Séquestrée

L'ouvrage:
Annie O'Sullivan entame une thérapie. Elle raconte l'histoire de son enlèvement, et du calvaire qu'elle endura pendant presque un an. En effet, elle a réussi à s'échapper. À ce stade de l'enquête, on ne sait toujours pas qui est son agresseur.

Critique:
Voilà un très bon thriller. D'abord, l'auteur attaque sous un angle inhabituel: la victime s'est échappée, et raconte ce qu'elle a vécu. Ensuite, la psychologie des personnages est très bien explorée et analysée. On dira que le ravisseur d'Annie a une psychologie un peu facile, mais malheureusement, elle est totalement plausible.
Il va de soi qu'Annie est un personnage admirable. Je ne peux imaginer que l'être humain ait de telles ressources!
Christina m'a un peu agacée... elle avait raison de vouloir secouer son amie, mais je la trouvais trop sûre de ce qu'Annie devait faire. Elle se prenait trop pour une super psychologue, avait l'air de tout savoir, etc.
Il est un personnage que je n'évoquerai pas, mais sur lequel j'aurais énormément de choses à dire!

Pour raconter son histoire, l'héroïne est obligée de naviguer entre son présent et son passé. Elle arrive à chaque séance, et raconte ce qui s'est passé depuis la fois d'avant, puis recommence à raconter son année avec son ravisseur. Moi qui, en général, déteste ces allers et retours dans le temps, les ai trouvés judicieux ici. On a vraiment l'impression d'être dans la vie d'Annie, le récit est rendu plus vivant, plus réaliste.

Le lecteur sait dès le début que la narratrice a échappé à son tortionnaire. J'avais peur que cela entraîne l'ennui, que l'auteur veuille remplir, se répète, etc. Il n'en est rien. Malgré ce que sait le lecteur, rien n'est poussif. Cela m'a surprise, car il est très facile de tomber dans cet écueil en pariant de dévoiler certaines choses dès le départ. Bien sûr, Chevy Stevens ne pouvait faire autrement que de révéler cela.
Le lecteur a également une autre information assez rapidement, et le fait de devoir lire les circonstances de l'événement après aurait pu également être une source de lenteur. Cela ne m'a pas gênée.

Au moment où on pense que l'auteur va s'enliser, il sort une carte de sa manche, et relance magistralement l'intrigue. Je n'imaginais pas du tout que les événements prendraient cette tournure, et pourtant, cela n'arrive pas de manière incongrue. Tout est très bien préparé par l'auteur. Étant donné que je n'avais rien deviné, pour moi, Chevy Stevens a très finement joué. Ses indices sont intelligemment donnés, de façon à ce qu'on ne puisse les décrypter, mais qu'ensuite, on se les remémore en les imbriquant dans le puzzle.
J'ai apprécié que la personne coupable ne soit pas quelqu'un d'admirable tout au long du roman. En effet, si le coupable est «gentil» pendant tout le roman, et se révèle un «méchant», cela n'est pas très crédible. Ici, tout est beaucoup plus réaliste.

Quant aux histoires d'amour, elles sont également crédibles. Moi qui suis souvent encline à les trouver invraisemblables et pleines de failles, j'ai pu constater qu'ici, rien ne me gêne. Peut-être parce que rien n'est vraiment définitif, rien n'est réglé, à la fin. Le lecteur pense savoir dans quelle direction iront les choses, mais rien n'est tranché.

Remarques annexes:
À un moment, Gary dit à Annie qu'elle ne doit parler à personne, et elle va tout raconter à sa psychologue. Cela fait que le lecteur soupçonne la psy...

À un moment, la jeune femme est harassée et morte de faim. Elle attend le retour du malade en planifiant sa façon d'agir, et se répète son plan à la manière d'une comptine. En anglais, cela donne: «The freak is insane, he needs fear and pain.» Je me suis demandé comment cela avait été traduit. J'ai pensé à: «Le fou est dangereux, peur et douleur le rendent heureux.» Ou: «Le fou est en transe, il aime peur et souffrance.»
Plus tar, une amie qui a lu le livre en français m'a donné la traduction. Elle fait moins chansonnette que les miennes.

Note: Ne lisez pas ce paragraphe si vous n'avez pas lu le livre.
À la fin, Annie finit par dire qu'elle avait appelé sa fille Hope. Le traducteur a pris le parti de le traduire par Espérance. C'est logique, car il y avait une raison bien précise à ce prénom, et il fallait que le lecteur français en prenne la mesure. Cependant, Hope est un prénom communément donné aux États-Unis, alors qu'Espérance ne l'est pas en France. Il aurait peut-être été plus judicieux de garder Hope et de mettre une note explicative.

Éditeur français: l'Archipel.
La version audio que j'ai entendue a été enregistrée par Angela Dawe pour les éditions Brilliance audio.
J'aime beaucoup cette lectrice qui a une voix claire et dynamique. Elle joue sans surjouer, et en l'occurrence, a su faire passer les émotions d'Annie. Je regrette qu'elle modifie sa voix pour les personnages masculins, mais elle ne le fait pas trop, donc cela reste supportable.

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