride.

La nature de l'air et de l'eau

L'ouvrage:
Irlande, années 60.
Clodagh Sheehy a grandi dans une grande maison non loin de la mer. Sa mère, Agatha, a été reléguée dans cette maison après la mort de son mari, Franck. Les soeurs de Franck ont toujours désapprouvé ce mariage qu'elles considéraient comme une mésalliance.

Clodagh cherche à se faire aimer de sa mère, jeune femme égoïste et instable, et tente également de percer le mystère qui émane d'elle.

Critique:
J'ai été déçue par ce livre que j'ai trouvé inégal. Au début, je me suis attachée à Clodagh, enfant qui recherchait l'amour de sa mère, et qui, à part la domestique, n'avait pas de personnes sûres sur qui s'appuyer. J'ai même admiré la jeune fille qui finit toujours par accepter sa mère telle qu'elle est, alors que celle-ci ne sait que rejeter ceux qui veulent l'aimer.
Par la suite, le caractère bien trempé de l'héroïne m'a plu. Elle n'avale pas tout rond les dires des religieuses, elle s'accroche à ses opinions, refusant de se compromettre en échange d'une amitié qu'elle sait frelatée, mais dont, pourtant, elle a grand besoin.

Seulement, le côté malsain du personnage me l'a fait trouver antipathique. Elle a hérité du charme, de l'impétuosité, et de la sensualité de sa mère, c'est une chose. Parfois, elle flirte même avec un brin de folie. Cependant, le plus terrible n'est pas là. Il est dans ce qu'elle continue de faire alors qu'elle est au courant d'une certaine situation. Comme sa mère, elle semble n'avoir aucune conscience.

Outre le personnage, si l'intrigue a un certain charme, au début, si on a envie de savoir la suite, cela s'émousse rapidement. À l'adolescence de l'héroïne, l'histoire s'essouffle. Par ailleurs, la jeune fille et sa mère sont les seuls personnages vraiment forts du roman. Les autres gravitent autour d'elles, mais ne laissent pas vraiment d'empreintes. Elles les écrasent de leur présence. Elles prennent trop de place, car elles ne sont pas positives, surtout Agatha. Angus est peut-être un peu plus consistant que les autres (il a également l'avantage de «combattre» l'aura des deux femmes), mais on le voit trop peu pour qu'il fasse réellement contrepied.

D'autre part, Regina McBride emploie une ficelle bien trop facile. Lorsque Clodagh «donne son nom» à Angus, on se doute que si elle disait la vérité, l'espèce de «surprise» que réserve la romancière serait éventée. Je l'ai vue venir de très loin! La technique manque beaucoup de subtilité. On me dira que Clodagh a sûrement fait ça pour garder une part de mystère, et peut-être aussi par folie, mais cela ne cadre pas vraiment avec son comportement habituel.

L'ambiance est certes bien rendue: cet endroit de l'Irlande, peuplé de légendes, cette intrigue où la mer joue un rôle important... Mais l'atmosphère et le décor ne font pas tout.

Éditeur: Albin Michel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par madame Dejoie pour l'association Valentin Haüy.

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lundi, 2 mai 2011

Walhalla, de Graham Masterton.

Walhalla

L'ouvrage:
Craig Belman a réussi. C'est un avocat aux dents longues, marié, ayant une maîtresse... C'est alors que son monde s'écroule le soir où il est agressé. Par la suite, il n'a plus goût à rien, se montre irritable... C'est alors qu'au cours de vacances avec sa femme, Effie, il découvre Walhalla, une immense maison dont le magnétisme l'attire aussitôt. L'habitation est chère, et a besoin d'être restaurée, mais Craig n'en a cure: il veut l'acheter.

Critique:
Je crois que ce genre de romans n'est pas ma tasse de thé. En effet, je n'ai pas vraiment adhéré à cette histoire de vibrations psychiques, de fortes personnalités qui reviennent pour continuer leurs vies... Pourtant, l'histoire est bien expliquée, l'intrigue est bien agencée, tout se tient. On sent que l'auteur n'a pas bâclé son travail. Je pense donc que c'est moi qui ai du mal à apprécier ce genre.

Par ailleurs, je n'ai pas pu m'attacher aux personnages. Craig est assez méprisable. Au début, il est imbu de lui-même, et par la suite, cela ne change pas beaucoup, même s'il n'est plus vraiment lui-même.
Effie est sympathique, mais je l'ai trouvée trop fade pour vraiment l'apprécier. Pourtant, elle évolue au long du livre, et finit par ne plus être la pauvre chose pathétique qui dit amen à tout. Il n'en reste pas moins que je n'ai pas pu vraiment m'attacher à elle.
Pepper et Norman sont sympathiques, mais pas assez pour contrebalancer l'antipathie ou l'indifférence que je ressentais à l'égard des personnages principaux.

Par ailleurs, il y a trop de scènes sanglantes pour moi. Je n'aime pas ce que j'appelle le spectaculaire... Ici, je pense surtout à la scène de Morton et du tuyau... surtout que les rats viennent se greffer là-dessus! Je pense aussi à la scène où Effie a affaire aux rats (un peu répétitif), et à celle où Jack poursuit Norman. Mais il y en a d'autres. Ces scènes m'ont paru trop longues et trop sanglantes.

Je n'ai pas aimé ce que laisse entrevoir l'épilogue. C'est une ficelle éculée utilisée par tous (ou presque) les écrivains du genre. J'ai donc trouvé que cela manquait d'originalité.
D'une manière général, le roman m'a paru sans réelles surprises.
Outre la fin, on retrouve d'autres topoi du genre: les deux noms de familles ressemblants (Belman, Belias), le père de Jack Belias s'appelait Craig...

Éditeur: Presses de la cité.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par madame Dejoie pour l'association Valentin Haüy.

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lundi, 3 janvier 2011

Le ciel tout autour, d'Amanda Eyre Ward.

Le ciel tout autour

L'ouvrage:
Karen, vingt-neuf ans, est dans le couloir de la mort d'une prison texane. Elle sera exécutée le 25 août. Elle est accusée d'avoir assassiné des hommes après avoir couché avec eux. Si, dans certains cas, la légitime défense pourrait être prouvée, ses derniers meurtres restent inexplicables. Parmi ses victimes, Henry, un passant innocent, qui s'est trouvé au mauvais endroit au mauvais moment.

Célia, la veuve d'Henry, ne se remet pas de cette perte. Voilà cinq ans qu'elle attend l'exécution de Karen.

Franny hésite à se marier. C'est alors que la perte de son oncle lui fait prendre certaines décisions.

Critique:
Voilà un livre bouleversant, dont la force n'est gâchée par aucune longueur. Un livre qui crie que rien n'est aussi simple qu'on pourrait le croire, en analysant pertinemment des personnages, et les situations auxquelles ils sont confrontés sans jamais tomber dans le mièvre ou le pathos.
L'auteur entremêle trois intrigues, les vies de ces trois femmes, venues de milieux différents, ayant des existences dissemblables, et qui, pourtant, auront affaire les unes aux autres. Il est assez étrange de voir se côtoyer la détresse de ces femmes: chacune souffre à sa manière, à son échelle.

Le personnage de Karen est complexe. Ce n'est pas simplement une meurtrière. Entre ce qu'elle a vécu, les agressions qu'elle a subies, et son amour pour Ellen, on la trouvera terriblement humaine. On pourra expliquer qu'elle ait fini par perdre les pédales, et ait tué des personnes qui ne lui avaient rien fait.
Faut-il ressentir de la compassion pour ce personnage? Faut-il la considérer froidement? Justement, il n'y a pas de conduite appropriée. On ne peut que déplorer que Karen n'ait pas été aidée avant, car bien sûr, il est trop tard, puisqu'elle a commis l'irréparable.
L'attitude des gens vis-à-vis de Karen est partagée, et montre bien que chacun voit les choses selon un certain angle. Tout cela m'a fait réfléchir. Franny n'a pas subi de perte à cause de Karen, elle n'éprouve donc aucune rancoeur à son égard, et demande un peu de compassion pour une femme rongée par la maladie. C'est la même chose quant à l'avocat de la meurtrière.
Célia est aveuglée par son incommensurable chagrin. Elle reconnaît que l'exécution de Karen ne lui rendra pas son mari, mais elle souhaite que quelque chose soit fait. Et là encore, on la comprend. Bien sûr que la justice ne pourra pas ramener Henry, mais on ne va pas s'abstenir de punir les coupables sous prétexte qu'il est trop tard pour les victimes.
Tout au long de ma lecture, je n'ai pu me résoudre à prendre parti ni pour l'argument de Célia ni pour celui de Franny. Je comprenais trop bien les deux situations. Au final, quelqu'un a décidé, et il me semble que cette personne a su montrer une certaine ouverture d'esprit. Je ne sais pas si j'en serais capable.

Célia, outre son besoin de justice, est attachante. On se mettra très facilement à sa place. Elle ne fait pas son deuil de son mari, c'est normal. On dit que le temps guérit les blessures, mais certaines ne cicatrisent jamais.
À part cela, Célia est assez sympathique dans son quotidien, ses interrogations, ses tentatives d'améliorer sa vie...

Franny est également sympathique au lecteur. Elle va à l'essentiel un peu trop tard, mais elle se remet en question. On regrettera quand même qu'elle n'ait pas compris certaines choses plus tôt.

L'auteur nous fait partager l'existence des femmes qui attendent dans le couloir de la mort. On entre dans leur vie, leur intimité, et elles ont toutes une histoire à raconter.
Parmi les compagnes de Karen, le personnage de Tiffany interpellera le lecteur. Je ne peux pas trop en dire, mais il serait intéressant d'étudier sa psychologie? Est-elle schizophrène? A-t-elle occulté des faits trop insupportables? Mais dans ce cas pourquoi a-t-elle agi ainsi? Tout cela est très complexe.

Bref, un livre qui soulève de bonnes questions, qui est bien écrit, documenté, et plein de sensibilité.

Éditeur: Buchet-Chastel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par madame Dejoie pour l'association Valentin Haüy.

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